CHAPITRE I


GENERALITES
ETAPES DE L'IMMUNOLOGIE, DEFINITIONS, CLASSIFICATIONS, MECANISMES ET CONSEQUENCES DES REACTIONS IMMUNITAIRES

 

I-LES PREMIERES CONSTATATIONS : EXISTENCE D'UN ETAT REFRACTAIRE SPECIFIQUE APRES UN PREMIER CONTACT AVEC UN AGENT PATHOGENE

On peut considérer que l'immunologie a fait ses premiers pas lorsque les hommes ont constaté que des sujets guéris de certaines maladies contagieuses, étaient ensuite résistants à une nouvelle atteinte du même mal : on dit alors qu'ils sont activement immunisés ou qu'ils ont acquis un état d'immunité. En fait, le terme d'immunité est à l'origine juridique, il vient du latin in munis et désigne un état privilégié caractérisé par une exemption de charges. Au Moyen-Age, on savait que le sujet guéri d'une maladie contagieuse au cours d'une épidémie de peste par exemple, ne contractait plus cette même maladie au cours des épidémies ultérieures, il pouvait alors être requis par son suzerain pour soigner les malades en compensation de quoi il était exempté de charges. A côté de l'immunité acquise par un premier contact avec l'agent pathogène ou un agent voisin, existe une immunité spontanée ou naturelle qui correspond alors à un état réfractaire constitutionnel.
Le premier écrit se rapportant à l'acquisition d'une résistance vis-à-vis d'une maladie infectieuse paraît être celui de Thucydides (historien Grec, 465-395 avant J.C, qui s'intéresse aux faits sociaux et à leurs causes). Il concerne la peste qui sévissait à Athènes.
Le premier écrit relatant la production intentionnelle d'une immunité spécifique, est celui de Voltaire, qui dans une lettre de 1733, rapporte que dès le XIème siècle, les chinois pour se protéger contre la variole, s'inoculaient la maladie en prisant de la poudre de croûtes desséchées de varioleux. Cette pratique, en général, déterminait une forme atténuée de l'affection, mais il y avait aussi le risque de faire une forme grave. Ce procédé nommé
variolisation ou variolation avait été introduit en Europe en 1721 par Lady Vortley Montague, femme de l'ambassadeur de Grande-Bretagne à Constantinople et témoin des bons résultats de cette pratique en Orient.
En 1798, Jenner propose un procédé moins dangereux, l'inoculation d'une maladie bénigne pour l'homme, la vaccine ou variole des bovidés pour le protéger contre une affection humaine grave, la variole.
Par la suite, Pasteur pour une Pasteurellose mortelle des Gallinacées (le choléra des poules), montre que ces animaux peuvent devenir résistants à cette maladie en leur injectant une vieille culture du germe dans laquelle l'agent pathogène a perdu une partie de sa virulence. Pasteur en hommage à Jenner, nomme cette méthode de protection, utilisant l'injection de germes vivants peu ou pas pathogènes, la
vaccination (pour rappeler que Jenner avait fait ses premiers essais avec la vaccine).
La
vaccination jennerienne utilise des germes vivants peu ou pas pathogènes voisins du germe responsable de l'affection contre laquelle on veut lutter. La vaccination pasteurienne fait appel à l'agent pathogène à l'origine de la maladie mais auquel, sans le tuer, on a fait perdre ou diminuer artificiellement son pouvoir pathogène. Le premier vaccin de ce type chez l'homme est le vaccin antirabique.
Plus tard, en 1886, Salmon et Smith constatent que le bacille tué du choléra des poules est aussi efficace dans la protection que le bacille atténué de Pasteur. Ainsi, naissait la
vaccination par germes tués par opposition à la vaccination par germes vivants de Pasteur et Jenner.
Par la suite, certains constituants du germe, comme les toxines sous forme non toxique (anatoxines), ont été utilisés comme vaccin.
Enfin, actuellement on propose d'injecter au sujet à vacciner l'ADN du germe associé à un vecteur, pour faire produire par les propres cellules de ce sujet les constituants du germe capables de provoquer une immunité.

II-LES HYPOTHESES POUR EXPLIQUER L'EFFET PROTECTEUR DES VACCINATIONS

Pour expliquer cette protection qui apparaît après la maladie ou la vaccination, Pasteur propose en 1880 l'hypothèse fausse de l'épuisement, qui faisait appel à une consommation par le vaccin ou par la première atteinte de la maladie, d'un facteur nutritionnel nécessaire à la multiplication de l'agent pathogène lors d'un nouveau contact.
En fait, trois types de facteurs interviennent pour protéger le sujet immunisé contre la maladie : les
anticorps (Ac), le complément (C) et différentes cellules.

II-1. Les anticorps (Ac)

En 1888, l'Ac est le premier facteur de l'immunité découvert. Il l'est par Roux et Yersin : ces auteurs montrent que l'injection de l'exotoxine du bacille diphtérique entraîne l'apparition dans le torrent circulatoire d'une substance antitoxique spécifique. Le transfert du sérum de l'animal immunisé à un animal sain rend ce dernier insensible à l'action toxique de la toxine. La même constatation est faite pour la toxine tétanique par Behring et Kitasato (1890). Dans ces deux cas, on a transféré passivement l'immunité.
Le substratum de cette immunité antitoxique est un facteur sérique synthétisé par l'organisme : l'Ac. Cet Ac est spécifique de la molécule qui a induit sa production et cette molécule porte le nom d'antigène (Ag) et on dit qu'elle est antigénique ou immunogène.
A côté de cette
immunité antitoxique, Richet et Héricourt en 1888 et Pfeiffer et Isaeff en 1894 découvrent une immunité antibactérienne représentée par des Ac létaux pour le staphylocoque (les premiers auteurs) et le vibrion cholérique (les seconds auteurs).
Charrin et Roger en 1889 signalent une autre variété d'Ac qui agglutinent les Pseudomonas aeruginosa si on les cultive en présence d'un sérum provenant d'un animal inoculé avec cette bactérie. En 1896, Widal utilise cette
agglutination pour faire le diagnostic des Salmonelloses : sérodiagnostic de Widal et Félix.
En 1897, Krauss met en évidence des Ac responsables du phénomène de
précipitation. Celui-ci se produit si le sérum d'un sujet immunisé est mélangé à un filtrat de culture du germe qui a servi à l'immunisation. Donc, existent des Ac neutralisants, bactériolytiques, agglutinants et précipitants, qui se définissent par des propriétés biologiques ou physiques différentes. Les auteurs de cette époque ne savaient pas si à chacune de ces propriétés correspondait un type particulier d'Ac ou si chaque Ac, comme c'est en fait le cas, possédait toutes ou certaines de ces propriétés.
Ces différents Ac sont produits, comme l'a montré ultérieurement Fagreus en 1948, par des cellules particulières, les
plasmocytes qui appartiennent à l'une des trois grandes catégories de lymphocytes : les lymphocytes B.

