L'inflammation est une réaction
normale de défense et d'adaptation de l'organisme vis-à-vis d'agresseurs.
Ainsi sous l'influence d'agents agressifs endogènes ou
le plus souvent exogènes, l'organisme réagit par
une série d'évènements
locaux et généraux
faisant intervenir des acteurs (cellulaires et humoraux) qui entrent
en action selon une chronologie précise. Ces phénomènes tendent à protéger
l'organisme contre ses agresseurs, mais s'expriment en même
temps par des manifestations pathologiques.
D'abord aiguë, l'inflammation peut devenir chronique et
conduire à des lésions
irréversibles, notamment
à de la fibrose.
Les agresseurs provoquent l'inflammation directement et/ou par
l'intermédiaire de la réaction immunitaire spécifique.
Ces agresseurs sont de nature soit physique (traumatismes mécaniques, chaud, froid,
irradiations), soit physicochimique (précipitation intratissulaire de cristaux),
soit chimique (produits toxiques ou corrosifs), soit biologique (bactéries,
parasites, virus, cellules néoplasiques...).
La réaction inflammatoire a un point de départ local
vasculaire, puis s'étend aux tissus irrigués par
les vaisseaux atteints, avec localement rougeur, chaleur, oedème et douleur consécutifs à la vasodilatation.
Ces lésions inflammatoires sont le résultat d'une
série de processus cellulaires (afflux de PN (polynucléaires)
neutrophiles, plaquettes et macrophages) et biochimiques (libération
de substances vasoactives (dérivés de l'acide arachidonique,
PAF acether,
vasoamines) ou agressives et toxiques (hémoglobine, enzymes
protéolytiques et ions superoxydes)).
L'inflammation a de plus des répercussions
systémiques comprenant
fièvre, douleur, hyperleucocytose et perturbation de l'équilibre
des protéines plasmatiques. Enfin, elle évolue vers
soit la restitution ad integrum signant le succès de la
réaction inflammatoire, soit des séquelles tissulaires,
soit la mort de l'individu. Dans ces deux derniers cas, il y a
échec partiel ou total de la réaction inflammatoire.
Différentes cellules interviennent aux différentes
phases de la réaction inflammatoire, surtout par l'intermédiaire
de facteurs qu'elles synthétisent.
Les facteurs solubles qui interviennent dans la réaction inflammatoire sont nombreux. On peut les classer en plusieurs catégories.
I-1.1.Les
cytokines
I-1.1.1./
Les cytokines de masse moléculaire élevée
Les principales cytokines pro-inflammatoires de ce groupe sont l'IL1, l'IL6, l'IL11 et les
TNFa et
ß. L'IL1 et les TNF sont les cytokines qui apparaissent
le plus précocement lors de la réaction inflammatoire.
L'IFNg est indirectement
inflammatoire, en favorisant
la production d'IL1 par les macrophages et en gênant celle
d'IL10. En effet, cette dernière est un inhibiteur de la
libération des cytokines proinflammatoires l'IL1, l'IL6,
et les TNF. L'IL12 et l'IL18 agissent en induisant la synthèse
de l'IFNg , alors que l'IL17 provoque la production d'IL6
et d'IL8.
Les GM-CSF, G-CSF et M-CSF sont aussi pro-inflammatoires
indirectement en induisant la
production par les monocytes/macrophages, d'IL1 et parfois d'IL6
ou de TNFa. Quant au TNFb, il stimule la synthése d'IL1 et a une
forte activité chimiotactique pour les macrophages et fibroblastes.
I-1.1.2./
Les cytokines de faible masse moléculaire (SIS : small
induced secreted) ou chémokines ou chimiokines
Ces
cytokines sont chimiotactiques surtout pour les neutrophiles, les macrophages
et parfois les éosinophiles ou les lymphocytes ou les NK,
qu'elles ont en plus la faculté d'activer. Ces chémokines
sont de petites protéines ayant un poids moléculaire compris entre
8 et 16 kDa. Elles ont 30% d'homologies entre elles et possèdent
une structure tridimensionnelle commune composée de trois
feuillets b et d'une partie C-terminale en hélice
a.
Les chémokines ont des cystéines (C) dans des positions
conservées permettant la formation de ponts
disulfures avec d'autres cystéines
de la molécule. Pour la majorité des chémokines,
deux cystéines sont conservées. Lorsque ces cystéines
sont côte à côte, elles permettent de définir
une sous-famille CC dont les gènes chez l'homme sont sur
le chromosome 17 ou 9 ou 2. Une autre sous-famille
CXC comporte deux cystéines
séparées par un autre acide aminé (beaucoup
des membres de cette famille exprime le motif ELR : glutamate-leucine-arginine).
Les gènes de cette sous-famille sont portés par
le chromosome 14 ou 10. Une 3ème sous-famille
C n'a qu'une cystéine,
mais présente une forte homologie au niveau de l'extrémité
carboxyl avec le groupe C-C. Leurs gènes se trouvent sur
le chromosome 11. Une dernière sous-famille
CX3C comporte deux cystéines
séparées par 3 autres acides aminés (figure IX-1a)
et des gènes situés sur le chromosome 16. Les gènes
codant pour les membres d'une sous-famille sont localisés
au niveau de zones voisines du même chromosome, montrant
une duplication vraisemblable
d'un gène ancestral.
Les chémokines sont donc réparties en sous-familles
d'après leur structure et leurs homologies génétiques
: les CXC-chémokines, les CC-chémokines, les C-chémokines
et les CX3C-chémokines. Comme souvent, plusieurs noms désignent
une même chémokine : une unification
de la nomenclature a été
proposée à la conférence de Keystone (Tableau IX-Ia)
en se référant à la nomenclature de leurs
récepteurs (Tableau IX-Ib). Cette nomenclature des récepteurs est
fondée sur une numérotation à partir de 1
à l'intérieur de chacune des sous-familles de récepteurs
de chémokines, par exemple : CXCR1, CCR1, XCR1 et CX3CR1.
Il existe des récepteurs
dits orphelins car leur ligand
n'est pas encore identifié. Les récepteurs des chémokines
possédent sept domaines
transmembranaires et sont couplés aux protéines
G (figureIX-1b).
Le tableau IX-Ic
indique les caractéristiques de certaines de ces chémokines,
le tableau IX-Id se rapporte à la répartition des
récepteurs sur les T, B et cellules dendritiques et la
figure IX-1c
résume la répartition des récepteurs sur
l'enssemble des cellules.
