En pénétrant dans un organisme,
une substance étrangère se comporte comme un antigène si elle peut y déclencher (indépendamment
de son activité pharmacologique) une série de phénomènes
dont l'ensemble constitue la réponse
immune. Celle-ci comprend deux
volets : la réponse humorale (production d'Ac) et la réponse
cellulaire (production de lymphocytes
T) qui peuvent exister isolément ou le plus souvent en
association.
Le système immunitaire de l'individu chez lequel un antigène
pénètre, est le siège d'une réaction
immune conduisant à la production d'une part d'anticorps
par les lymphocytes B différenciés
en plasmocytes et d'autre part
de lymphocytes T effecteurs spécifiques. Ces cellules communiquent entre elles et avec
d'autres cellules par l'intermédiaire de molécules de membrane (molécules d'adhésion et/ou costimulantes),
dont les Ag du complexe majeur
d'histocompatibilité (CMH)
et au moyen de facteurs solubles qu'elles sécrètent : cytokines dont
les interleukines (IL). Les Ag du CMH sont des complexes hétérodimériques
de membrane divisés en classe I et classe II. Ils interviennent
dans les interactions cellulaires et sont responsables des rejets
aigus de greffes allogéniques (entre individus différents
d'une même espèce). Ces Ag du CMH ont un sillon tourné
vers l'extérieur qui abrite des peptides du sujet ou des
peptides étrangers.
La majorité
des Ag (Ag thymodépendants) induit la synthèse d'Ac par les lymphocytes
B grâce au concours de lymphocytes T exprimant en surface
les molécules CD4 (TCD4+) et sécrétant les
principales interleukines suivantes : IL4, IL5, IL10 et l'IL13.
Ce sont les TCD4+ TH2 à fonctions
coopérantes pour les B.
En plus de la production d'Ac et de T coopérants CD4+TH2,
la réponse immune est caractérisée par l'apparition
de nombreux T de l'immunité
cellulaire CD4+TH1 (synthétisant
de l'IL2 et de l'interféron g (IFNg))
et parfois de T cytotoxiques CD8+.
Pour obtenir une réponse immune, les lymphocytes T CD4+,
spécifiques de l'Ag présenté par les Ag du
CMH autologue de classe II, doivent recevoir au
moins deux signaux. L'un spécifique,
est transmis par le TcR occupé par son ligand. Un autre ou d'autres
(costimulation), non spécifiques, correspondent par exemple à des cytokines comme
l'IL1 sécrétée (IL1ß) et/ou à
l'IL1 de membrane (IL1a) et/ou à d'autres
molécules de surface.
Les conditions de production de ce second signal varient avec
les Ag et les cellules présentant l'Ag.
Lorsque les Ag sont des bactéries, fréquemment leur phagocytose induit
la synthèse d'IL1 par le macrophage. En revanche, les Ag
solubles protéiques induisent
peu ou pas de production d'IL1. Donc dans ce dernier cas, soit
un autre stimulus doit intervenir pour induire la synthèse
d'IL1, soit un second signal différent de l'IL1 doit le
remplacer. Ainsi, lorsque l'Ag est une protéine soluble,
les deux mécanismes suivants permettent la synthèse
d'IL1 par le macrophage. Le 1er
mécanisme conduit à
la stimulation de la production, par les T CD4+, de TNFß
qui agit alors sur les macrophages pour leur faire synthétiser
de l'IL1. Dans le second mécanisme, les interactions de membrane entre T CD4+ et
macrophages sont suffisantes pour obtenir un résultat analogue.
La transduction de ces signaux de contact, chez le macrophage,
se fait notamment par l'intermédiaire des Ag du CMH de
classe II, du LFA3 ou des B7, puisque des Ac monoclonaux contre
ces structures ont un effet de stimulation de la synthèse
d'IL1 par les macrophages.
Les CD4+TH1
n'ont pas de récepteurs pour l'IL1 et reçoivent
un autre second signal, comme
l'IL6,
produit, par exemple, par les macrophages convenablement activés.
Lymphocytes B et cellules dendritiques peuvent produire de l'IL1 après
stimulation, mais moins rapidement et en moins grande quantité
que les macrophages. Elles peuvent également être
la source d'un second signal. Cependant, les stimuli qui induisent
l'IL1 et ces seconds signaux sont en partie différents
selon les CpAg.
Pour les lymphocytes T CD8+, le second signal ne peut être l'IL1 puisque
ces cellules n'expriment pas de récepteurs pour cette interleukine.
Il s'agit, d'une part de l'IL6
sécrétée
par les macrophages ou d'autres cytokines, et d'autre part de
molécules de membrane.
La réponse vis à vis des Ag
thymodépendants (figure VI-1a)
nécessite la capture et la préparation de l'Ag par
des cellules professionnelles pour cette fonction que sont les
cellules présentant l'Ag
(CpAg) (macrophages, cellules
dendritiques et lymphocytes B). Les TH2 coopèrent avec
les B par l'intermédiaire de molécules de surface
stimulantes et d'interleukines; les TH1 sont les effecteurs de
certaines des manifestations de l'immunité cellulaire grâce
aux interleukines pro-inflammatoires qu'elles synthétisent.
Enfin, d'autres manifestations de l'immunité cellulaire
sont médiées par les TCD8+ qui lysent les cellules
cibles qui expriment l'Ag à leur surface au sein de leurs
Ag du CMH de classe I. Les Ag du CMH de classe II du sujet, associés
à l'Ag étranger, sont indispensables pour que les
CpAg initient la réponse au niveau des lymphocytes T. Deux
autres types cellulaires interviennent dans la régulation
de la réponse immune. Il s'agit des T
suppresseurs, CD8+ ou CD4+, qui
inhibent les réponses immunes humorale et cellulaire et
peut être des T contrasuppresseurs qui sont antagonistes des T suppresseurs. Les
cellules NKreprésentent
une autre catégorie de lymphocytes. Ces celllules sont
multifonctionnelles : lyse des cellules cancéreuses et
des cellules infectées par un virus, et activité
suppressive non spécifique. Enfin, les cellules NKT, cellules
T avec des caractéristiques de NK, interviennent dans la
première ligne de défence anti-infectieuse et comme
cellules suppressives.
C'est le hasard qui est à l'origine de la rencontre entre
les lymphocytes et leur Ag. Pour favoriser ce hasard les lymphocytes
vont beaucoup circuler dans l'organisme à la recherche
de leur Ag et les CpAg après avoir capturé cet Ag
à l'endroit où il a pénétré
(en général dans les tissus) vont transporter les
fragments d'Ag dans les organes lymphoïdes secondaires pour
les présenter aux lymphocytes T compétants. Ces
organes sont riches en lymphocytes et sont un lieu de passage
des lymphocytes qui circulent. Les T
dits naïfs qui n'ont jamais
rencontré l'Ag circulent entre les organes lymphoïdes
secondaires : ils entrent par les veinules postcapillaires de
l'organe et en sortent par les lymphatiques efférents pour
gagner le sang et de nouveau un organe lymphoïde. Ces lymphocytes naïfs ne pénètrent
pas dans les tissus non lymphoïdes.
Si une CpAg, comme une cellule de Langerhans de la peau, capture
un Ag et l'apprête, cette cellule s'active, se mobilise
et gagne, après avoir subit des modifications de ses molécules
de surface, les lymphatiques locaux, puis le ganglion
satellite. Au niveau de la zone
paracorticale thymodépendante, la CpAg prend contact avec
des lymphocytes T spécifiques de l'Ag apprêté.
En quelques heures, ces lymphocytes sont activés et deviennent
des lymphocytes effecteurs qui ont acquis des propriétés
migratoires nouvelles qui les poussent vers les tissus périphériques, surtout siège
d'une inflammation. Après
avoir joué leur rôle protecteur, les survivants reviennent au repos
et sont des T mémoires qui vont recirculer comme les T naïfs mais surtout rejoindre les tissus
non-lymphoïdes (figure-VI-1b). La mobilisation des
CpAg ou des lymphocytes d'un tissu dépend de la disparition de récepteurs des cellules
qui les accrochaient in situ
et de réarrangements du
cytosquelette (sous l'influence
de cytokines et/ou de chimiokines) favorisant les mouvements des
cellules. La localisation de ces cellules au niveau d'un tissu
est en rapport avec leurs molécules
d'adhésion de surface
et celles des cellules endothéliales de ces tissus. La
pénétration dans le tissu dépend des récepteurs pour les chimiokines des CpAg et lymphocytes (ces récepteurs
s'expriment ou disparaissent selon l'état d'activation)
et un gradient des ces chimiokines
fixées sur la matrice extracellulaires.
Nous étudierons la réponse immune en abordant d'abord
la structure et le devenir des antigènes (Ag) après
introduction dans l'organisme, ensuite les réactions histologiques
des organes lymphoïdes, puis la réponse cellulaire
et humorale, ainsi que les mécanismes de régulation
et enfin la génétique de la réponse immune.
Toute molécule libre ou liée à un tissu ou à une cellule peut être un Ag. Un Ag se définit par rapport à une espèce animale déterminée ou mieux par rapport à un individu. En effet, une substance peut se comporter comme un Ag pour un sujet et ne pas l'être pour un autre. Un Ag ne stimule les lymphocytes T que si cet Ag (ou le plus souvent ses produits de dégradation) leur est présenté associé aux Ag du CMH syngénique. Une telle présentation dans le contexte des Ag du CMH est réservée aux T mais pas aux lymphocytes B.
Les Ag peuvent être classés différemment selon les critères choisis (figure VI-1c). On peut ainsi les diviser en :
I-1.1./
Ag complets et Ag incomplets ou haptènes
Un Ag est dit complet lorsqu'il est immunogène, c'est-à-dire qu'il
peut déclencher une réponse immune.
L'haptène ou Ag incomplet n'est pas immunogène
injecté seul. Les Ag incomplets
ne donnent de réponse immune que s'ils sont fixés
à une grosse molécule, le plus souvent protéique
: le transporteur ou "carrier".
Cependant, en badigeonnant la peau avec une solution de certains
haptènes non liés à un transporteur, il est
possible d'induire une immunité cellulaire car les haptènes
s'associent in vitro avec des transporteurs. Ag
complets et haptènes se combinent avec les produits spécifiques
de la réponse immune :
Ac, cellules B et éventuellement T à récepteurs
pour l'Ag. Le qualicatif d'antigénique est pratiquement synonyme
d'immunogène.
La structure
de l'Ag qui se combine avec l'Ac ou le récepteur cellulaire
est le déterminant antigénique ou épitope
que reconnaît la partie
variable des Ac ou paratope ou
site Ac. Un épitope est
séquentiel quand il est défini par sa structure
primaire. Un Ac dirigé contre un épitope séquentiel
continuera à réagir même après dénaturation
de l'Ag. Un épitope est conformationnel quand il est lié à la structure
tridimentionnelle de la molécule. Les haptènes sont
constitués par un seul ou un très petit nombre d'épitopes.
Par contre, les Ag complets portent habituellement plusieurs épitopes
identiques entre eux ou plus généralement différents.
On dit qu'un Ag est monovalent quand une seule molécule d'Ag se combine
à une seule molécule d'Ac. Il est polyvalent quand
plusieurs molécules d'Ac peuvent se fixer sur une seule
molécule d'Ag. Donc, la valence correspond au nombre maximum
de molécules d'Ag qui peut se lier à une molécule
d'Ac. La liaison Ag-Ac est monogame
si une molécule d'Ac est
fixée sur une seule molécule d'Ag par ses deux paratopes
au niveau de 2 épitopes identiques de la même molécule
d'Ag. Le nombre d'épitopes
ne correspond pas obligatoirement à la valence. En effet, il peut être supérieur
à celle-ci à cause de l'encombrement stérique
qui empêche l'accès des Ac à certains épitopes.
Les épitopes reconnus par les Ac sont fréquemment
conformationnels alors que ceux avec lesquels se lient les récepteurs
des T, sont préférentiellement séquentiels.
En fait, les récepteurs T reconnaissent l'épitope
présenté par les molécules du CMH. L'Ag ou
plutôt des fragments de cet Ag portant l'épitope
doivent d'abord se ficher dans une dépression de la molécule
du CMH. La
partie de l'Ag ou du fragment d'Ag fixé au sein de cette
dépression porte le nom d'agrétope.
Les Ag protéiques peuvent être divisés en
3 catégories selon que leurs épitopes sont reconnus
par les lymphocytes T sans modification, après déroulement
ou le plus souvent, après protéolyse de la molécule.
Dans ce dernier cas, les peptides résultant de la protéolyse
d'Ag se répartissent par rapport à un HLA particulier,
en peptides dominants si les peptides se lient fortement à
cet HLA, en peptides sous-dominants si la liaison est de faible affinité
et en peptides cryptiques s'ils ne peuvent se fixer.
I-1.2./ Ag solubles
et particulés
Les Ag particulés sont représentés par des
Ag solubles ou non, portés par des particules : bactéries,
parasites, virus ou cellules telles que globules rouges (GR).
I-1.3./
Ag thymodépendants et thymo-indépendants
Les Ag sont thymodépendants ou thymo-indépendants
selon que la production d'Ac par les cellules B nécessite
ou non la coopération avec les lymphocytes T. Ces derniers
Ag correspondent fréquemment à des molécules à motifs répétitifs ou à catabolisme
lent telles que polysaccharides
divers et polymères d'AA
droits.
Les Ag thymo-indépendants (TI) se répartissent en 2 catégories.
Les Ag TI de type 1 (LPS, flagelline polymérisée,
polyvinylpyrrolidone) sont mitogènes et activateurs polyclonaux
des lymphocytes B CD5+ (B1) et CD5- (B2) de souris. Les Ag TI de type 2
(polysaccharides solubles, dextranes, levanes, ficoll, polymères
synthétiques d'AA droits) ne sont pas mitogènes,
mais uniquement activateurs polyclonaux des B1. Ainsi, les souris
nouveau-nées et les souris mutantes CBA/N dépeuplées
en B1 répondent aux Ag TI1, mais non aux Ag TI2.
I-1.4./
SuperAg
On les divise en superAg pour
les cellules T et superAg pour les cellules B.
Les superAg pour les cellules T sont des molécules (entérotoxines
du staphylocoque, rétrovirus de tumeurs mammaires...) qui
ont la faculté de se lier à la partie
variable de certaines chaînes b des TcR sans avoir à être présentées
dans le sillon des Ag du CMH. Il en résulte l'activation
des clones utilisants la chaîne b en cause pour leurs
TcR, ce qui correspond à un grand nombre de clones T.
D'autres molécules (protéines A et G du staphylocoque,
Ag du HIV...) sont des superAg pour les cellules B, qui peuvent
se fixer de façon analogue aux superAg pour les cellules
T sur la partie variable de certaines chaînes
H des Ig de surface ou sécrétées.
I-2
Caractéristiques des antigènes
I-2.1./ Poids moléculaire
et nature chimique
Les Ag ont généralement un poids moléculaire
élevé, leur immunogénicité croissant
habituellement avec celui-ci. Ainsi, les haptènes qui ne
sont pas immunogènes, sont le plus souvent de petite taille.
La majorité des Ag sont
des protéines mais il
existe aussi des Ag polysaccharidiques. Les lipides se comportent en général comme
des haptènes. Les acides
nucléiques sont de mauvais
Ag. Ainsi, on ne peut obtenir d'Ac anti-ADN bicaténaire
par immunisation d'un sujet normal avec de l'ADN bicaténaire
lié ou non à un porteur protéique.
I-2.2./ Configuration de
la molécule
Les déterminants antigéniques reconnus par les Ac
ou les récepteurs des lymphocytes B sont souvent portés
par des molécules natives et ont tendance à être
situés soit à la surface
de la molécule dans les
zones les plus exposées, c'est-à-dire au niveau
des coudes de repliements des chaînes polypeptidiques des protéines globulaires, soit au niveau des portions
terminales des protéines déroulées et des
protéines fibreuses. Dans
le cas des protéines repliées, les épitopes
correspondent surtout aux zones
hydrophiles, car les AA hydrophobes
se trouvent à l'intérieur de la protéine
repliée. De plus, les déterminants antigéniques
protéiques se localisent fréquemment au niveau de
zones mobiles pouvant adopter des conformations multiples
et ainsi s'adapter à des paratopes variés. Parfois,
les Ac sont spécifiques de molécules
dénaturées.
I-2.3./ Taille des déterminants
antigéniques
Elle varie selon l'Ag. Avec les Ag protéiques reconnus
par les Ac, l'épitope fait en moyenne intervenir une dizaine d'AA.
Avec les Ag polyosidiques, le déterminant englobe souvent
5 à 6 sucres.
Les TcR sont complémentaires soit de peptides constitués
par une huitaine d'AA implantés
dans les Ag du CMH de classe I,
soit de peptides faits d'une quinzaine
d'AA inclus dans le sillon des Ag de classe II.
I-2.4./
Réactions croisées
Les Ac spécifiques d'un épitope ayant une constitution chimique déterminée réagiront avec toutes les variétés
de molécules portant cet épitope dans une position
accessible à l'Ac. On dit qu'il y a antigénicité
croisée entre ces molécules. Parfois, mais plus
rarement, l'Ac pourra réagir avec des structures chimiquement
différentes, mais ayant une conformation
spatiale analogue. Il s'agit
alors de déterminants antigéniques nommés
mimotopes. Enfin, quand 2 épitopes différents réagissent
avec les même Ac, un des épitopes peut se lier aux
paratopes de l'Ac et l'autre épitope se fixer sur une structure
des parties variables de l'Ac différentes de ce paratope.
Cette situation est rare.
I-2.5./ Adjuvants de l'immunité
Certaines substances mélangées avec l'Ag ou administrées
en simultanéité avec lui peuvent accroître
les différents paramètres de la réponse immune.
Ces substances sont des adjuvants de l'immunité. L'adjuvant
le plus fréquemment employé chez l'animal est l'adjuvant complet de Freund (mélange
d'huile minérale, d'un émulsifiant et de BK tués). Les adjuvants présents
dans les vaccins utilisés chez l'homme (vaccins "adsorbés")
sont des sels de calcium ou d'aluminium.
L'étude de la répartition
d'un Ag, après qu'il ait pénétré dans
un organisme, peut se faire en le suivant visuellement et en le
dosant (quand cela est possible) dans les différents tissus.
La localisation visuelle de l'Ag se fait d'abord en microscopie
photonique. Elle fait appel à des techniques d'immunofluorescence
(IF), d'immunoperoxydase (IP) ou de marquage de l'Ag par un isotope.