II-2. Le complément(C)

En 1888, Nuttal fait une constatation fondamentale à l'origine de l'identification du complément, autre facteur de l'immunité : le sang de certains animaux peut spontanément tuer les bactéries. Cette propriété disparaît après chauffage à 56°C pendant 30 mn. Cette constatation est suivie des travaux de Büchner et Bordet. Le facteur thermolabile responsable de ce phénomène est nommé alexine (Alexein = défendre). C'est Bordet qui fait plus tard la différence entre les Ac appelés alors sensibilisatrices et le C, en montrant que le phénomène de Pfeiffer (lyse du vibrio cholerae) est dû à l'action conjointe de l'Ac spécifique thermostable et du C non spécifique thermolabile.
Le C, constituant normal de tous les sérums, est fait d'un ensemble complexe de facteurs de nature protéique agissant enzymatiquement les uns sur les autres en cascade.
Donc, il semblait que la protection induite par l'immunisation avait pour support :
- dans l'
immunité antibactérienne, les Ac spécifiques aidés par le complément (les Ac sensibilisant les bactéries à l'action lytique du C),
- dans l'
immunité antitoxique, les Ac se combinant avec les toxines et neutralisant leur activité toxique.

II-3. Les cellules : immunités humorale et cellulaire, immunités spécifique et non spécifique

Alors que les auteurs précédents, se fondant sur leurs découvertes, développaient la théorie humorale de l'immunité, à la même époque, Metchnikoff défendait une théorie tout à fait différente, celle de l'immunité cellulaire. Pour Metchnikoff, le substratum de l'immunité était représenté par les cellules aptes à la phagocytose. Pour cet auteur, les Ac n'intervenaient qu'exceptionnellement. Il s'appuyait sur une observation qu'il avait faite chez un crustacé microscopique, la Daphnie. Les spores d'un champignon primitif Monospora bicuspidata peuvent tuer la Daphnie en pénétrant dans sa cavité coelomique, or le crustacé peut résister à cette maladie lorsque certaines cellules de son organisme captent et détruisent les spores de ce parasite. Ces cellules sont douées d'une activité phagocytaire. Chez les mammifères de telles cellules existent aussi : les polynucléaires et les macrophages.
Par la suite, Almroth Wright a montré que l'immunité est en fait mixte et qu'il existe des Ac capables d'accroître et de faciliter la phagocytose des germes par les polynucléaires et les macrophages. Il nomme ces Ac les opsonines du grec opsonos "je prépare la nourriture pour...". Le C favorise cette phagocytose. Ac et cellules agissent conjointement pour éliminer les agents pathogènes.
Ultérieurement, a été découvert, notamment dans la tuberculose et les affections virales, une immunité uniquement cellulaire où les Ac ne jouent aucun rôle, mais dans laquelle intervient un type particulier de lymphocytes ne produisant pas d'Ac : les
lymphocytes T originaires du thymus.
Ces lymphocytes T agissent soit en produisant des
lymphokines (interleukines ou cytokines) qui activent les macrophages rendant ceux-ci aptes à détruire les bactéries ou parasites, soit en détruisant directement les cellules hébergeant des micro-organismes tels que les virus. Seule l'immunité dépendant directement des T mérite le nom d'immunité cellulaire. Les cellules NK (natural killer) sont des lymphocytes ni T, ni B (lymphocytes nuls) qui naturellement ont une activité lytique vis-à-vis de certaines cellules tumorales ou de cellules infectées par des bactéries, des parasites et surtout des virus. Elles ont en plus un rôle de régulation de la réponse immune. Par extension, cette immunité mérite aussi le qualificatif de cellulaire.
Actuellement l'
immunité humorale est celle qui fait intervenir des Ac au moins initialement, même si par la suite, des cellules (macrophages, polynucléaires, cellules T et nulles de type K pour killer) participent comme effecteurs non spécifiques. L'immunité est cellulaire lorsque les lymphocytes T (éventuellement les NK) en sont les effecteurs spécifiques.
L'immunité post-infectieuse ou post-vaccinale est
spécifique car dirigée seulement contre l'Ag infectieux (ou un Ag voisin) qui est à son origine.
Cependant, l'organisme présente aussi des défenses
non spécifiques, capables de se mobiliser contre n'importe quel agresseur. L'ensemble constitue l'immunité non spécifique à laquelle participent les cellules phagocytaires, les cellules NK, les téguments, les muqueuses et différentes substances (comme le C) agressives pour les agents infectieux.

