I-PRINCIPE
La cytométrie en flux est une technique d'analyse multiparamétrique
sur plusieurs milliers de cellules isolées. Les mesures
simultanées de caractéristiques physiques et biologiques
sont effectuées isolément sur chacune d'entre-elles
lorsque, entraînée par un fluide au centre d'une
veine liquide, elle traverse la source d'excitation lumineuse
(faisceau laser). Après intersection du rayon incident,
la cellule diffracte la lumière. L'intensité de
la lumière diffractée dans l'axe (angle < 12°),
est proportionnelle à la taille de la cellule (FSC : forward scatter);
celle diffractée à 90° est représentative
de son contenu cytoplasmique (SSC
: side scatter). Les signaux
détectés par le système optique sont amplifiés,
convertis en signaux électroniques puis en valeurs numériques.
Elles sont analysées grâce à l'unité
informatique du cytofluorimètre. L'affichage simultané
des paramètres, FSC, SSC traités par le logiciel,
visualise chaque cellule sur écran sous forme de point.
C'est le cytogramme, nuage de signaux punctiformes qui apparaît(figure).
Selon les deux paramètres, il est possible de distinguer
différentes populations cellulaires et de tracer le contour
de la population à étudier en excluant d'une part
les débris sur les critères de petite taille (FSC)
et petite granularité (SSC) et d'autre part les aggrégats
situés très haut dans la partie supérieure
de l'écran. La zone d'intérêt ainsi délimitée
(appelée fenêtre ou région) est la population
cellulaire homogène. Seules les valeurs concernant cette
région sont analysées par l'emploi du logiciel.
D'autres paires de signaux comme FSC et Fluorescence peuvent être considérées,
de nouveaux points apparaissent représentant chacun une
cellule en fonction de sa taille et de la fluorescence qui lui
est associée. La relation entre la population de la zone
d'intérêt et la fluorescence nécessite une
autre présentation des données. Elles sont représentées
par des histogrammes de distribution de fréquence : l'axe
horizontal correspond à l'étendue des canaux, l'axe
vertical au nombre de cellules par canal (figure). Le nombre de
canaux est de 0 à 1023 en échelle linéaire,
de 0 à 104 en mode logarithmique utilisé souvent
pour les mesures d'IF dont les valeurs peuvent varier de plusieurs
ordres de grandeur. L'histogramme monoparamétrique de la
fluorescence montre la distribution des cellules marquées.
L'intensité de fluorescence au delà de laquelle
les cellules sont considérées comme positives pour
un Ac donné, est fixée par rapport à des
témoins. Les résultats sont exprimés en pourcentage
de cellules marquées (nombre de cellules positives / nombre
de cellules analysées).
Les mesures de taille, de contenu cellulaire, de fluorescence
étant réalisées, l'exploitation de ces données
permet au sein d'une population cellulaire homogène d'exprimer
en pourcentages, les cellules marquées.
Le cytofluorimètre d'analyseur de cellules peut être
équipé pour devenir trieur de cellules. Les cellules
repérées sont déviées vers un tube
collecteur et ainsi isolées. La déflection est réalisée
en utilisant des gouttelettes chargées électriquement
dans lesquelles se situent les cellules et sont déviées
par un champ électrique permettant ainsi le regroupement
de sous-populations cellulaires pures.
II-DONNEES TECHNIQUES
Le laser produit une lumière monochromatique qui excite
spécifiquement un fluorochrome à une longueur d'onde
donnée .
Le plus utilisé est à ion
argon qui émet une lumière
à une longueur d'onde de 488 nm.
De nombreux fluorochromes peuvent être excités à
cette longueur d'onde et l'on peut ainsi étudier plusieurs
paramètres cellulaires.
D'autres lasers argon peuvent être utilisés de longueur
d'onde différente. On peut également faire appel
à un second laser (xénon,
krypton, hélium-néon, hélium- cadmium) pour augmenter la gamme des fluorochromes utilisables
simultanément.
Les fluorochromes sont des substances capables quand elles reçoivent
un rayonnement incident d'une certaine longueur d'onde de réémettre
lors de leur déexcitation électronique une radiation
de longueur d'onde supérieure.
Les fluorochromes se peuvent se fixer directement sur un élément
cellulaire comme ADN, ARN, protéines, calcium ou être
conjugués à un anticorps spécifique d'un
constituant cellulaire. On détermine alors les pourcentages
de cellules marquées et la quantité de l'élément
étudié présent dans les cellules, grâce
à l'intensité du marquage. En effet, l'intensité
de la fluorescence émise est proportionnelle à la
quantité de cet élément.
La détection de plusieurs paramètres
n'est limitée que par les sources d'excitation disponibles.
Ainsi, sont souvent utilisés l'isothiocyanate
de fluorescéine (FITC) et la phycoérythrine R
(PE)
qui sont excitables à la même longueur d'onde, mais
qui émettent à 2 longueurs d'onde bien séparées
permettant ainsi de récupérer 2 signaux différents
(tableau).