Dans ce dernier cas, des autoradiographies permettent le repérage
de l'Ag. Des études en microscopie électronique
peuvent compléter les résultats donnés par
la microscopie optique.
Le devenir de l'Ag dépend de la forme, de la présentation
(avec ou sans adjuvant), du mode d'administration de l'Ag et de
la préexistence d'Ac.
II-1.
Cinétique de disparition de l'Ag du torrent circulatoire
Elle s'étudie surtout après injection
intraveineuse (IV) de l'Ag, et
quand il n'existe pas d'Ac circulants.
Lorsque l'Ag est soluble sans agrégat, il persiste longtemps
dans le torrent circulatoire gagnant les organes lymphoïdes
où il se lie aux récepteurs de surface des lymphocytes
B sans passer par les macrophages. La conséquence est la
création d'un état de tolérance spécifique.
Lorsque l'Ag est soluble avec
agrégats, il disparaît
du torrent circulatoire en trois phases :
* la
première rapide de diffusion
dans l'organisme ;
* la
seconde plus longue, mais variable
selon l'Ag, correspondant au catabolisme de celui-ci et à
sa captation par les cellules phagocytaires;
* la
troisième plus rapide signant
l'élimination immune (5ème-6ème jour) par
apparition des premiers Ac avec formation d'immuns complexes rapidement
phagocytés. Il y a cassure de la courbe
à ce moment (figure VI-2).
Lorsque l'Ag est particulé, il disparaît très rapidement du
torrent circulatoire à la suite de sa capture par le SRH
(système réticulo-histiocytaire).
Si des Ac préexistent, ils accélèrent l'élimination
de l'Ag soluble ou particulé.
II-2. Organes où se localise l'Ag selon sa voie d'introduction
Voie IV
: dans l'ordre décroissant, l'Ag se retrouve au niveau
du foie
50 à 80% de la dose injectée (au bout de 24h), de
la rate
(5%), des poumons, des ganglions et de la moelle osseuse.
Voie SC ou ID : l'Ag est d'abord présent
au point d'injection, puis dans les ganglions
satellites, enfin dans le foie et parfois
dans d'autres organes lymphoïdes.
Voie muqueuse (principalement digestive et respiratoire)
: certains Ag ou fragments d'Ag résistants aux enzymes
digestifs peuvent traverser la muqueuse et se retrouver au contact
du tissu lymphoïde diffus
du tube digestif, puis des ganglions mésentériques.
A travers la muqueuse bronchique, de petits Ag arrivent parfois
au niveau des formations lymphoïdes locales.
II-3. L'Ag dans les organes lymphoïdes : rate et ganglions
Sa localisation prépondérante
varie selon qu'il existe ou non des Ac au moment de l'injection.
II-3.1./ Ac circulants
absents
Rate : macrophages de la pulpe rouge et blanche
notamment de la zone périartériolaire, puis cellules
dendritiques folliculaires.
Ganglions : macrophages des sinus périphériques
sous-capsulaires dès les premières heures, ensuite
cellules dendritiques, puis macrophages médullaires. Au
bout de 24h, l'Ag gagne le paracortex et le cortex. Dans le cortex
il se situe à la surface des cellules dendritiques folliculaires
des follicules primaires.
Au niveau des macrophages, l'Ag est d'abord incorporé dans
des vacuoles cytoplasmiques, puis présent sous forme de
peptides résultant de la dégradation de l'Ag, sur
les Ag du CMH de la membrane cytoplasmique.
II-3.2./ Ac circulants
préexistants
L'Ag se retrouve encore dans les macrophages et les cellules
dendritiques de la zone paracorticale,
mais également rapidement sur la membrane cytoplasmique
des cellules dendritiques des
follicules lymphoïdes. Dans
ce dernier cas, l'Ag est à la surface des cellules dendritiques
folliculaires sous forme de complexes immuns. Donc, la localisation
folliculaire est accélérée et augmentée
par la présence d'Ac. De plus, lorsque l'Ag est administré
par voie IV, la préexistence d'Ac favorise sa localisation
dans les cellules de Kupffer du foie. En effet, les complexes immuns ayant fixé du complément
sont véhiculés jusqu'aux cellules de Kupffer par
les GR. Ces GR portent des CR1
(récepteur du C3b) qui vont lier les complexes immuns dans
le torrent circulatoire, les transporter jusqu'au foie et les
transférer aux cellules de Kupffer qui fixeront les complexes
immuns des GR sur leurs CR3.
III-MODIFICATIONS HISTOLOGIQUES DES ORGANES LYMPHOIDES SATELLITES DE LA ZONE DE PENETRATION DE L'AG
Nous envisagerons les différents changements d'aspect histologique des organes lymphoïdes satellites qui succèdent à l'administration d'un Ag soluble ou à une greffe allogénique telle qu'une greffe cutanée.
La rate est l'organe lymphoïde cible principale où l'on retrouve des cellules blastiques dès le premier jour dans les zones périartériolaires thymodépendantes où les lymphocytes T se multiplient. Dans les zones thymo-indépendantes (nodules lymphoïdes de la pulpe blanche et cordons cellulaires de la pulpe rouge), les multiplications sont plus tardives et conduisent par différenciation à des plasmocytes. En même temps, des centres germinatifs apparaissent dans les follicules. En fin de réponse, les blastes redonneront de petits lymphocytes.
III-2. Injection SC ou greffe incompatible
Dans le cas de l'injection SC d'un Ag
soluble, les ganglions satellites augmentent de volume dès la 2ème
heure par piègeage ("trapping") des lymphocytes circulants spécifiques
ou non de l'Ag. Ces
lymphocytes portant le récepteur des chimiokines CCR7 vont
pénétrer dans les ganglions en franchissant la paroi endothéliale des veines post-capillaires, au travers des cellules endothéliales
(empéripolesis) ou entre les cellules. C'est la chimiokine
CCL21 (dont le récepteur est CCR7) qui est responsable
de ce phénomène. Les lymphocytes qui ont pénétré,
sont attirés par la CCL19 produite par les cellules dendritiques
locales. L'accroissement de taille des ganglions continue ensuite,
mais par multiplication des lymphocytes à partir de la 36ème
heure.
Lorsqu'un Ag thymodépendant provoque l'apparition à
la fois d'Ac et d'une HSR, on constate les premières
mitoses au niveau des T de la zone paracorticale (régions inter- et sous-folliculaires).
Les premiers Ac semblent provenir des B (après transformation
en plasmocytes) en contact avec les macrophages, les cellules
dendritiques et les T de cette zone. Ces premiers Ac et les suivants
formeront des complexes avec l'Ag et se fixeront à la surface
des cellules dendritiques folliculaires. Ensuite, les lymphocytes B
activés par l'Ag et les
T, prolifèrent, perdent leurs Ig de surface et donnent
les centroblastes folliculaires en formant la zone
sombre fertile des centres germinatifs.
Les mitoses persistent 4 à 7 jours. Les centres germinatifs
prennent naissance à partir d'un petit nombre de lymphocytes
B (moins de 5) qui prolifèrent pour conduire en 3 jours
à 1O OOO centroblastes
sans IgMm mais avec CD77 de surface. Ces cellulent vont ensuite
ré-exprimer des Ig de membrane (IgG, A, E ou M) et devenir
des centrocytes à IgG, A, E ou Mm qui constituent la
zone claire
des follicules où ils vont rencontrer les cellules dendritiques
folliculaires. Les centrocytes à BcR d'affinité
suffisante pour les Ag immobilisés à la surface
des cellules dendritiques folliculaires sous forme de complexe
Ag/Ac, vont survivre. Une partie de ceux-ci se transforme en plasmoblastes
(présents dès la 24ème heure). Ces cellules
émigrent alors vers les cordons
médullaires ou la moelle osseuse
où ils deviennent des plasmocytes sécrétant les Ac d'abord IgM,
puis IgG, IgA ou IgE. L'autre
partie donne des B mémoires
(certains restent sur place au niveau du croissant sombre au repos
et d'autres gagnent le torrent circulatoire).
Les centrocytes,
qui se lient mal à l'Ag sur les cellules dendritiques
folliculaires, retournent dans la zone fertile où ils perdent
leurs Igm et se multiplient de nouveau. Les centrocytes qui ne se lient pas, meurent
par apoptose
et sont phagocytés par les macrophages. Ces macrophages
constituent du 5ème au 7ème jour les cellules à corps tingibles des centres germinatifs.
En 7 jours environ, les follicules à centre germinatif
sont complets et persitent plusieurs semaines (figure VI-3a1, VI-3a2, VI-3a3 et VI-3b) (voir Chapitre VIII).
Lorsque l'Ag ne provoque qu'un phénomène d'immunité
cellulaire (ou principalement un phénomène d'immunité
cellulaire) comme dans le cas des greffes allogéniques,
il existe seulement (ou presque uniquement) les phénomènes en rapport avec la zone
paracorticale (mitoses et hypertrophie
de cette région). Les modifications des follicules et des
cordons médullaires sont absentes ou tardives et réduites.
Enfin, lorsque l'Ag induit surtout ou seulement la synthèse
d'Ac, seuls les follicules lymphoïdes
sont nettement hypertrophiques
(figure VI-3c).
C'est au niveau des cordons médullaires (lymphocytes B)
que se trouvent les plasmocytes produisant les Ac. Le follicule
lymphoïde, en général, contient peu de plasmocytes,
5% de cellules T (chez l'homme ces lymphocytes T, comme les NK,
sont porteurs de l'Ag CD57) et 2% de cellules dendritiques folliculaires.
Les lymphocytes B de ces follicules ont des récepteurs
de surface pour les ligands suivants : PNA, Fcg (FcgRII)
et C3b (CR1). Les lymphocytes B de la zone périphérique
du follicule (croissant sombre fertile) expriment en surface la
5' nucléotidase et des IgM et IgD. Dans le centre germinatif,
les lymphocytes B peuvent avoir tous les isotypes d'Ig de membrane
sauf les IgD (figure VI-4).
Dans le même temps, une partie des lymphocytes T qui se
sont multipliés dans la zone paracorticale, va passer dans
la lymphe efférente sous forme de lymphoblastes et gagner les différents organes lymphoïdes
où ils reprennent la forme de petits
lymphocytes T mémoires.
IV-PRODUCTION D'UNE IMMUNITE A MEDIATION CELLULAIRE (IMC)
L'immunité à médiation
cellulaire fait intervenir des lymphocytes T reconnaissant spécifiquement
les Ag majeurs d'histocompatibilité
allogéniques ou des peptides associés aux Ag du CMH autologue, grâce à leurs TcR. Cette immunité
se manifeste par des phénomènes différents
selon les Ag en cause et les conditions de son induction.
Les manifestations d'IMC sont de deux types :
* immunité
cellulaire de transplantation ou de greffe.
On peut élargir ce cadre en y faisant entrer les phénomènes
médiés par les cellules NK et LAK.
*
réactions d'hypersensibilité retardée.
Nous envisagerons successivement les IMC typiques, puis les formes
particulières d'IMC au cours des infections (bactéries,
parasites et virus) et des cancers.
IV- 1. Immunité cellulaire de greffe
Elle est responsable des rejets de greffe et
de la réaction du greffon
contre l'hôte. Elle dépend
de la présence à la surface des cellules du greffon
d'Ag d'histocompatibilité absents chez le receveur.
IV-1.1./ Rejet de greffe
(rejet de greffe par l'hôte ou réaction de l'hôte
contre le greffon) et réaction du greffon contre l'hôte
IV-1.1.1./
Rejet de greffe
Il est possible techniquement de greffer à un être
vivant des organes, des tissus ou des cellules, mais les résultats
diffèrent selon l'origine génétique des greffons.
On distingue ainsi :
-a- les greffes qui ne sont pas rejetées
: greffes autologues ou autogreffes (le greffon provient du sujet que l'on greffe)
et syngéniques (le donneur est génétiquement
identique au receveur par exemple jumeaux homozygotes, souche
pure animale).
-b- les greffes qui sont rejetées
: greffes allogéniques
ou allogreffes (le greffon provient
de la même espèce que le greffé) et greffes xénogéniques
ou xénogreffes (le greffon est prélevé chez une
espèce différente). Les Ag responsables du rejet
sont dans le premier cas des alloAg et dans le second des xénoAg.
Le rejet des allogreffes peut être suraigu, aigu ou chronique. Le rejet est suraigu
quand il préexiste, chez
le candidat à la greffe, des Ac contre cette greffe. En effet, ces Ac réagissent
notamment avec des Ag de l'endothélium des vaisseaux du
greffon, aboutissant à sa thrombose et à sa nécrose.
Il s'agit d'un phénomène analogue au phénomène
d'Arthus. Dans le rejet chronique, des complexes
immuns et des Ac s'accumulent
lentement au niveau des membranes basales vasculaires. Dans le
rejet aigu,
intervient l'immunité de
transplantation à médiation cellulaire. Au cours de la greffe allogénique primaire
du type greffe de peau, la vascularisation s'établit normalement
comme celle des autogreffes en 4 jours. Puis des lymphocytes,
plasmocytes et macrophages envahissent le greffon d'abord autour
des vaisseaux. Au bout de 10 jours, si l'incompatibilité
est grande, les vaisseaux se thrombosent et la greffe se nécrose
: c'est le rejet aigu primaire. Les ganglions satellites de la zone greffée
deviennent hypertrophiques dès le moment où la vascularisation
de la greffe est réalisée. Si l'on refait au bout
de quelques semaines à quelques mois d'intervalle, chez
le même receveur, une greffe provenant du même donneur,
ou d'un donneur génétiquement identique ou voisin,
le rejet est accéléré et survient en 4 jours.
Ce rejet dit secondaire n'est obtenu que si la 2ème greffe est
génétiquement liée à la première.
Enfin, les xénogreffes sont habituellement éliminées
rapidement comme dans les rejets allogéniques suraigus,
à cause d'Ac anti-greffon préformés. Dans ces
différents cas suraigus, la greffe
est blanche car elle n'a pas
le temps de se vasculariser.
IV-1.1.2./
Réaction du greffon contre l'hôte
Elle intervient quand la greffe allogénique est constituée
par un tissu ou par une suspension
cellulaire contenant des cellules T.
Le phénomène est pur s'il n'y a pas en même
temps de rejet du greffon par l'hôte. C'est le cas lorsque
l'on administre des lymphocytes T provenant de parents A ou B
(souris de souches pures) à un hybride (A x B) F1 ou au
cours des greffes thérapeutiques de moelle à l'homme,
si le receveur présente un état d'immunodépression
(sujet recevant une thérapeutique immunosuppressive ou
atteint de certains déficits de l'immunité).
La réaction du greffon contre l'hôte chez la souris
peut s'exprimer de 2 façons en fonction du moment où
elle est étudiée.
*
Réaction précoce : Elle est caractérisée
par une splénomégalie ou une adénomégalie,
selon que les cellules sont injectées par voie générale
(IV, IP) ou en SC (dans ce dernier cas, l'adénomégalie
correspond aux ganglions satellites du point d'injection),
*
Réaction tardive : Elle aboutit à
la "runt disease" ou maladie
des rabougris, caractérisée
par un amaigrissement, une diarrhée, un pelage hirsute,
des lésions cutanées du type sclérodermie
et des lésions oculaires.
Chez l'homme, l'affection résultant de l'agressivité
de la greffe de moelle pour l'hôte est la maladie allogénique.
IV-1.2./
Complexe majeur d'histocompatibilité (CMH)
IV-1.2.1./ Notion de CMH
Une greffe
est rejetée, car certaines molécules de surface
des cellules du greffon, nommées Ag d'histocompatibilité,
sont différentes des molécules homologues des cellules
du receveur. Il s'agit principalement des Ag
majeurs, plus accessoirement
des Ag mineurs. Chez la souris, le système majeur est
le H2
(2ème Ag d'histocompatibilité) et chez l' homme,
le HLA
(human leucocyte system A ou leucocyte Ag). Le H2 a été
découvert par Gorer et
Snell à partir de 1930
et le HLA par Dausset en 1958. Des Ag majeurs d'histocompatibilité
ont également été décrits chez les
autres mammifères, les oiseaux, les reptiles, les batraciens
et les poissons (sauf les cyclostomes).
Les Ag d'histocompatibilité H2 et HLA sont sous le contrôle
de gènes situés
dans une région chromosomique appelée complexe majeur
d'histocompatibilité (CMH).
La transmission des gènes d'histocompatibilité étudiée
chez les souris de souches pures (homozygotes), répond
aux lois de Snell. Celles-ci sont aussi valables pour les autres
espèces :
-a- les greffes syngéniques ne sont pas
rejetées,
-b- les allogreffes sont rejetées,
-c- les greffes parentales (A ou B) faites à
un hybride F1 (A x B) ne sont pas rejetées. Inversement,
les greffes de F1 aux parents sont rejetées.
-d- les greffes d'un parent A faites à
un hybride F2 (F1 x F1) ou à un backcross (croisement en
retour : F1 x B) réussissent dans un nombre de cas variables
qui permet de définir le mode de transmission du H2.
En effet, cette proportion dépend du nombre de loci différents
en cause. Pour n gènes, on constate (3/4)n prises de greffe.
-e- les greffes de F2 ou de (F1 x B) ou (F1 x
A) à des F1 ne sont pas rejetées.
Ce type de transmission résulte du fait qu'un hybride exprime
à la fois les Ag du CMH du père et de la mère
(codominance). La codominance est la propriété de chaque allèle
d'un même locus situé sur chacun des 2 chromosomes,
d'induire la synthèse de la molécule protéique
qui lui correspond. Si le sujet est hétérozygote
pour ce locus, les produits des 2 allèles de ce locus s'expriment
simultanément sur la membrane plasmique d'une même
cellule.
Le CMH (environ 1/1000 du génome chez l'homme) est constitué
par les gènes dont les produits sont les Ag majeurs d'histocompatibilité de classes
I et II, mais aussi les Ag de classe III (certains
composants du système complément et les TNF, une
protéine du stress...) et des constituants
du protéasome.
En fait, les Ag de classes I, et surtout II, ont pour fonction
principale de permettre les interactions
cellulaires nécessaires à une réponse immune
humorale ou cellulaire normale.
Le CMH de la souris (H2), d'une taille de 2 centimorgans (le centimorgan
ou unité de recombinaison est la distance entre 2 loci
dont la fréquence de recombinaison est de 1%), H représente
3.000 kilobases. Localisé sur le chromosome
17, il est divisé en 5
principales régions K, I, S, D, et L correspondant à
différents loci K = K ; I = A et E ; S = C4, S1p, Bf et
C2 ; D = D et L = L (figure VI-5a).