III-EFFETS PATHOGENES DE L'IMMUNISATION : L'IMMUNOPATHOLOGIE

A la suite des découvertes précédentes, on considérait qu'un premier contact entre un germe ou un produit biologique toxique (par exemple toxine ou venin de serpent) et un organisme, provoquait un état d'immunité caractérisé par l'apparition d'Ac capables (en association ou non avec le C, les macrophages ou les microphages (polynucléaires)) de protéger l'individu contre l'action agressive du germe ou du toxique. Le premier contact avec l'agent pathogène pouvait aussi entraîner l'apparition d'une immunité cellulaire protectrice dépendant des T. Le résultat apparaissait comme très avantageux pour l'organisme.
Cette conception allait être complètement bouleversée par l'observation de Portier et Richet en 1902 qui constatent que l'injection à l'animal d'une dose non toxique d'extraits glycérinés de tentacules d'Actinaria
ne provoque pas l'établissement d'un état de protection contre l'injection ultérieure de la toxine, mais un état d'hypersensibilité à ce toxique qu'ils nomment : anaphylaxie pour l'opposer à prophylaxie qui correspond à un état de protection spécifique.
Une autre hypersensibilité est ensuite décrite par Arthus en 1903, nommée
phénomène d'Arthus. Elle est caractérisée par l'apparition après plusieurs injections sous-cutanées de sérum de cheval, d'une lésion inflammatoire et nécrotique au point de la dernière injection du sérum. Ces hypersensibilités (anaphylaxie et phénomène d'Arthus), dont on peut rechercher les manifestations au niveau de la peau et qui apparaissent rapidement après réintroduction de l'Ag sont transférables à des sujets neufs par du sérum de sujets sensibilisés et sont donc produites par des Ac.
Von Pirquet en 1905, signale une maladie qui succède parfois à l'utilisation par voie parentérale de sérums thérapeutiques animaux. Cette maladie dite
maladie sérique dépend de phénomènes analogues à ceux du phénomène d'Arthus.
Koch en 1890, avait décrit un autre type d'hypersensibilité sous le nom de
phénomène de Koch : réaction qui se produit lors de la réintroduction en sous-cutanée de bacilles de Koch (BK) à des cobayes tuberculeux. Les phénomènes cutanés rappellent un peu le phénomène d'Arthus, mais apparaissent plus tardivement dans les 24 à 48 h qui suivent l'injection des BK. On nomme pour cette raison le phénomène hypersensibilité retardée (HSR) pour l'opposer aux hypersensibilités immédiates (anaphylaxie et phénomène d'Arthus). De plus, l'HSR est à médiation cellulaire et non humorale, car elle ne peut être transférée au cobaye neuf, comme l'a rapporté Chase en 1942, que grâce à des cellules contenues dans la rate, les ganglions ou l'exsudat péritonéal et non avec du sérum. Il s'agit de lymphocytes T spécifiques de l'Ag.
Par la suite, différentes affections humaines ont été rattachées à un phénomène d'hypersensibilité : rhume des foins et urticaire (anaphylaxie), certaines glomérulonéphrites et certaines pneumopathies (maladie du sérum, phénomène d'Arthus), eczéma (HSR).
Un autre processus immunologique peut être responsable de phénomènes pathologiques chez le sujet produisant une réaction immunitaire : c'est l'
auto-immunisation. Classiquement, on considérait les propres constituants du sujet comme non antigéniques pour celui-ci. On définissait d'ailleurs l'Ag comme une substance étrangère à l'organisme, où après injection, elle fait apparaître des Ac (ou des lymphocytes T) spécifiques. C'est en 1900 que Metalnikoff le premier, signale la possibilité d'immuniser un cobaye contre ses propres spermatozoïdes. Avec cette constatation naissait la notion d'auto-Ag et de maladies auto-immunes produites par une réaction immunitaire d'un individu contre ses propres constituants. Dans ces affections, l'organisme utilise contre lui-même toutes les armes immunologiques qu'il a à sa disposition pour lutter normalement contre les agresseurs étrangers.

IV-TOLERANCE IMMUNOLOGIQUE

Pour expliquer que normalement un sujet ne s'auto-immunise pas, on dit qu'il est dans un état de tolérance, c'est-à-dire de non ou de faible réactivité vis-à-vis de ses propres constituants et que l'auto-immunisation résulte d'une rupture de cette tolérance. A côté de cette tolérance naturelle pour les auto-Ag, une tolérance vis-à-vis d'Ag étrangers a pu être produite expérimentalement.
Billingham, Brent et Medawar, puis d'autres auteurs découvrirent que parfois l'organisme au lieu de produire une immunité ou une hypersensibilité lors de l'introduction d'un Ag étranger, peut devenir
spécifiquement tolérant à cet Ag. Pour cela l'Ag doit être administré soit dans des conditions particulières, soit à un organisme incapable temporairement de produire des Ac ou une HSR vis-à-vis de cet Ag. La tolérance complète est une non réponse spécifique car strictement limitée à l'Ag utilisé pour l'induire.
La tolérance immunologique a, surtout au début, été étudiée dans le cas d'un phénomène immunologique particulier : le
rejet de greffe.

V-TRANSPLANTATION : REJET DE GREFFE

Les greffes de peau ou de tout autre tissu ou organe ne sont régulièrement acceptées qu'entre jumeaux homozygotes ou entre autres individus génétiquement identiques. Dans les autres cas la greffe est détruite : on dit rejetée. Les phénomènes à l'origine des rejets de greffe entre individus de la même espèce, dépendent de mécanismes immunologiques surtout cellulaires mais aussi parfois humoraux.
Les Ag responsables de ces réactions immunitaires sont situés à la surface des cellules du greffon, Chez le receveur qui rejette une greffe, ces Ag sont différents de ceux du greffon; ils portent le nom d'
antigènes d'histocompatibilité. Si le donneur et le receveur ont les mêmes Ag d'histocompatibilité, ils sont dits histocompatibles. Il y a pour chaque espèce animale un système d'histocompatibilité principal dit complexe majeur (CMH).
Chez l'homme, c'est le
HLA (Human Leucocyte Ag), découvert par Dausset (1965) et chez la souris le H2 (2ème système d'histocompatibilité) décrit par Gorer en 1936. On distingue 2 types principaux d'Ag majeurs d'histocompatibilité, les premiers de classe I, interviennent directement dans le rejet de greffe, les seconds dits de classe II jouent plutôt un rôle indirect.
Cependant, le rôle principal de ces Ag du CMH est de
faciliter l'adhésion et les interrelations entre les cellules du système immunitaire, de façon à ce que celui-ci fonctionne au mieux. D'autres molécules de surface participent également à ces phénomènes et ont été nommées molécules d'adhésion.

VI-EFFECTEURS DES REACTIONS IMMUNITAIRES : ORIGINE ET CARACTERISTIQUES

Les médiateurs des réactions immunes sont soit humoraux, soit cellulaires.

VI-1. Les Ac

Astrid Fagreus en 1948 découvre que les Ac sont synthétisés dans les plasmocytes. Ces derniers représentent l'étape finale de différenciation des B. Tiselius et Kabat avaient montré que l'activité Ac était liée à la fraction gammaglobulinique du sérum. Grabar et Williams en 1953, montrent d'abord que les gammaglobulines du sérum sont une population hétérogène de molécules. Elles sont actuellement nommées immunoglobulines (Ig) et comportent 5 classes chez les mammifères : IgG, IgM, IgA, IgE et IgD. La structure de ces Ig a été établie grâce aux travaux de Porter, Edelman... Ces Ig, soit se trouvent dans les tissus et le sang, soit sont déversées à la surface des muqueuses. Dans ce dernier cas, il s'agit des Ig sécrétoires (IgM et surtout IgA). La structure de l'Ac qui reconnaît l'Ag est nommée paratope et la portion de l'Ag reconnue par l'Ac porte le nom d'épitope.