I-1.1.2.1/ Les sous-famille
de chémokines
I-1.1.2.1.1./ Sous-famille des CXC-chémokines
Environ une quinzaines de chémokines
de cette sous-famille a été identifiée chez
l'homme.
Les gènes humains qui codent pour ces protéines,
sont sur le chromosome 14 dans la région ql2-21, sauf pour
le gène de SDF-1 (stromal-cell-derived factor) présent
sur le chromosome 10. La chimiokine la plus connue est l'IL-8.
L'IL-8 des cellules endothliales est impliquée dans l'adhérence des neutrophiles sur ces cellules
endothéliales.
Le produit de l'oncogène GRO (growth-related gene product
ou MGSA : melanoma growth stimulatoiy activity) a initialement
été connu pour sa capacité à activer
la prolifération d'une lignée de mélanome.
Il existe trois gènes GROa, GROb, GROg (ayant jusqu'à 88 % d'homologie) codant
pour trois protéines très voisines : CXCL1, 2 et
3. D'autres CXC-chémokines, ENA-78 (epithelial-cell-derived
neutrophil-activating peptide 78 ou CXCL5), GCP-2 (granulocyte
chemotactic protein 2 ou CXCL6 ) et NAP-2 (neutrophil-activating
peptide 2 ou CXCL7) ont, comme
les précédentes, un effet chimiotactique pour les
neutrophiles.
Une partie de ces chémokines possède, du côté
N-terminal un motif ELR (glutamate-leucine-arginine) qui semble conférer
un effet chimiotactique pour les neutrophiles.
Il existe d'autres CXC - chémokines qui n'ont pas de motif
ELR : comme PF-4 (platelet factor 4 ou CXCL4) qui a été
la première chimiokine purifiée à partir
de plaquettes; l'IP-10 (interferon g-induced protein
10 ou CXCL10); le Mig (monokine induced by interferon ou CXCL9)
dont la sécrétion est induite par l'interféron
g.
L'IP-10 est produit par de nombreuses cellules, tandis que le
Mig est seulement sécrété par les macrophages
stimulés par I'IFNg.
La chimiokine SDF-1 (stromal-cell-derived factor) provient de
façon constitutive des cellules stromales de la moelle
osseuse. Le défaut du gène
SDF-1 chez la souris a un effet négatif sur la maturation
des lymphocytes T, sur l'angiogenèse
et sur l'organogenése cardiaque.
I-1.1.2.1.2./ Sous-famille des CC-chémokines
Dans cette sous-famille, les
gènes humains codant pour ces chémokines sont sur
la région q11.2-12 du chromosome 17. Cependant les gènes
codant pour MIP-3b (macrophage inflammatory protein 3b)
ou ELC (Epstein Barr virus induced gene l ligand chemokine ou
CCL19) et pour MIP-3a./LARC (liver and activation-regulated chemokine
ou CCL20) sont respectivement au niveau du chromosome humain 9
et du chromosome 2. Plus de 25 molécules différentes
appartiennent à cette sous-famille chez l'homme.
Parmi celles-ci, le MCP-1 (monocyte chemoattractant protein ou
CCL2), chef de file de la famille des CC-chémokines, a
une activité chimiotactique
pour les monocytes, mais pas
pour les neutrophiles. MCP-1 est chimiotactique
pour les cellules NK et les lymphocytes T,
et provoque la dégranulation
des basophiles.
Quatre autres CC-chémokines, MCP-2 à 4 (CCL3, 2,
13), présentent aussi une activité
chimiotactique pour les monocytes.
Les CC-chémokines MIP-1a (macrophage inflammatory protein a ou CCL3)
et MIP1b sont produites, comme leur nom l'indique, par
une lignée monocytaire activée par le LPS. MIP1a
attire et active les monocytes
avec une efficacité supérieure
à celle de MIP1b, mais plus faible que celle de MCP-1.
MIP-la attire surtout les lymphocytes T CD8+ alors
que MIP1b est chimiotactique pour les lymphocytes T CD4+. Les
autres cibles de MIP-la, sont les cellules
dendritiques, les cellules NK, les éosinophiles et plus
faiblement les basophiles. MIP-1b ne
présente pas cette activité chimiotactique pour
les cellules dendritiques. RANTES (regulated on activation normal
T-cell expressed and secreted ou CCL5) attire les lymphocytes T mémoires, les cellules NK,
les cellules dendritiques, les éosinophiles, et les basophiles (comme MCP-1, il
dégranule ces derniers).
L'éotaxine (CCL11) a une puissante
activité chimiotactique pour les éosinophiles, d'où son nom. Cependant, elle agit aussi
sur les basophiles. L'éotaxine
et l'IL-5 favorisent ensemble l'infiltration par les éosinophiles.
L'I-309 (CCL1) attire les monocytes, HCC-1 (hemofiltrate CC chemokine 1 ou CCL14)
mitogène pour les cellules
CD34+ et TARC (thymus and activation regulated chemokine ou
CCL17) est exprimée dans le thymus et attire
seulement les lymphocytes T.
MIP-3a/LARC (CCL20) est notamment présente dans
le thymus et le foie foetal et MIP-3b
(CCL19) dans le thymus et les nodules
lymphoïdes.
I-1.1.2.1.3./ Sous-famille
des C-chémokines
Les membres de la sous-famille
C-chimiokine, lymphotactine (XCL1) et SCM-1b (single cysteine
motif 1b ou XCL2) ont leurs gènes localisés
sur le chromosome 1 humain dans la région q23. La lymphotactine
et la SCM-1b sont chimiotactiques
pour les lymphocytes.
I-1.1.2.1.4./ Sous-famille
des CXXXC-chémokines
La quatrième sous-famille
des chémokines : les CX3C-chémokines, représentées
par la fractalkine (ou neurotactine ou CX3CL1), possède
un domaine hydrophile extracellulaire de 77 AA et un domaine hydrophobe de 18 AA qui permet son implantation
dans la membrane plasmique. La
fractalkine se trouve à la surface des cellules endothéliales
et de certaines cellules du cerveau. Le domaine extracellulaire
peut être protéolysé libérant une chémokine
soluble chimiotactique pour les
monocytes, les lymphocytes T et les neutrophiles.
I-1.1.2.2./ Rôle des chémokines
-a- Migration
cellulaire et inflammation
Les chémokines recrutent
dans le torrent circulatoire et
les tissus, les cellules participant
au phénomène inflammatoire. Certaines chémokines,
comme MCP-1, accroissent la synthèse
et l'expression d'intégrines
par les cellules endothéliales et donc la fixation des
leucocytes circulant sur l'endothélium vasculaire.