Le CMH de l'homme (HLA), d'une taille de 6,5 centimorgans (3.700
kilobases) est situé sur le bras court du chromosome 6,
(6p21, 3) dans une zone découpée en 5 régions
principales : région D (comportant 3 loci principaux :
DP, DQ et DR) qui contrôle les Ag de classe II, puis région
B, région C, et région A qui codent pour les Ag
de classe I les plus importants, et enfin une région située
entre D et B dont dépend les Ag de classe III (C2, Bf,
C4a, C4b, les 21 hydrolases A et B, le TNF etc..) (figures VI-5a, VI-5b, VI-5c, et VI-5d).
Ces gènes de classes I
et II sont caractérisés
par leur polymorphisme (à quelques exceptions près).
Ainsi chaque locus de la région H2 ou HLA peut être
occupé par de nombreux allèles. En revanche, les
gènes des Ag de classe
I-like sont peu
ou pas polymorphes.
Le nombre très élevé d'allèles de
chaque locus conduit pour chaque chromosome à un nombre
important de combinaisons possibles appelées haplotypes.
On s'explique ainsi que pour l'ensemble des 2 chromosomes 6 chez
l'homme, les combinaisons géniques possibles pour le CMH
ou génotypes sont de l'ordre de 1010. Normalement, l'allèle d'un locus est indépendant
de l'allèle d'un autre locus, cependant, il peut exister
des associations privilégiées par exemple A1B8.
Cela correspond à un déséquilibre
de liaison. Enfin, du fait de
la codominance, une même
cellule d'un hydride peut exprimer tous les Ag de classe I ou
de classe II du père et de la mère.
Chez la souris, chaque allèle est indiqué par une
majuscule pour le gène et une minuscule en exposant pour
l'haplotype : ex. la souris BALB/c est Kd et Dd.
IV-1.2.2/ Gènes et antigènes
de classe I
Les épitopes d'une molécule d'Ag de classe I classique
sont en grande partie identiques pour les différents individus
d'une même espèce. De tels épitopes sont les
spécificités publiques. En revanche, d'autres déterminants antigéniques
sont propres par exemple à une souche homozygote de souris,
il s'agit des spécificités
privées qui traduisent
le polymorphisme de ces Ag. En fait, la famille des Ag de classe
I s'est agrandie et l'on distingue 4 catégories d'Ag de
classe I (tableau VI-Ia)
dont les gènes se répartissent
de la façon suivante :
* Les gènes de classe Ia
chez l'homme (gènes A,
B et C) codent pour des glycoprotéines exprimées
à la surface des plaquettes et de pratiquement toutes les
cellules nucléées sauf de celles de l'endothélium,
de la cornée, de la région exocrine du pancréas,
des acini de la parotide, des neurones du système nerveux
central, du foie (hépatocytes), du poumon, du tissu musculaire
et du trophoblaste villeux, chez lesquelles ces Ag sont absents
ou peu nombreux. Les homologues des gènes A, B et C de
l'homme sont respectivement chez la souris K, D et L
*
Les gènes de classe Ib étaient
initialement chez la souris les gènes codant pour TL (Thymus Leukemia
Ag : les premiers découverts) et Qa, puis le gène
H2M3
situés sur le même chromosome que les gènes
du CMH (mais en position distale par rapport à ces gènes).
Ces Ag furent d'abord nommés Ag
I-like ou
de classe I non classiques car leur structure est voisine de celle des
Ag de classe I, mais leur expression est restreinte à certains
tissus et leur polymorphisme est faible. Les sous-régions
où se localisent ces gènes sont respectivement H2Q, H2L et H2M. Les produits
de ces gènes peuvent être très particuliers.
Ainsi, Qa2 codé par Q7 est associé à la membrane
plasmique par le glycophosphoinositol, alors que la molécule
codée par Q10 est transmembranaire. Enfin, H2M3 est un
peptide des mitochondries capable de fixer les peptides N-formylés
produits dans les mitochondries et lors des infections bactériennes.
Les gènes de classe Ib
chez l'homme
contrôlent les molécules
E,
F
et G.
E et F ne sont pas exprimées en surface, mais dans certaines
cellules (éosinophiles pour E et cellules du foie foetal
pour F), quant à la molécule G, très peu
polymorphe, elle est surtout fortement présente sur les
cytotrophoblastes foetaux.
*
Les gènes de classe Ic
sont chez l'homme les gènes MIC (MHC class I Chain related genes
au nombre de 5 de A à
E) et
le gène Hfe de l'hémochromatose. Seuls les produits
des gènes MICA et MICB sont exprimés sur les cellules
épithéliales de revêtement et du tube digestif
et les fibroblastes. Ces gènes sont situés dans
le HLA entre le gène du TNF et HLA-B. Le gène Hfe
a une situation proche du CMH. Chez la souris, on ne connaît
actuellement que le gène Hfe du chromosome 13..
*
Les gènes de classe Id ne sont pas localisés sur le chromosome
portant le CMH. Ils codent pour les CD1 (5 gènes CD1a à e chez l'homme
et 2 gènes chez la souris CDd1 et d2). Ces gènes
sont situés sur le chromosome 1 comme le gène de
classe Id : MR1. D'autres Ag de classe Id comme la zinc a2 glycoprotéine
se trouve dans des liquides biologiques ou comme le FcRn est situé
sur la membrane plasmique des cellules épithéliales
de façon à capturer les IgG au niveau de sa surface
latérale afin de leur faire traverser ces cellules.
IV-1.2.3./ Gènes et
antigènes de classe II
La région I de la souris (gènes de classe II) a
initialement été identifiée par sa capacité
à déterminer l'intensité de la réponse
à différents Ag thymodépendants. Ensuite,
elle est apparue comme le segment génique qui contrôlait
la production de glycoprotéines de membrane particulières
: les Ia (immune response associated Antigen) ou Ag du CMH de
classe II. Ces gènes ont été au début
nommés Ir ou Is suivant qu'ils favorisaient ou gênaient
la réponse immune. Plusieurs loci ont été
identifiés dans la région I, il s'agit de IA et
IE . D'autres loci IB, IJ et IC ont été décrits
à partir de résultats obtenus par croisements de
souches pures de souris, mais n'ont pas été confirmés
par les travaux de biologie moléculaire. Cependant des
Ac ont été obtenus qui reconnaissent, à la
surface des T suppresseurs, le gène codant pour IJ n'a pu être
localisé. En outre, chez des souris transgéniques,
les allèles Ea influencent
le polymorphisme des Ag IJ. C'est
au niveau du locus IA que se trouve la majorité des gènes
contrôlant la réponse immune. La biologie moléculaire
a plus récemment permis d'identifier d'autres gènes
de classe II, par exemple les gènes O qui codent pour un
Ag non polymorphe (homologue du DN/DO de l'homme).
Les Ag de classe II, dépendant des gènes A et E,
s'expriment seulement sur les lymphocytes B, les cellules dendritiques,
certains macrophages, les lymphocytes T activés, les cellules
épithéliales thymiques et les spermatozoïdes.
En fait, la plupart des cellules activées peuvent exprimer
transitoirement ces Ag sur leur membrane cytoplasmique. L'Ag O
est seulement présent à la surface des lymphocytes
B et de certaines cellules épithéliales thymiques,
essentiellement de la médullaire. Les cellules épithéliales
de la médullaire thymique O+ sont, en général,
A- et E- et inversement.
Chez l'homme, les gènes de classe II : DP (homologue du
P de la souris), DQ (homologue du A de la souris), DR (homologue
du E de la souris), DM (homologue du M de la souris) et DN/DO
(homologue du O de la souris) sont situés au niveau de
la région D.
Comme pour les Ag de classe I, existent des spécificités
privées et publiques.
IV-1.2.4./ Gènes et
antigènes de classe III
La région S de la souris (gènes de classe III) contient
4 gènes principaux dont 2 gènes codant l'un pour
la fraction C4 du C et l'autre la fraction C2, un gène
Slp ("sex limited protein") contrôlant une protéine C4-like
inactive pour l'hémolyse et seulement présente chez
les mâles, et un gène Bf dirigeant la synthèse
du facteur B
du système properdine. Chez l'homme, dans la région
équivalente, se trouvent au moins 36 gènes dont
les gènes codant pour C4, (C4A, C4B), C2, le facteur B,
les TNFa et ß, la protéine du choc HSP70,
la valyl-t-RNA synthétase (gène G7a), les 21 hydrolases
(gènes CyP21 A et B).(figure
VI-5c).
IV-1.2.5./ Structure et fonction
principale des Ag du CMH de classes I et II
Ce sont des glycoprotéines de surface (figure
VI-6a).
-a- Ag de classe I
Les H2K, D et L (classe Ia) de la souris sont constitués par une
chaîne lourde de 45kDa dont les gènes font partie
du CMH, et une chaîne légère, la ß2
microglobuline (ß2M) de 12,5kDa. La chaîne lourde
est faite de 5 régions a1 et a2 (polymorphes), a3 (monomorphe), une
portion intramembranaire et une portion intracytoplasmique avec
un site de phosphorylation. La chaîne légère
ß2M ne comporte qu'un seul domaine. Sa synthèse est
contrôlée par un gène situé sur le
chromosome 2 pour la souris et sur le chromosome 15 chez l'homme
Les HLA-A, B ou C ont une structure analogue aux H2 K, D et L
de la souris.
Les Ag de classe Ib ont d'une part une chaîne a équivalente
à la chaîne a des Ag de classe Ia, mais avec pas ou peu de
polymorphisme et ont d'autre part, comme les Ag de classe Ia,
cette chaîne liée à la ß2M. Cependant,
les produits des gènes H2Q et H2T (à l'exception
de ceux de Q4 et du gène 37) ont une expression restreinte
à certains tissus. Ainsi, l'Ag TL est seulement présent
sur une partie des thymocytes et sur les cellules leucémiques,
ceux codés par Qa2, Qa2m, Q8/9 sur des sous-populations
lymphocytaires et ceux codés par Q10 sur les hépatocytes
et les membranes vitellines.
Les Ag de classe Ic ont une ressemblance plus éloignée
avec des Ag de classe Ia que celle avec des Ag de classe Ib.
Les Ag de classe Id : les CD1 sont non polymorphes mais ressemblent à
la structure générale des Ag de classe Ia, cependant
les homologies entre les domaines a1 et a2
de ces Ag sont très limitées, de plus il existe
une association non-covalente de ces molécules avec la
ß2M. Les CD1 sont exprimés sur les thymocytes et
des CpAg comme les cellules dendritiques et les B.
-b- Ag de classe II et chaîne invariante
(li)
Les Ag de classe II de la souris sont faits d'une chaîne
lourde a et d'une chaîne légère ß.
L'une et l'autre comportent 4 régions. La chaîne
lourde des Ag de classe II est de 32kDa et la chaîne légère
de 28kDa. Pour les Ag de classe II de l'homme, la chaîne
lourde est de 33kDa et la légère de 29kDa.
Les domaines a2 et ß2 des Ag de classe II sont monomorphes.
Les domaines a1 et ß1 des Ag de classe II sont polymorphes
et des similitudes existent entre les domaines a1 des Ag de classe
I et les domaines ß1 des Ag de classe II. Dans le réticulum
endoplasmique et transitoirement dans les endosomes, les Ag de
classe II sont associés à la chaîne
invariante (li) (un trimère
li serait lié à 3 complexes aß d'Ag de classe
II). Cette chaîne invariante joue un rôle majeur dans
la migration cytoplasmique et l'expression des Ag de classe II
en surface. Il existe chez l'homme 4 isoformes différents
(p43, p41, p33 et p31) dont la p31 est majoritaire (figure VI-6b).
Le gène codant pour li est hors du CMH sur le chromosome 5
chez l'homme et 18 chez la souris. Les Ag du CMH font partie de
la superfamille des Ig (voir
chapitre VIII).
Les cellules qui portent des Ag de classe II expriment, le plus
souvent, simultanément à leur surface les 3 types
de molécules DR, DQ et DP (figure
VI-7). Cependant, certaines cellules
peuvent ne présenter qu'une partie de ces glycoprotéines,
par exemple seulement DR pour les monocytes. La chaîne invariante
peut se trouver au niveau de la membrane cytoplasmique, mais en
faible quantité. Elle est en général associée
à des Ag de classe II et porte à son extrémité
C-terminale une molécule de chondroïtine sulfate qui
pourrait favoriser la liaison avec le CD44.
-c- Configuration spatiale
Par diffraction des rayons X, Bjorkman et coll. (1988) ont montré
à partir d'un cristal de HLA-A2 (Ag de classe Ia), que
les domaines a1 et a2 de la chaîne lourde formaient un sillon,
comme l'indique les figures VI-8 et VI-9. D'abord par analogie, puis grâce à
la diffraction des rayons X, un sillon similaire résultant
de l'interaction des domaines a1 et ß1 des Ag de classe II, a été
décrit (figure VI-8). Le sillon de chaque Ag de classe Ia ou II
a pour propriété d'héberger de façon
solide un panel, qui lui est particulier, de peptides étrangers
ou syngéniques (figure VI-9) et chaque molécule de HLA n'a qu'un site de fixation des peptides. L'affinité pour les peptides varie énormément
selon le peptide. Ces deux types de molécules possèdent
une organisation tridimensionnelle
semblable, notamment pour la
partie présentant le peptide constituée des domaines
al
et a2
pour les CMH Ia et des domaines al et bl pour les CMH II. Ces deux paires de domaines
forment chacune un seul superdomaine composé d'un plancher de feuillets b
surmonté de deux hélices a. Un large sillon,
situé entre les deux hélices a, forme le site de
fixation du peptide. La différence majeure entre les superdomaines
des CMH Ia et CMH II réside dans la nature des résidus
situés aux extrémités des deux hélices a.
Ainsi, avec un sillon plus ouvert
aux extrémités, les CMH II peuvent lier des peptides
plus longs (13-20 résidus) que les CMH I (8-10 résidus).
A la surface des cellules, les Ag du CMH ont en majorité
leur sillon occupé par des peptides. Pour les Ag de classe Ia,
il s'agit en général de peptides
endogènes et pour les
Ag de classe II principalement de peptides
exogènes. La liaison entre
un peptide avec le sillon du HLA d'une part et avec le TcR d'autre
part se fait par l'intermédiaire des chaînes latérales
des AA du peptide. Par exemple pour un HLA II et un peptide de
9AA, les chaînes latérales des AA dits d'ancrages des
extrémités C- et N-terminales du peptide se lient
à des poches de la surface
moléculaire du sillon du HLA (ces poches sont situées
à la jonction entre les hélices a et les feuillets b
du plancher) (figure VI-10a). En général,
les AA centraux font saillie hors du sillon et interagissent avec
le CDR3 des chaînes
a et b du TcR.
Les CD1 (Ag de classe Id) ont une configuration spatiale voisine de celle
des Ag de classe Ia, cependant le sillon
est plus étroit et plus profond.
Les poche A, B, C et D des Ag de classe Ia sont remplacées
chez les CD1 par une large poche A' et les E et F par la poche
F'' (figure VI-10b). Le sillon des CD1 n'est accessible que sur
une longeur allant du milieu du sillon au milieu de la poche F
'. Ce sillon est apte à fixer les lipides
hydrophobes, les glycolipides
et les peptides hydrophobes. La portion hydrophobe de ces molécules
(figure VI-10c1) est enfouie dans le sillon électrostatiquement
neutre entouré de résidus hydrophobes. Ces lipides
appartiennent souvent à la paroi des mycobactéries.
Plus fréquement que pour les Ag de classe Ia, le sillon CD1 peut être inoccupé. Les CD1 sont répartis en 2 groupes en
fonction de leurs homologies : chez l'homme le groupe 1 comprend
CD1 a, b, c et e et le groupe 2 seulement CD1d, chez les rongeurs
n'existe que CD1d. Comme le montre la figure VI-10c2 le
CD1 peut être différent selon l'Ag lipidique à
présenter.
La fonction principale pour les Ag
de classe II est de présenter
dans leur sillon des peptides résultant de la protéolyse
des Ag protéiques aux lymphocytes TCD4+. Celle des Ag de classe Ia
est analogue, mais les T recevant l'information sont TCD8+. Les
Ag de classe Id ont pour rôle de présenter surtout
des molécules lipidiques à des Tgd CD4-CD8-, Tab
CD4-CD8-, NKTCD4+ (productrices de taux élevés d'IL4)
et parfois CD8+. Les fonctions des Ag de classe Ib et Ic sont
moins connues. Les Ag de classe
Ib fixent un nombre restreint
de peptide par exemple l'Ag HLA-E lie VMAPRTVLL que reconnaîtront
des NK (C94/NKG2+) par l'intermédiaire de récepteurs
non-TcR comme CD94/NKG2. Le résultat est en général
une inhibition des fonctions de ces NK. Pour les Ag de classe Ic, on
sait par exemple que MICA/MICB
sont induits par les stress,
ont un sillon vestigial, s'expriment sans b2M et sont reconnus
sans peptide dans leur sillon par des Tgd, que le produit
de Hfe fixe le récepteur
de la transferrine et permet l'absorption normale du fer et que
le FcRn transporte
les IgG.
IV-1.2.6./ Constitution des
gènes codant pour les Ag du CMH
Ces gènes sont constitués pour les Ag de classe
I par 8 exons séparés par 7 introns comme l'indique
la figure VI-10d. Les homologies maximum sont localisées
au niveau du 4ème exon qui contrôle la synthèse
du 3ème domaine externe.
Les gènes des Ag majeurs de classe II ont une disposition
générale analogue à celle des gènes
de classe I. Pour les chaînes a, existent 5 exons
: L, a1,
a2, TM, CY et une région non
traduite 3'UT. Ces exons sont séparés les uns des
autres par un intron (4 au total). Quant aux chaînes ß,
elles sont contrôlées par 6 exons : L, ß1,
ß2, TM et 2CY. Chez l'homme, la disposition d'ensemble est
la même.
Chez la souris, les Ag de classe II codés chez un individu
particulier par A ou E utilisent une seule chaîne a,
mais ont le choix entre 3 chaînes ß : ß1, ß2
et ß3. L'Ag de classe II O fait appel à une seule
chaîne a et une seule chaîne b.
Pour le HLA-DR de l'homme, il existe 4
types de chaînes ß
(ß1, ß3, ß4 et ß5) auxquels correspondent
4 gènes différents. Chaque individu n'a que certains
de ces gènes et donc n'exprime que les types de chaînes
ß correspondant à ces gènes. En général
un sujet porte à la surface de ses cellules soit une seule variété de DR(aß1), soit 2 variétés
(aß1+aß3
ou aß1+aß4
ou aß1+aß5), exceptionnellement plus (tableau
VI-Ib, figures
VI-5b et VI-7). En plus des gènes de classe II précédents,
existent des pseudogènes (B2 de DR).