VI-2. Les lymphocytes

C'est JFAP Miller (1961-1962) qui, en mettant au point la thymectomie néonatale chez la souris, est à l'origine de la découverte du thymus comme organe lymphoïde central produisant une population particulière de lymphocytes, les lymphocytes T, différente de la population des lymphocytes B issue de la moelle osseuse (mammifères) ou de la bourse de Fabricius (oiseaux). Les Ig sont les récepteurs de surface des lymphocytes B pour l'Ag (B cell Receptor = BcR).
Les lymphocytes
T sont responsables de l'immunité cellulaire (HSR, rejet de greffe) et les B de la production des Ac donc de l'immunité humorale. Mais pour la plupart des Ag (qui sont dits pour cela thymodépendants), les B ne peuvent synthétiser les Ac qu'avec l'aide des lymphocytes T. Cette action conjointe nécessaire des B et T constitue la coopération cellulaire, et les T, supports de cette fonction, sont les T coopérants TH2 qui expriment le marqueurs de membrane CD4. Les TH1 sont une deuxième catégorie de T CD4+, responsables de l'HSR par l'intermédiaire de cytokines proinflammatoires. Une autre catégorie de T a pour rôle de lyser spécifiquement, par exemple des cellules de l'organisme hébergeant des virus ou les cellules de greffes allogéniques : ce sont les T cytotoxiques de l'immunité cellulaire. Enfin des T peuvent inhiber la réponse immune humorale et cellulaire : ce sont les T suppresseurs. Les T cytotoxiques portent le marqueur de surface CD8. Les récepteurs pour l'Ag des T (T cell receptor = TcR) sont généralement faits de 2 chaînes a et b parfois g et d.
Les
lymphocytes nuls représentent la troisième famille de lymphocytes. Ils ont des activités suppressives et cytotoxiques (cellules K, NK et NS pour Natural Suppressor).

VI-3. Les cellules présentant l'Ag (CpAg)

L'Ag, que reconnaît normalement un lymphocyte T particulier, doit lui être apporté par des cellules qui ont une fonction dite de présentation de l'Ag. Cette fonction consiste à capturer, puis dégrader et enfin présenter les fragments de l'Ag. La préparation correspond à la protéolyse de l'Ag, puis à la liaison des peptides résultant de cette protéolyse aux Ag du CMH exprimés à la surface des CpAg. Les CpAg sont représentées par 3 types cellulaires : les macrophages, les cellules dendritiques et les lymphocytes B. Les cellules dendritiques sont des cellules à longs prolongements cytoplasmiques (d'où leur nom), principalement localisées au niveau de la peau et des muqueuses ainsi que dans les organes lymphoïdes.

VI-4. Interactions entre les cellules de l'immunité

Elles sont nombreuses. Par exemple dans la réponse immune, dans un premier temps les cellules se lient entre elles par des molécules d'adhésion de surface complémentaires. Le résultat de cette liaison pour les cellules 1 et 2, est la synthèse de cytokines qui vont entraîner la production d'autres cytokines notamment par la cellule 2. Ces cytokines peuvent à leur tour agir sur la cellule 1 et ainsi de suite. En même temps, aussi bien les contacts cellulaires que les cytokines vont moduler l'expression des molécules d'adhésion et contrôler les effets réciproques des cellules 1 et 2 en faisant exprimer ou hyperexprimer en surface des récepteurs absents ou en faible nombre (figure I-1).

VII-CONSEQUENCES DE L'ACTIVATION DU SYSTEME IMMUNITAIRE

VII-1. Xénophobie de l'organisme. Répertoire des lymphocytes B et T

L'organisme est xénophobe et met tout en oeuvre pour rejeter l'étranger indésirable, que celui-ci soit utile pour lui (médicaments, cellules, transfusion de globules rouges (GR) et de globules blancs (GB), greffes de tissus ou produits biologiques (sérums utilisés dans un but thérapeutique), ou dangereux (bactéries, virus, parasites, poisons, toxiques ou cellules cancéreuses).
Lorsque l'élément étranger (l'Ag) pénètre dans l'organisme pour la première fois, il va rencontrer un
petit nombre de lymphocytes B et T avec des récepteurs de membrane qui lui sont spécifiques. Ces lymphocytes préexistent à tout contact avec l'Ag et la population lymphocytaire d'un individu correspond donc à des familles différentes de cellules dont chacune est spécialisée dans la reconnaissance d'une partie d'un Ag particulier. Ces différents clones cellulaires constituent le répertoire des lymphocytes. Ce répertoire est le résultat de réarrangements géniques majoritairement dus au hasard. Ensuite, les lymphocytes dont la spécificité des TcR ou des BcR rend ces lymphocytes sans intérêt ou dangereux pour l'organisme, vont être éliminés dans la moelle osseuse ou le thymus. Lorsque l'Ag est pour la premier fois en contact avec l'organisme, la conséquence peut être soit, le plus souvent, une immunisation, soit parfois, à cause des conditions particulières de rencontre entre l'Ag et le système immunitaire, l'apparition d'un état de tolérance. Immunisation et tolérance sont l'une et l'autre spécifiques de l'Ag.
L'immunisation, conséquence habituelle de la pénétration de l'Ag, correspond d'une part à la production d'
Ac spécifiques de cet Ag et d'autre part à l'augmentation du nombre des lymphocytes B ou T ayant des récepteurs pouvant lier cet Ag. L'accroissement du nombre de lymphocytes capables de reconnaître l'Ag résulte de la multiplication de ceux-ci après leur rencontre avec l'Ag. Quant à la synthèse des Ac, elle est réalisée par les plasmocytes qui se sont différenciés à partir de certains des lymphocytes B spécifiques de l'Ag qui se sont multipliés. Dans cette période, des mutations des B en prolifération vont donner naissance à des B avec BcR avides qui seuls survivront, les autres meurent dans les follicules lymphoïdes.
Quand le même Ag pénètre une seconde fois dans un organisme, il sera en face d'un beaucoup plus grand nombre de lymphocytes exprimant des récepteurs qui lui correspondent (récepteurs plus avides pour les B), d'où apparition plus rapide et plus intense des mêmes phénomènes que lors du premier contact. L'organisme a conservé le souvenir de l'Ag : c'est la
mémoire immunologique. Elle a pour substratum les lymphocytes B ou T, spécifiques de l'Ag, produits après un premier contact avec cet Ag. Ces lymphocytes sont des cellules mémoires. La réponse immune lors de la première pénétration de l'Ag est nommée réponse primaire et lors du second contact réponse secondaire ou anamnestique (tableau I-I).

