En 1975, Köhler et Milstein produisent
un hybridome qui sécrète des Ac monoclonaux anti-GRM
(globules rouges de mouton). Pour cela, ils mélangent in
vitro des cellules de rate de souris anti-GRM avec une lignée
de myélome de souris (P3-X63-Ag8) et réalisent la
fusion entre lymphocytes B de
rate et myélome grâce
à une préparation de virus Sendaï inactivés.
Les lymphocytes de rate meurent rapidement en culture alors que
les cellules myélomateuses persistent indéfiniment.
Les cellules hybrides faites d'un lymphocyte B normal et d'une
cellule myélomateuse, sécrètent les mêmes
Ig Ac que synthétisait le lymphocyte B. De plus, ces hybrides sont immortels comme la lignée myélomateuse. Vont
donc persister dans les cultures , les cellules myélomateuses
et les hybrides.
Pour séparer les hybrides des cellules du myélome,
on choisit comme lignée myélomateuse servant à
l'hybridation, des cellules déficitaires en enzymes thymidine-kinase
(TK) ou hypoxanthine-guanine-phosphoribosyl-transférase (HGPRT) nécessaires
à la synthèse de l'ADN par la voie exogène
habituelle. Dans une cellule
normale, la synthèse d'ADN se fait soit par la voie exogène
à partir de l'hypoxanthine et de la thymidine, soit par
la voie endogène de sauvegarde qui fait appel aux AA et aux sucres
(figure 1).
Si l'on bloque la voie de sauvetage en introduisant de l'aminoptérine
dans le milieu, les cellules myélomateuses mourront étant
dépourvues de la voie exogène, alors que les hybrides
utiliseront cette voie qui leur est accessible par leur moitié
correspondant aux lymphocytes B normaux. Donc après la
fusion, les cellules sont cultivées dans le milieu HAT (hypoxanthine,
aminoptérine, thymidine) de Littlefield qui ne permet la
survie que des hybridomes (figure
2).
Par rapport à la technique initiale, des améliorations
ont été apportées en introduisant comme facteur
de fusion du polyéthylène
glycol (30 à 50%) ou un
courant électrique (électrofusion).
Les myélomes fusionneurs déficitaires en TK ou HGPRT
sont des mutants sélectionnés par culture dans des
milieux contenant des analogues soit de la thymidine (bromodéoxyuridine),
soit de l'hypoxanthine (8-azaguanine). De l'ADN anormal est synthétisé
si les cellules sont respectivement TK+ ou HGPRT+. Ces cellules
ne sont pas viables et ne survivent que les mutants TK- ou HGPRT-
qui sont ainsi sélectionnés.
Du point de vue pratique, le protocole de production des Ac monoclonaux
est le suivant (figure 3) :
*
Immunisation de souris dont la dernière injection
précède de 3 jours le sacrifice de l'animal.
*
Prélèvement de la rate et réalisation
d'une suspension cellulaire.
*
Mélange de ces cellules spléniques à une
culture de plasmocytome de souris TK(-) ou HGPRT(-) et adjonction
de polyéthylène glycol qui permet la fusion
entre cellules du mélange (en moyenne, une cellule de myélome
sur 100 fusionne pour donner un hybride).
*
Culture en petits puits du mélange précédent,
dans du milieu sélectif HAT. Les cellules de rate
meurent naturellement en 1 à 2 semaines et les cellules
du myélome sont tuées par le milieu. Seuls persistent
les hybrides dont un petit nombre sécrète les Ac
de spécificité recherchée.
*
Recherche des Ac éventuellement produits dans le
surnageant des puits contenant des hybrides.
*
Clonage des hybrides de chaque puits contenant des Ac,
de façon à obtenir des populations cellulaires provenant
d'une seule cellule hybride. Les Ac synthétisés
par chaque clone sont des Ac monoclonaux identiques entre eux.
*
Production des Ac monoclonaux soit par culture, soit in
vivo en injectant les cellules hybrides à des receveurs
compatibles qui développeront une ascite riche en Ac monoclonaux.
Les Ac monoclonaux sont principalement obtenus dans un système souris-souris (souris immunisé et plasmocytome de souris)
mais ils ont aussi été produits dans les systèmes rat-rat
et homme-homme.
Des résultats plus aléatoires ont été
signalés à l'aide de fusions
inter-espèces : souris-homme,
souris-hamster, souris-lapin, souris-bovin. La stabilité
des clones inter-espèces est très mauvaise, les
clones cessent souvent très rapidement de sécréter
les Ac. Pour limiter ce problème, les clones sont recloner
et retester régulièrement.