Le nombre de cellules nécessaire est de 500.000 cellules
au minimum. On doit augmenter ce nombre si la population étudiée
représente moins de 1 % de la population totale enregistrée.
Sur l'histogramme, est placé un seuil au delà duquel
les cellules sont considérées comme positives par
rapport à un contrôle de fluorescence sans Ac spécifiques,
correspondant à l'autofluorescence propre à chaque
type de cellule et au fixateur utilisé, ainsi qu'à
la fixation non spécifique du conjugué sur ces cellules.
III-EXEMPLES D'APPLICATIONS
* cycle cellulaire
* caryotype en flux
* tri des chromosomes (cartographie des gènes)
* fluidité membranaire (lipides et protéines conjugués
à un fluorochrome)
* classification des cellules hématopoïétiques
par leur phénotype membranaire et leur contenu en acides
nucléiques
* activité enzymatique cellulaire
* Flux calcique
* taux anormaux d'ADN dans les tumeurs
* diagnostic différentiel des désordres immunitaires...
Nous n'envisagerons que quelques unes des applications précédantes.
Etude du cycle cellulaire : Le cycle
cellulaire est divisé en 4 phases principales : G1 (avant
réplication ADN), S (réplication du matériel
génétique) G2 (phase) M (division cellulaire). S
et G2 ont des durées constantes, G1 est variable selon
les populations et responsable de la variabilité de l'interphase
et donc du cycle cellulaire. C'est l'analyse du contenu en ADN
qui permet l'étude de la répartition des cellules
dans les différentes phases du cycle cellulaire. Une limite
existe dans la distinction entre cellules en G2 ou M et cellules
binucléées et cellules en G1 quiescentes ou différenciées.
On utilise pour ces études l'IP. Hoescht 33342 et le BrDU
(analogue de la thymidine qui s'incorpore dans l'ADN en phase
de synthèse)
Le double marquage par IP + BrDU permet de détecter avec
l'IP, l'ADN répliqué et avec le BrDU, le taux de
synthèse de l'ADN.
On peut mesurer d'autres constituants cellulaires tels que ARN/
protéines/ (volume cellule).
Etude des cellules de l'immunité : Nous ne donnerons que quelques exemples.
Les lymphocytes peuvent être caractérisés
par des marquages à l'aide d'Ac monoclonaux comme les anti-CD4,
-CD8, -CD3, -CD2, -CD19 ou à l'aide de colorants des acides
nucléiques.
La densité d'expression de ces marqueurs peut aider à
identifier des stades de maturation différents. La figure donne l'exemple
de l'utilisation de la cytométrie en flux pour l'étude
des thymocytes de souris.
Dans le SIDA, la cytométrie en flux est une méthode
de choix pour étudier ce syndrome immunodéficitaire
caractérisé par une lymphopénie avec diminution
du nombre des TCD4+ et augmentation des CD8+ aux stades initiaux.
La coloration des cellules par l'acridine orange (ADN/ fluorescence
verte et ARN/rouge) permet par exemple de différencier
lymphocytes et monocytes en fonction du contenu en ARN. Dans les
syndromes lymphoprolifératifs, la fréquence de l'aneuploidie
augmente avec le grade et le pronostic est défavorable
si les cellules en phase S sont très fréquentes.
Etude des chromosomes humains :
Les cellule sont bloquées en métaphase en utilisant
par exemple de la colchicine. Les mitoses s'accumulent et les
chromosomes sont alors isolés et stabilisés dans
un tampon à pH neutre.
Les fluorochromes les plus souvent utilisés marquent les
bases de l'ADN comme le Hoescht 33258. Ainsi, la fluorescence
émise par le chromosome est proportionnelle à la
quantité d'ADN.
Viabilité cellulaire :
Pour déterminer le pourcentage de cellules vivantes dans
une population donnée, on utilise la propriété
qu'ont les cellules vivantes de fixer des colorants vitaux (rouge
neutre, orange d'acridine, diacétate de fluorescéine,
rhodamine) ou d'exclure la pénétration de certains
colorants (bleu trypan) ou leur capacité à diffuser
ou à émettre de la lumière.
IV-AVANTAGES
La cytométrie en flux permet :
*
d'identifier une sous-population au sein d'une population hétérogène
sans enrichissement préalable de cette population.
* de
faire la différence entre une faible augmentation d'expression
d'une molécule sur toutes les cellules ou une augmentation
importante dans une sous population.
*
une analyse rapide : 100 000 cellules/minute en moyenne
* d'obtenir
une sensibilité de détection et une quantification
supérieure à la microscopie optique, ainsi l'échelle
d'intensité comprend de 256 à 1024 canaux.
* de
mesurer plusieurs paramètres en utilisant des fluorochromes
différents (il faut faire attention au chevauchement des
spectres respectifs des fluorochromes). Des fluorochromes de plus
en plus nombreux ont des spectres d'excitations proches et des
spectres d'émission bien séparés, ce qui
permet de n'utiliser qu'un seul laser.