VII-2. Conséquences de la xénophobie

VII-2.1./ Différents types de conséquences
Les conséquences de la réaction immune sont variables selon l'Ag. Ainsi, les phénomènes immunitaires peuvent être bénéfiques, gênants ou néfastes.
Ils sont
bénéfiques quand l'étranger qui vient de l'extérieur, est un "ennemi" ayant un pouvoir pathogène (bactéries, parasites, virus et produits toxiques), mais aussi quand il vient de l'intérieur et correspond aux propres cellules du sujet qui deviennent étrangères et dangereuses comme dans le cas des cellules néoplasiques.
Les phénomènes immunitaires sont
gênants quand l'étranger est un "ami" utilisé dans un but thérapeutique : substances médicamenteuses, cellules ou tissus. Dans ce cas, les défenses immunitaires vont gêner l'effet curatif recherché en détruisant rapidement les éléments étrangers utilisés dans le traitement d'une affection.
Les réactions immunitaires sont
néfastes dans 2 situations différentes. La première est lorsque les coups portés pour l'élimination de l'étranger dangereux vont dépasser leur but et détruire certains tissus de l'organisme, ou provoquer des troubles fonctionnels de celui-ci. Il s'agit dans ce cas des maladies allergiques. La seconde provient lorsque par une sorte de "suicide immunologique" l'organisme retournera toutes ses armes immunologiques contre lui-même, avec pour conséquences des lésions graves responsables de maladies. Il s'agit dans ce cas des maladies auto-immunes.
Dans toutes ces situations que l'effet soit bénéfique, gênant ou néfaste, on dit que le
sujet s'est immunisé contre un Ag déterminé et cette action constitue l'immunisation. Donc, la notion de protection n'est plus obligatoirement liée aux termes d'immunité et d'immunisation. En revanche, ce sens reste attaché au mot vaccination qui est une méthode dont le but est de faire apparaître activement chez un sujet, un état de résistance spécifique vis-à-vis d'un agent pathogène déterminé.
L'immunisation est
active ou acquise activement lorsque le sujet produit lui-même les Ac ou les lymphocytes spécifiques de l'Ag. L'immunisation est passive ou acquise passivement lorsque l'on administre à un sujet des Ac fabriqués par un autre sujet. L'immunisation est adoptive ou transférée adoptivement lorsque l'on injecte à un sujet des lymphocytes T ou B provenant d'un autre sujet immunisé activement (figure I-2). A cause des phénomènes de rejet de greffe, cette immunisation adoptive ne peut être obtenue régulièrement qu'entre sujets histocompatibles.
Les deux types d'immunités spécifiques (humorale et cellulaire) peuvent survenir simultanément ou séparément avec une prédominance de l'un ou de l'autre.
L'immunité est
humorale lorsque l'effet qui en résulte est en rapport avec des Ac spécifiques qui agissent en collaboration avec le complément et/ou les cellules douées de la faculté de phagocyter (macrophages, polynucléaires) ou capables de lyser d'autres cellules (cellules K). On parle d'immunité cellulaire, lorsque les lymphocytes T spécifiques sont les effecteurs. Donc l'immunité est humorale, lorsque le substratum de sa spécificité est l'Ac, même si des cellules participent aux conséquences finales. L'immunité est cellulaire lorsque sa spécificité dépend des récepteurs des lymphocytes T synthétisés par ces cellules.

