La réaction d'association entre un Ag et un Ac correspondant
met en jeu des liaisons non covalentes de faible énergie,
permettant la réversibilité de la réaction.
Quatre types de forces sont mises en jeu dans la liaison Ag-Ac
(figure IV-1).
Ce sont, de la plus forte à la plus faible :
* forces
électrostatiques ou ioniques
qui s'exercent entre deux groupements ioniques de charge opposée
; par exemple NH3+ et COO-.
* liaison
hydrogène, entre atomes électropositifs
(hydrogène) et électronégatifs (oxygène,
azote). Elles sont stabilisées par la présence d'eau
et diminuent avec la température.
* liaisons
hydrophobes qui se forment entre des groupements chimiques
hydrophobes, qui repoussent les molécules d'eau.
* forces
de Van der Waals qui s'établissent entre des
groupements présentant des moments électriques dipolaires
instantanés (mouvement des électrons entre deux
molécules). Elles sont très peu énergétiques.
La stabilité de toutes ces liaisons non covalentes est
influencée par les conditions physicochimiques du milieu.
Elle est diminuée par l'augmentation de la température,
de la force ionique, de l'osmolarité et l'abaissement ou
l'augmentation du pH. Toutes ces modifications sont des conditions
qui permettent de dissocier les complexes Ag-Ac.
La réaction Ag-Ac dépend du point de vue thermodynamique de l'affinité : force de liaison entre un épitope et son paratope. Elle est réversible et exothermique libérant de la chaleur (2 à 40KCal.M-1) :
Quand l'Ac présente une très forte affinité pour l'Ag, l'équilibre est déplacé vers la droite.
La loi d'action de masse de la réaction Ag-Ac à l'équilibre permet d'écrire ou la constante d'association est KA :
Inversement la constante de dissociation KD sera définie par la relation :
KA a les dimensions de l'inverse d'une concentration. Elle
est exprimée en litre/mole.
KD a les dimensions d'une concentration. Elle est exprimée
en mole/litre.
Soit M = concentration molaire en Ac
r = nombre moyen de sites Ac liés par molécule d'Ac
r'= nombre moyen de sites Ac libres par molécule d'Ac
C = concentration d'haptène libre à l'équilibre.
n = valence de l'Ac
Les équations peuvent s'écrire :
![]()
r' + r = n = valence de l'Ac.
r' = n - r
L'équation devient :
![]()
puis peut prendre la forme de l'équation
du diagramme de Scatchard.
![]()
or comme n = valence de l'Ac est une constante, r/c est une fonction
de r (figure IV-2)
C = mesure expérimentale de la concentration d'haptène
libre que l'on fait varier pour construire la droite point par
point.
Sont également mesurées la concentration totale
d'haptène dans le compartiment contenant l'Ac (Mr+C) et
la concentration d'Ac (M en mole/litre).
La courbe théorique est une droite qui coupe l'axe des
abscisses en un point qui définit le nombre de paratopes
de l'Ac, donc sa valence (2 par exemple pour les IgG). Sa pente
représente la constante KA.
Lorsque l'Ag est un haptène monovalent, KD peut être
déterminé expérimentalement par une technique
de dialyse à l'équilibre, seuls les haptènes
peuvent franchir la barrière semi-perméable séparant
les 2 compartiments. Les Ac plus volumineux ne peuvent pas diffuser
dans le compartiment (2). A l'équilibre, la concentration
en haptènes libres dans les deux compartiments est la même.
La mesure des quantités d'haptènes en (1) et en
(2) permet de déterminer la quantité d'haptènes
liés aux Ac sur la courbe de Scatchard.
- La valence des Ac (n)
est égale à 2 pour les IgG et 10 ou 5 pour les IgM
selon les systèmes expérimentaux.
- KD varie de 10-7 à 10-13 M/l
- Les courbes expérimentales obtenues avec des Ac produits
par immunisation de l'animal ne sont pas linéaires. Ceci
prouve une hétérogénéité des
Ac spécifiques d'un même Ag. En effet, de tels Ac
sont polyclonaux reconnaissant différents épitopes
sur l'Ag. Les KA sont différents pour chaque épitope
et se répartissent selon une distribution gaussienne, ce
qui permet de définir une constante d'association intrinsèque
moyenne KAo.
Pour les Ac spécifiques d'un déterminant particulier,
le KA mesure l'affinité de ces Ac.
Quand l'Ag n'est pas un haptène monovalent, mais une molécule
portant plusieurs déterminants antigéniques, il
est impossible de définir une constante d'association.
On utilise alors le terme d'AVIDITE pour caractériser la
propriété des Ac d'un sérum de se fixer plus
ou moins fortement à l'Ag. Cette avidité dépend
de l'affinité des Ac pour chaque déterminant mais
croît aussi avec le nombre de liaisons de l'Ac avec l'Ag
par exemple 2 pour les IgG mais 5 pour l'IgM et le nombre de molécules
d'Ac par molécule d'Ag. Le terme d'AFFINITE
est réservé aux constantes KA.
II-
PRINCIPES GENERAUX DES TECHNIQUES
Les réactions Ag-Ac sont mises en oeuvre, soit pour détecter et titrer
les Ac ou doser les Ag,
soit pour déterminer les effets
biologiques des Ac. Les méthodes suivantes permettent
de les révéler :
* Les méthodes
primaires permettent de montrer la fixation de
l'Ac sur l'Ag indépendamment des phénomènes
physiques, biochimiques ou biologiques provoqués in vitro
par l'apparition du complexe Ag-Ac.
* Dans les méthodes
secondaires, la fixation de l'Ac sur l'Ag est révélée
par l'étude des variations des propriétés
physiques, biochimiques ou biologiques provoquées in vitro
par la formation du complexe Ag-Ac.
Les tests radio-immunologiques (tests RI) en phase solide ou en
phase liquide type test de Farr, immuno-enzymatiques (ELISA=Enzyme
Linked Immuno Sorbent Assay et immunoblot) et d'immunofluorescence
(IF) sont parmi les réactions primaires les plus
utilisées pour apprécier qualitativement et quantitativement
les Ac d'un sérum.
La précipitation en milieu gélifié (immunodiffusion
en plaques d'OUCHTERLONY, électrosynérèse)
et l'agglutination conditionnée sont des réactions
secondaires souvent appliquées à la détection
des Ac.
* Les méthodes
tertiaires analysent la conséquence biologique
de la réaction Ag-Ac soit in vivo, soit parfois in vitro
sur des préparations cellulaires ou tissulaires. Elles
font intervenir les caractéristiques propres de l'individu.