La sous région DQ comprend 4 paires
de gènes DQA1, DQB1, et
DQA2, DQB2. Seuls les produits
de A1 et B1 sont détectables à la surface cellulaire.
La sous région DP est constituée par les gènes DPA1,
DPB1, DPA2 et DPB2 dont seulement
les 2 premiers s'expriment.
Des gènes A (ancien Ring 6) et B (ancien Ring 7) codent
pour des chaînes
a et ß d'un HLA de classe II
plus récemment découvert nommé HLA-DM. Ces
Ag DM ont un rôle différent de celui des autres Ag
de classe II, en permettrant à ces derniers de fonctionner
convenablement pour la présentation des peptides antigéniques
exogènes aux T.
Les gènes DNA et DOB de la région II ne semblent
pas s'exprimer comme les autres gènes de classe II. Ils
seraient, respectivement, les équivalents des gènes
aO et bO de la souris.
Enfin, dans la région codant pour les Ag de classe II au
niveau d'une zone comprise entre DMB et DOB, existent d'une part
des gènes Ring 10 et 12 contrôlant un système
protéolytique (protéasomes) intervenant dans le découpage des Ag
en peptides et d'autre part des gènes Ring 4 (Tap1) et
11 (Tap2) qui codent pour des molécules servant au transport,
à travers le réticulum endoplasmique, des peptides
précédents. Ces peptides se lient ensuite aux Ag
du CMH de classe I en voie de synthèse (voir
chapitreVIII).
Les gènes contrôlant Aa, Aß et Eß
de la souris et DQß et DRß de l'homme sont très polymorphes,
alors que ceux qui régissent E a de la souris et
DR a
de l'homme sont plus conservés. Le polymorphisme est principalement
situé sur les domaines ß1 (plus modérément
sur a1)
des Ag de classe II. Il n'y a pas de polymorphisme pour les gènes
O de la souris.
Les gènes des régions K et D sont également
très diversifiés,
surtout les gènes codant
pour le domaine a1, alors que ceux des régions Qa et T1a
sont conservés.
Les déterminants antigéniques
privés des Ag de classe
I sont surtout situés au niveau du domaine a1,
plus accessoirement sur a2. Les épitopes
publiques s'expriment sur le
reste de la molécule. Pour les Ag de classe II, les déterminants privés se trouvent surtout sur ß1 et moins sur
a1.
IV-1.3./
Mécanismes responsables des lésions dans l'immunité
de transplantation à médiation cellulaire
Ces mécanismes pourront être précisés
grâce à l'étude in vitro de l'immunité
de transplantation à médiation cellulaire que nous
envisageons maintenant.
IV-1.4./
Culture mixte allogénique primaire
IV-1.4.1./ Réaction lymphocytaire mixte
Elle survient dans les cultures mixtes qui consistent à
cultiver ensemble des suspensions de cellules mononucléées
(en général du torrent circulatoire) provenant de
2 individus génétiquement différents. Ces
cultures peuvent être bilatérales ou unilatérales.
Dans la culture mixte unilatérale, l'une des 2 populations mélangées
est mitomycinée ou irradiée pour y stopper les mitoses.
Au bout de 6 jours de culture, un maximum de divisions touche
les cellules non mitomycinées ou non irradiées.
Dans la culture mixte bilatérale, la prolifération concerne les cellules
des 2 suspensions lymphocytaires.
Dans la culture mixte unilatérale, les cellules qui se multiplient,
portent l'Ag CD4 (ce sont les cellules T stimulées). Les
cellules stimulantes qui ne se multiplient
pas, sont principalement les
cellules dendritiques et les macrophages,
mais aussi plus accessoirement
les lymphocytes B. Les cellules
CD4+ répondantes ont des récepteurs spécifiques
pour les Ag du CMH de classe II allogéniques portés
par les cellules stimulantes
(figures VI-11a
et VI-11b).
Les mitoses, détectées par l'étude de l'incorporation
de thymidine tritiée, n'apparaissent, en quantité
importante dans la culture mixte unidirectionnelle, que si les
Ag du CMH de classe II des 2 suspensions sont différents.
C'est par ce procédé que l'on a identifié
chez l'homme, les premiers HLA-D en utilisant comme suspension
irradiée des lymphocytes tests homozygotes pour un déterminant
HLA-D. Quand il n'y a pas de prolifération intense, c'est
que le HLA-D des lymphocytes non irradiés est identique
à celui des lymphocytes tests. On désigne les Ag
D ainsi identifiés par les lettres Dw. Grâce à
un test de lymphocytotoxicité réalisé sur
suspension de lymphocytes enrichie en lymphocytes B en présence
de C et d'Ac spécifiques (sérums de multipares absorbés
sur plaquettes pour éliminer les Ac anti-HLA-A, B et C
ou Ac monoclonaux), une nouvelle série d'Ag a été
définie et dénommée DR (R pour related).
Les HLA-DQ ont été découverts par des techniques
biochimiques, puis sérologiques de cytotoxicité.
Enfin, les HLA-DP ont été mis en évidence
en prenant des lymphocytes HLA identiques pour A, B, C, DR et
DQ et en réalisant une culture mixte secondaire (voir
plus loin).
Les spécificités Dw et DR se correspondent en partie,
mais les premières sont plus restreintes que les secondes.
Ainsi les lymphocytes de sujets ayant un Dw particulier portent
le DR correspondant par contre l'inverse n'est pas toujours vrai.
Les déterminants HLA-A, B ou C s'identifient, comme les
déterminants HLA-DR et DQ, par microcytotoxicité,
mais sur suspension de lymphocytes périphériques
non enrichie en lymphocytes B.
Actuellement le typage des HLA
fait appel à des méthodes de biologie moléculaire. Dans celles-ci, du matériel génique
provenant d'un prélèvement biologique limité
est d'abord amplifié par la réaction en chaîne
polymérasique (PCR). L'ADN ainsi amplifié est ensuite
analysé à l'aide d'oligosondes de synthèse
chaudes ou froides qui permettent de discriminer les différents
allèles au niveau de leur région polymorphe.
IV-1.4.2./
Cytotoxicité à médiation cellulaire induite
dans la culture mixte. Phénomènes de coopération
T-T
Au bout de 3 à 4 jours de culture mixte unilatérale,
la population cultivée contient des cellules
T cytotoxiques pour les cellules
ayant le même Ag du CMH que les cellules irradiées
(ou mitomycinées). La détection de ces cellules
T cytotoxiques se fait généralement en utilisant
les cellules cibles marquées par le chrome 51. Lorsque
les cellules sont tuées, elles libèrent le chrome
qui change alors de valence et ne se fixe pratiquement plus sur
de nouvelles cellules.
D'autres procédés peuvent aussi être employés
: dosage d'enzymes dans le surnageant provenant des cellules lysées,
ou inhibition de la pousse des cellules cibles. Dans ce dernier
cas, le phénomène étudié est plus
complexe et des mécanismes autres que la cytotoxicité
à médiation cellulaire peuvent interférer.
Les cellules T cytotoxiques, produites dans la culture mixte,
reconnaissent en majorité
les Ag du CMH allogénique de classe I,
mais un faible nombre peut être spécifique du CMH
de classe II.
Dans les cultures mixtes, les cellules CD4+TH1 activées
par les Ag de classe II allogéniques portés par
les cellules stimulantes (cellules dendritiques, macrophages),
prolifèrent et produisent beaucoup d'interleukine 2 (IL2)
et un peu d'interleukine 6 (IL6), qui entraînent la multiplication
des précurseurs des T cytotoxiques CD8+. L'interféron
g
(IFNg)
également synthétisé par les T CD4+TH1 constitue,
avec l'IL6, l'un des facteurs de différenciation des T
cytotoxiques. Cependant, les T CD8+ pourraient aussi proliférer
en l'absence de T CD4+ et donner naissance à des T cytotoxiques
effecteurs, surtout quand les cellules stimulantes sont des cellules
dendritiques.
Pour expliquer la fréquence 10000 fois plus élevée
des précurseurs spécifiques d'un alloAg déterminé,
en comparaison de celle des T spécifiques d'un peptide
antigène exposé dans le contexte des Ag du CMH syngénique,
il faut admettre que les précurseurs
T qui sont activés par un alloAg particulier, correspondent
en fait à la somme des précurseurs reconnaissant
chacun un peptide différent implanté dans le sillon
de l'alloAg en cause. Ces peptides
sont en général synthétisés par le
sujet lui-même. Les T réactifs les plus nombreux
sont spécifiques des alloAg avec leur sillon occupé
par des peptides variés, mais il en existe aussi un plus
petit nombre qui reconnaît les alloAg dont le sillon est
soit inoccupé, soit occupé par des peptides de l'alloAg
lui-même. Enfin quelques TCD4+ ont des TcR complémentaires
des Ag du CMH syngéniques de classe II abritant dans leur
sillon des peptides des Ag du CMH allogénique. (figureVI-11c).
Par la suite, pour des raisons de commodité nous n'indiquerons
dans les figures que la reconnaissance d'alloAg dont le sillon
est vide.
La cytotoxicité des T fait intervenir deux étapes
:
*
1ère phase : contact
entre cellules cibles et cellules cytotoxiques par l'intermédiaire
de récepteurs spécifiques des cellules cytotoxiques
pour l'Ag du CMH des cellules cibles.
C'est un phénomène spécifique. On peut éliminer
les cellules reconnaissant les cibles en passant la suspension
contenant les lymphocytes cytotoxiques sur une couche monocellulaire
de cellules portant des Ag de classe I identiques à ceux
de la cible.
*
2ème phase : Action
cytotoxique avec mort de la cellule cible par apoptose. C'est
un phénomène non spécifique faisant intervenir
calcium, glucose et magnésium. Le coup mortel est porté
en quelques minutes, puisque l'on peut éliminer après
ce délai la cellule tueuse sans empêcher la mort
de la cellule cible (voir mécanismes
de la cytotoxicité plus loin).
IV-1.5./
Culture mixte allogénique secondaire
Après une huitaine de jours, l'addition une nouvelle fois,
à la culture mixte primaire, de cellules stimulantes identiques
aux cellules initiales, entraîne une réponse
accélérée
avec maximum de la prolifération au bout de 48 h et apparition
rapide d'un nouveau pic de cellules T cytotoxiques. Il s'agit
d'une réponse secondaire qui est en rapport avec des cellules mémoires
T produites lors de la réponse primaire.
IV-1.6./ Corrélations
entre les phénomènes d'immunité à
médiation cellulaire in vivo et in vitro (figure VI-12)
-a- Rejet
de greffe aigu et réaction du greffon contre l'hôte
(GVHR) tardive : Dans le
rejet de greffe aigu, les médiateurs
des lésions sont les T cytotoxiques pour les cellules portant
principalement les Ag de classe I.
Ce sont aussi ces cellules qui sont les responsables
majeures des manifestations tardives
de la réaction du greffon contre l'hôte (maladie
des rabougris ou maladie allogénique).
Ces deux situations in vivo sont donc équivalentes de la
production in vitro des T cytotoxiques en culture mixte et de
la destruction des cellules cibles par ces T cytotoxiques. In vivo, se
surajoutent des phénomènes
inflammatoires, conséquences
de la libération des produits de la lyse cellulaire et
de l'intervention des TH1 libérant des cytokines inflammatoires
après activation par les alloAg de classe II.
Chez l'homme, des greffes de moelle osseuse allogénique
sont surtout utilisées pour reconstituer le pool des cellules
du sang après irradiation ou chimiothérapie. Ces
traitements servent à détruire les cellules cancéreuses
lors d'affections malignes hématologiques (parfois l'irradiation
peut être accidentelle). Dans ces conditions, souvent une
GVHR apparaît qui peut être mortelle. Pour l'éviter,
la moelle osseuse est avant transfert au receveur, dépeuplée
en lymphocytes T par traitement in vitro par des Ac monoclonaux.
Ce protocole diminue l'incidence de la GVHR mais gêne également
l'erradication des cellules malignes. En effet, en même
temps que la GVHR, se développe une réaction du
greffon contre les cellules malignes. Cette dernière peut
être spécifique de l'idiotype des lymphocytes anormaux
dont la prolifération est monoclonale ou de protéines
importantes au cours du processus malin (par exemple protéines
intracellulaires résultant de la translocation d'un gène
et d'oncogènes anormaux). Les peptides de l'idiotope ou
ceux de la protéine anormale synthétisée
par les cellules hématopoïétiques malignes
peuvent être exprimés dans le sillon des Ag de classe
I. Les T cytoxiques spécifiques de l'ensemble peptide-Ag
de classe I allogénique pourront ainsi détruire
spécifiquement les cellules malignes.
-b-
Hypertrophie des ganglions satellites de la zone greffée
avant le rejet aigu de greffe et réaction précoce
du greffon contre l'hôte :
In vivo, l'hypertrophie des organes
lymphoïdes satellites, soit
d'une greffe allogénique non lymphoïde (rejet aigu
de greffe), soit du point d'injection des lymphocytes allogéniques
(réaction du greffon contre l'hôte), équivaut
à la réaction lymphocytaire mixte in vitro. Elle
résulte de la prolifération, soit des lymphocytes
T de l'hôte (rejet aigu de greffe) activés par les
Ag du CMH du greffon, soit des lymphocytes T greffés (réaction
du greffon contre l'hôte) après leur stimulation
par les Ag de classe II de l'hôte (tableau VI-IIa).
| Ag reconnu | Cellules en cause |
|
|
| Classe II | Prolifération des lymphocytes T | Réaction proliférative en culture lymphocytaire mixte |
Phénomènes précoces de la réaction du greffon contre l'hôte Prolifération des lymphocytes T dans les ganglions satellites de la greffe |
| Classe I | Cellules T cytotoxiques | Cytotoxicité à médiation cellulaire induite en culture mixte | Maladie allogénique, Maladie des rabougris, Rejet aigu du greffon |
-c-Synthèse
sur le rejet aigu de greffe allogénique : A partir du greffon les cellules dendritiques
et les macrophages gagnent les ganglions satellites par les canaux
lymphatiques. Dans la zone paracorticale des ganglions, les CpAg
allogéniques activent les CD4+ spécifiques des alloAg
de classe II et les CD8+ qui reconnaissent les alloAg de classe
I. Les CD4+TH1 favorisent la prolifération et la différentiation
des CD8+. Ces derniers gagnent alors le sang par les canaux lymphatiques
et le canal thoracique. Enfin ils arrivent au greffon où
ils lysent les cellules exprimant les alloAg de classe I. Ces
produits de lyse et les CD4+TH1 ajoutent des phénomènes
inflammatoires destructeurs
-d-rejet
accéléré secondaire
: Ce rejet résulte de l'accumulation, lors de la réponse
primaire, de cellules T reconnaissant les Ag du CMH du greffon.
IV-1.7./ Ag mineurs d'histocompatibilité
et superAg pour les cellules T
IV-1.7.1./ Ag mineurs d'histocompatibilité proprement
dit
Les rejets de greffe peuvent aussi dépendre, en dehors
des Ag majeurs d'histocompatibilité, soit d'Ag mineurs d'histocompatibilité (certains sont spécifiques
d'organe, un autre dépend
du chromosome Y), soit d'Ag
résultant de la modification de suspensions de cellules
syngéniques par des substances chimiques telles que les
haptènes. Un Ag mineur
de 11AA qui dépend de Y chez la souris, est codé
par le gène SMCY (selected mouse cDNA on Y). Le gène
SMCX de la femelle code pour un Ag qui a 9AA en commun avec l'Ag
du mâle.
Les rejets dans le cas des Ag mineurs sont retardés et de plus faible
intensité. Cependant les
mécanismes en cause sont similaires à ceux qui interviennent
dans le cas des Ag majeurs d'histocompatibilité.
L'existence
des Ag mineurs est mise en évidence par l'étude
en réponse secondaire soit d'un rejet de greffe, soit d'une
réponse proliférative in vivo (GVHR) ou in vitro
(réaction lymphocytaire mixte) chez des animaux syngéniques
pour les Ag du CMH.
Tous ces Ag sont reconnus en association
avec les Ag du CMH syngéniques
par les récepteurs pour l'Ag des cellules T (figure VI-13a).
Il s'agit des Ag de classe II dans le cas de la prolifération
des T CD4+ et des Ag de classe I lorsque les T cytotoxiques CD8+
interviennent (figure VI-13b). En réponse
primaire, la réaction
est d'intensité trop faible pour être mise en évidence du fait
du nombre insuffisant de cellules T capables de se lier aux Ag
du CMH autologue abritant l'Ag mineur. Il y a environ une cellule
réactive pour 1 000 000
lymphocytes dans le cas des Ag mineurs
alors que ce nombre est de 1 pour 100 s'il s'agit d'alloAg, donc
10 000 fois plus élevé. En effet, dans ce dernier
cas de nombreux clones interviennent, chacun reconnaissant l'alloAg
du CMH dont le sillon est occupé par un peptide particulier
(figure VI-13c).
Pour les Ag de classe I, ces peptides sont souvent des peptides
résultant de la protéolyse des Ag de classe II.
IV-1.7.2/
SuperAg pour les cellules T
Chez la souris, Festenstein(1973) a décrit un type particulier d'Ag mineur nommé : "Minor Lymphocyte Stimulating" (Mls)
Ag. Cet Ag est le seul à
partager avec les Ag du CMH, la faculté de provoquer une
forte réponse primaire en culture mixte.
Le système Mls a des caractéristiques qui en font
un système original. En effet, les T répondant aux
molécules de ce système sont les plus nombreux des
T capables de reconnaître un Ag particulier. On comprend
ainsi, bien qu'il s'agisse d'un Ag mineur d'histocompatibilité,
qu'une prolifération importante se produise en culture
mixte primaire. Par contre, ce
système d'histocompatibilité défini in vitro
ne donne in vivo ni rejet de greffe, ni GVHR.
L'expérience type qui met en évidence, les déterminants
Mls1a, est celle où l'on constate in vitro une prolifération,
en réponse primaire des lymphocytes T de souris B1OBR (H2k)
en présence de lymphocytes irradiés de souris AKR/J
(H2k) porteurs des AgMls1a. Malgré la forte réponse
proliférative des lymphocytes provenant de souris sans
AgMls1a (B10BR) vis-à-vis des lymphocytes Mls1a, il n'y
a pas de rejet de peau de souris Mls1a par les souris Mls1a(-).