VII-2.2./ Réactions immunitaires bénéfiques
Elles aboutissent à la destruction, l'élimination ou la neutralisation de l'élément étranger pathogène qui s'est introduit, a été introduit ou a pris naissance dans l'organisme. Nous décrirons dans ces réactions à effets bénéfiques non seulement celles qui sont spécifiques, mais aussi les non spécifiques. Nous envisagerons successivement les effets protecteurs de l'immunité contre les toxiques et toxines, les bactéries et champignons parasites, les protozoaires et helminthes, les virus et les cancers. Enfin, nous verrons les mécanismes que les agents pathogènes pour se défendre, peuvent opposer au système immunitaire (SI).
VII-2.2.1./ Immunité antitoxique et antitoxinique
Les Ac favorisent l'élimination accélérée des substances toxiques en se combinant avec elles et surtout ils les
neutralisent en se liant avec les structures responsables de la toxicité des toxines, notamment des exotoxines : diphtérie, tétanos, botulisme, gangrène gazeuse. Les tests de Shick (diphtérie) et de Dick (scarlatine) sont l'illustration de la neutralisation in vivo des toxines par des Ac.
VII-2.2.2./ Immunité antibactérienne et antichampignons parasites
Les bactéries peuvent avoir, après pénétration dans l'organisme, une localisation extracellulaire ou intracellulaire. Selon celle-ci, les mécanismes immunologiques qui interviennent, seront surtout humoraux dans le premier cas et cellulaires dans le second. L'immunité non spécifique participe aussi à la lutte antibactérienne (
figure I-3).
VII-2.2.2.1./ Immunité non spécifique
*
Barrières mécaniques représentées par la peau, les muqueuses, les épithéliums ciliés et l'action de drainage par les sécrétions telles que les larmes.
* Barrières chimiques de surface (peau et muqueuses) ou du torrent circulatoire : lysosomes, certaines protéines basiques, C-réactive protéine, acides gras, acide chlorhydrique des sécrétions gastriques.
* Barrières phagocytaires (polynucléaires et monocytes). Ces cellules agissent sur les germes après phagocytose en partie grâce à l'activité bactéricide des métabolites de l'oxygène. Quand une bactérie ou un champignon parasite est incorporé dans le phagosome des cellules, une oxydase de la membrane de celui-ci réduit une molécule d'O2 en anion superoxyde O-2 par captation d'un électron et conduit à la production de OH-, O2 activé et H2O2, tous toxiques ou potentiellement toxiques. La fusion avec le lysosome conduit à l'introduction dans la vacuole de peroxyde et d'halogénure (iodure) qui avec H2O2 aboutissent à la synthèse de produits toxiques.
Les autres activités bactéricides dépendent de protéines cationiques, d'enzymes lysosomaux (dont le lysozyme qui digère le peptidoglycane de la paroi bactérienne), et de la lactoferrine (qui capte les ions de fer et en prive les bactéries).
VII-2.2.2.2./ Immunité humorale
Les bactéries selon leur voie de pénétration peuvent induire une réponse Ac soit générale, soit locale au niveau des muqueuses digestives et bronchiques principalement. Dans ces derniers cas, les Ac sont des IgA sécrétoires et accessoirement des IgM sécrétoires. Ces différents Ac vont agir par :
-a-un effet bactéricide en présence de C sur les bactéries à paroi lipidique gram(-) comme dans le phénomène de Pfeiffer pour le vibrion cholérique.
-b-une optimisation de la phagocytose en agissant à différents niveaux. Ainsi, l'agglutination des bactéries ou la précipitation des produits bactériens, en concentrant sous un faible volume les éléments à éliminer, permet à peu de macrophages ou de polynucléaires de capter un nombre élevé de ceux-ci. L'activation du complément jusqu'au C5, par les complexes immuns, libère des facteurs chimiotactiques qui attirent les cellules phagocytaires à l'endroit où elles doivent agir. Enfin, les Ac opsonisants et cytophiles, par l'intermédiaire des récepteurs de surface pour le Fc des Ig, avec ou sans l'aide du C, augmentent la phagocytose des polynucléaires et des macrophages.
-c-inhibition des phénomènes de surface comme l'adhésion du vibrion cholérique aux cellules de l'intestin.
Des mécanismes analogues sont mis en oeuvre contre les champignons mais l'immunité humorale est en général moins efficace que l'immunité cellulaire.
VII-2.2.2.3./ Immunité cellulaire
Les bactéries qui se multiplient principalement dans le cytoplasme des cellules, comme les mycobactéries, les Brucella et les Listeria, sont en grande partie à l'abri de l'action des Ac.
Dans ces situations, le support de l'immunité est cellulaire de type anti-tuberculeux que l'on nomme aussi "
prémunition" ou "immunité de surinfection". Cette protection est assurée par les lymphocytes TH1 en collaboration avec les macrophages. Elle n'est durable qu'à condition que l'agent pathogène persiste vivant dans l'organisme.
Les macrophages de sujets prémunis ont une activité phagocytaire accrue et peuvent après phagocytose du germe l'empêcher de se multiplier dans leur cytoplasme et même le détruire par une augmentation de leur pouvoir bactéricide. Celui-ci est principalement en rapport avec des dérivés toxiques oxygénés (Reactive Oxygen Intermediates : ROI) ou nitrés (Reactive Nitrogen Intermediates : RNI) résultant respectivement de l'intervention de la NADPH oxydase et de la NO synthase (Tableau I-II).
Ce sont les lymphocytes T spécifiques de l'Ag qui entrant en contact avec le germe, vont libérer des lymphokines. L'une d'elles a un effet chimiotactique positif et d'autres un effet activateur sur les macrophages (les
MAF = macrophage activating factors). La production des lymphokines par les lymphocytes T sous l'influence de l'Ag est spécifique.
L'
effet des lymphokines est non spécifique, les macrophages stimulés étant indifféremment actifs sur les bactéries ayant induit la synthèse des lymphokines ou sur des bactéries antigéniquement différentes présentes sur les lieux. Les TCD8+ peuvent aussi intervenir à la fois en détruisant les cellules abritant les bactéries parasites intracellulaires, les rendant ainsi accessibles aux Ac et aux macrophages activés et aussi en produisant une molécule (granulysine) qui lyse directement les bactéries.
VII-2.2.3./ Immunité antiparasitaire (protozoaires et helminthes)
Elle est complexe et moins efficace que les autres immunités. De nombreuses raisons expliquent ce comportement particulier des parasites : mosaïques complexes d'Ag, produits inhibiteurs d'origine parasitaire, variation antigénique sous l'influence de la réaction immune etc... (figure I-4).
VII-2.2.3.1./ Immunité humorale (Les Ac jouent surtout un rôle pour les parasites extracellulaires)
* Ac lytiques en présence de complément (sporozoïtes des plasmodium, trypanosomes, vers intestinaux).
* Ac neutralisants ayant la faculté de protéger les cellules cibles en camouflant le site d'attachement du parasite à la cellule (sporozoites et mérozoïtes des plasmodium, toxoplasmes, trypanosomes).
* Ac inhibant les facultés d'échappement du parasite phagocyté : ils empêchent le passage du parasite de la vacuole dans le cytoplasme ou favorisent la fusion du phagosome et des lysosomes (toxoplasmes, trypanosomes).
* Ac opsonisants (plasmodium, trypanosomes).
* Ac induisant une cytotoxicité Ac-dépendante : ces Ac sont des IgG ou des IgE avec pour cellules effectrices des macrophages (IgG et IgE), des polynucléaires neutrophiles (IgG) et éosinophiles (IgG et IgE) (trypanosomes, shistosomes, trichines et filaires). Les éosinophiles agissent plus sur les larves jeunes de trichines et les macrophages sur les microfilaires.
VII-2.2.3.2./ Immunité cellulaire
Une immunité cellulaire particulière a été décrite au niveau de l'intestin. Ainsi, les cellules T de l'intestin stimulées par les Ag vont produire des
lymphokines accroissant la sécrétion muqueuse des cellules caliciformes de l'épithélium intestinal. Le résultat est une expulsion accélérée hors de l'intestin des parasites (nématodes) grâce au flot de mucus.
VII-2.2.4./ Immunité antivirale (figure I-5)
VII-2.2.4.1./ Immunité non spécifique
Elle fait intervenir les interférons, substances glycoprotéiques capables d'inhiber non spécifiquement la multiplication intracellulaire des virus. La production des interférons de type I est induite par les virus dans les leucocytes (interféron
a) ou les fibroblastes (interféron ß), et celle des interférons de type II (interféron g) par les Ag ou les mitogènes dans les lymphocytes T. L'interféron g ( IFNg) constitue une partie de l'activité MAF.
Les cellules NK représentent également une arme cellulaire non spécifique pour détruire les cellules abritant des virus.
VII-2.2.4.2./ Immunité humorale
-a-
Ac neutralisants : Ils s'opposent au pouvoir infectieux du virus, soit par combinaison avec les sites du virus responsables de sa fixation sur la cellule cible, puis de sa pénétration dans celle-ci (hémagglutinine du virus de la grippe), soit en empêchant la libération du virus à partir de la vacuole qui le contient. Ces Ac ne sont pas actifs sur les virus ayant déjà infecté les cellules. Donc, comme leur apparition en réponse primaire demande plusieurs jours, ils n'ont au maximum qu'un effet de prévention de la dissémination du virus du site de primo-infection à d'autres cellules.
-b- Ac lytiques en présence de C pour des virus à enveloppes lipidiques.