Nous indiquerons dans ce qui suit non seulement les principes
des méthodes utilisées pour la recherche des Ac,
mais également des méthodes immunologiques servant
aux dosages de certains Ag.
II-1.
Les réactions primaires
La liaison de l'Ac à l'Ag est objectivée par différentes
méthodes utilisant le marquage direct des Ac ou des Ag
ou celui indirect des Ac particulièrement par l'intermédiaire
d'anti-Ig marquées dirigées contre ces Ac (c'est
ce dernier procédé qui est généralement
employé pour la mise en évidence des auto-Ac). Les
Ag marqués permettent de localiser les Ac là où
ils se trouvent et les Ac marqués servent à identifier
in situ les Ag et à effectuer des dosages d'Ag ou d'Ac
(sérum anti-immunoglobulines marquées).
II-1.1./
Marquages des Ac ou des Ag
II-1.1.1./
Marquage par un isotope radioactif (RA*)
Il existe deux types de marquage : in vivo et in vitro.
-a- Marquage in vivo
Par adjonction de précurseurs contenant des isotopes radioactifs
(acides aminés, sucres, bases, etc...) à des cultures
cellulaires ou bactériennes. Cela permet d'obtenir des
molécules biologiques radiomarquées (RA*) non modifiées
dans leur conformation ayant donc une grande identité de
propriétés biochimiques et biologiques avec la molécule
"naturelle" en particulier pour les propriétés
immunologiques (Ag ou Ac).
-b-
Marquage in vitro
* Par
remplacement d'un des atomes "naturels" de la molécule
par un isotope RA* tel que le tritium ou le phosphore 32.
Ainsi le tritium est introduit dans une molécule par réaction
d'échange isotopique en incubant les molécules biologiques
à marquer dans un milieu contenant du tritium (3H) . Dans
des conditions physicochimiques définies, certains atomes
d'hydrogène de la molécule seront spontanément
échangés contre des 3H du milieu. Le temps de la
réaction est long (plusieurs jours). Par ailleurs, la réaction
inverse (échange de 3H contre 2H) peut se produire au cours
de la conservation ou au cours des réactions ultérieures.
* Par
introduction d'un atome nouveau RA* comme dans le marquage par
l'iode 131 ou 125 :
L'iode est fixé artificiellement sur l'Ag ou l'Ac, principalement
au niveau des résidus tyrosine des protéines (radical
aminé) en faisant apparaître dans le milieu réactif
des ions I+ qui se substituent aux H des molécules à
marquer. Cependant la réaction d'oxydoréduction
et la taille de l'atome d'iode peuvent altérer suffisamment
les protéines pour modifier leurs propriétés
antigéniques toutefois l'activité spécifique
est supérieure à celle obtenue avec le tritium.
* Par
"Nick Translation" (coupure-substitution) des acides
nucléiques :
La méthode consiste en l'introduction de radionucléotides
dans la séquence d'un ADN par exemple. Des entailles pratiquées
dans l'ADN par la DNAse I permettent de remplacer les nucléotides
froids qui étaient dans ces zones par des nucléotides
chauds grâce à une réaction catalysée
par l'ADN polymérase I.II-1.1.2./ Marquage par une enzyme
II-1.1.2.1/
Les applications de l'immuno-enzymologie
Introduite en 1966 par Avraméas et Uriel d'une part et
par Nakane et Pierce d'autre part, l'immunoenzymologie s'est développée
dans deux voies :
- une voie immunophysiologique : Les Ac anti-enzyme forment
en présence de l'enzyme des complexes qui peuvent conserver
l'activité catalytique de l'enzyme. Dans ce cas l'enzyme
est à la fois l'Ag et le marqueur. On peut donc immuniser
des animaux avec des enzymes et se servir des mêmes enzymes
pour localiser les Ac dans les cellules, sur les immuno-électrophorèses
ou sur d'autres supports des Ac.
- une voie analytique : Dans ce deuxième groupe
d'applications, l'enzyme est utilisée comme marqueur par
association à l'aide de liaisons covalentes ou non avec
l'Ag ou l'Ac . L'agent chimique de couplage entre l'enzyme d'une
part et l'Ag ou l'Ac d'autre part, ne doit pas modifier de façon
notable l'activité de l'une ou de l'autre.
II-1.1.2.2/
Méthodes de couplage
Les méthodes de préparation des conjugués
utilisent différents agents de couplage :
-a- couplage par
le glutaraldéhyde
Le glutaraldéhyde est un aldéhyde dont les fonctions
CHO se lient aux groupements aminés des lysines de l'enzyme,
l'Ac ou l'Ag. 
Cette méthode est plus particulièrement utilisée
pour le marquage à la peroxydase.
-b-
Couplage par la dimaléimide
Les groupements imides réagissent avec les groupements
thiols (-SH) des protéines (Ag ou Ac) et avec ceux de l'enzyme.
Cette méthode est surtout utile au couplage avec la glucose-oxydase.
En cas d'absence de groupements thiols sur la molécule
à marquer, on utilise le monomaléimidobenzoyl N-hydroxy-succinimide-ester
dans lequel une fonction maléimide est remplacée
par la fonction N-hydroxy succinimide-ester qui réagit
avec les groupements -NH2.
-c-
Couplage par le toluène 2-4-di-isocyanate

Il existe d'autres méthodes de couplage entre une enzyme
et un Ag ou un Ac, faisant intervenir des liaisons non covalentes.
II-1.1.2.3/
Enzymes utilisées comme marqueurs et leur substrat
-a-
Peroxydase du Raifort
L'enzyme déplace l'O natif d'un peroxyde (généralement
H202).
* En microscopie électronique,
l'O natif est révélé par la polymérisation
de la 3-3' di-aminobenzidine qui devient alors insoluble, dense
aux électrons et se dépose sur le lieu de la réaction.
* En microscopie optique,
l'O natif peut être révélé soit par
la benzidine qui forme en sa présence un précipité
brun, soit par le nitroprussiate de fer qui donne alors un précipité
bleu. Dans ces méthodes de microscopie, le substrat en
présence de l'enzyme doit conduire à un composé
insoluble qui reste en place pour permettre l'observation.
* Dosage immuno-enzymatique
en phase hétérogène : l'O natif libéré
du peroxyde par l'activité catalytique de l'enzyme est
révélé par un changement de coloration d'un
réactif sensible. Contrairement aux méthodes de
microscopie, le réactif révélateur doit rester
soluble pour permettre un dosage colorimétrique.