L'IL-8 accroît la perméabilité
vasculaire et favorise la sortie des leucocytes activés.
Les lymphocytes T mémoires CD45RO+ ayant comme inducteur
uniquement RANTES et MCP-1, ces deux chémokines ont un
rôle majeur dans le recrutement
des cellules mémoires.
SDF-1 est important dans la migration
des cellules souches myéloïdes du foie foetal vers
la moelle osseuse.
L'éotaxine est responsable des infiltrations
tissulaires par les éosinophiles.
Le type d'infiltrat dans une maladie
inflammatoire est le reflet des chémokines produites par
le tissu cible. Ainsi, les taux
élevés d'IL-8 et de MCP-1 dans le liquide synovial
des articulations des sujets avec PR sont responsablesde la présence
de cellules inflammatoires dans ces articulations. La MCP-1 augmentée
dans les artères des athéromateux pourrait participer
aux lésions d'athérosclérose en recrutant
les macrophages au sein des plaques d'athérome. Les grandes
quantités d'IL-8 et de GRO-a des lésions
cutanées des psoriasiques expliquent les infiltrations
de neutrophiles et de lymphocytes T activés de ces lésions.
La plupart des chémokines
ne sont pas produites de façon constitutive mais en réponse
à des facteurs pro-inflammatoires.
Ainsi, les IL-1a et b, le TNFa
ou les IFNa et g
sont responsables de l'induction de la plupart des chémokines.
La MCP-1 est synthétisée par la plupart des cellules
sous l'action de l'IL-la, et du TNFa et le LPS des bactéries active la production
des CC-chémokines. Les cytokines agissent en plus en modulant
l'expression des récepteurs des chémokines : ainsi
le TGFb a un effet positif sur CCR4 et CCR7 et négatif
sur CCR3; l'IFNg a un effet positif sur CXCR3 et CCR1 et négatif
sur CCR3 et CCR4; le TNFa
a un effet négatif sur CCR1,
CCR5 et CCR6 des cellules dendritiques.
-b-
Migration cellulaire et réponse
immune
Les chémokines contrôle la circulation et les mouvement
des T, B et cellules dendritiques permettant à ces cellules
de se retrouver dans un même lieu avec l'Ag. CCL19 et 21 (récepteurs CCR7 des T)
favorisent la pénétration des T naïfs dans
les organes lymphoïdes. CXCL13 (récepteurs CXCR5 des
B circulants) a le même effet sur les B. Les TH1 sont
CCR5+, CXCR3+ et les TH2 sont CCR3+, CCR4+, CCR8+ ce qui explique les
migrations différentes de ces TCD4+. CCL20 dont le récepteur
CCR6 est exprimé sur les cellules dendritiques immatures,
attire ces cellules dans les tissus sièges de signaux pro-inflammatoires.
CCL18 permet la localisation dans une même zone de cellules
dendritiques activées matures et de T naïfs.
Infection par le VIH
Les chémokines RANTES, MIP-1a et MIP-lb sont les principaux
facteurs suppresseurs du VIH. Produites par les lymphocytes T
CD4+ et CD8+, elles sont capables d'empêcher la réplication
des VIH-1 et VIS (virus de l'immunodéficience simienne)
et surtout des souches à tropisme pour les macrophages.
Cela est dû au fait que certains récepteurs des chémokines,
principalement CCR5 et CXCR4 et dans certains cas CCR3, CCR2b,
CCR8, CX3CR1, sont des co-récepteurs
du CD4 pour le VIH-1. De même,
SDF-1, ligand de CXCR4, peut inhiber la réplication des
souches du VIH à tropisme pour les T.
-c- Prolifération
cellulaire et angiogenèse
Outre les activités pro-inflammatoires,
les chémokines régulent la prolifération
cellulaire et sont donc impliquées
dans le développement de tumeurs malignes. GROa, produit par les cellules de mélanome,
de cancers pulmonaires à petites cellules,de cancers de
la vessie et du sein, a un effet prolifératif autocrine
sur ces cellules.
Les chémokines ont un rôle primordial dans l'angiogenèse.
Ainsi, l'IL-8, et d'autres CXC-chémokines, comme GROa,
SDF-1 et ENA78, ont des propriétés angiogènes
(chimiotactisme et prolifération des cellules endothéliales),
tandis que le PF4 et l'IPIO inhibent la prolifération des
cellules endothéliales et l'angiogenèse.
-d- Hématopoïèse
Les chémokines sont aussi
des régulateurs de la différenciation,
de la mobilisation et de la prolifération des cellules
souches de la moelle osseuse.
I-1.2 Les facteurs du complément (voir Chapitre III)
I-1.3 Les facteurs de la coagulation
I-1.4
Les protéases
I-1.5 Les produits dérivés
de l'acide arachidonique : prostaglandines (figure IX-1d) et leucotriènes (figure IX-1e)
Elles interviennent par l'intermédiaire des facteurs qu'elles peuvent libérer et par des molécules de surface.
I-2.1./ Les cellules endothéliales
produisent
- Prostacycline PGI2 (facteur
anti-agrégant)
- a2
macroglobuline (antiprotéase)
- Collagènes IV et V de la membrane basale
- Protéoglycanes
- Collagénase active sur collagènes IV et V
- Facteur tissulaire de la voie intrinsèque de la coagulation.
- IL8, MIP1 (CCL3 et 4), MCP1 (CCL2)
I-2.2./ Les polynucléaires
neutrophiles contiennent les facteurs suivants
| Hors granules (non stockés) |
|
|
|
TXA2 (agrégant) PGE2,PGF2 a Leucotriènes PAF-acether Chémokines (IL8, CXCL7...) a-énolase |
Myéloperoxydase (EM) Collagénase (Prn) Kininogénase (Prn) Activateur du plasminogène ß-glucuronidase (HA) ß-glycérophosphatase (HA) N-acétyl ß-glucosaminidase a Mannosidase (HA) Cathepsines B et D (HA) |
Lysozyme (EM) Gélatinase Elastase (Prn) Cathepsine G (Prn) Défensines Lactoferrine Interféron Protéine liant la Vit.B12 a2 macroglobuline
|
EM = Enzyme Microbicides ; Prn = Protéases
Neutres ; HA = Hydrolases Acides.
TXA2 = thromboxane ; PG = prostaglandine ; PAF = platelet aggregation
factor.
