La faune de Burgess:





Parmi ces bêtes étranges, il en est une qui a donné
de sérieux maux de tête au paléontologue qui l'étudiait
(Conway-Morris, 1977), ce qui explique le nom que ce dernier lui a donné:
Hallucigenia. Tous les spécimens du site de Burgess en Colombie-Britannique
examinés ont permis de faire la reconstitution suivante: un animal à
corps allongé avec, d'un côté 7 paires d'épines droites,
rigides et non-articulées, sauf à la jonction du corps, et de
l'autre côté une seule rangée de 7 appendices flexibles.
Conway-Morris n'avait donc d'autre choix que de conclure que l'animal devait
se déplacer sur ses paires d'épines, comme sur des échasses.
Imaginez un animal qui se déplace sur des échasses rigides pointues
dans de la boue, ce qui était le substrat où vivaient les animaux
du Burgess. Hallucinant!

Ce n'est qu'au début des années 90 qu'on a découvert, en
Chine, des spécimens beaucoup mieux conservés que ceux du Schiste
de Burgess, montrant en fait que les appendices flexibles que Conway-Morris
voyait sur le dos de l'animal se trouvaient par paires. Ces appendices étaient
certainement mieux adaptées à la marche dans la boue que les échasses
de Conway-Morris.

Cette découverte venait aussi résoudre une des énigmes
de la faune de Burgess: ainsi orienté, Hallucigenia s'apparente à
des organismes connus, les onychophores, animaux de la forêt pluviale
tropicale et tempérée.
Outre ces étrangetés dont on ne connaît pas l'affinité,
il y eut aussi des essais infructueux dans le groupe des arthropodes,
où seulement 4 essais sur 24 ont persisté. Voici quatre exemples
qui portent toutes les caractéristiques fondamentales de l'embranchement
des arthropodes. Elles font partie de ces 20 types d'organisation qui n'ont
pas réussi.

Finalement, il faut signaler un tout petit animal, le tout premier chordé,
trouvé dans le Schiste de Burgess. Notre ancêtre. S'il n'avait
survécu à la décimation du stock initial de Burgess, nous
ne serions peut-être pas là!

La grande conclusion est que la faune du Schiste de Burgess montre une extraordinaire
différence entre la vie actuelle et celle d'un lointain passé:
avec un beaucoup plus petit nombre d'espèces, le Schiste de Burgess présente
une diversité des plans d'organisation anatomique bien plus grande
que la gamme que l'on peut observer actuellement dans le monde entier. En un
instant géologique, au milieu du Cambrien, presque tous les embranchements
modernes ont fait leur apparition, en même temps qu'une vaste gamme de
formes animales qui sont autant d'expériences anatomiques, mais qui ne
survivront pas très longtemps. Les 500 Ma suivants n'ont vu naître
aucun embranchement (sauf peut-être les bryozoaires), seulement des variantes
sur des modèles de base établis.
L'étude de cette faune nous enseigne que l'histoire de la vie multicellulaire
a été dominée par la décimation d'un vaste stock
initial, qui s'était constitué en peu de temps lors de l'explosion
cambrienne. L'histoire des 500 derniers Ma a été caractérisée
par la restriction de la disparité, suivie de la prolifération
de quelques types d'organisation stéréotypée, et non pas
par l'expansion générale de la gamme des plans anatomiques et
d'un accroissement de la complexité, comme le voudrait notre conception
de l'évolution selon un cône de diversité croissante.