-b- Phosphatase alcaline
d'Escherichia coli
Elle a les mêmes applications que la peroxydase. Le substrat
habituel est un ester phosphate de ß naphtol transformé
en ß naphtol que l'on révèle au cours de la
réaction ou le paranitrophényl phosphate (PNPP donne
PNP), soit avec un sel de di-azonium (précipité
rouge visible en microscopie optique), soit avec un sel soluble
de plomb (précipité noir opaque aux électrons
et détectable en microscopie électronique), soit
avec un ester phosphate qui change de coloration sous l'action
de l'enzyme pour les dosages en phase hétérogène.
-c-
Glucose oxydase d'Aspergillus niger
En présence de glucose et de l'oxygène de l'air,
l'enzyme conduit à l'eau oxygénée (ou peroxyde
d'hydrogène) et à l'acide gluconique.
* En microscopie électronique,
la révélation se fait par action de la peroxydase
du Raifort sur H202.
* Pour la microscopie optique,
la réaction est révélée par un sel
de tétrazonium qui forme alors un précipité
bleu.
* Dosages immunoenzymatiques
en phase solide, l'utilisation d'un substrat changeant de couleur
sous l'action catalytique de l'enzyme permet d'effectuer un dosage
colorimétrique.
II-1.1.3./
Marquage par un fluorochrome
Ce type de marquage permet de réaliser des réactifs
utilisés en immunocytochimie,
immunohistochimie et cytométrie de flux. Morak en
1936 montre que la fixation d'un colorant sur une Ig ne modifie
pas ses propriétés Ac. Coons et Kaplan fixent un
composé fluorescent (fluorochrome) sur une Ig sans en modifier
les propriétés immunologiques et appliquent leur
méthode dès 1942 pour localiser les pneumocoques
dans les organes de la souris.
II-1.1.3.1./ Fluorescences
et fluorochromes
Les fluorochromes sont des substances capables, quand elles reçoivent
un rayonnement incident d'une certaine longueur d'onde, de réémettre
lors de leur désexcitation électronique une radiation
thermique (IR) et une radiation de longueur d'onde supérieure
à la longueur d'onde du rayonnement d'excitation (figure IV 3).
Dans la pratique, on utilise des fluorochromes qui absorbent l'énergie
des radiations émises par des lampes à vapeur de
mercure ayant un rayonnement intense sur les longueurs d'ondes
du visible et de l'ultraviolet, et qui re-émettent dans
le visible à une longueur d'onde supérieure. Le
résultat est un marquage lumineux sur un fond de préparation
noir, ce qui augmente considérablement la sensibilité
de la méthode.
Les fluorochromes les plus utilisés et la couleur de leur
fluorescence sont :
-Isothiocyanate de fluorescéine
= fluorescence verte
-phycoérythrine = fluorescence
rouge.
-isothiocyanate de rhodamine, acide sulfonique
de rhodamine et rouge Texas = fluorescence rouge-orangé,
-acide sulfonique du 1 diméthyl
aminonaphtalène = fluorescence rouge.
Actuellement d'autres fluorochromes se développent.
II-1.1.3.2./ Méthode
de marquage
Ces fluorochromes se couplent spontanément aux protéines
à pH alcalin grâce à leur fonction isothiocyanate
ou acide sulfonique.
La qualité du conjugué obtenu peut être appréciée
par la détermination du rapport molaire F/P (fluorochrome/protéine)
qui varie expérimentalement de 1 à 22. Les bons
conjugués ont un rapport F/P compris entre 1,5 et 4. Pour
un F/P < 1,5 la fluorescence est faible. Pour un F/P> 4
la fluorescence est trop importante ce qui entraîne un risque
de fluorescence non spécifique.
II-1.1.4./ Autres
marqueurs utilisés en immunologie ou dans les dosages immunologiques
II-1.1.4.1./ Marqueurs utilisés dans
les immunodosages
- Les bactériophages, en particulier les coliphages, sont
utilisés dans des réactions d'inhibition de la lyse
bactérienne.
- Les radicaux libres : marquage par le radical nitreux. La fixation
des Ac sur la protéine portant le radical nitreux ou l'haptène
marqué se traduira par une diminution considérable
de l'amplitude du spectre de résonance du spin électronique
(figure IV-4).
II-1.1.4.2./
Marqueurs utilisés en immunocytologie
Les Ac marqués à l'or ou à la ferritine permettent
de faire des études en immunomicroscopie électronique.
II-1.2./
Méthodes faisant appel à des Ac ou à des
Ag marqués
II-1.2.1./
Immunodosages des Ag ou des Ac par des techniques en phase
hétérogène
La phase est hétérogène parce qu'il faut
isoler les complexes Ag-Ac formés des Ac ou Ag restés
en solution.
II-1.2.1.1./ Tests
compétitifs
Ces tests utilisent l'inhibition compétitive par un Ac
non marqué (il s'agit souvent d'un Ac monoclonal ou d'un
mélange d'Ac monoclonaux) de la liaison entre un Ac marqué
à un Ag correspondant. Le test que nous décrirons
est appliqué au dosage de l'Ac mais peut être adapté
à celui de l'Ag. L'Ac non marqué (Aco) et l'Ac marqué
(Ac*) se fixent à l'Ag dans les proportions de leur mélange.
La quantité du complexe Ac*-Ag diminue au fur et à
mesure qu'augmente la quantité d'Aco dans le milieu.
Une courbe étalon établie avec des quantités
connues et croissantes d'Aco pour une même quantité
connue et constante d'Ac*, permet par simple report de connaître
une quantité inconnue d'Aco contenue dans un liquide biologique
(figures IV-5 et IV-6).
La mesure de la radio-activité du complexe Ac*-Ag ne peut
être faite qu'après élimination de la fraction
Ac* libre. Les méthodes pour séparer le constituant
libre et le constituant lié dans le complexe Ag-Ac sont
nombreuses et font appel à différentes techniques
:
-Ultracentrifugation,
-Migration dans un champ électrique
: électrophorèses sur papier, sur acétate
de cellulose, en gel de polyacrylamide,
-Dialyse pour les haptènes de
petit poids moléculaire,
-Adsorption de l'Ag libre sur un support
solide : silicates (kaolin, talc), dextran, charbon
de bois, cellulose, résines échangeuses d'ions,
-Précipitations :
* soit immunologique (méthode
du double Ac) : le complexe Ag-Ac est précipité
par un sérum anti-gammaglobuline;
* soit physico-chimique
: par les solvants organiques (alcools...), le sulfate d'ammonium
à demi-saturation (Test de Farr),
la protéine A du staphylocoque;
* soit fixation
de l'Ag sur un support solide : c'est la méthode la
plus développée actuellement de par sa simplicité
et sa rapidité de mise en oeuvre.