Seules les cellules pouvant présenter l'Ag seraient stimulantes
et porteraient donc les déterminants Mls1a.
On sait actuellement que les Ag Mls sont en fait les produits
de virus endogènes des tumeurs mammaires (mouse mammary
tumor virus = MMTV). En effet l'ADN proviral a été
intégré dans l'ADN des lignées germinales
des différentes souches de souris.
Les Ag Mls1a sont codés par le provirus Mtv7 intégré
au chromosome 1, les Ag Mls2a par Mtv13 du chromosome 4, les Ag
Mls3a par Mtv6 du chromosome 16 et l'Ag Mls like Etc-1 par Mtv9
du chromosome 12 (tableau VI-IIb).
Ces Ag font partie des superAg et sont qualifiés d'endogènes car produits, comme les auto Ag, par les propres
cellules du sujet : ce sont des superAg
rétroviraux endogènes.
D'autres superantigènes
sont dit exogènes, car
ils sont d'origine infectieuse, soit virale (protéines
de MMTV exogènes et nucléoprotéine du virus
de la rage), soit bactérienne (entérotoxines, toxine
exfoliatrice et toxine 1 du choc toxique (TSTT-1) (tableau VI-IIc)
des staphylocoques, exotoxines A, B et C du streptocoque, toxine
de mycoplasma arthritidis...). Tous ces superantigènes
ont la même faculté d'entraîner
la prolifération d'un lymphocyte T sur 3 à 50, alors que les Ag courants ne stimulent qu'un
lymphocyte T sur 10 000 à 1 000 000. Cette propriété
des superAg est due au fait que ces Ag ne sont pas présentés,
comme les Ag habituels, dans le sillon des Ag du CMH. En fait,
ils se lient d'une part aux Ag
du CMH de classe II et d'autre part sur une structure commune
à un nombre élevé de chaînes ß
différentes des TcR (notamment
chaînes codées par les gènes ß d'une
même sous-famille). Plusieurs superAg se fixent sur la chaîne b
au niveau du 4ème domaine hypervariable (HV4) localisé
sur la FR3 de la partie V. La liaison du superAg aux Ag du CMH
ne se fait pas au sein du sillon, mais en général
elle nécessite la présence simultanée des
chaînes a et ß des Ag de classe II (figure VI-13d)
autologues, allogéniques et aussi xénogéniques.
La région hypervariable RHV4 de la chaîne b
qui est en position externe par rapport au paratope intervient
dans cette liaison. Pour les rétrovirus, les B sont les
meilleurs CpAg. En revanche, toutes les CpAg avec Ag de classe
II peuvent présenter les superAg bactériens. En
fait, certains superAg bactériens peuvent être présentés
par les Ag
de classe I à des TCD8+. Les superAg Mls se lient mieux
aux IE (souris) et HLA-DR (homme) qu'aux IA (souris) et HLA-DP
ou DQ (homme).
Les résultats de la présentation des superAg aux
lymphocytes T n'est pas totalement superposable à ceux
de la présentation des Ag. Ainsi, les Mls induisent la
prolifération des T cibles (souvent sans réponse
Ca2/PI), mais sans production des cytokines habituelles et sans
effet cytotoxique (si les T sont cytotoxiques). Avec les superAg
bactériens, à condition de les utiliser à
doses élevées, la réponse peut être
complète.
La présentation des superAg nécessite des molécules
accessoires telles que LFA1/ICAM.
En géneral, après prolifération, les T cibles
des superAg sont le siège d'une anergie ou d'une délétion
clonale. Parfois, ces 2 dernières interviennent sans multiplication
préalable des T.
Les kératinocytes activés
qui expriment des Ag de classe II peuvent présenter les
superAg, mais pas les Ag. C'est l'inverse pour les astrocytes.
IV-1.8./
Rôle des cellules présentatrices des Ag dans l'induction
de l'immunité de transplantation
Lorsque les Ag du CMH allogénique sont en cause, les cellules
dendritiques et les macrophages allogéniques (accessoirement les lymphocytes B) présentent
les Ag de classe II allogéniques
(portant le plus souvent un peptide autologue dans leur sillon), aux lymphocytes T du receveur dont les récepteurs
sont complémentaires de ces complexes antigéniques.
Le peptide autologue peut être
un fragment des Ag du CMH. L'IL1
et l'IL6 provenant des macrophages et des cellules dendritiques
sont importantes pour l'initiation de la stimulation. En effet,
ces interleukines font apparaître la chaîne légère
ß p55 du récepteur pour l'IL2 (la chaîne lourde a
p75 est constitutionnelle) sur les lymphocytes T qui deviennent
alors sensibles à l'IL2 que vont synthétiser les
T. Ces cytokines proviennent également mais en quantités
plus faibles des T. En fait, seule
l'IL6 est active sur les TH1 et TCD8+.
Dans les immunités de transplantation contre les Ag mineurs d'histocompatibilité, ceux-ci ou des fragments de ceux-ci doivent
être reconnus par les lymphocytes T en association avec
les Ag de classe I et II du CMH autologue à la surface
des cellules
syngéniques présentatrices des Ag
(figures VI-13 a et VI-13b).
IV-1.9./
Liaisons entre d'une part les lymphocytes T et d'autre part les
cellules partenaires (cellules présentant l'Ag) ou cibles
Les molécules CD4 se lient à une partie conservée
de l'Ag de classe II présente chez tous les sujets d'une
même espèce, il en va de même du CD8 pour les
Ag de classe I. En revanche, le TcR des lymphocytes T reconnaît
soit les déterminants privés (variables d'un individu à l'autre) des Ag des CMH allogéniques, soit un Ag
présenté dans le sillon des Ag du CMH allogénique
ou autologue.
La force de liaison entre les T et les autres cellules est accrue
par la présence à la surface des T de molécules
d'adhésion : CD2 et LFA1 dont les ligands sur les cellules
présentant l'Ag ou cibles sont respectivement LFA3 et ICAM1,
2 ou 3 (figures VI-14a). Interviennent aussi le CD80 , constitutif
des cellulles dendritiques, inductible sur les macrophages et
les B, et son ligand le CD28 des T.
IV-2. Immunité de greffe de type résistance des hybrides à la greffe parentale
C'est une situation en contradiction avec les lois de Snell. En effet, chez la souris, des greffes parentales
(A ou B) tumorales ou de moelle osseuse à des hybrides
(A x B) sont parfois rejetées (Cudkowicz et Bennett, 1971).
Les cellules responsables de ce
rejet sont les cellules NK (Kissling
et coll., 1977).
Cudkowicz explique ce rejet de greffe par l'existence d'Ag Hh (hybrid
hemopoietic) dépendant de gènes
récessifs liés au CMH.
Interviennent également les Ag de classe I du CMH qui agissent
en gênant la reconnaissance par les NK des Ag Hh ou leur
fonction de lyse.
Chez l'homme un phénomène analogue est observé
en culture mixte lorsque l'on cocultive des suspensions de lymphocytes
dépeuplées en cellules T avec des cellules mononucléées
allogéniques irradiées. Les cellules activées
qui prolifèrent, sont les NK CD3-CD16+. Elles sont ensuite
aptes à lyser les blastes (lymphocytes stimulés
par la PHA) provenant du donneur des cellules irradiées.
Les NK produites sont inactives sur les cellules autologues et
les cellules allogéniques normales.
Des clones de cellules NK isolées à partir des cultures
mixtes précédentes ou du torrent circulatoire, peuvent
être classés en un
petit nombre de groupes de NK, selon les cellules, d'un large
panel de blastes PHA, qu'elles peuvent lyser.
Il y a donc une hétérogénéité
de reconnaissance des NK mais assez limitée.
Deux types de caractères génétiquement transmis
peuvent être identifiés sur les cellules cibles de
la lyse par un groupe particulier de NK. Il s'agit d'une part
du phénotype susceptibilité
à la lyse hérité
sur un mode autosomal récessif, d'autre part du phénotype résistance à la lyse transmis de façon
dominante.
Le caractère de susceptibilité
à la lyse est lié
à des structures de surface de la cible reconnues par un
groupe déterminé de NK. Le récepteur de membrane
activateur des NK est peut-être représenté
par une famille de molécules variables de 55kDa environ,
liées à la chaîne z du complexe CD3,
par CD2, CD16, CD69 ou une lectine de type C, le NKR-P1.
La résistance à
la lyse dépend de la présence
de certains allotypes des Ag de
classe I de la cible. La lyse
pour chaque groupe de NK est inhibée par des allèles
particuliers des Ag de classe I. Ainsi des lignées cellulaires
mutées, qui n'expriment plus d'Ag de classe I particuliers,
sont sensibles aux NK, mais deviennent résistantes si elles
reçoivent un transgène codant pour un Ag de classe
I. Ces Ag induisent un signal négatif pour les NK ayant
reconnu la structure qui, en l'absence de l'Ag de classe I, serait
responsable de la sensibilité à la lyse de la cible
(figure VI-14b).
Les peptides endogènes, chargés dans le sillon des
Ag de classe I, sont importants pour cette fonction protectrice,
car leur remplacement par des peptides viraux supprime l'effet
protecteur. En effet, ces récepteurs
inhibiteurs des NK ne peuvent plus reconnaître les Ag de
classe I occupés par d'autres peptides.
Les récepteurs inhibiteurs appartiennent à 2 catégories
: les récepteurs de la superfamille
des lectines de type C Ca++ dépendants
(CD94 associé à NKG2 chez l'homme et Ly49 chez la
souris) et les récepteurs
immunoglobuline like ou KIR (Killer
Inhibitory Receptor) de l'homme et leurs équivalents chez
la souris comme la gp49. Chez la souris, les récepteurs,
par exemple Ly49A, reconnaissent H2Dd et H2Dk. Chez l'homme, les
CD94/NKG2 reconnaissent les HLA-E. Les récepteurs inhibiteurs
KIR sont p58,1 , p58,2 (reconnaissant les allèles du HLA-C),
p70 (reconnaissant les allèles du HLA-B) et p70-140 (reconnaissant
les allèles du HLA-A). Le domaine intracytoplasmique de ces récepteurs
est de type ITIM. C'est principalement le domaine a1
des Ag de classe I qui réagirait avec les récepteurs
inhibiteurs chez la souris et l'homme. Le
signal négatif des récepteurs inhibiteurs est dominant
par rapport au signal positif récepteurs activateurs.
IV-3.
Hypersensibilité retardée (HSR)
Le contact
entre Ag et organisme, dans des conditions particulières,
peut entraîner l'établissement de cette HSR que l'on
révèle en réadministrant le même Ag
dans des sites variables, le plus souvent la peau. Elle est caractérisée
par une réaction inflammatoire qui apparaît tardivement après la réintroduction de l'Ag,
d'où le qualificatif de retardée.
On peut distinguer 3 variétés
d'HSR : la dermite
de contact, l'HSR vraie ou commune
et l'HS de Jones-Mote.
IV-3.1./ Caractéristiques
L'HS retardée est caractérisée par l'apparition
d'un granulome inflammatoire à
lymphocytes T et macrophages
au point de réinjection de l'Ag dans le cas de l'HSR vraie. Lorsque
la seconde administration de l'Ag se fait dans le derme, on constate,
en 24 à 48 h, une induration palpable et une infiltration
lympho-monocytaire. Les T effecteurs de la réaction reconnaissent
l'Ag ou des fragments de celui-ci, implantés dans le sillon
des Ag du CMH du sujet. Dans le cas de l'HS
de Jones-Mote, l'infiltration
est principalement faite de basophiles. Quant
à la dermite de contact, sa signature est une éruption
eczémateuse avec infiltration par des lymphocytes T (d'abord par des CD8, puis des CD4 qui deviennent
majoritaires), surtout de l'épiderme qui prend un aspect
spongieux.
IV-3.2./ HSR active
Comme pour les autres hypersensibilités, on distingue une
HSR active
et une HSR transférée. Dans ce dernier cas, il s'agit d'un transfert
adoptif par l'intermédiaire de lymphocytes T et non d'un
transfert passif par les Ac comme dans les HS de types soit anaphylaxie,
soit phénomène d'Arthus.
L'injection sensibilisante de l'Ag (phase
d'induction) est analogue à
l'injection primaire ou à la greffe de première
intention, respectivement dans l'immunité humorale et l'immunité
cellulaire de transplantation. La réadministration de l'Ag
(phase d'expression), qui révèle l'état d'HSR,
est l'équivalent de l'injection secondaire ou de la greffe
de seconde intention.
IV-3.2.1./ Ag et conditions
d'induction d'une HSR
IV-3.2.1.1./ Dermites de contact
ou eczémas de contact
Ces dermites sont obtenues en sensibilisant le sujet, par exemple
vis à vis de l'haptène dinitrophényl (DNP),
en badigeonnant sa peau à l'aide d'une solution de di-nitrochlorobenzène
(DNCB), tri-nitrochlorobenzène (TNCB), ou di nitrofluorobenzène
(DNFB).
Cette sensibilisation peut être intentionnelle (DNCB ou
DNFB) pour tester la capacité d'un sujet à développer
une HSR, donc pour explorer les fonctions de ses cellules T. Elle
est souvent involontaire, résultant d'un contact accidentel
avec des colorants, cosmétiques, médicaments, résines
synthétiques ou métaux (nickel, chrome...). Dans
ce cas, la dermite est fréquemment une maladie professionnelle.
Dans les dermites de contact, c'est l'haptène,
combiné à certaines protéines ou peptides
de la peau du sujet, qui représente la molécule
antigénique. Le plus souvent,
l'haptène lié à une protéine étrangère
ne peut servir à mettre en évidence l'HSR de type
dermite de contact, car la protéine est différente
de celle sur laquelle, au moment de l'induction de l'HSR, s'était
associé l'haptène au niveau de l'épiderme.
Dans certains cas, il peut exister une réactivité
croisée entre l'haptène lié à une
protéine étrangère et cet haptène
associé aux peptides autologues cutanés. Parfois
l'haptène utilisé pour la sensibilisation se comporte
comme un prohaptène. En effet dans ces situations, l'organisme fait
subir des modifications à l'haptène et c'est en
fait l'haptène modifié fixé sur des peptides
endogènes qui est reconnu.
IV-3.2.1.2./ HSR vraie et HS
granulomateuse
-a- Haptènes liés à une
protéine porteuse : lorsqu'un animal est immunisé
par voie SC avec de la DNP-sérum albumine bovine (SAB)
mélangée à de l'adjuvant complet de Freund,
une HSR commune est obtenue contre des structures propres au conjugué
DNP-SAB et contre la SAB. Le DNP seul ou lié à une
protéine différente de la SAB ne donne, en général,
pas de réaction chez le sujet sensibilisé par la
DNP-SAB.
-b-Ag
protéiques solubles
: Pour obtenir une HSR vraie contre les Ag protéiques,
il faut injecter les protéines incorporées à
de l'adjuvant complet de Freund par voie SC.
-c-
Micro-organismes : De nombreuses infections s'accompagnent d'une
HSR commune vis-à-vis de l'agent pathogène : salmonelloses,
brucelloses, streptococcies, infections à mycobactéries,
à corynebacterium parvum, à pneumocoques, infections
à virus varioleux, rougeoleux, ourlien, herpétiques,
de la vaccine, infections mycosiques et à protozoaires
(toxoplasmose, leishmaniose).
Au cours de l'infection, l'agent pathogène induit une HSR
contre certaines de ses protéines. Ce sont les autres constituants
(notamment lipidiques) qui se comportent comme l'adjuvant de Freund
pour les Ag protéiques. D'ailleurs, l'adjuvant complet
de Freund, outre l'huile minérale et l'émulsifiant,
contient des BK tués. Le prototype de ces infections est
la tuberculose. On dit que l'HSR
obtenue est de type tuberculinique,
car l'Ag vis-à-vis duquel l'organisme est sensibilisé,
est la tuberculine (tuberculoprotéines).
Dans les infections persistantes, la stimulation antigénique
prolongée conduit au passage
à la chronicité de l'HSR vraie qui devient l'HSR
granulomateuse caractérisée
par la transformation des macrophages en cellules
épithéloïdes.
Ces cellules peuvent, par fusion de leurs membranes plasmiques,
devenir des cellules géantes multinucléées.
Elles sont habituellement entourées de lymphocytes et de
fibroblastes. Ces derniers produisent du collagène et sont
responsables d'une fibrose tardive qui peut se
calcifier.
Les lésions tuberculeuses, notamment pulmonaires, sont
de type granulomateux et peuvent se caséifier, laissant
des cavernes. Des granulomes sont également présents
dans la lèpre tuberculoïde, la leishmaniose, la bilharziose,
la listériose...
IV-3.2.1.3./ HS de Jones-Mote
Les injections répétées en ID, de faibles
doses d'une solution de protéines sans adjuvant complet
de Freund ou celles de complexes Ag-Ac entraînent une HS
retardée particulière d'intensité faible
et de durée courte : l'HS de Jones-Mote
IV-3.2.2. Révélation
de l'HSR
La révélation d'une HSR est d'une part assimilable
à une réponse secondaire, car elle dépend
de la production, lors du premier contact avec l'Ag, de lymphocytes
T se comportant comme des cellules mémoires et d'autre
part succède à la réintroduction de cet Ag.
IV-3.2.2.1/ In vivo
-a- tests
cutanés : L'HSR se
recherche le plus habituellement en introduisant l'Ag en cause
par voie dermique :
- Le badigeonnage de la peau (solution d'Ag ou d'haptène) est surtout
utilisé pour les dermites de contact. La réaction
est positive, quand on constate au bout de 48 heures, des vésicules d'eczéma au niveau de la zone de contact de la peau avec
l'Ag.
- Le"patch test" (timbre) est employé aussi bien dans les dermites
de contact que dans les autres types d'HSR. Comme précédemment,
la lecture se fait sur l'apparition de vésicules
d'eczéma.
- Les scarifications (cuti-réaction) et l'injection
intradermique sont réservées
aux HSR autres que la dermite de contact. Une réaction
positive se manifeste surtout par l'apparition d'une induration
maximale en 24 à 48 h après le test.
Dans l'HSR vraie, tous ces tests sont caractérisés
à la 12ème heure par un oedème modéré
résultant de l'augmentation de la perméabilité
capillaire, et par une infiltration discrète de granulocytes.
A la 24ème heure et surtout à la 48ème heure,
les cellules prédominantes du derme sont des lymphocytes
et des macrophages.
Dans l'HS de Jones-Mote, les cellules majoritaires de l'infiltrat sont
des basophiles, mais on observe aussi des cellules de la lignée
B.