I-2.3. Les monocytes/macrophages
produisent
Nucléases
Lipases
Métalloprotéinases (collagénase, gélatinase,
élastase)
Sérine protéinases
Aspartylprotéinases (cathepsine G))
Cystéine protéinase (cathepsines L et B)
Kininogénase
Activateur du plasminogène
ß glucuronidase etc... (HA)
Facteurs lipidiques : TXA2, prostacycline, prostaglandine, leucotriènes,
PAF-acéther
Facteurs de la coagulation : thromboplastine, thrombospondine,
prothrombine,
facteurs V, VII, IX, X
Facteurs du C : C2, C3, C4, C5, C6, C7, C8, C9, facteurs B, D,
P, I, H
Cytokines : TNFa, IFNa et b, PDGF, TGF a et ß, IGF1, GM-CSF, G-CSF, M-CSF, IL1,
IL1Ra, IL6, IL10
Chémokines : IL8, MIP1 (CCL3 et 4), MCP1 (CCL2)
Facteurs activateurs des fibroblastes et des neutrophiles
a2
macroglobuline
Transcobalamine II.
Radicaux libres
I-2.4./ Les plaquettes
contiennent les facteurs suivants
| Hors des granules | Granules alpha | Granules denses | Lysosomes |
|
TXA2 Leucotriènes PGE2, PGH2,PGG2 |
Facteur 4 plaquettaire NAP2 (CXCL7) ß thromboglobuline Fibronectine Fibrinogène Facteur V PDGF PAF-acéther Antiplasmine Facteur de perméabilité Protéines cationiques, bactéricides (ß lysine) ou chimiotactiques |
Sérotonine Histamine |
Hydrolases acides |
L'organisme est en équilibre
dynamique instable. Il suffit
de modifier l'un des éléments de cet équilibre,
pour que des cellules à activité fonctionnelle modérée
ou des systèmes biochimiques dont la plus forte proportion
des constituants est sous une forme quiescente, s'activent par
une série de phénomènes en cascade. Le facteur
déclenchant peut soit s'exprimer
dans le tissu périvasculaire
(brûlure), soit détruire
la continuité d'un vaisseau
(piqûre ou coupure accidentelle ou chirurgicale), soit agir dans le torrent circulatoire (complexes immuns).
Dans le premier cas par exemple, les mastocytes du tissu (en dehors
des réactions immunitaires) très sensibles à
de nombreuses agressions physiques ou chimiques (substance P,
collagènes altérés ...) vont se dégranuler
libérant leurs médiateurs. L'histamine provenant
des mastocytes va stimuler les fibres nerveuses sensitives locales
et par un réflexe d'axone entraîner la libération
de substance P par ces fibres. La substance P reconnue par un
récepteur de surface des mastocytes entraîne alors
la dégranulation des mastocytes. Les produits libérés
vont alors agir sur les vaisseaux voisins. Ces
phénomènes vasculaires initiaux débutent
dans les premières secondes.
Ils sont caractérisés par une constriction des veinules
post-capillaires (récepteurs de l'histamine de type H1)
et une relaxation des sphinters pré-capillaires (récepteurs
de l'histamine de type H2). Il en résulte le passage des
kallikréines transformées en kinines qui activent
le facteur XII et favorisent la coagulation.
II-2. Phénomènes amplifiant la réaction inflammatoire
Les phénomènes vasculaires initiaux vont s'amplifier et produire une alerte générale responsable de la réaction systémique, et en même temps, concourir à l'élimination des agresseurs et des produits de lyse résultant de l'agression.
II-2.1.
Phénomènes vasculaires
Succédant aux premières manifestations artériolaires,
on constate une contraction importante
des cellules endothéliales des veinules post-capillaires répondant à des médiateurs
d'origine cellulaire et humorale. Ces cellules vont saillir à
l'intérieur de la lumière, tout en laissant un espace
entre elles, ce qui permet l'extravasation du plasma et le démasquage du sous-endothélium
thrombogène. Les plaquettes
adhèrent alors à ce sous-endothélium, s'étalent,
se lysent et s'agrègent entraînant une coagulation
locale après libéreration de facteurs induisant
la coagulation (PL4) et agrégeant les plaquettes. (figure IX-2).
Après la réaction
veinulaire, apparaîssent
une vasodilatation artériolaire et un relâchement
du sphincter précapillaire
en réponse à la production de facteurs locaux et
d'un réflexe axonique. Ces phénomènes conduisent
au passage des électrolytes, des protéines et des
polynucléaires dans les tissus au niveau de la veine postcapillaire,
puis de proche en proche, au niveau des capillaires justa-veinulaires.
En même temps, les petits vaisseaux lymphatiques sont le
siège d'une forte dilatation (figure
IX-3).
Les conséquences de cet ensemble sont :
*
l'hyperthermie caractérisée par la rougeur en
rapport avec l'augmentation du flux sanguin artériolo-capillaire
de la zone enflammée.
*
l'augmentation de la perméabilité
des petits vaisseaux qui conduit
à l'extravasation des éléments figurés
et solubles du sang. Le résultat est l'oedème tissulaire
associé à la douleur. Cette dernière est
la conséquence de la pression exercée par l'oedème
sur les fibres sensitives locales et de l'effet algogène
de plusieurs facteurs (LTB4, bradykinine et PGI2 potentialisateur
de l'effet algogène de la bradykinine). Les facteurs responsables
des modifications du tonus et de la perméabilité
vasculaires sont les suivants :
-a- Facteurs d'origine cellulaire :
Histamine
fixée sur les
*
RH1 des cellules des veinules post- capillaires
contraction.
*
RH2 des cellules des sphincters pré-capillaires et méta-artériolaires
relaxation avec dilatation des vaisseaux en
aval.
*
RH3 des cellules nerveuse exerce un rétrocontrôle
négatif sur la libération d'histamine
Prostaglandines (figure IX-1c indique
les principales prostaglandines et leur synthèse)
*
PGE2
vasodilatation artériolaire
complémentaire de celle de l'histamine et de la bradykinine
aboutissant à l'érythème et à l'inhibition
de la margination des PN et de l'agrégation des plaquettes
* FGI2
vasodilatation
*
TXA2
vasoconstriction des veinules
et agrégation des plaquettes
*
PGE2 et prostacycline
vasodilatation comme
PGI2.
Leucotriènes (100 fois plus vasoactives que l'histamine)
(la figure IX-1d indique les principales leucotriènes et
leur synthèse)
*
LTB4, LTC4 et LTD4
contraction
des muscles lisses (bronchoconstriction et vasoconstriction des
veinules)
*
LTB4
activité chimiotactique
Leucotriènes
de la synthèse
Protéines cationiques lysosomales
de la perméabilité
vasculaire par des mécanismes histamino-dépendants
ou indépendants.