Les dosages immunologiques par compétition sont réalisés
principalement avec les isotopes radioactifs et les enzymes comme
marqueurs.
II-1.2.1.2./ Tests
non compétitifs
Dans ces tests, l'Ag (ou l'Ac) est fixé à un support
solide (billes, tubes, plaques pour microtitration en polystyrène,
verre, etc..., ou bandelettes de nitrocellulose le plus souvent,
mais des membranes de polyvinylidène difluoride ou de nylon
peuvent aussi être utilisées). Dans le premier temps
de la réaction, le liquide biologique à tester,
contenant les Ac (ou les Ag), est mis en contact avec le support
"sensibilisé" qui est ensuite lavé. Dans
un deuxième temps, les Ac (ou les Ag) qui se sont fixés,
sont révélés par l'addition d'un second Ac
marqué : soit par un isotope radioactif pour les radio-immuno-assays
(RIA), soit par une enzyme pour l'enzyme
linked immuno sorbent assay (ELISA) ou pour l'immunoblot, soit
par un fluorochrome pour la fluorimétrie. Après
lavage, l'activité résiduelle est mesurée
par un système adéquat spécifique du marqueur
(compteur de désintégration, substrat de l'enzyme
et spectrophotomètre, fluorimètre...) (figure
IV 7a).
Pour l'immunoblot,
dans un premier temps, un mélange complexe d'Ag (par exemple
extrait nucléaire) est séparé par électrophorèse
en dodécyl sulfate de sodium sur gel de polyacrylamide,
en ses différents constituants selon leur Mr. Ces molécules
sont ensuite électrotransférées sur une feuille
de nitrocellulose qui découpée en bandelettes sera
incubée avec le liquide contenant les Ac. Enfin la réaction
Ag/Ac est révélée, le plus souvent, par un
conjugué marqué par une enzyme (réaction
colorée), par l'or (réaction colorée) ou
radioactif (autoradiographie) (figure
IV-7b). Les principes des différentes étapes
permettant la réalisation d'immunoblots sont détaillés
ci-dessous :
-a- Electrophorèse
monodimensionnelle en présence de dodécyl sulfate
de sodium (SDS)
L'électrophorèse permet de séparer un mélange
protéique par la migration de ces constituants sous l'effet
d'un champ électrique. Effectuée sur un support
en gel de polyacrylamide et en présence de dodécyl
sulfate de sodium, elle sépare les protéines en
fonction de leur poids moléculaire.
* Gel
de polyacrylamide
Un gel de polyacrylamide s'obtient par polymérisation
de monomères d'acrylamide (CH2=CH-CO-NH2) et de son comonomère N, N' méthylène
bisacrylamide (CH2=CH-CO-NH-CH2-NH-CO-CH=CH2). La formation de polymères est due
à l'ouverture des doubles liaisons des monomères
d'acrylamide. Cette polymérisation est initiée
chimiquement par le persulfate d'ammonium combiné au N-N-N'-N'-tétra-méthylène-diamine
(TEMED). Ce dernier catalyse la formation de radicaux libres
sur le persulfate qui, sous cette forme, initie la polymérisation.
La concentration en acrylamide détermine la longueur moyenne
des chaînes, et la teneur en bisacrylamide le degré
de réticulation. Un gel se définit par ces 2 paramètres:
- T = quantité totale d'acrylamide et de bisacrylamide
pour 100ml de solution
- C = proportion relative de bisacrylamide par rapport à
T
Ces valeurs permettent de contrôler la porosité
des gels. Plus T est élevé, moins la porosité
est importante et plus le gel aura un effet filtrant sur les
protéines qui le traversent.
Il existe deux types de gels. Les gels à concentration
constante en polyacrylamide et les gels à concentration
variable, continu d'une extrémité à l'autre
(gradient). Ces gels sont inertes chimiquement et électriquement,
transparents, plastiques et présentent un courant d'électro-endosmose
très faible.
* Migration
sur système multiphasique
Ce système utilise l'effet combiné d'un système
discontinu de tampons (de force ionique et de nature d'ions différents)
et de deux gels superposés, l'un de faible concentration
en polyacrylamide où commencent à migrer les protéines
et où elles se concentrent, et l'autre de forte concentration
où elles vont se séparer.
* Préparation
des échantillons
Le but de ce type d'électrophorèse est d'obtenir
une séparation des protéines selon leur Mr. L'encombrement
stérique à l'origine de l'effet filtrant est fonction
du Mr et de la forme de la molécule. Par l'intermédiaire
d'un détergent anionique, le dodécyl sulfate de
sodium (SDS), on supprime l'effet de la charge et de la forme
de la protéine. En effet, par sa très forte affinité
pour les protéines où il se lie par liaisons hydrophobes,
le SDS va conférer une charge électrique constante,
largement supérieure à la charge intrinsèque
de la protéine. Toutes les protéines vont donc
apparaître identiquement chargées. De plus, par
son effet détergent, le SDS dénature les protéines
qui vont prendre une forme en bâtonnet, en faisant disparaître
leur configuration spatiale. Du SDS est également ajouté
dans le tampon du gel afin de maintenir ces modifications lors
de la migration. La dénaturation est complétée
par le chauffage à 100C de la solution de l'échantillon.
Outre le SDS, cette solution comporte du 2-mercapto-éthanol
(ME) et du glycérol. Le ME dissocie les ponts disulfures
en réduisant les liaisons disulfures. Les sous-unités
reliées par ce type de liaison migreront indépendamment
les unes des autres. La comparaison de migrations effectuées
avec ou sans traitement au ME permet de savoir si une protéine
est composée de sous-unités reliées par
des ponts disulfures. Le glycérol confère à
la solution d'échantillon une forte densité, la
mettant en contact avec le gel et lui permettant de ne pas se
diluer dans le tampon lors du dépôt. De la pyronine
est ajoutée comme marqueur du front de la migration.
* Détermination du Mr après
SDS-PAGE
Il existe une relation directe entre leMr et la mobilité
d'une protéine. Le logarithme de son Mr est proportionnel
à sa mobilité relative, c'est à dire au
rapport, entre la distance de sa migration à la distance
de migration d'un marqueur du front de migration, comme la pyronine.
Mais l'étendue de la linéarité dépend
de la concentration T du gel. A l'aide de protéines standards,
une courbe d'étalonnage est établie. La précision
de cette méthode est de l'ordre de 10%.