Dans les dermites de contact, l'histologie du test percutané montre
la présence de lymphocytes
T surtout CD8+ entourant notamment
les cellules de Langerhans. Les cellules encerclées par
ces lymphocytes sont fréquemment le siège de lyse
dès la 3ème heure.
-b- Tests oculaires : l'instillation
de l'Ag dans l'oeil y détermine une réaction inflammatoire
retardée si le sujet a été préalablement
sensibilisé. Cette épreuve n'est applicable qu'à
l'animal.
-c- Tests généraux et systémiques
: On peut expérimentalement révéler une HSR
chez l'animal ou accidentellement chez l'homme, en constatant
les manifestations générales suivantes, succédant
à l'injection de l'Ag par voie IP ou IV : choc (en rapport
surtout avec la production de TNFa par les T) avec
température (choc tuberculinique et fièvre tuberculinique
si l'Ag est la tuberculine), kératites, conjonctivites,
adénites ou arthrites.
La présence d'une HSR peut aussi être révélée
in vitro.
IV-3.2.2.2/ In vitro : L'HSR peut se rechercher en mettant en évidence
une partie des conséquences résultant du contact
entre un Ag et les lymphocytes T de l'HSR spécifiques de
cet Ag. Il s'agit principalement des tests dits de transformation lymphoblastique, des tests d'inhibition
de la migration des macrophages ou des leucocytes et, accessoirement,
du test de réplication virale.
Dans le premier de ces tests, on observe la transformation des
petits lymphocytes en grands lymphocytes activés (à
tort nommés lymphoblastes) au contact de l'Ag et, surtout,
par l'apparition de mitoses (synthèse d'ADN) chez ces lymphocytes,
objectivée par l'incorporation de thymidine tritiée.
En fait, ce test apprécie non l'HSR, mais la présence de T mémoires pour l'Ag. Les deux autres tests mesurent l'inhibition
de la migration in vitro des macrophages ou des leucocytes sous
l'influence de l'Ag (figure VI-15a). Enfin, dans le test de réplication
virale, on met à profit le fait que les T activés produisent des lymphokines qui
favorisent la réplication virale.
En cultivant les lymphocytes avec l'Ag et un virus test, sur une
monocouche cellulaire indicatrice sensible à l'effet cytopathogène
du virus, à chaque foyer de réplication virale va
correspondre une lyse des cellules indicatrices. Donc le nombre
de lymphocytes T ayant été activé en présence
de l'Ag, correspond au nombre des zones de lyse.
Les tests in vitro, soit ne sont pas spécifiques de l'HSR,
comme le test de transformation lymphoblastique, soit sont peu
reproductibles, comme les tests d'inhibition de migration, soit
n'explorent que certains volets de l'HSR.
IV-3.3./
Mécanisme et transfert de l'HSR
En dehors des cellules présentant l'Ag, différentes
catégories de lymphocytes T participent aux interactions
cellulaires conduisant à une HSR et aux manifestation de
celle ci.
Dans les
dermites de contact, les haptènes se lient :
*
soit aux peptides du sillon des Ag de classe I ou II des cellules dendritiques de Langerhans,
* soit
à des protéines extracellulaires ou de membrane
qui après sont endocytées, protéolysées
et dont les fragments peptidiques associés à l'haptène
sont exprimés dans le sillon des Ag de classe II des cellules de Langerhans,
* soit
(si l'haptène est liposoluble et peut donc pénétrer
dans le cytosol par voie transmembranaire) à des protéines
cytosoliques qui subissent une protéolyse dans le cytosol
avec ensuite expression dans le sillon des Ag de classe I des
cellules de Langerhans, des fragments peptidiques associés à
l'haptène (voir paragraphe
I chapitre
VIII).
La liaison de l'haptène avec les protéines se fait
principalement sur le NH2 des lysines (DNCB, TNCB) ou sur l'histidine
(nickel). Les cellules de Langerhans (cellules de type myéloïde immature)
de l'épiderme avec sillons des Ag de classe I et/ou II
de membrane occupés par les peptides ayant fixé
les haptènes, vont gagner, à partir des capillaires
lymphatiques du derme, les zones paracorticales des ganglions
satellites où elles prennent le nom de cellules interdigitées (cellules
de type myéloïde mature).
A ce niveau, selon les haptènes et les haplotypes des Ag
du CMH, les TcR des CD4+ reconnaissent sur les cellules interdigitées,
soit le plus souvent l'ensemble haptène-partie externe
du peptide endogène et Ag du CMH, soit l'haptène/Ag
du CMH, car le peptide porteur est complètement enfoui
dans la niche de l'Ag du CMH. Dans le premier cas, lors de la
révélation de l'HSR, les T ne réagissent
pas avec l'haptène s'il est fixé sur une protéine
porteuse étrangère, dans le second cas le peptide
a seulement une fonction de présentoire pour l'haptène
et les T peuvent reconnaître l'haptène lié
à des protéines diverses (figure
VI-15b). L'induction de l'HS se
poursuit par la prolifération
des CD4+ qui vont sécréter
des facteurs non spécifiques de croissance et de différenciation
pour les T cytotoxiques CD8+. Ainsi, les précurseurs de ces dernières
cellules, après s'être liés au complexe haptène-peptide
endogène implanté dans l'Ag de classe I syngénique
et sous l'influence des facteurs coopérants non spécifiques
précédents, se multiplient et se différencient
en T cytotoxiques spécifiques
du complexe (figure
VI-16a).
Le transfert des dermites de contact qui est seulement possible
avec des T cytotoxiques CD8+, laisse penser que les effecteurs de ces dermites
sont les T CD8+. De plus, en utilisant des souches congéniques
(souches de souris identiques au niveau d'un gène), le
transfert des dermites de contact n'est réussi que s'il
y a identité pour les Ag du CMH de classe I. L'utilisation
de souris knock out pour les Ag de classe I ou II ou I et II,
est venue compléter les expériences précédentes.
Les premières souris sont déficitaires en CD8+,
les deuxièmes en CD4+, les troisièmes en CD4+ et
CD8+. Seules les souris sans CD8+
ne développent pas de dermite de contact. Quand les CD4+ sont absentes et les CD8+ présentes,
la dermite est plus intense que normalement suggérant un
rôle inhibiteur de certaines CD4+. Des résultats
analogues sont obtenus chez des souris traitées par des
Ac monoclonaux anti-CD4 et/ou anti-CD8. Les effecteurs
des dermites de contact sont donc les mêmes que ceux qui
interviennent dans le rejet des suspensions de cellules syngéniques
modifiées par un haptène.
Ces effecteurs sont les T cytotoxiques qui vont reconnaître
les cellules de Langerhans (et sans doute les kératinocytes)
ayant fixé l'haptène, puis les lyser. Les différents
produits de la lyse et les TH1 sont alors responsables d'une réaction
inflammatoire dépendant de cytokines variées. Ce
phénomène rentre dans le cadre du rejet de cellules
portant des Ag mineurs d'histocompatibilité.
Dans les HSR communes, les macrophages ou les cellules dendritiques
captent l'Ag protéique qu'ils internalisent, puis protéolysent.
Ensuite certains des peptides obtenus sont implantés dans
les Ag de classe II des macrophages, puis présentés
aux lymphocytes T de l'HSR de
type TH1. Si l'Ag est un conjugué haptène-protéine,
le macrophage, après digestion expose dans ses Ag de classe
II, les peptides portant l'haptène (ce dernier tourné
vers l'extérieur du sillon), avant que l'ensemble haptène-peptide/Ag
de classe II ne soit reconnu par les TcR des TH1 sécrétant
l'IL2, l'IFNg, TNFb, GM-CSF et de l'IL3 (tableau
VI-IIIa, figures
VI-16b et VI-17). Ces lymphocytes coopèrent
alors entre eux grâce à l'IL2 dans un système
autocrine. Ils sont en même
temps les effecteurs des lésions par l'intermédiaire de leurs lymphokines inflammatoires, mais aussi par leur pouvoir
d'induire l'apoptose des kératinocytes.
Les TH1 reconnaissent
les Ag de classe II des kératinocytes et par leurs fasL
se lient aux fas des kératinocytes qu'ils vont lyser. En
effet, les kératinocytes, sous l'influence de l'IFNg produit, expriment
fortement les Ag de classe II et fas. Ces TH1 creuseront l'épiderme
pour constituer des vésicules
d'eczéma présentes
sur les tests percutanés
(ces cellules participent sans
doute aussi aux lésions
des dermites de contact mais
plus accessoirement que les CD8+). On peut transférer adoptivement
l'HSR commune d'une souris sensibilisée à une souris
neuve en injectant à cette dernière par voie IV
ou IP, des lymphocytes TCD4+ provenant d'un animal sensibilisé syngénique.
Parmi ces cellules, seuls les clones
de TH1 ont cette capacité de transfert. Le transfert
n'est pas obtenu si le receveur est irradié, sauf si on
le reconstitue en même temps avec des cellules médullaires
de sujets syngéniques non immunisés qui apportent
des précurseurs, d'une part des cellules T et d'autre part
des macrophages. Ces cellules sont attirées au point d'injection
de l'Ag par les lymphokines produites par les T spécifiques
provenant de l'animal sensibilisé. Ainsi, pas plus de 10%
des cellules de l'infiltrat d'une HSR vraie sont des lymphocytes
T de l'animal immun donneur et parmi ces 10% seulement 1/10.000
à 20.000 est spécifique de l'Ag. Cependant, ce petit nombre de lymphocytes qui reconnaît
l'Ag, recrute des T et des macrophages en grande quantité. En utilisant des souches congéniques,
il a été montré que le transfert de l'HSR
commune ne réussit que s'il y a identité pour les
Ag du CMH de classe II correspondant à la région
I-A entre le receveur et les lymphocytes T injectés. Dans
le transfert adoptif, le délai d'apparition des manifestations
de l'HSR peut être raccourci à quelques heures, au
lieu de 24 h, si l'on remplace l'injection des lymphocytes T en
IV ou IP et celle de l'Ag en ID, par l'administration du mélange
lymphocytes T et Ag par voie ID. Le temps gagné correspond
à celui nécessaire aux lymphocytes T sensibilisés
pour gagner le lieu où se trouve l'Ag.
Chez l'homme, il serait possible de transférer l'HSR commune
non seulement avec de faibles quantités de lymphocytes
T vivants histocompatibles ou histo-incompatibles, mais aussi
par l'intermédiaire d'un lysat de leucocytes provenant
d'un autre homme sensibilisé. La substance active du lysat
serait le (ou les) facteurs de transfert (Laurence) de Mr inférieur
à 10kDa. Ce phénomène est encore à
démontrer.
Donc, dans l'HSR commune, l'Ag
présenté en association avec les Ag du CMH de classe
II syngénique par les macrophages ou les cellules dendritiques
aux CD4+ spécifiques entraîne la synthèse
par ces cellules de lymphokines pro-inflammatoires, responsables
de l'ensemble des phénomènes caractéristiques
de l'HSR. Les lymphocytes B peuvent
également produire certaines de ces lymphokines (LIF et
MIF par exemple), mais sous l'influence des lymphocytes T activés
par l'Ag. Ces lymphokines se détectent par des tests fonctionnels
in vitro, et par des tests radioimmunologiques ou immunoenzymatiques
utilisant des Ac monoclonaux.
Les lymphokines intervenant dans l'HSR sont indiquées dans
le tableau VI-IIIa.
La chronologie des évènements dans l'HSR vraie peut
être résumée ainsi :
L'IL1, l'IL12 et l'IL6 des macrophages ou des cellules dendritiques
qui présentent l'Ag, entraînent la multiplication
et l'activation des T (l'IL1 n'agit pas sur les TCD8+ et les TH1 CD4+).
Ceux-ci vont alors libérer, d'une part du VPF (vascular
permeability factor) accroissant la perméabilité
capillaire et favorisant l'oedème, et d'autre part de l'IL2
qui accentue et prolonge la prolifération des T. Toutes
ces cellules synthétisent alors des facteurs chimiotactiques
(surtout pour les macrophages plus accessoirement pour les polynucléaires),
des molécules immobilisant macrophages et polynucléaires
sur place (MIF et LIF) et des facteurs cytotoxiques (TNF) pour
les cellules du tissu, siège de la réaction d'HSR.
Enfin, les MAF en activant les macrophages, les rendent agressifs
pour les tissus environnants (figure
VI-18). Le passage des cellules
dendritiques des tissus, comme l'épiderme ou le derme,
jusqu'aux organes lymphoïdes, comme les ganglions satellites,
dépend en partie de l'intervention de l'IL1b
et du TNFa.
Dans l'hypersensibilité
de Jones-Mote, les mécanismes
en cause sont moins bien connus. Cependant, on sait que cette
HS est tranférable par les lymphocytes T et que différentes
lymphokines d'origine T (basophilopoïétine, IL4, facteurs
chimiotactiques, facteurs de dégranulation,...) agissent
sur les mastocytes et les basophiles. Ainsi, l'IL4 entraîne
la prolifération des différents types de mastocytes
et l'IL3 seulement celle des mastocytes muqueux. Enfin, le facteur
de croissance des granulocytes-monocytes (GM-CSF) et l'IL3 peuvent
activer les basophiles.
Dans ces trois types d'HS, les lymphocytes T qui reconnaissent l'Ag (dits T sensibilisés), puis les lymphocytes T recrutés et les macrophages (accessoirement les neutrophiles ou d'autres polynucléaires) vont pénétrer dans les tissus abritant l'Ag grâce à leurs molécules de domiciliation et aux adressines complémentaires des cellules endothéliales (ces 2 types de molécules de surface sont nommées molécules d'adhésion). Le recrutement des cellules et la modulation des molécules d'adhésion sont sous la dépendance de cytokines produites principalement par les T.
IV-4. Immunité cellulaire anti-infectieuse et antitumorale
Dans les infections et les cancers, vont intervenir les mécanismes de base de l'IMC : cytotoxité spécifique directe des lymphocytes T, cytotoxicité directe des NK et LAK et action des lymphokines provenant des T ou des NK et LAK.
IV-4.1./
Immunité antivirale
Les virus ne peuvent se reproduire
qu'après avoir pénétré dans des cellules
cibles. Les virus produits par ces cellules vont être libérés
par celles-ci, avec ou sans lyse cellulaire, et vont infecter
d'autres cibles cellulaires. En général, une ou
plusieurs périodes de virémie se produisent favorisant
la dissémination de l'infection.
L'immunité cellulaire contre les virus a en général
un effet bénéfique pour l'organisme, mais peut parfois
conduire à des effets indésirables. L'immunité
cellulaire dans le cas des virus correspond à 2 mécanismes
: le premier dépend de T
cytotoxiques, le second de T libérant des cytokines.
-a-T
cytotoxiques : (figure VI-19a)
C'est pour les virus que le phénomène de restriction par le CMH a
été décrit en premier (Zinkernagel). En effet,
les cellules productrices de virus, sur les membranes desquelles
sont exposés les Ag viraux au sein du CMH, ne sont lysées
par les T cytotoxiques spécifiques de ces Ag viraux que
si les Ag du CMH sont semblables pour la cellule effectrice et
la cellule cible. Les T cytotoxiques reconnaissent l'Ag viral
associé à l'Ag de classe I (T cytotoxiques CD8+).
Des T cytotoxiques CD4+, restreints pour les Ag de classe II syngéniques,
interviennent aussi plus accessoirement.
-b-T
libérant des lymphokines
: (figure VI-19a) Ces T peuvent avoir un effet néfaste
comme le montre l'expérience suivante. Des souris reçoivent
des suspensions de lymphocytes T débarrassées ou
enrichies en T CD8+ provenant de souris syngéniques infectées
par le virus A de la grippe, puis sont immunisées avec
du vaccin (virus A) pour induire une forte HSR antivirale. Ces
animaux sont ensuite infectés avec le virus A : ceux qui
ont reçu les suspensions de cellules T dépeuplées
en T CD8+ meurent de façon accélérée,
ceux qui ont reçu les suspensions enrichies en T CD8+ ne
développent pas de maladie. Donc les T cytotoxiques CD8+
protègent les souris. Au contraire les T CD8- ne sont pas
protecteurs et même ont une action défavorable. Cet
effet néfaste est à rapprocher du test de détection
de l'HSR in vitro fondé sur l'étude de la réplication
virale où les lymphokines sécrétées
par les T favorisent la replication et l'effet cytopathogène
de virus au niveau de cellules cibles sensibles.
-c- NK, LAK et interféron g
: L'interféron g
synthétisé par les T, après s'être
fixé sur son récepteur à la surface des cellules
cibles des virus, induit la synthèse par ces cellules de
protéines qui brisent l'ARNm bloquant ainsi la synthèse
des protéines virales lorsqu'un virus pénètre
dans la cellule. Il y aurait activation par les IFNg (mais
aussi a et ß) de la 2'5' oligo A synthétase
qui agit au niveau de l'ATP. Ceci permettrait la formation de
RNases spécifiques. Chez la souris, on a montré
que l'IFNg agirait en induisant la synthèse d'une
protéine dénommée Mx, inhibitrice de la réplication
virale des virus A et B de la grippe par action au niveau de l'ARN
viral. Les interférons agissent également en augmentant
l'activité des cellules NK qui sont cytotoxiques pour les
cellules infectées par les virus (figure
VI-19a).
-d-
Mécanismes antiviraux de
l'immunité cellulaire et conséquences immunopathologiques
de celle-ci : La cytotoxicité des T-spécifiques
ou des NK aboutit à la destruction de la cellule infectée
avant que le virus n'ait atteint sa maturité et ne soit
infectant. Donc, elle a un effet antiviral. Cependant, même
si le virus n'a pas d'effet cytopathogène propre, ce processus
est responsable de destructions tissulaires. Ainsi, le virus de
la chorioméningite lymphocytaire (CML) et celui de l'hépatite
B sont pathogènes principalement parce qu'il y a une réaction
immune (T cytotoxique) contre le virus. Chez la souris, l'infection
néonatale par le virus de la CML ne conduit pas à
des T cytotoxiques spécifiques, mais à des Ac qui
vont former des complexes immuns avec les virus produits en permanence
par l'animal. Le résultat est une affection chronique par
complexes immuns. Chez l'adulte, l'injection intracérébrale
du virus tue rapidement la souris par cytotoxicité cellulaire
antivirale. Un traitement par le cyclophosphamide en inhibant
l'apparition de cette dernière, empêche la mort de
l'animal sans gêner l'infection. Enfin, reconstituée
avec des cellules T, la souris traitée meurt.