-b- Facteurs d'origine plasmatique
Kinines
Bradykinine
contraction des cellules endothéliales veinulaires et contraction
lente de certaines cellules endothéliales.
Dérivés du complément
: C3a, C4a, C5a, C2k (effet indirect)
*
C3a, C4a, C5a : anaphylatoxines
* C2k
activité kinine-like
*
C5a
activation des Pn
* C3a
et C3b
activation des macrophages.
Peptides dérivés du
fibrinogène et de la fibrine
Fibrinopeptides A et B, peptides
de la fibrinolyse (PDF, fragments D et E)
élévation
de la perméabilité veinulaire et effet chimiotactique
pour les PN.
II-2.2.
Phénomènes cellulaires
Ils font intervenir différentes variétés
de cellules qui vont être attirées sur le lieu de
l'inflammation par des substances chimiotactiques, adhérer
à la paroi endothéliale grâce à des
molécules d'adhésion, puis être immobilisées
sur place et activées. Selon leurs fonctions, ces cellules
vont phagocyter et/ou déverser de nombreux médiateurs
enzymatiques et non enzymatiques. Ainsi, les polynucléaires
neutrophiles sont responsables d'une augmentation très
précoce du taux sérique d'élastase.
II-2.2.1.
Les substances chimiotactiques
Elles sont actives grâce à l'existence de récepteurs
membranaires et d'un gradient de concentration du facteur chimiotactique
qui attire la cellule sensible de la zone la moins concentrée
à la zone la plus concentrée en facteur. Les principales
substances chimiotactiques sont les suivantes :
-a- Facteurs de faible masse moléculaire
Fibrinopeptide B, acide monohydroxy-eicosatétraénoïque
(5 HETE), LTB4, facteurs chimiotactiques pour les éosinophiles
(ECFA) et pour les fibroblastes. Les PGE ne sont pas des facteurs
chimiotactiques vrais, mais des substances stimulant les mouvements
de la cellule donc accroissant l'efficacité du chimiotactisme.
Les chémokines dont l'IL8, agissent sur les neutrophiles,
macrophages et pour certaines sur les T, les éosinophiles
et/ou les basophiles.
-b- Facteurs de
masse moléculaire élevée
C5a, C5a désarginine, complexe C5b67, protéines
dénaturées (collagène, albumine...). L'IL1
est chimiotactique pour les lymphocytes et inducteur de la synthèse
d'IL8 et d'autres chémokines.
II-2.2.2./
Facteurs et mécanismes immobilisant les cellules
Lorsque les cellules ont été attirées au
niveau de l'inflammation, elles sont retenues
sur place par des mécanismes qui gênent leurs déplacements : inhibition de contact lorsque 2 cellules se
rencontrent, diminution du chimiotactisme par facteur B activé,
MIF et LIF.
II-2.2.3./
Conséquences des phénomènes cellulaires
Les cellules par l'intermédiaire des produits qu'elles
déversent, accentuent les modifications
vasculaires locales ainsi que
les phénomènes de
coagulation, et déclenchent
des phénomènes généraux (fièvre, hyperleucocytose...) accompagnant
l'inflammation.
Enfin avec ou sans phagocytose, elles concourrent d'une part à
la destruction de l'élément
agresseur lorsqu'il est matériellement
présent dans le foyer inflammatoire, et d'autre part à
l'élimination des tissus
et cellules détruits.
Cependant en même temps, les
tissus sains sont plus ou moins la victime des cellules qui ont
émigré dans le site enflammé.
II-2.2.3.1./ Capture des éléments
étrangers et des tissus altérés
Elle se fait après ou sans opsonisation. L'opsonisation
est soit immunologique (Ac de classe IgG ou IgM + C3b) faisant
intervenir les récepteurs pour l'Ig et le CR1 des phagocytes,
soit non immunologique. Dans ce dernier cas, l'activité
opsonique est en rapport avec le C3b, la "C reactive protein"
(CRP), la fibronectine et des lectines plaquettaires.
Le C3b est activé directement par la paroi des bactéries
ou par d'autres structures. En présence de Ca++, la CRP
se lie aux motifs phosphorylcholine ou galactose rendus accessibles
dans les membranes cellulaires dont les couches lipoprotéiniques
ont été dissociées. La CRP active alors le
C par la voie directe pour former un complexe à phagocyter
CRP-C3b qui se fixe sur le récepteur pour le C3b des macrophages.
La CRP se combine également
avec la chromatine qu'elle concourt
à éliminer. Quant à la fibronectine, elle
se lie notamment au collagène, l'ensemble étant
reconnu par un récepteur des macrophages/monocytes.
La phagocytose sans opsonisation dépend des monocytes dont certaines lectines
de membrane se combineraient aux oses de surface des éléments
à détruire.
II-2.2.3.2./ Activité
destructrice des cellules phagocytantes
Ces activités sont :
-a-
Après phagocytose, les éléments, s'ils ne
sont pas naturellement résistants, sont tués si
nécessaire et digérés dans les phagolysosomes
des PN et des macrophages par les enzymes locaux.
-b-
Polynucléaires neutrophiles
et macrophages après phagocytose ou sans phagocytose, sous
l'influence de stimuli particuliers, vont avoir une très
forte augmentation de leur respiration. Cette hyperconsommation
d'oxygène moléculaire sert principalement à
former des dérivés microbicides et cytotoxiques. Ces dérivés
réactifs de l'oxygène
sont les suivants : H2O2, O. actif (anion superoxyde qui possède
un électron supplémentaire), oxygène singulet
1O2
(avec un électron sur une orbitale d'énergie supérieure),
halide XO- (complexe entre un O et un halogène (I, Cl,
Br), formé en présence de la myéloperoxydase
(MPO)) et monoxyde d'azote (NO). L'oxygène singulet est
actif en réalisant la peroxydation des lipides de membrane.
O. serait toxique en se complexant avec des cations organiques
et détruirait le tissu interstitiel. Quant à MPO-halide,
il se lierait dans les vacuoles de phagocytose ou après
avoir été rejeté à l'extérieur
avec champignons, parasites ou bactéries qu'il tue. Il
pourrait également inhiber l'effet de certaines toxines
et avoir un effet cytotoxique, notamment pour des cellules tumorales.
Le NO est toxique pour les bactéries et parasites intracellulaires
présents dans les macrophages.
-c- Après
phagocytose ou au contact de structures non phagocytables à
cause de leur taille, les PN et macrophages déversent à
l'extérieur leurs enzymes et substances toxiques d'où
l'altération des tissus et cellules qui sont à leur
voisinage.