* Coloration des gels
Les protéines sont fixées dans le gel par de l'acide
acétique. La forme anionique des molécules de colorant
réagirait par liaisons électrostatiques avec les
protéines, mais aussi par des forces de Van der Waals
et interactions hydrophobes. Le colorant se fixe surtout sur
les résidus arginine, mais aussi histidine, lysine, tyrosine,
tryptophane et phénylalanine. Le nombre de molécules
de colorants fixées à chaque molécule de
protéine est proportionnel au nombre de charges positives
de la protéine.
-b-
Electrotransfert
La technique du transfert électrophorétique des
protéines a été introduite pour la première
fois par TOWBIN. Les protéines séparées
par électrophorèse sont transférées
sur une membrane par l'intermédiaire d'un courant électrique.
Les protéines se fixent par liaisons hydrophobes et électrostatiques
sur une membrane en nitrocellulose et uniquement par liaisons
électrostatiques s'il s'agit d'une membrane nylon. Sur
cette membrane, les antigènes peuvent être révélés
par les anticorps contenus dans les sérums par des techniques
radio-immunométriques ou immuno-enzymatiques. La combinaison
du pouvoir de séparation de l'électrophorèse
et la grande sensibilité de l'immunodétection fournissent
un outil performant pour l'étude du couple antigène-anticorps.
-c- Immunoblot
L'immunoblot permet la détection immunologique, immuno-radiométrique
ou immuno-enzymatique des protéines transférées
sur une membrane. Les sites membranaires non occupés par
des protéines sont bloqués par la fixation de lait
écrémé en poudre, délipidé.
L'utilisation d'un détergent, le Tween 20 concourt au
blocage des sites d'absorption libres sur la feuille. La détection
des anticorps fixés est réalisée par un
anticorps conjugué à la peroxydase ou à
l'or.
L'immunodot est
une variante de l'immunoblot. L'électrophorèse est
remplacée par une adsorbtion des Ag ou Ac sur une membrane
de nitrocellulose (ou autres) sous forme de spots. Ensuite, l'immunodétection
s'effectue selon le même protocole que celui utilisé
pour l'immunoblot.
La radio-immunoprécipitation
fait appel à des Ag marqués par un radio-isotope
présents dans un mélange complexe de molécules
que l'on met en contact avec le serum à tester. Les Ig
sont alors précipitées à l'aide d'Ac anti-Ig,
puis une électrophorèse en SDS-PAGE est effectuée
avec le précipité. Si ce dernier contient l'Ag (donc
si l'Ac se trouvait dans le sérum), une autoradiographie
le révèle. Cette méthode est surtout employée
pour identifier un Ag reconnu par un Ac déterminé.
II-1.2.2/ Méthodes
immunohistologiques ou immunocytologiques
Ces méthodes consistent à étudier les Ag
(ou les Ac) présents sur ou dans une cellule, dans un tissu
ou une culture cellulaire par la liaison des Ac (ou des Ag) correspondants
préalablement marqués.
Les marqueurs utilisés sont :
* Les enzymes
et principalement la peroxydase (microscopies optique et électronique).
* Les fluorochromes
(microscopie optique à fluorescence)
* Les isotopes
radioactifs (microscopies électronique et optique
: révélation par autoradiographie).
* Le fer
(microscopie électronique : ferritine).
* Les particules
d'or (microscopies optique et électronique).
On peut utiliser ces marqueurs dans plusieurs types de techniques
: réation directe, réaction indirecte, réaction
en sandwich et méthode utilisant des Ac anticomplément
(figure IV-7c).
Les réactions d'immunofluorescence et d'immunoperoxydase
indirectes (IFI et IPI) se prêtent bien à
une estimation de la concentration des Ac (ou des Ag) présents
dans un liquide biologique mis en contact au cours du premier
temps de la réaction, pour cela il suffit de déterminer
la dilution la plus élevée qui permet d'obtenir
encore une activité peroxydasique ou une fluorescence positive.
Cette concentration est exprimée de façon semi-quantitative
par le titre en Ac qui est l'inverse de la dilution limite. Ex
: si la dilution limite est la dilution au 1/4096 du sérum
dans un tampon approprié le sérum sera dit "positif
avec un titre de 4096". Ce sont des réactions très
utilisées pour détecter les auto-anticorps et apprécier
leur concentration.
II-2.
Réactions secondaires
II-2.1./ Immunodosages
des Ag ou des Ac par des techniques en phase homogène
Dans ces tests l'Ac en se fixant sur l'Ag (le plus souvent un
haptène) modifie de façon sensible l'activité
du traceur. La variation de celle-ci révèle ainsi
la fixation de l'Ac sur l'haptène. L'Ac intervient comme
effecteur sur la réaction de révélation du
marqueur ce qui supprime l'étape intermédiaire de
séparation.
Les principaux marqueurs utilisés sont décrits ci-dessous.
II-2.1.1./ Les
radicaux avec électron impair
La fixation de l'Ac sur l'haptène marqué par exemple
par le radical nitreux, se traduit par une stabilisation du spin
de l'électron (figure IV-4).
II-2.1.2./ Les enzymes (le lysozyme,
la G6PD, la malate déshydrogénase...)
Dans un premier groupe de dosages, les Ac inhibent l'activité
de l'enzyme, soit en empêchant l'accès du substrat
au site actif de l'enzyme, soit en déformant le site actif
ce qui le rend inopérant.
Dans un second groupe de dosages soit les molécules de
l'échantillon à tester déplacent les molécules
marquées de leur site de fixation sur l'Ac libérant
ainsi l'activité enzymatique qui peut alors être
révélée par le substrat approprié,
soit la fixation de l'Ac sur l'haptène marqué par
une enzyme lève l'inhibition exercée par l'haptène
sur l'enzyme.
II-2.1.3./ La réaction d'extinction
de la fluorescence (fluorescence quenching)
Les protéines telles que les Ig excitées par une
énergie lumineuse de longueur d'onde 290 nm (ultraviolet)
émettent une énergie lumineuse à 345 nm.
L'interaction des Ac avec un haptène modifie ce phénomène,
soit en supprimant la fluorescence, soit en la décalant
vers une autre longueur d'onde. En pratique, la mesure se fait
en présence de quantités variables d'haptènes.
II-2.2./ Dosage immunologique
en couche mince (thin layer immunoassay)
Le fond des boîtes de Pétri en polystyrène
est recouvert par adsorption d'une couche de molécules
de capture (Ag ou Ac), puis d'une couche mince de gélose.
Dans cette dernière sont creusées des cupules remplies
soit de l'Ac, soit de l'Ag. Dans le cas où des Ac sont
introduits dans les cupules, on y rajoute en général
un sérum anti-Ig. Après élimination de la
gélose, les boîtes sont renversées pendant
1 minute au-dessus d'un récipient d'eau à 56°C.