En conclusion, l'immunité
cellulaire spécifique n'agit pas sur le virus libre mais
sur la cellule infectée soit en la détruisant (T
cytotoxique), soit en empêchant qu'elle produise le virus
(IFNg).
IV-4.2./
Immunité antibactérienne et antifungique (figure VI-19a)
-a-
Activation des macrophages par
les lymphocytes : Les bactéries,
parasites intracellulaires facultatifs (BK, legionella pneumophila,
brucella, listeria monocytogènes) ou obligatoires (mycobacterium
leprae), sont peu sensibles à l'effet protecteur des Ac,
étant à l'abri de ceux-ci, à l'intérieur
du cytoplasme des cellules macrophagiques qui sont leurs cibles
uniques ou préférentielles. Dans ces cas, les lymphocytes
T CD4+ surtout TH1, reconnaissant les Ag de la bactérie
en association avec les Ag du CMH de classe II, vont sécréter
des lymphokines à activité
MAF (IFNg, MIF, IL3, GM-CSF).
Ceux-ci vont activer les macrophages dont les propriétés
bactéricide, fungicide, parasiticide et antitumorale (enzymes,
oxygène
activé et surtout monoxydes d'azote)
seront accrues d'où destruction des bactéries et
des champignons réfugiés dans les macrophages. L'activation
des T est spécifique, mais pas celle des macrophages. En
effet, le pouvoir destructeur de ces cellules est augmenté
vis-à-vis de toutes les bactéries, dermatophytes,
levures... qu'elles peuvent rencontrer. Le TNFa libéré
par les macrophages en activant les polynucléaires neutrophiles
va les enrôler à leur tour dans la lutte antifungique.
Nous allons voir en détail les phénomènes
d'immunité et d'HSR dans l'infection
par le BK, bactérie parasite
intracellulaire prototype. Après infection
par le BK ou après vaccination par le BCG,
apparaît un état d'immunité et en même temps une hypersensibilité
retardée (HSR) vis à vis de la tuberculine.
Le BCG
(Bacille de Calmette et Guérin) est un bacille tuberculeux
bovin atténué par Calmette et Guérin, initialement
par cultures sur pommes de terre cuites dans de la bile de boeuf.
Il a fallu 13 ans et 230 repiquages pour que le germe perde son
pouvoir pathogène général pour l'homme et
l'animal, tout en conservant sa faculté d'induire une immunité
spécifique vis à vis de la tuberculose. La tuberculine était
initialement le surnageant concentré 10 fois, puis filtré
de vieilles (6 semaines) cultures en milieu liquide de BK. Actuellement,
la tuberculine est purifiée et correspond aux tuberculoprotéines
de la vieille tuberculine.
Utilisé à partir de 1912 pour la vaccination du
cheptel bovin par Calmette et Guérin, le vaccin BCG a été,
à partir de 1921, employé chez l'homme par Weill
et Hallé. Le BCG est utilisé par voie intradermique
ou en multipuncture. La protection contre la tuberculose ne commence
à s'installer que plusieurs semaines après la vaccination.
Il existe un bon parallèlisme
entre HSR contre les tuberculoprotéines et immunité
antituberculeuse. Cependant,
on peut observer des discordances dans les deux sens. Ainsi, une
sensibilisation expérimentale ou spontanée (sujets
travaillant pour la production de tuberculine) peut apparaître
par contact avec la tuberculine, sans qu'il en résulte
d'immunité. Lorsque l'on essaie de vacciner avec des BK
ou des BCG tués, il est possible d'induire une HSR contre
la tuberculine, mais pas d'immunité contre le BK (figure VI-19b, tableau VI-IIIb).
C'est cette dernière constatation qui a été
à l'origine de la création du mot d'immunité de surinfection ou prémunition
dans laquelle l'immunité
dure très longtemps à condition que le germe persiste
dans l'organisme.
Le substratum de l'immunité
antituberculeuse est cellulaire en rapport avec les lymphocytes
T, alors que la présence
d'anticorps anti-BK peut avoir un effet néfaste en favorisant
le développement du germe.
La pénétration de BK ou de BCG vivants chez un sujet
non immunisé entraîne la production de TCD4+ TH1 et TCD8+
spéficiques du germe. Lorsqu'un nouveau BK contamine ce
sujet, les nombreux T mémoires spécifiques du BK,
produits lors du premier contact avec le germe, vont être
stimulés.
Les TH1
sécrétent alors des cytokines inflammatoires, principalement
l'interféron g
qui activent les macrophages.
Ces derniers qui normalement n'arrivent pas à contrôler
les BK qu'ils ont phagocytés (ces BK se multiplient dans
leur cytoplasme), deviennent capables de les détruire.
Plus accessoirement, les TCD8+ peuvent intervenir en lysant les
macrophages qui abritent les BK.
Les antigènes des BK responsables de l'induction de l'immunité
cellulaire protectrice (antigènes
protecteurs), se trouvent parmi
les protéines sécrétées (protéines
extracellulaires) par les BK et
non parmi les protéines
libérées par la mort des BK
(protéines somatiques) qui sont les tuberculoprotéines
de la tuberculine (figure VI-19d).
On comprend ainsi les discordances entre immunité antituberculeuse
et réactions tuberculiniques positives.
Des souris immunisées avec
les protéines sécrétées associées
à un adjuvant développent une immunité, mais
ont des tests tuberculiniques négatifs. En revanche, le BCG
vivant induit l'apparition d'une immunité et de tests tuberculiniques
positifs et le BCG tué seulement des tests tuberculiniques
positifs.
Lors d'un premier contact avec BK ou BCG vivants, les macrophages du sujet
infecté capturent les germes qu'ils emprisonnent dans les
phagolysosomes. Les BK vaccins ou sauvages se multiplient et sécrètent
des protéines extracellulaires. Ces protéines vont
alors être présentées aux CD4+ TH1 qui
les reconnaissent, d'où multiplication de ces lymphocytes
et production de cytokines activant les macrophages. Ces derniers
vont pouvoir en partie lyser les BK qui libèrent les protéines
intracellulaires qui vont être présentées
aux CD4+ TH1 capables de reconnaître ces Ag. Le résultat
final est l'accumulation de TH1 mémoires dont certains reconnaissent
les protéines extracellulaires (immunité) et d'autres
les protéines intracellulaires (hypersensibilité
retardée antituberculine)(figure
VI-19c).
Lors d'un second contact avec des BK, les macrophages de ce sujet vont
présenter les protéines sécrétées
à un grand nombre de CD4+ TH1 dont les cytokines stimuleront
intensement les macrophages ayant phagocyté les BK qui
seront détruits rapidement. S'il n'avait existé
que des CD4+ TH1 spécifiques des protéines intracellulaires,
comme les macrophages ne peuvent efficacement détruire
les BK, ces protéines ne peuvent être présentées
précocement et de façon massive aux CD4 TH1 qui
n'auront ainsi aucune action protectrice (figure
VI-19d).
Dans de rares cas, des sujets
vaccinés par le BCG vivant ou porteurs d'une tuberculose
ont des réaction tuberculiniques cutanées négatives. Cependant in vitro et en présence de
tuberculine, leurs T circulants prolifèrent et produisent
des cytokines (un peu moins d'IFNg que les sujets à
réactions tuberculiniques cutanées positives). L'anomalie de leurs lymphocytes T est une absence
de CLA (Cutaneous Lymphocyte-associated
Ag) mise en évidence par les Ac monoclonaux HECA-452. Cette molécule se lie aux sélectines
E des vaisseaux de la peau, permettant l'infiltration de cette
dernière par les T. En
son absence, il ne peut plus y avoir d'induration inflammatoire
sous-cutanée.
-b- T cytotoxiques et T à activité
antibactérienne ou antifungique : Les lymphocytes
CD8+ (parfois CD4+) peuvent lyser les macrophages abritant L.
monocytogenes, M. leprae, M. tuberculosis, M. bovis ou Rickettsies,
car les protéines de ces agents pathogènes sont
libérées dans le cytosol et se lient ensuite aux
Ag de classe I (parfois de classe II) du cytoplasme, puis s'exprimer
en surface.
La cytotoxicité aussi bien que la production de MAF sont
restreintes par les Ag du CMH de classe II pour les T CD4+ et
de classe I pour les T CD8+. Des T
CD8+ parfois peuvent inhiber la croissance ou détruire Cryptococcus neoformans, des candida et des
bactéries de type pseudomonas aeruginosa, streptococcus
aureus ou E. coli.
Les cellules NKT dont les TcR sont spécialisés dans
la reconnaissance des lipides, notamment d'origine bactérienne
ou parasitaire, présentés par CD1d produisent beaucoup
d'IFNg actif sur l'infection par les mycobactéries,
induisent l'apparition d'une réponse humorale et de CD8+
cytotoxiques contre divers agents pathogéne riches en lipides
et peuvent même avoir un effet inhibiteur sur la croissance
de parasites intracellulares. Des T CD4+ et des NK sont parfois
dotés d'un pouvoir fungistatique.
-c- Cellules NK/LAK : Les cellules
NK/LAK auraient une activité lytique directe vis-à-vis
de certaines bactéries (Salmonella, Shigella...) et de
certains champignons (Cryptococcus neoformans...). De plus, les
cellules infectées par les bactéries intracellulaires
sont plus sensibles à l'action lytique des cellules NK/LAK
que les cellules non infectées.
-d- T spécifiques des protéines
du stress (HSP = heat-shock proteins) : Les HSP sont des
protéines, très conservées (au moins 50%
d'homologie) au cours de l'évolution, produites par toutes
les cellules bactériennes, végétales, fungiques
ou animales subissant un stress notamment thermique.
Chez les mycobactéries, deux familles d'HSP ont été
identifiées : HSP60 et HSP70. La HSP 65, membre de la famille
HSP60, est la cible moléculaire principale des Tgd. Ces Tgd qui ne sont ni CD4+ ni CD8+, ont une activité
cytotoxique, sans restriction par les Ag du CMH, pour les cellules
exprimant ces Ag. De plus chez la souris et l'homme, des T CD8+
spécifiques de la HSP65 sont cytotoxiques pour les macrophages
activés par l'IFNg ou par une infection virale. Or comme les macrophages
non activés sont résistants, les macrophages activés
expriment vraisemblablement une HSP voisine de la HSP65 des mycobactéries.
Des résultats analogues ont été obtenus pour
les HSP70. Compte tenu de leur localisation tissulaire, les Tgd
qui reconnaissent ces différentes HSP, seraient une première
barrière contre les agressions bactériennes ou virales,
au niveau de la peau et des muqueuses.
-e- Formation d'un granulome : Un
granulome, fait de cellules épithélioïdes (grandes
cellules aplaties) d'origine macrophagique et de cellules géantes
multinucléées également de même nature
que les macrophages participant à l'encerclement et au
contrôle de l'agent pathogène, peut se former dans
le tissu où celui-ci se trouve de façon prolongée.
Les lymphocytes T CD8+ et NKT semblent
jouer un rôle favorisant dans la formation de ce granulome.
Les TNF seraient les facteurs principaux à l'origine du
granulome.
IV-4.3./
Immunité antiprotozoaire et antihelminthe (figure VI-19a)
L'importance de l'immunité cellulaire varie d'un parasite
à l'autre, dépendant de la localisation de l'agent
pathogène dans l'organisme, de son cycle évolutif
et des caractéristiques de ses antigènes périphériques.
Les protozoaires ont une complexité antigénique
moins grande que celle des helminthes qui sont des métazoaires.
Les protozoaires parasites de l'homme sont les amibes (tube digestif),
les plasmodiums du paludisme (GR), les trypanosomes (torrent circulatoire,
macrophages et monocytes) de la maladie du sommeil et de la maladie
de Chagas, les leishmanies (macrophages et monocytes) du Kala
Azar et du bouton d'Orient.
Les helminthes parasites de l'homme sont les vers plats (Trématodes)
dont les schistosomes des bilharzioses et les vers ronds (Nématodes)
de la trichinose, de la strongyloïdose, de l'ankylostomose
et des filarioses.
Comme pour l'immunité antibactérienne, l'immunité
cellulaire où l'effecteur est le macrophage activé
par des cytokines provenant des TH1, prédomine dans
le cas des protozoaires parasites intracellulaires. En revanche,
les helminthes inhibent plutôt la differenciation en TH1, permettant
ainsi aux TH2 d'être les effecteurs principaux, et donc
favorisent une réponse humorale.
-a- Activation des macrophages par les lymphokines
: Elle conduit à la destruction des parasites présents
dans les macrophages ou à leur voisinage (trypanosoma Cruzi,
Toxoplasma Gondii, leishmanies, plasmodiums, filaires, schistosomes).
Chez la souris, les plasmodiums font intervenir les TH1 et les TH2.
Ainsi, l'injection de clones TH1 spécifiques à des souris thymectomisées
recevant des Ac monoclonaux anti-CD4, les protègent contre
les plasmodiums correspondants en activant les macrophages. Si
l'on utilise des clones TH2, il y a encore protection, mais elle dépend
de la production d'Ac IgG1.
-b- T-cytotoxiques et T à activité
antiparasitaire: Ils jouent un rôle quand les Ag
parasitaires sont exposés par les Ag de classe I sur la
membrane cytoplasmique des cellules qui abritent l'agent pathogène.
Ainsi Theileria parva, protozoaire responsable chez les bovidés
de la fièvre de la Côte-Est, induit la production
de T CD8+
qui détruisent spécifiquement les lymphocytes T
infectés par le parasite. De même, l'immunité
cellulaire contre les hématozoaires
du paludisme dans leur phase
pré-érythrocytaire, a pour support les T CD8+. Ces
T détruisent les hépatocytes hébergeant les
parasites. Les T CD8+ seraient directement cytotoxiques pour des
toxoplasmes, des schistosomes, des amibes. Certains Tgd pourraient inhiber la réplication extracellulaire
des mérosoïtes de Plasmodium falciparum. Les NKT sont également
actifs sur les infection à plasmodium par un mécanisme
analogue.
Dans le cas des infections par leshmanies,
toxoplasmes ou trypanosomes,
l'immunité cellulaire dépend, chez la souris, des
CD4+TH1 sécrétant
l'IFNg. En revanche les CD4+TH2
produisant l'IL3 et l'IL4, peuvent accroître
la susceptibilité des souris à ces infections.
-c- Granulome et encapsulation fibreuse
: Il se forme autour des parasites une infiltration par des macrophages,
puis il y a constitution d'un granulome dont les cellules vont
sécréter des substances fibrogènes sous l'influence
des lymphokines des lymphocytes T. Le résultat est une
capsule fibreuse enfermant le parasite (par exemple : oeufs de
schistosome). TNF et IFNg
sont importants comme initiateurs de ces phénomènes.
IV-4.4./
Immunité antitumorale
La transformation maligne, sous
l'influence de cancérigènes
chimiques à fortes doses,
est associée à l'apparition d'Ag nouveaux (néo-Ag)
absents des cellules normales. Ces Ag peuvent induire une réponse
immune de type cellulaire spécifique : Ag de transplantation associés aux tumeurs
(TATA). C'est l'expérience
suivante de Foley en 1953 qui a conduit à la notion d'Ag
des cancers, ensuite nommés TATA. Des souris C3H reçoivent,
au niveau de la queue, un greffon d'une tumeur de C3H induite
par une seule injection massive de méthylcholanthrène.
Après développement de la tumeur, celle-ci est éliminée
par section de la queue. La souris mutilée est devenue
résistante à une nouvelle greffe de la même
tumeur, mais pas à celle d'une autre tumeur au méthylcholanthrène.
En effet chaque tumeur chimique
à des TATA différents.
Ces TATA sont des Ag du CMH de
la souris qui ont muté sous l'influence du cancérigène. Comme ces mutations ne sont jamais les mêmes,
les TATA varient d'une tumeur à l'autre et, par conséquent,
sont des Ag spécifiques de chaque tumeur. En fait, une même tumeur peut être constituée
de plusieurs clones avec des TATA différents.
Dans le cas des tumeurs virales, les Ag cibles de l'immunité cellulaire
ne sont pas spécifiques de la tumeur mais du virus inducteur,
donc les Ag sont les mêmes si le virus est le même.
Pour les tumeurs spontanées ou les tumeurs
induites par les très faibles doses répétées
de cancérigènes chimiques,
il n'existe ni TATA, ni, assez souvent, d'Ag viraux. Dans ces
cas, les Ag qui peuvent être à l'origine d'une immunité
cellulaire sont des Ag normaux
hyperexprimés sur les tumeurs.
Plusieurs Ag du mélanome MelanA/MART1, tyrosinase, MAGE3
et gp100 sont utilisés pour vacciner les malades en utilisant les cellules
dendritiques du sujet. On fait prendre
en charge ces Ag in vitro par des cellules dendritiques du patient
développées en culture puis réinjectées
à ce malade. Une méthode analogue est utilisée
pour d'autres cancers avec des résultats encourageants.
L'immunité cellulaire antitumorale fait intervenir différents
effecteurs. D'abord des T cytotoxiques reconnaissant des Ag spécifiques des
tumeurs, des virus inducteurs ou des Ag normaux hyper ou anormalement
exprimés. Ainsi, souvent après une intervention
chirurgicale sur leur tumeur, les sujets cancéreux ont
dans le torrent circulatoire, les ganglions satellites de la tumeur
ou surtout la tumeur, une activité cytotoxique spécifique
(restreinte par les Ag du CMH) qui augmente nettement si on met
pendant quelques jours, les lymphocytes en contact avec les cellules
tumorales autologues ou avec de l'IL2.
Ensuite, sous l'influence de lymphokines produites spécifiquement
par les lymphocytes T principalement, des cellules NKT, NK, LAK ou des
macrophages
vont détruire les cellules néoplasiques. Ainsi,
les interférons (notamment l'IFNg synthétisé
par les T) et l'IL2 augmentent la lyse des cellules cibles cancéreuses
sensibles et font apparaître une cytotoxicité pour
d'autres cellules cancéreuses normalement résistantes.
De plus, les NK elles-mêmes, lorsqu'elles rencontrent leurs
cellules cibles, produisent de l'IFNg et de l'IL2. Les
fonctions de cytotoxicité et de cytostase des macrophages
pour les cellules tumorales sont également accrues après
activation des macrophages sous l'influence de l'IFNg
et des autres facteurs à activité MAF.
V-PRODUCTION D'UNE IMMUNITE HUMORALE
On peut apprécier la production des Ac effecteurs de l'immunité humorale, soit en titrant les Ac présents dans le torrent circulatoire, soit en numérant les cellules synthétisant ces Ac dans les organes lymphoïdes ou éventuellement le sang.