II-2.2.3.3./ Effets systémiques
Ils sont caractérisés par la fièvre, l'hyperleucocytose et l'augmentation
du taux plasmatique des protéines de l'inflammation. Différentes cytokines inflammatoires
(IL1, IL6, IL11, TNF, IFN, oncostatine, LIF et MIP1...) sont responsables
de ces effets.
*
Fièvre :
L'IL1
agit directement ou indirectement par l'intermédiaire de PGE1 et PGE2
au niveau du noyau préoptique de l'hypothalamus. Le TNF notamment
produit par les macrophages, participe aussi à l'élévation
de la température, mais en agissant au niveau musculaire
par une surproduction d'énergie. Le MIP1 des neutrophiles et des T est aussi un pyrogène.
La fièvre est un élément qui participe à
la défense contre les infections.
*
Hyperleucocytose :
Elle dépend d'une part de l'IL1 qui libère le pool médullaire
des polynucléaires neutrophiles matures et d'autre part
du C3e.
Elle concourt à augmenter le nombre de leucocytes capables
d'intervenir dans la réaction inflammatoire.
*
Hyperproduction des protéines
de l'inflammation :
Macrophages
et surtout hépatocytes sont les 2 types cellulaires principaux à
l'origine de la synthèse des protéines de l'inflammation
(PI). Les PI sont les protéines dont la concentration plasmatique
croît au cours de la réaction inflammatoire. En fait,
on peut ajouter à ce groupe, des protéines pour
lesquelles l'inflammation provoque une hyperproduction, mais dont
le catabolisme ou le passage extravasculaire ne permet pas l'augmentation
du taux dans le sang circulant.
Cependant du point de vue clinique, le terme de protéines
de l'inflammation se rapporte seulement aux protéines dont
la concentration plasmatique augmente au moins de 50% lors d'une
réaction inflammatoire.
-a- Protéines
de l'inflammation :
Chez l'homme, les PI dont le taux augmente sont les suivantes
(figure IX-4)
:
- a1
glycoprotéine acide ou orosomucoïde (a1GP)
- a1
protéase inhibiteur (a1PI) ou a1 antitrypsine
- a1
antichymotrypsine (a1ACh)
- haptoglobine (Hp)
- céruloplasmine (Cp)
- C2, C3, C4, C5, C6, C9 et facteur B
- C1 inactivateur (C1 INA)
- ferritine
- fibrinogène (Fib)
- facteur VIII
- protéine C réactive (CRP)
- sérum amyloïde A protéine (SAA)
Chez l'homme les PI dont le taux
n'augmente pas sont les suivantes
:
- a2
macroglobuline (a2M)
- Kininogène de faible masse moléculaire
- inter a trypsine inhibiteur (inter a TI)
- antithrombine III.
Chez l'homme,
les PI dont le taux diminue sont les suivantes :
- transferrine
- fibronectine
Les propriétés physico-chimiques de certaines PI
sont rapportées dans le tableau
IX-IIa. Le tableau
IX-IIb indique les caractéristiques
biologiques de PI.
L'augmentation chez l'homme du
taux des PI peut être faible
de l'ordre de 1/2 fois pour Cp et C3, moyenne de l'ordre de 2
à 4 fois pour a1GP, a1PI, a1ACh, et haptoglobine ou très forte de
l'ordre de plusieurs centaines de fois pour CRP et SAA.
Les PI majeures sont donc chez l'homme la CRP et la SAA. Mais
pour la souris, il s'agit seulement de la SAA, chez le rat de
l'a2M
et de la cystéine protéase inhibiteur, enfin pour
le lapin de l'a2M et de la transferrine.
La cinétique d'évolution des PI varie d'une PI à
l'autre. Le CRP et la SAA ont une évolution rapide avec
augmentation en 6 heures et demi-vie de 8 à 12 heures,
puis retour à la normale en 3 à 4 jours si l'inflammation
cesse. L'a1ACh augmente en 10 h et retourne à un
taux normal en 6 à 8 jours avec une demi-vie de 2 jours.
L'a1GP,
l'a1PI,
l'haptoglobine, la céruloplasmine et le fibrinogène
ont leurs taux qui augmentent plus tardivement en 3 à 6
jours avec un retour à la normale en 10 à 15 jours.
Les 3 PI les plus souvent dosées pour apprécier
le syndrome inflammatoire, sont la CRP de cinétique rapide
et l'a1GP et l'Hp de cinétique lente. Le tableau IX-III
indique les valeurs des PI chez
le sujet normal et lors des phénomènes inflammatoires.
-b- Facteurs
responsables de l'hyperproduction des PI
:
Les facteurs capables de stimuler la synthèse des protéines
de l'inflammation sont nombreux : IL1, TNF, IFNg, IL11, LIF, oncostatine
et surtout IL-6 (ancien "hepatocytes stimulating factor").
Ces inducteurs sont actifs de façon différentielle
sur la production des protéines de l'inflammation (figure IX-4 ). Le tableau
IX-IV donne des exemples de l'effet
inducteur de certaines cytokines sur la synthèse des protéines
de l'inflammation. De plus, chaque hépatocyte est capable
de synthétiser l'ensemble des protéines de l'inflammation,
mais selon sa localisation dans le lobule hépatique, il
produira préférentiellement certaines de ces protéines.
-c- Fonctions des PI :
Les PI agissent à la phase d'état de la réaction
inflammatoire et ont pour rôle
de ralentir, puis d'arrêter cette réaction grâce à leurs propriétés
antiprotéasiques dont les cibles sont les protéases
de la coagulation/fibrinolyse, de l'activation du C et des kinines
ainsi que les autres protéases libérées lors
de l'inflammation. Les PI peuvent
également interagir avec des produits toxiques ou de lyse
cellulaire pour favoriser leur élimination.
Nous envisagerons plus loin, avec les phénomènes
inhibiteurs de l'inflammation, les activités antiprotéasiques
des PI. Par contre, nous allons immédiatement voir le rôle des PI dans l'épuration des
produits résultant de la lyse tissulaire.
c1/ Rôle
des pentaxines
CRP et sérum amyloid P protéin (SAP)
Les pentaxines sont des protéines plasmatiques pentamériques
qui peuvent se lier à différents constituants de
façon Ca++ dépendante ou indépendante selon
les espèces.