-c- Ac opsonisants : l'effet peut être néfaste en favorisant le parasitisme des phagocytes par le virus.
-d- Ac cytotoxiques pour les cellules hébergeant les virus par activation des voies classique et alterne du complément.
-e- Ac responsables de la cytotoxicité cellulaire dépendant des Ac par l'intermédiaire des cellules K.
VII-2.2.4.3./ Immunité cellulaire
Elle joue un rôle important dans les infections virales. Au cours de l'immunité cellulaire antivirale, comme dans l'immunité cellulaire antibactérienne, interviennent sans doute des mécanismes auxquels participent les macrophages activés. Mais surtout, le substratum de l'immunité cellulaire antivirale est représenté par les lymphocytes T cytotoxiques. Ces derniers lysent les cellules infectées qui expriment des Ag du virus à leur surface. Ces cellules cibles, au moment où elles se lysent, ne libèrent que du virus incomplet non infectieux.
VII-2.2.5./ Immunité anticancéreuse
Les cellules des tumeurs malignes peuvent porter à leur surface soit des Ag qui sont absents sur les cellules correspondantes normales, soit des Ag normaux hyperexprimés ou exprimés de façon anormale. Des réactions immunitaires variées contre ces Ag peuvent jouer un rôle protecteur contre les tumeurs qui présentent ces Ag.
VII-2.2.5.1./ Ag des tumeurs
Ils sont complexes et appartiennent à différentes catégories.
-a- Ag de type 1 : Spécifiques de chaque tumeur, ils sont propres à une tumeur et ainsi plusieurs sarcomes d'un même animal peuvent avoir des Ag de transplantation associés aux tumeurs (TATA) différents. Ils sont absents des tissus normaux et d'autres tissus néoplasiques. Peu immunogènes, Ils n'existent que sur les cellules des cancers chimio-induits expérimentaux. Ces Ag sont les Ag du CMH porteurs de mutations résultant de l'action d'une forte dose d'un cancérigène chimique.
-b- Ag de type 2 : Ils existent sur les mêmes tumeurs d'individus différents mais aussi sur des cellules normales. Il s'agit des Ag oncofoetaux (alphafoetoprotéine des carcinomes hépatiques, Ag carcino-embryonnaires d'intestin, estomac, poumon, pancréas et sein), des Ag de différenciation présents sur les cellules tumorales mais aussi sur des cellules de l'adulte à certains stades de différenciation (Ag TL des leucémies murines et des cellules normales du cortex thymique) et d'Ag normaux peu présents sur les cellules normales, mais hyperexprimés sur les cellules néoplasiques (par exemple : chondroïtine sulfate (high molecular weigh melanoma associated Ag), p97 (mélanotransferrine) et gangliosides des mélanomes). La majorité des Ag des cellules leucémiques paraît correspondre à cette dernière catégorie d'Ag.
-c- Ag viro-induits : ce sont des Ag de virus oncogènes à ADN ou ARN exposés sur la membrane cytoplasmique (rétrovirus, virus à ADN d'Epstein-Barr).
VII-2.2.5.2./ Immunité humorale antitumorale
Des Ac contre les Ag précédents ont été signalés chez les porteurs de tumeurs malignes sauf pour les Ag carcino-embryonnaires qui sont très peu immunogènes. Cependant, l'agressivité de ces Ac envers les cancers n'est pas évidente. En fait, ils pourraient même parfois favoriser leur développement.
VII-2.2.5.3./ Immunité cellulaire
Une cytotoxicité des T peut être mise en évidence au cours de certains cancers. Il s'agit de cellules T cytotoxiques spécifiques d'Ag viro-induits, de TATA ou d'Ag normaux hyperexprimés. En plus, existent normalement des cellules NK (natural killer) qui ont la faculté de lyser certaines cellules tumorales. Activés par l'interleuline 2, ces NK deviennent des LAK (lymphokine activated killers) et ont une activité lytique supplémentaire pour d'autres cellules cancéreuses. Une partie minoritaire des NK et LAK est constituée par des lymphocytes T (voir II-1.4.2.chapitre V).
VII-2.2.6./ Synthèse sur les mécanismes de protection contre les agents pathogènes
Ces mécanismes de protection vont de la non spécificité à la spécificité d'action très étroite. Les armes non spécifiques sont d'abord disposées à la frontière de l'organisme et du milieu extérieur (revêtement cutanéo-muqueux) principalement peau et muqueuses digestive et respiratoire. Il s'agit, comme nous l'avons déjà vu de barrières mécaniques, chimiques et biologiques. Ces mécanismes non spécifiques interviennent également mais plus modestement au sein de l'organisme même.
Les armes spécifiques interviennent plus à l'intérieur de l'organisme qu'à sa périphérie. La spécificité peut être large, ou très étroite.
Les défenses à spécificité large sont relativement plus représentées à la surface que dans l'organisme Il s'agit des T
gd qui reconnaissent des Ag microbiens communs à différents micro-organismes et des Ac de classe IgM (notamment IgM sécrétoires) moins spécifiques que les Ac des autres classes.
Les armements de spécificité beaucoup plus étroite sont les T
aß et surtout des Ac de classe IgG, IgA et IgE de forte avidité qui sont principalement produits en réponse secondaire à des Ag particuliers.
VII-2.2.7./ Stratégie des agents pathogènes pour échapper aux réactions immunitaires
VII-2.2.7.1./
Mécanismes particuliers à chaque type d'agents pathogènes
-a-
Virus
Par des mutations les virus échappent aux effecteurs spécifiques de l'immunité antivirale. Dans le cas du virus de la grippe A, ces mutations sont surtout efficaces quand elles portent sur les Ag de l'hémagglutinine virale plus accessoirement sur ceux de la neuraminidase.
-b- Protozoaires et helminthes
b1/ Mise à l'abri des effets de l'immunité : Ils se mettent à l'abri soit des Ac en se camouflant dans le cytoplasme des cellules qu'ils parasitent (Trypanosoma cruzi, Leishmania et stades intracellulaires des Plasmodium), soit de l'ensemble des défenses de l'organisme en s'enkystant (trichines, amibes).
Les parasites qui pénètrent et persistent dans les macrophages, échappent à la destruction par les enzymes ou les métabolites de l'oxygène (inhibition de la fusion entre la vacuole contenant Toxoplasma gondii ou des Leishmania et les lysosomes ; passage des trypomastigotes de Trypanosoma cruzi des vacuoles dans le cytoplasme ; multiplication de Leishmania dans les vacuoles par résistance aux enzymes des lysosomes), ou bloquent la respiration des macrophages (Toxoplasma gondii).
b2/ Camouflage du parasite par variations antigéniques ou par acquisition d'Ag de l'hôte : Les trypanosomes africains ou les plasmodium ont à leur surface des glycoprotéines antigéniquement différentes d'un variant à l'autre. L'acquisition d'une immunité contre un variant entraîne la disparition de celui-ci et son remplacement par un autre et ainsi de suite.
De plus, les shistosomes peuvent se recouvrir d'Ag des groupes sanguins ou du CMH de l'hôte. Ces Ag camouflent ainsi ceux du parasite.
-c- Bactéries
La capsule bactérienne quand elle existe, gène l'adhésion des bactéries aux phagocytes, puis leur phagocytose. Des bactéries, comme Mycobacterium tuberculosis, empêchent la fusion entre phagosome et lysosome. D'autres soit ont une paroi qui résiste aux enzymes et aux métabolites de l'oxygène, soit neutralisent l'activité de ces substances bactériolytiques. Enfin, certaines sortent des vacuoles de phagocytose pour gagner le cytoplasme des phagocytes où elles se multiplieront et détruiront la cellule hôte.
-d- Cellules cancéreuses
Elles échappent souvent aux effecteurs du système immunitaire bien qu'elles soient immunogènes et qu'il existe une "immunosurveillance" dont le rôle est d'empêcher l'expansion des premières cellules néoplasiques. Cette immunosurveillance dépend surtout des cellules T et/ou des cellules NK et LAK. Ainsi, les souris nude déficitaires en cellules T, ont plus de cancers induits par les oncornavirus et les carcinogènes chimiques que les souris normales de même souche. Les souris "beiges" porteuses d'une mutation qui rend inefficace leurs cellules NK, développent plus de cancers chimiques que les hétérozygotes de la même portée. Cependant, les cellules cancéreuses arrivent à déjouer cette immunosurveillance par différents mécanismes d'échappement :
d1/ Effet de dose : chez des animaux immunisés, la greffe de trop faibles ou de trop fortes doses de cellules néoplasiques conduit au développement d'une tumeur, dans le premier cas par insuffisance de la stimulation antigénique, dans le second par débordement des défenses dû à la trop grande quantité de cellules injectées.
d2./ Modulation antigénique : sous l'influence des Ac, les Ag néoplasiques de membrane disparaissent de la surface des cellules et ne peuvent plus être la cible des effecteurs cellulaires.
d3./ Camouflage antigénique par des molécules naturelles comme la sialomucine qui masque les Ag tumoraux.
d4./ Facteurs bloquants spécifiques : Les Ag tumoraux solubles libérés en grande quantité par la tumeur vont, combinés ou non à des Ac, saturer les récepteurs pour l'Ag des cellules T de l'immunité cellulaire.
VII-2.2.7.2./ Mécanismes communs aux différents agents pathogènes
Les agents pathogènes vont gêner la réponse immune en produisant ou en stimulant la production de substances inhibitrices, actives au niveau inducteur ou effecteur de la réponse immune (toxines bactériennes, interféron viral, produits tumoraux et parasitaires), en faisant apparaître des cellules suppressives T ou macrophagiques (infections virales, parasitoses, cancers) et/ou en détruisant les lymphocytes qu'ils parasitent (virus du SIDA).