Comme les complexes immuns sont hydrophiles, à l'endroit
où ils se trouvent une zone de condensation en grosses
gouttelettes se forme permettant de les localiser. Cette zone
est d'autant plus large qu'il y a plus d'Ac (ou d'Ag). Cette méthode
a été appliquée au diagnostic sérologique
des infections herpétiques.
II-2.3./
Immunoprécipitation
Elle fait intervenir des Ag et des Ac en solution.
Les Ag porteurs de plusieurs sites antigéniques mélangés
aux Ac correspondants ayant au moins 2 sites Ac (les Fab ne sont
jamais précipitants) peuvent former un réseau tridimensionnel
qui précipite. La quantité de précipité
varie avec les proportions relatives des réactifs. En excès
d'Ag, il n'y a pas de précipité, le CI est soluble.
Dans certains systèmes (Ag présentant peu de déterminants
antigéniques, sérum humain ou de cheval), il y a
également absence de précipitation en excès
d'Ac, bien qu'en règle générale les CI en
excès d'Ac soient précipitants.
Dans des conditions expérimentales particulières,
il n'y a pas de précipitation bien que l'Ag et l'Ac soient
multivalents. Il peut s'agir soit d'Ac de faible avidité
dont les deux sites Ac (ou plus) ne sont pas fixés en même
temps sur des molécules d'Ag différentes (le réseau
est alors instable), soit au contraire d'Ac de forte avidité
dont les deux sites Ac (ou plus) sont fixés sur 2 sites
antigéniques voisins de la même molécule d'Ag
: liaison monogame (la formation du réseau est alors impossible)
(figure IV-8).
Deux méthodes sont pratiquées pour détecter
les Ac précipitants : l'immunoprécipitation en milieu
liquide et l'immunoprécipitation en gel.
II-2.3.1./ Immunoprécipitation
en milieu liquide - Néphélométrie ou turbidimétrie
On mélange dans des tubes à hémolyse les
solutions d'Ag et d'Ac dans des proportions variables pour avoir,
au moins, dans quelques tubes les conditions de formation du réseau
et une précipitation. La quantité de précipité
peut être appréciée de façon pondérale,
ou par le contenu en azote (méthode de Heidelberger et
Kendall), ou par la quantité d'Ag (ou d'Ac) marqué
ou repérable par une propriété propre à
l'Ag (figure IV-9).
La méthode néphélométrique permet
de détecter facilement la formation de CI insolubles car
ceux-ci provoquent une augmentation de la turbidité du
milieu réactionnel que l'on peut mesurer par le néphélomètre
à rayon Laser. La lumière est d'autant plus diffractée
que le précipité est dense (méthode très
sensible et très reproductible). On travaille habituellement
en excès d'Ac.
Une variante de la précipitation en milieu liquide est
représentée par le test de l'anneau où l'on
introduit dans un tube étroit d'abord une solution d'Ac
(ou d'Ag) puis, par-dessus, et sans mélanger une solution
d'Ag (ou d'Ac) (figure IV-10).
II-2.3.2./ Immunoprécipitation
en milieu gélifié
C'est une technique où Ac et Ag diffusent dans le milieu
gélifié.
La précipitation est obtenue dans la région du gel
où Ag/Ac se trouvent dans des proportions permettant la
formation du réseau.
II-2.3.2.1./ Technique
historique d'immunodiffusion en tube de Oudin
Elle n'est pratiquement plus utilisée. Elle consiste à
couler dans un tube une solution d'agar en surfusion (45C) contenant
un antisérum et de déposer sur l'agar après
gélification une solution d'Ag qui diffusera dans le gel
formant un gradient de concentration. La précipitation
a lieu au niveau du front de diffusion (figure
IV-11) à l'endroit où les concentrations
en Ag et Ac correspondent à la zone d'équivalence.
II-2.3.2.2./ Immunodiffusion
(ou double diffusion) en plaque d'Ouchterlony
L'agar est coulé soit en boîte de Pétri, soit
sur lames de verre et ne contient initialement ni Ag ni Ac.
Dans un deuxième temps, des puits creusés dans le
gel servent de réservoirs les uns pour des solutions d'Ag
et les autres pour des sérums immuns. A partir de ces réservoirs,
les réactifs diffusent l'un vers l'autre librement dans
le gel et la précipitation a lieu au niveau de la zone
d'équivalence (figure IV-12).
Outre sa simplicité, cette technique a l'avantage de permettre
de comparer le comportement de plusieurs immuns sérums
vis-à-vis d'un Ag et inversement. C'est ainsi qu'ont pu
être définies entre 2 Ag (ou plus) des réactions
d'identité, d'identité partielle, et de non identité
(figure IV-13). La réaction
de semi-identité se traduit par la formation d'un éperon
en immunodiffusion radiale et correspond à la situation
où les 2 Ag, bien que différents, possèdent
en commun un même déterminant (1) et au moins un
épitope différent (2 ou 3). L'Ag (1-2) est précipite
par les Ac (1). Les Ac (2) diffusent pour leur propre compte,
croisent la ligne de précipitation et réagissent
avec le déterminant (2) de l'Ag (1-2). La concavité
de l'arc de précipitation est dirigé vers le réactif
qui a le Mr le plus grand et qui par conséquent diffuse
le moins facilement dans le gel.
II-2.3.2.3./ Immunodiffusion
radiale simple de Mancini
C'est l'équivalent sur plaque de l'immunodiffusion en tube
de Oudin. L'antisérum est préalablement incorporé
au gel en surfusion et coulé en boîte de Pétri
ou sur une plaque de verre. Après refroidissement, des
puits sont creusés dans le gel. Dans chaque puits est déposée,
sous un volume constant, une des dilutions successives d'un Ag.
L'Ag diffuse et précipite au niveau des zones d'équivalence
avec l'antisérum contenu dans le gel sous la forme d'un
cercle opaque dont le diamètre est proportionnel à
la concentration d'Ag déposée dans le puits correspondant
(figure IV-14).
L'établissement d'une courbe étalon (figure
IV-15) à partir de solutions contenant des concentrations
connues et croissantes d'Ag permet de préciser la concentration
d'une solution inconnue du même Ag par la simple mesure
du diamètre du cercle de précipitation. Cette méthode
est éventuellement applicable aux Ac.
II-2.3.2.4./ Immunoélectrophorèse
(figure IV-16).