La CRP se combine aux résidus de galactose, à la
phosphorylcholine ou à la chromatine
nucléaire. Ainsi, la CRP
complexée aux motifs complémentaires de la surface
des bactéries, de la membrane cytoplasmique des cellules
lysées ou de la chromatine, se comporte comme un facteur
opsonisant des membrane ou de la chromatine car elle est capable
d'activer le C par la voie directe. Il en résulte alors
une phagocytose accrue des complexes précédents.
Les peptides résultant de la dégradation de la CRP,
agissent sur la prolifération des fibroblastes, la coagulation
et les phénomènes d'adhésion ou d'agrégation
cellulaire. Certains de ces peptides, analogues à la tufsine,
ont les mêmes effets sur les macrophages/monocytes que cette
molécule.
La SAP, retrouvée dans les dépôts de substance
amyloide, a la propriété de se lier aux différents
types de fibrilles amyloïdes, à la fibronectine et
à la C4 binding proteine. Sa fonction est mal connue.
c2/ Rôle
de la SAA
La SAA est une apolipoprotéine (produite aux dépends
des Apo A1) qui servirait, par l'intermédiaire des HDL3
(lipoprotéine 3 de haute densité), au transport du cholestérol accumulé dans les foyers inflammatoires
jusqu'au foie pour y être catabolisé.
c.3/ Rôle
de l'haptoglobine
Cette a2 glycoprotéine se combine par des liaisons
solides, mais non covalentes à l'hémoglobine libérée
à partir des hématies extravasées, puis hémolysées
au niveau de l'exsudat inflammatoire. Le couple Hb-haptoglobine
grâce à un récepteur de membrane est capté,
puis catabolisé par les hépatocytes et les cellules
du système réticulohistiocytaire. La demi-vie du
complexe est de 1h30, celle de l'haptoglobuline libre de 3 jours.
c.4/ Rôle
de la céruloplasmine
Elle inhibe hors de la cellule, l'anion superoxyde O2. et
ses dérivés selon la réaction :
O2.
+ O2.
+ 2H+
H2O2 + O2.
Dans la cellule, ces substances sont inactivées par une
superoxyde dismutase.
En résumé, les fonctions des PI sont l'opsonisation des débris membranaires et nucléaires (CRP), l'inactivation de molécules toxiques : hémoglobine (haptoglobine) et ions superoxydes (CRP et Cp) et l'évacuation des dépôts lipidiques (SAA).
III - PHENOMENES INHIBITEURS DE LA REACTION INFLAMMATOIRE ET DISPARITION DES PHENOMENES INFLAMMATOIRES
Pour éviter la prolongation des phénomènes inflammatoires qui auraient des conséquences graves aussi bien locales que générales, l'organisme met en oeuvre une série de mécanismes ayant pour but de ralentir, puis de faire disparaître la réaction inflammatoire et ses effets. Cette réaction inflammatoire résulte de l'activation de différentes catégories cellulaires et systèmes humoraux (coagulation, fibrinolyse, kallicréine-kinine et complément). La conséquence en est la production d'effecteurs chimiques. Son contrôle se fait en désactivant les cellules et les systèmes humoraux et en inhibant les effecteurs.
III-1. Désactivation des cellules et inhibition de la synthèse des médiateurs
Les facteurs qui vont avoir cet effet
sont produits
*
soit localement : L'histamine en se fixant sur les récepteurs
H2 présents sur les mastocytes et les neutrophiles, gêne
la dégranulation des premiers et les mouvements chimiotactiques,
la phagocytose et la libération des enzymes lysosomaux
des seconds. L'IL10, l'IL4, et le TGFb inhibent la production
des cytokines pro-inflammatoires (IL1, IL6 et TNFb)
par les macrophages.
*
soit à distance par l'intermédiaire de l'hypothalamus et de l'hypophyse : C'est ainsi que le cortisol, sécrété
abondamment par les corticosurrénales au cours de l'inflammation,
inhibe la synthèse des substances vasoactives (PGE2 et
PGI2, leucotriènes, bradykinine et histamine), des monokines
et des lymphokines ainsi que l'extravasation des PN vers le foyer
inflammatoire.
On peut rapprocher de ces phénomènes, ceux qui ont
pour conséquence une inhibition de la réaction immunitaire
spécifique. Cette réaction immunitaire peut être
à l'origine de l'inflammation ou apparaître au cours
de celle-ci. Des médiateurs et des protéines de
l'inflammation, ont un effet immunosuppresseur de même que
le cortisol et plusieurs neuromédiateurs. Ainsi, l'histamine
(en se liant aux récepteurs H2) et les PGE activent les
T suppresseurs. Des protéines de l'inflammation comme la
CRP, la SAA, l'a1 Gp acide et l'a1 protéase
inhibiteur, freinent la réponse immune principalement vis-à-vis
des Ag thymodépendants.
III-2. Blocage de l'activation des systèmes humoraux et inhibition des médiateurs
III-2.1./ Systèmes
coagulation/fibrinolyse, complément et kallicréine/kinine
Les molécules fixées
aux membranes sont internalisées et hydrolysées,
et les molécules libres peuvent être neutralisées
par adsorption, blocage des sites actifs ou par variation du pH. Certains inhibiteurs des systèmes coagulation/fibrinolyse
et kallicréine/kinine et des médiateurs qui résultent
de l'activation de ces systèmes, sont indiqués dans
le tableau IX-V. Les inhibiteurs du système complément
autres que ceux communs avec coagulation/fibrinolyse et kallicréine/kinine
ont été étudiés au chapître
III.
Tableau IX-V. Inhibiteurs de la coagulation/fibrinolyse
et du système kallicréine/kinine.
|
|
|
| a2 macroglobuline | Thrombine, plasmine, kallicréine |
| Antithrombine III | Thrombine, facteurs IXa, Xa, XIa, XIIa, C1 estérase, kallicréine |
| CRP activée par des récepteurs de surface des cellules endothéliales + protéines | Facteur VIIIa et Va |
| Peptides de dégradation de la fibrine | Polymérisation de la fibrine |
| a2 antiplasmine | Plasmine |
| a1 protéase inhibiteur | Plasmine, Kallicréine |
| C1 INH, plasmine, facteurs XIa, XIIa | Kallicréine, C1s |
|
Cathepsine D I = carboxypeptidase |
B, C3a, C5a, kinines |
|
Kininases II = enzyme de conversion |
Kinines |
| Fragments 1 et 2 produits lors de la synthèse de la bradykinine | Facteur XII |
III-2.2./ Autres protéases
Des protéases autres que celles des systèmes précédents
sont libérées lors du déroulement de l'inflammation
et doivent également avoir leur activité bloquée.