VII-2.3./ Réactions immunitaires néfastes responsables des lésions et des désordres physiologiques rencontrés en immunopathologie
Ces réactions englobent aussi bien celles qui sont dirigées contre les Ag étrangers que celles correspondant à des auto-Ag. On peut les diviser en :
* hypersensibilités spécifiques
* lyses cellulaires par action des Ac sur les membranes cellulaires
* biostimulation
* bioneutralisation.
Gell et Coombs regroupent sous le vocable d'antiphylaxie ces différents processus pathogènes.
VII-2.3.1./ Hypersensibilités spécifiques
L'hypersensibilité spécifique acquise vis-à-vis d'un Ag est l'état acquis par un organisme à l'occasion au moins d'un premier contact avec cet Ag et caractérisé par la faculté de réagir de façon plus violente lors de la réintroduction de l'Ag.
Les hypersensibilités se classent en : hypersensibilité humorale en rapport avec des Ac et hypersensibilité cellulaire (type IV de Gell et Coombs) dont le support est le lymphocyte T.
L'hypersensibilité humorale correspond à 2 variétés : l'anaphylaxie (type I de Gell et Coombs) dont les effecteurs ultimes sont des substances médiatrices libérées par les mastocytes et les basophiles, et le phénomène d'Arthus (type III de Gell et Coombs) qui est produit par des complexes Ag-Ac insolubles en excès d'Ac. Il faut rapprocher du phénomène d'Arthus, la maladie par complexes immuns solubles en excès d'Ag, qui obéit à des mécanismes immunopathologiques voisins, mais qui ne nécessite pas un pré-contact avec l'Ag, donc n'est pas une hypersensibilité stricto-sensu.
L'hypersensibilité cellulaire fait intervenir soit des lymphokines libérées en présence de l'Ag par les lymphocytes T, soit des cellules T cytotoxiques. Quand l'Ag est un virus, les T cytotoxiques spécifiques de ce virus peuvent parfois représenter, en l'absence d'effet cytopathogène direct du virus, la seule cause lésionnelle de l'infection aiguë en lysant les cellules qui hébergent les virus.
Ainsi, les lésions dans les hépatites virales B et la chorioméningite lymphocytaire résultent-elles principalement de la réponse immune cellulaire antivirale.
VII-2.3.2./ Lyse cellulaire par action des Ac au niveau de la membrane cellulaire
Les Ac peuvent entraîner la lyse cellulaire soit après activation du C jusqu'à C8C9 (type II de Gell et Coombs), soit avec l'aide des macrophages et des polynucléaires en présence ou non de C, soit enfin grâce aux cellules K en l'absence de C.
VII-2.3.3./ Ac biostimulants
Dans certains cas, les Ac provoquent la stimulation de cellules à activité physiologique importante, comme les cellules thyroïdiennes dont la production d'hormones est augmentée par des auto-Ac antirécepteurs de la TSH.
VII-2.3.4./ Ac bioneutralisants
Ces Ac bloquent l'activité fonctionnelle de molécules ou de cellules : auto-Ac anti-facteur intrinsèque (maladie de Biermer), auto-Ac antirécepteurs de l'insuline (certains diabètes), auto-Ac antirécepteurs de l'acétylcholine (myasthénie).