-a- Immunoélectrophorèse
type
Dans un premier temps, les molécules antigéniques
sont séparées grâce à leur différence
de mobilité dans un champ électrique. Dans un deuxième
temps, lorsque la séparation est jugée suffisante,
un antisérum est placé dans une rigole parallèle
au sens de migration des Ag. Ag et Ac diffusent librement dans
le gel et donnent des arcs de précipitation selon le même
principe que l'immunodiffusion d'Ouchterlony. Cette technique
est hautement discriminative et a permis la mise en évidence
de plus de 30 molécules antigéniques différentes
dans le sérum humain en utilisant comme Ac un sérum
animal antisérum humain. Par ailleurs, elle se prête
à une étude semi-quantitative des concentrations
d'Ag et permet de préciser la classe et la sous-classe
des Ig monoclonales.
-b- Variantes de
l'immunoélectrophorèse
L'immunoélectrophorèse telle qu'elle vient d'être
décrite est la technique initiale de Grabar et Williams.
Il en existe deux variantes proposées par Laurell.
* Electrophorèse croisée
: Le premier temps est une électrophorèse de la
solution d'Ag. Puis la bande de gel qui contient les différentes
fractions antigéniques séparées, est découpée
et placée sur une plaque de gel qui contient l'antisérum.
Un nouveau champ électrique est appliqué perpendiculairement
à la bande découpée. Les Ag migrent de la
bande dans la nouvelle plaque contenant l'antisérum et
font apparaître une zone de précipitation au niveau
des zones d'équivalence. L'allongement de l'arc de précipitation
est fonction de la quantité d'Ag (figure
IV-17)
* Electrophorèse
en rocket : Elle est à l'immunoélectrophorèse
ce que l'immunodiffusion simple radiale de Mancini est à
l'immunodiffusion simple d'Ouchterlony. Dans un gel coulé
en plaque, contenant un antisérum spécifique, des
puits sont creusés pour y placer soit des concentrations
connues d'un Ag qui permettront d'établir une courbe étalon,
soit des concentrations inconnues qui pourront être alors
déterminées. La migration de l'Ag est assurée
par un champ électrique (figure
IV-18). Au niveau des zones d'équivalence entre
Ag et Ac, une zone de précipitation se forme. Elle est
d'autant plus allongée que la concentration de la solution
d'Ag déposée dans le puits est plus grande. Cette
méthode sensible permet de pratiquer des dosages d'Ag.
II-2.3.2.5./ Contre-immunoélectrophorèse ou
électrocinérèse.
Dans certains systèmes et en choisissant judicieusement
les conditions physico-chimiques de la migration dans un champ
électrique, il est possible de faire migrer l'Ag dans un
sens et les Ac de l'immunsérum dans le sens opposé.
Ag et Ac migrent alors rapidement à la rencontre l'un de
l'autre. Au niveau des zones d'équivalence, la réaction
Ag-Ac conduit à la formation d'un arc de précipitation.
Cette technique a été proposée au début
pour la détection de l'Ag associé à l'hépatite
B (Ag HBs) ou celle des Ac correspondants, ainsi que pour la mise
en évidence d'auto-Ac spécifiques de différents
Ag solubles du noyau.
II-2.4./
Agglutination et hémagglutination (figure IV-19)
Elles font intervenir des Ag (plus rarement des Ac) portés
par un élément figuré. Les Ag peuvent exister
spontanément sur la cellule (Ag de groupes érythrocytaires
sur les hématies, Ag bactériens sur les bactéries,...)
ou être fixés artificiellement sur une particule
inerte (latex, gélatine, bentonite, cholestérol,
or colloïdale) ou une cellule grâce à un agent
de couplage. On parle alors d'agglutination conditionnée
ou passive. Pour les particules d'or, lors de l''agglutination,
la lumière qui n'est pas absorbée, peut être
réfractée. Par agrégation, ces particules
forment de gros amas qui ne présentent pas vis-à-vis
de la lumière les mêmes propriétés
et la solution devient incolore. Le principe est adapté
aux dosages immunochimiques en fixant des Ac (ou des Ag) sur ces
particules d'or. L'addition de l'Ag (ou de l'Ac) entraîne
l'agrégation des particules donc la décoloration
de la solution colloïdale.
Une variante de l'agglutination ou de l'hémagglutination
est représentée par la réaction d'inhibition
de l'agglutination ou de l'hémagglutination par l'Ag soluble.
Dans un premier temps, l'antisérum (ou l'Ac) est mis en
contact avec une solution de l'Ag correspondant. Dans un deuxième
temps, les particules ou les hématies porteuses de ces
Ag sont ajoutées. Les Ac entraînent alors l'agglutination
si leurs sites Ac n'ont pas été utilisés
par l'Ag soluble au cours du premier temps de la réaction.
En revanche, l'absence d'Ag lors du premier temps permet l'agglutination
par les Ac au cours du deuxième temps. Cette réaction
d'inhibition par l'Ag soluble est notamment mise en oeuvre pour
le dosage de l'hormone gonadotrope chorionique urinaire (HCG)
dans le diagnostic immunologique de la grossesse.
La concentration des Ac agglutinants d'un sérum s'exprime
par le titre du sérum. Le titre n'est qu'une estimation
semi-quantitative puisque la quantité pondérale
des Ac n'est pas seule en cause. L'avidité des Ac, la présentation
et la quantité des Ag situés sur les particules
ou les hématies interviennent également.
Les réactions d'hémagglutination ou d'inhibition
de l'hémagglutination telles qu'elles viennent d'être
décrites, font intervenir des Ag fixés sur des hématies.
Il ne faut pas les confondre avec la réaction d'inhibition
de l'hémagglutination virale qui met en jeu, dans un premier
temps un virus et des Ac antivirus dirigés contre l'hémagglutinine
du virus, et dans un deuxième temps des hématies
qui portent des récepteurs pour cette hémagglutinine.
Dans cette réaction, les Ac antiviraux protecteurs se fixent
sur le virus et empêchent sa combinaison avec les récepteurs
des hématies introduites dans le deuxième temps
de la réaction. Si la réaction d'hémagglutination
virale se produit, c'est que le sérum testé au cours
du premier temps ne contenait pas d'Ac antivirus. Les hématies
sont alors des GR de poussin qui possèdent naturellement
et fortuitement des récepteurs pour le virus grippal. Cette
réaction d'inhibition de l'hémagglutination virale
est en fait une réaction de neutralisation.
II-2.5./
Réactions de neutralisation
La fixation des Ac spécifiques sur les sites
antigéniques de certaines molécules peut inhiber
leur fonction biologique. Comme l'illustrent les exemples suivants
: Ac inhibant l'hémagglutination virale, Ac spécifiques
neutralisant l'activité toxique d'une toxine d'où
un effet protecteur et Ac anti-tétaniques. Cette propriété
peut également être utilisée pour typer les
toxines en neutralisant par des sérums monospécifiques
leurs effets toxiques sur l'animal sensible.