Ces protéases qui se répartissent en trois catégories
selon le site sur lequel elles agissent, ont des inhibiteurs spécialisés
pour chacun de ces groupes.
-a- Sérines protéases
Leur activité est analogue à celle de la trypsine
et de la chymotrypsine.
Elles proviennent essentiellement des PN
et macrophages. Ce sont élastase
et cathepsine G. D'autres, thrombine, plasmine, kallicréine,
C1s et facteur Xa font partie des systèmes
humoraux. Elles ont toutes les
mêmes inhibiteurs. Ces inhibiteurs font partie des protéines
de l'inflammation. L'a1 protéase inhibiteur (antitrypsine) agit
surtout sur l'élastase et l'a1 anti-chymotrypsine
sur la cathepsine G. Lorsque les complexes protéase-anti-protéase
précédents passent en intravasculaire, il y a transfert
de la protéase sur l'a2M. L'ensemble, ainsi formé, est alors
endocyté par le système réticulohistiocytaire.
-b- Cystéine protéases
Ce sont les cathepsines B et surtout H et L des lysosomes dont
le collagène est la cible. Les inhibiteurs sont les cystéine protéase
inhibiteurs de faible masse moléculaire (12 kDa) et haute
masse moléculaire (90 kDa) (ce dernier est chez le rat
une importante protéine hépatique de l'inflammation),
l'haptoglobine (surtout pour le rat) et enfin l'a2M (elle se comporterait
comme précédemment pour les sérine-protéases).
-c- Métallo-protéases
Les plus importantes sont les collagénases (métallo-protéases neutres) originaires
des PN neutrophiles, macrophages, synoviocytes et chondrocytes.
Elles agissent sur les fibres de procollagène. L'a2M
et la ß1 anticollagénase inhibent ces protéases.
III-2.3. Radicaux libres
cytotoxiques (H2O2 , OHactif. , O2actif, 1O2, NO)
Dans le cytoplasme des cellules effectrices, ces dérivés
sont neutralisés par la superoxyde
dismutase et hors des cellules
par la céruloplasmine.
III-3. Disparition de l'inflammation et restauration tissulaire
Au fur et à mesure de la disparition de l'inflammation, on voit se restaurer le conjonctif et le parenchyme.
III-3.1./ Chronologie des
phénomènes
D'abord l'anse capillaire est reconstituée grâce
à la néoangiogénèse qui se produit à partir d'un bourgeon
endothélial partant d'un capillaire. Ensuite, le tissu
conjonctif détruit est remplacé par des fibroblastes
qui migrent dans cette zone, puis prolifèrent et enfin
synthétisent successivement glycoaminoglycanes, protéoglycanes,
collagènes et fibronectine (transitoirement il peut y avoir
production de cellules myoïdes dont le rôle est de rapprocher les lèvres
d'une plaie si celle-ci existe). Enfin, il y a d'une part lymphoangiogenèse
pour que le conjonctif néoformé ait un drainage
lymphatique, et d'autre part migration
de macrophages dans le tissu.
Le parenchyme peut être
restauré en dernier, s'il
a été victime de l'inflammation.
III-3.2./ Facteurs responsables
de la restauration
III-3.2.1./ Facteurs favorisant locaux
Plusieurs facteurs de croissance
des fibroblastes favorisent la
restauration : FGF, IGF, EGF, PDGF, substance P.
Les cytokines suivantes modulent
la production du collagène, des glycosamino-glycanes et
de la fibronectine par les fibroblastes
:
*
Collagène : augmentation par IL1, TNFb, IL4, PDGF, FGF,
TGFb
et diminution par IFNg
*
Glycosaminoglycanes : augmentation par IL1, TNFa et b,
IL4, PDGF, FGF, TGFb, IFNg
* Fibronectine
: augmentation par IL4, PDGF, FGF, TGFb, diminution par
TNFa et
b,
IFNg
III-3.2.2./ Facteurs favorisant
généraux
Des polypeptides d'origine hypophysaire
et hépatique se comportent
comme des facteurs de croissance ou d'activation des fibroblastes
et des cellules du parenchyme.
III-3.2.3./ Facteurs régulateurs
Ils contrôlent la prolifération et la différenciation
cellulaires. Il s'agit principalement de chalones produites par un tissu particulier, actives
localement et dont le rôle est de moduler la croissance
du même tissu.
III-3.3. Résultats
de la restauration
La restauration peut être totale. Cependant, assez souvent,
lorsque l'inflammation a touché un parenchyme, une partie
de celui-ci est remplacée par une fibrose, soit stable, soit qui a tendance à progresser.
La fibrose est d'autant plus importante que vascularisation et
revascularisation sont mauvaises.
La figure IX-5
résume les différents phénomènes qui
interviennent dans l'inflammation.
III-4.
Echecs de l'inflammation
Ils peuvent résulter soit de l'extension
de l'infection si celle-ci est
à l'origine de l'inflammation, soit de la persistance de l'inflammation (inflammation chronique), soit de sa récurrence,
soit de sa généralisation.
III-4.1. Extension de l'infection
Elle conduit, lorsque le germe continue à proliférer,
soit à la nécrose locale avec abcès circonscrit ou à la cellulite suppurative
si une barrière tissulaire n'entoure pas l'abcès,
soit à la septicémie si le germe passe dans le torrent circulatoire.
III-4.2. Inflammation chronique
ou récurrente
Lorsque la réaction dure
plus de 3 semaines, elle devient
chronique.
On la dit récurrente si après
des phases d'atténuation, elle réapparaît
dans la même zone. Ces
deux situations résultent d'une persistance du facteur
à l'origine de l'inflammation (par exemple corps étrangers
non métabolisables) et/ou de troubles des systèmes
de contrôle de l'inflammation.
La persistance de l'inflammation peut aboutir à l'amyloïdose secondaire
qui est caractérisée par le dépôt tissulaire
de la protéine amyloide A provenant de la SAA du torrent
circulatoire.
III-4.3. Généralisation
de l'inflammation
Deux situations correspondent à cette généralisation.
Dans la première, des foyers
inflammatoires se développent à distance du foyer
initial (par exemple atteintes
de plusieurs articulations). Dans la seconde, la coagulation/fibrinolyse qui est l'un des éléments
de la réaction inflammatoire, va se trouver mise en cause
loin de la zone où a débuté l'inflammation. C'est la coagulation
intravasculaire disséminée
qui peut prendre l'expression clinique de thromboses
multiples répétées
(si la coagulation prédomine) ou d'un syndrome
hémorragique (si la fibrinolyse
prédomine).