La neutralisation de l'activité des enzymes est un test
courant en sérologie bactérienne. La recherche et
le titrage des Ac anti-streptolysine, streptokinase ou streptodornase
par ce procédé, permet de porter le diagnostic d'infections
récentes ou itératives à streptocoques.
II-2.6./
Réaction de fixation du C par les Ac ayant réagi
avec les Ag correspondants
Ces Ac fixant le C sont chez l'homme les IgG1, G2,
G3 et les IgM.
II-2.6.1./ Réaction faisant intervenir toutes
les fractions du C (de C1 à C9)
II-2.6.1.1./ Réaction de fixation du
C hémolytique
Elle se déroule en quatre temps :
* 1er temps : chauffage 30
mn à 56°C pour détruire le C du sérum
à tester.
* 2ème
temps : mise en contact du sérum avec l'Ag
* 3ème temps : addition
de C en quantité connue.
* 4ème temps : addition
de globules rouges de mouton (GRM) et d'Ac anti-GRM.
Si le sérum ne contient pas d'Ac, il n'y a pas formation
de complexes Ag-Ac au cours du 2ème temps, le C ajouté
au 3ème temps n'est pas utilisé et reste disponible
pour intervenir au 4ème temps et conduire à la lyse
de GRM recouverts d'Ac anti-GRM. Ceci se traduit par la présence
d'hémoglobine dans le surnageant. Inversement, la présence
d'Ac dans le sérum entraîne la formation de CI au
2ème temps qui consommeront le C au 3ème temps.
Le 4ème temps se déroule alors en l'absence de C,
donc la lyse des GRM par les Ac anti-GRM n'aura pas lieu.
II-2.6.1.2./ Réaction
de lyse des liposomes
On peut faire appel à la place des GRM à des liposomes
analogues structuraux artificiels de la membrane cytoplasmique.
Il s'agit de sphères formées par une membrane artificielle
constituée de lécithine, de cholestérol et
de phospholipides. Des Ag solubles sont introduits dans cette
membrane et s'expriment à sa surface. Un marqueur, par
exemple du galactose en solution, est piégé à
l'intérieur de la sphère. La fixation des Ac, puis
du C sur la membrane synthétique, produit des pores par
lesquels le galactose du liposome s'échappe. Il suffit
alors de le doser pour apprécier l'intensité de
la réaction.
II-2.6.1.3./ Réaction
de cytolyse par le C
La fixation du C par des Ac fixés sur des Ag portés
par une cellule vivante provoque la lyse de la cellule ou tout
au moins des lésions de sa membrane (figure
IV-20).
Lorsqu'il s'agit d'hématies, les lésions sont objectivées
par la libération d'hémoglobine dans le milieu.
Lorsqu'il s'agit de cellules nucléées, ces lésions
s'accompagnent d'anomalies variées. Dans le cas des toxoplasmes
(test de Sabin et Feldman), ces parasites n'excluent plus un colorant
vital (bleu Trypan), aussi les cellules lésées se
colorent-elles en bleu alors que les toxoplasmes intacts restent
incolores. Pour le sérodiagnostic de la syphilis, la fixation
des Ac, puis du C, sur des tréponèmes vivants inhibe
leur mobilité. Les tréponèmes intacts restent
mobiles, ceux qui ont été lésés, restent
immobiles (test de Nelson ou test d'immobilisation des tréponèmes).
Le système peut être généralisé
à toutes les cellules qu'il suffit de marquer au 51Cr.
La fixation des Ac et du C altère les cellules qui relarguent
alors du 51Cr dans le surnageant de culture. Pour apprécier
la cytolyse, il suffit de compter la radioactivité du surnageant.
II-2.6.2./ Réactions faisant
intervenir certaines fractions du C
II-2.6.2.1./ Immunoadhérence
(hématies et plaquettes de primates) et opsonisation (phagocytes)
Ce sont des réactions qui font intervenir des cellules
(hématies et plaquettes humaines ou de singe, leucocytes)
ayant un récepteur pour le C3. Des Ag particulaires (bactéries,
virus...), après liaisons avec leurs Ac, activent le C
jusqu'à C3, et grâce à ce dernier se fixent
sur les cellules précédentes.
De telles réactions servent in vitro pour révéler
la réaction Ag-Ac-C, mais elles jouent aussi in vivo un
rôle physiologique dans la défense contre les agents
infectieux puisqu'elle favorise la phagocytose.
II-2.6.2.2./ Réaction de fixation
du C1q marqué
Le sérum à étudier est incubé avec
du C1q marqué par un isotope radioactif. Dans un deuxième
temps le C1q libre et le C1q lié aux complexes Ag-Ac, sont
séparés par précipitation différencielle
à l'aide de polyéthylèneglycol. La mesure
de la radioactivité de la fraction contenant les CI permet
de les doser.
Cette méthode est plus particulièrement appliquée
pour la mise en évidence de CI circulants préformés
dans le sérum de malades.
III-
SENSIBILITE COMPAREE DES DIFFERENTES METHODES
Elle est indiquée dans le tableau
ci-dessous :
* Concentrations minimales
d'anticorps détectables
| Tests | Ac µg/ml |
| Précipitation en milieu liquide | 0,5-125 |
| Précipitation en milieu gélifié *diffusion double (Ouchterlony) | 3-20 |
| Précipitation en milieu gélifié*diffusion radiale (Mancini) | 3-10 |
| Précipitation en milieu gélifié*immunoélectrophorèse | 50-200 |
| Agglutination bactérienne | 0,01-0,1 |
| Hémagglutination directe | 0,03-0,5 |
| Hémagglutination passive | 0,001-0,03 |
| Hémolyse | 1 |
| Fixation du complément | 0,1-1 |
| Immunofluorescence | 0,1 |
| Dosages radio-immunologiques ou immunoenzymatiques | 0,00001 à 0,001 |
* Concentrations minimales d'Ag détectables pour 1 Ag de 50 kDa
| Tests | Ag mg/ml |
| Précipitation en milieu gélifié*diffusion double (Ouchterlony) | 1-10 |
| Précipitation en milieu gélifié*électrocinérèse | 0,3-1 |
| Précipitation en milieu gélifié*immunoélectrophorèse | 10 |
| Hémagglutination passive | 0,001-0,005 |
| Dosages radio-immunologiques et enzymo-immunologiques | 0,0001-0,001 |