V-1.1./ Titrage des Ac dans
le torrent circulatoire
Il se fait par les différentes
techniques sérologiques (agglutination, précipitation,
fixation du C, tests radioimmunologiques et immunoenzymatiques,...
).
V-1.2./ Numération
des cellules productrices d'Ac
Elle est principalement réalisée
chez la souris à partir de suspension de rate ou de ganglions,
après sacrifice de l'animal, parfois à partir de
prélèvements sanguins chez l'homme.
V-1.2.1./ Techniques de la
microgoutte
Historiquement la plus ancienne, elle n'est plus utilisée.
Des cellules B sont isolées en microgouttes, puis on détecte
les Ac éventuellement produits dans le liquide de la goutte.
Cette méthode nécessite une micromanipulation et
ne permet d'étudier que très peu de cellules.
V.1.2.2./ Techniques avec détection
intracytoplasmique des Ac
Les Ac sont mis en évidence en microscopie optique ou électronique
dans le cytoplasme des plasmocytes, soit grâce à
des Ag directement révélables (peroxydase, ferritine),
soit par immunomarquage à deux couches (Ag non marqués
et Ac marqués).
Ces procédés permettent une localisation précise
des Ac dans le cytoplasme.
V-1.2.3./
Techniques des plages d'hémolyse (PH)
Elles sont applicables aux GR ou à des GR couplés
à un Ag soluble.
* Plage
d'hémolyse en gélose
:
- technique directe de Jerne et Nordin (figure
VI-20) : elle ne met en évidence
que les Ac de classe IgM. Les IgG ne sont pas détectées
car les Ac de cette classe nécessitent plusieurs milliers
de molécules d'Ag par GR pour provoquer une hémolyse.
Exceptionnellement, si chaque cellule produit de grandes quantités
d'Ac, les IgG peuvent alors être révélées.
Les IgA ne sont également pas mises en évidence
par ce procédé car elles ne sont pas hémolytiques
:
- technique indirecte de Dresser et Wortis ou Sterzl et Riha
: on ajoute à la gélose des Ac anti-classe ou anti-sous-classe
d'Ig.
*Plages
d'hémolyse en couche mince directe ou indirecte de Cunningham
et Szenberg (figure
VI-21a) :
Elle est plus facile de réalisation et plus sensible.
Dans tous ces procédés, les cellules qui centrent
les PH sont des plasmocytes.
V-1.2.4./
Technique immunoenzymatique ELISPOT
(Solid phase enzyme-linked immunospot) de Czerkinsky et coll (1983).
Dans le procédé initial, la suspension de cellules
mononucléées contenant les lymphocytes qui synthétisent
les Ac est déposée dans des boîtes de Pétri
en polystyrène sur le fond desquelles est fixé l'Ag.
Après incubation à 37°C, les cellules sont rejetées.
A la place de chaque cellule ayant sécrété
les Ac correspondants, se trouvent ces Ac liés à
l'Ag. Ils sont ultérieurement révélés
sous forme de spots colorés, à l'aide d'un sérum
anti-Ig totales (ou anti-classes ou sous-classes) conjugué
à la peroxydase (le substrat de la peroxydase est ajouté
après recouvrement du fond de la boite de Pétri
avec de l'agarose). Actuellement, on remplace la boïte par
des microplaques dont le fond est constitué par une feuille
nitrocellulose poreuse (figureVI-21b).
V-1.2.5./
Immunocytoadhérence ou technique des rosettes
Décrite par Zaalberg d'une part, et Biozzi d'autre part,
elle est applicable à des Ag particulés comme les
GR.
Les cellules au centre des rosettes (figure
VI-22) formées quand on pratique
cette technique, sont des plasmocytes produisant des Ac (aspect
surtout en Morula), des lymphocytes B (précurseurs ou cellules
mémoires) et peut-être certains lymphocytes T suppresseurs
capables de reconnaître directement l'Ag. Dans ce dernier
cas, les rosettes T seraient moins solides que les B et pourraient
se dissocier lors de la remise en suspension. Enfin, des leucocytes
à récepteurs de membranes pour les Ig tels que les
macrophages peuvent également être mis en évidence
grâce à ce procédé par fixation des
Ac à leur surface. Cependant, dans la technique où
l'incubation est prolongée une nuit à +4°C,
les macrophages restent collés aux parois du tube. Du fait
de l'hétérogénéité des cellules
détectées, cette méthode n'est pratiquement
plus utilisée.
V-1.2.6./ Bruit de fond ou
"background"
C'est le nombre de PH, spots ou
rosettes qui existe avant toute immunisation patente. Pour les GRM, il est chez la souris en moyenne
de 100 PH et de 50.000 rosettes par rate.
Différentes raisons peuvent expliquer le background. Pour
les PH, il s'agit d'immunisations
à bas bruit par des Ag bactériens ayant une antigénicité croisée
avec les GR. Ainsi, les animaux germ-free ont un background pratiquement
nul. Pour les rosettes, le background correspond en plus à
un petit nombre de T avec récepteurs TcR avides et non
restreints par les Ag du CMH, aux précurseurs B reconnaissant
l'Ag et aux macrophages ayant fixé des Ac cytophiles "naturels".
Chez la souris non immunisée, thymectomisée à
l'âge adulte, les rosettes GRM ont servi à Bach et
Dardenne pour doser la thymuline (hormone thymique intervenant
dans la différenciation des thymocytes). Ces rosettes seraient
principalement centrées par des T CD8+ capables de lier
les GRM.
V-2. Produits de la réponse humorale
Nous envisagerons d'abord la réponse in vivo, puis in vitro.
V-2.1./
Réponse in vivo
Cette réponse est très
différente selon que l'Ag est thymodépendant ou
thymo-indépendant.
V-2.1.1./ Ag thymodépendant
La réponse immune n'est pas la même lorsque l'Ag
est pour la première fois au contact de l'organisme (réponse
primaire) ou pour la seconde fois (réponse secondaire)
et s'il pénètre par voie parentérale ou muqueuse..
V-2.1.1.1./ Réponse
primaire
-a- Dosage des Ac (figure
VI-23)
a1 /
Cinétique : Le taux des Ac circulants évolue
en 3 périodes :
- Période de latence : on ne détecte pas d'Ac circulants.
Elle est de durée très variable. Habituellement,
avec un bon Ag à dose optimale, cette période dure
4 à 6 jours.
- Phase de croissance : le taux d'Ac croît exponentiellement
avec un pic maximum à 10 jours en moyenne.
- Phase de décroissance : le taux d'Ac circulants décroît
au moment où il y a plus d'Ac détruits que d'Ac
synthétisés.
a2 /
Qualité des Ac produits
- Classes des Ig : si l'Ag pénètre par voie
parentérale, au début on détecte des Ac de
classe IgM, puis des Ac de classe IgG et IgA. Les IgG sont généralement
mises en évidence 48 h après l'apparition des IgM.
Le taux des IgM, après une croissance rapide exponentielle,
arrive à un maximum en moyenne en 8 jours, puis décroît
régulièrement assez vite. Le taux des IgG augmente
plus lentement et de façon plus prolongée. Il atteint
alors un plateau plus élevé que celui des IgM et
persiste plusieurs semaines. Enfin, le taux des IgG décroît
lentement. Les IgA ont une évolution analogue à
celle des IgG.
Lorsque l'Ag pénètre par voie transmuqueuse, on
constate en plus la présence d'Ac de type IgA et IgM secrétoires
dans les sécrétions au niveau de la muqueuse au
travers de laquelle l'Ag est passé, mais aussi dans celles
d'autres muqueuses.
- Affinité des Ac synthétisés : l'affinité
des Ac, surtout de classe IgG, augmente (jusqu'à 1000 fois)
avec la durée de l'immunisation. Cela est dû en partie
au fait qu'il y a compétition pour l'Ag dont la quantité
diminue rapidement, entre les Ac produits et les récepteurs
périphériques des clones de cellules B. Seuls les
clones de forte avidité sont alors concernés dans
cette période tardive. Donc l'affinité croît
avec le temps.
- Augmentation du nombre de spécificités reconnues
par les Ac : Le nombre des épitopes reconnus par les
Ac augmente car la période de latence n'est pas la même
pour les Ac reconnaissant des épitopes différents.
-b- Numération des cellules produisant
les Ac (figure VI-24)
C'est principalement chez la souris que les études ont
été faites. Les résultats dépendent
de la voie d'introduction.
b1
/ GR hétérologues injectés par voie intrapéritonéale
(I.P) ou intraveineuse (I.V)
Les premières PH spléniques sont de type IgM. Le
nombre maximum de ces PH directes est obtenu au bout de 4 jours
(1000 PH par millon de cellules spléniques ou 100 000 PH
par rate). Dès le lendemain, le nombre des PH directes
commence à décroître et il y a apparition
des PH indirectes de classe IgG et IgA. Ce passage des
PH directes aux PH indirectes est le phénomène de
la commutation (switch). Il correspond
à la synthèse successive
par une même cellule B d'abord d'IgM puis d'IgG, d'IgA ou
d'IgE. Au moment de ce passage,
la cellule contient pendant un temps très bref, à
la fois des IgM et des IgG ou des IgA ou des IgE.
On trouve transitoirement un petit nombre de cellules donnant
des PH dans le torrent circulatoire et dans les autres organes
lymphoïdes. Ces PH des autres organes lymphoïdes résultent
de l'arrivée, soit de lymphocytes déjà stimulés
par l'Ag, soit d'une petite quantité d'Ag dans ces organes.
b2
/ GR hétérologues administrés par voie
SC dans la sole plantaire
Les premières PH directes sont détectées
au bout de 2 jours dans les ganglions poplités satellites
du lieu d'injection. Au 4ème jour, le nombre de PH directes
est maximum (500 PH par millon de cellules ganglionnaires en moyenne),
puis il diminue à partir du 5ème jour. Les PH indirectes
font leur apparition au 5ème jour et leur nombre atteint
une valeur maximum (analogue à celle des PH directes) au
6ème jour. Par la suite, ce nombre va chuter, mais avec
des oscillations successives.
Dans les autres organes lymphoïdes notamment la rate, on
peut noter avec retardement un accroissement faible du nombre
de PH.
b3
/Ag pénétrant par voie muqueuse (muqueuses digestives
ou respiratoires) :
A l'aide de la technique des PH, on constate dans les muqueuses
la synthèse d'Ac de classe IgM et IgA qui seront principalement
déversées dans les sécrétions digestives
ou bronchiques sous forme d'IgM sécrétoires et surtout
d'IgA sécrétoires résistantes à la
protéolyse, et par conséquent actives localement.
Des cellules formant des PH directes, puis indirectes sont également
présentes dans les ganglions satellites.
V-2.1.1.2./ Réponse
secondaire
Elle est le résultat de la production de cellules mémoires
au cours de la réponse primaire. On met en évidence
la réponse secondaire en injectant une seconde fois le
même Ag. Pour obtenir une réponse secondaire, il
faut qu'un délai minimum se soit écoulé entre
la première et la seconde administration de l'Ag. Ce délai
est variable, mais il est, au minimum et le plus souvent, d'une
semaine. La réponse secondaire est caractérisée
par une élévation
précoce (période
de latence 2 fois plus courte que lors de la réponse primaire)
et rapide
du taux des Ac dont le maximum est bien plus haut qu'en réponse
primaire. En réponse secondaire, les Ac sont dès le début des IgG de forte affinité, associés à des Ac de classe IgM.
Ces IgG persistent à un taux élevé de façon
prolongée (figure VI-23). En réponse secondaire, les PH de classe IgG apparaissent d'emblée, car les IgG ne sont plus synthétisées
à la suite d'une commutation IgM-IgG des plasmocytes comme
en réponse primaire, mais immédiatement à
partir des B mémoires à IgG de membrane spécifiques
de l'Ag produites en grand nombre lors de la réponse primaire.
En effet, lors de la première injection de l'Ag, une partie
des B à IgM et IgD de membrane spécifiques de l'Ag
s'est multipliée, puis différenciée en plasmocytes
sécrétant les Ac correspondants. En même temps, une autre partie de ces
B s'est multipliée, puis a subi une commutation qui l'a
transformée en B à IgG ou IgA de surface sans différenciation
préalable en plasmocytes à IgM.
Lorsque l'Ag utilisé en immunisation secondaire n'est pas
identique à celui employé en injection primaire,
mais présente une antigénicité croisée
avec lui, la réponse secondaire est obtenue aussi bien
pour les épitopes communs que pour les épitopes
propres au premier Ag : c'est le "péché
originel" antigénique.
Dans ce cas, les cellules mémoires T (dont nous verrons
qu'elles représentent une partie de la mémoire immunologique)
spécifiques de la partie commune avec le premièr
Ag, du second Ag, vont libérer des cytokines qui vont entraîner
la proliféraion et la différentiation en plasmocytes,
non seulement des lymphocytes B reconnaissant la partie commune,
mais encore de ceux spécifiques des portions différentes.
On peut également observer l'apparition précoce
d'IgG, comme en réponse secondaire, chez un sujet immunisé
une première fois avec un Ag et recevant dans les semaines
suivantes un activateur polyclonal. Dans ce cas, des cellules
mémoires B (qui représentent la seconde partie de
la mémoire immunologique) à IgG spécifiques
d'un Ag se sont accumulées et vont se différencier
en plasmocytes sécrétant des IgG à l'occasion
d'une stimulation non spécifique provoquée par l'activateur
polyclonal.
La dose d'Ag nécessaire
pour induire une mémoire immunologique est bien plus basse
que celle qui provoque la synthèse d'Ac en réponse
primaire. La mémoire est
augmentée si l'on injecte à la place de l'Ag (injection
primaire) un mélange Ag-Ac de classe IgG en excès
d'Ag.
La numération, dans la rate, des cellules formant des PH
en réponse secondaire montre, quand l'Ag est administré
en IP ou IV, une courbe des PH-IgM analogue à celle de
la réponse primaire, mais en général moins
haute. La courbe des PH-IgG débute dès les premières
24 h qui suivent l'injection secondaire pour atteindre en quelques
jours un plateau durable.
L'existence des cellules mémoires a d'abord été suggérée
par l'expérience de Mitchison (figure
VI-25). Des cellules spléniques
de souris immunisées avec un haptène transporteur
1 sont transférées à des souris isogéniques
irradiées. L'injection à ces receveurs de l'haptène
transporteur 1 donne une réponse secondaire anti-haptène,
alors que l'injection de l'haptène couplé à
un transporteur 2 différent du premier transporteur n'induit
qu'une réponse du niveau de la réponse primaire
anti-haptène, mais un peu plus forte que normalement. Par
contre, si les receveurs irradiés ont été
reconstitués à la fois avec des cellules spléniques
de souris immunisées avec l'haptène transporteur
1 et de souris seulement immunisées avec le transporteur
2, ils ne donnent une réponse secondaire anti-haptène
que si l'on utilise comme Ag, l'haptène transporteur 1
ou l'haptène transporteur 2. Si les receveurs irradiés
ne reçoivent que les cellules de rate de souris immunisées
avec le transporteur 2, la réponse anti-haptène
après injection de l'haptène transporteur 2 est
un peu moins élevée que lorsque les souris sont
reconstituées avec un mélange de cellules spléniques
de donneurs immunisés à l'aide de l'haptène-transporteur
1 et de donneurs immunisés à l'aide du transporteur
2. Donc, le niveau de la réponse dépend de 2 types
de cellules mémoires : l'un reconnaissant l'haptène
(souris immunisées avec l'haptène-transporteur 1)
et l'autre le transporteur (souris immunisées avec le transporteur
2). Ces 2 types cellulaires sont respectivement les B et les T.
V-2.1.2./ Ag thymo-indépendants
Le plus souvent l'injection primaire
ou secondaire d'Ag thymo-indépendants n'induit qu'une réponse
Ac de classe IgM et pas plus élevée dans le second
que dans le premier cas. Ce sont
les lymphocytes B de la zone marginale
de la rate qui répondent préférentiellement à la pénétration d'un Ag thymodépendant, principalement Ag TI de type 2.
V-2.2./
Réponse in vitro
Elle est obtenue plus ou moins facilement, selon que l'on est
en réponse primaire ou secondaire, en cultivant dans un
milieu riche, des cellules mononucléées spléniques,
ganglionnaires ou du torrent circulatoire en présence de
l'Ag et sous atmosphère de CO2.
V-2.2.1./ Réponse primaire
Elle est plus délicate à induire que la réponse
secondaire, et fait appel à 2 grands types de techniques
:
-a-
Technique de Mishell et Dutton : la culture est réalisée en boîte
de Pétri dans un milieu enrichi contenant du sérum
de veau foetal et l'Ag. Une agitation lente est appliquée
durant toute la culture. De plus, on rajoute journellement une
petite quantité de milieu neuf. Dans ces conditions, le
nombre des PH directes croît jusqu'au 6ème jour alors
qu'in vivo, les PH directes commencent à décroître
avant (5ème jour).
-b- Technique de Marbrook : Les suspensions
de cellules mélangées à l'Ag reposent sur
une membrane de dialyse baignant dans un réservoir contenant
le milieu de culture. Dans ce cas, il n'y a ni agitation, ni adjonction
journalière de milieu.
Le plus souvent avec ces deux techniques, il apparaît des
PH directes et plus rarement des PH indirects
L'immunisation in vitro est très utile pour étudier
le rôle respectif des différentes populations cellulaires
et leurs interactions dans la réponse humorale. Ces phénomènes
recouvrent la notion de coopération cellulaire pour la
production des Ac.
V-2.2.2./ Réponse secondaire
On l'obtient facilement en ajoutant l'Ag dans des cultures réalisées
à partir de sujets ayant eu une immunisation primaire in
vivo.
V-3 Coopération cellulaire pour la réponse humorale vis-à-vis des Ag thymodépendants
V-3.1./ Découverte
de la coopération cellulaire dans la réponse humorale
La réponse humorale vis-à-vis des Ag thymodépendants
nécessite la présence de plusieurs types cellulaires
qui doivent communiquer entre eux pour aboutir à une synthèse
convenable des Ac. C'est la coopération cellulaire dont
la réalité s'est faite jour petit à petit
à la suite de constatations expérimentales successives
in vivo et in vitro.
Claman (1966) montre, chez les souris irradiées, que l'on
peut reconstituer rapidement leur faculté de produire des
Ac anti-GRM en leur injectant simultanément des cellules
du thymus et de la moelle osseuse. Donc 2 types de cellules sont
nécessaires, l'une est d'origine thymique et l'autre médullaire.
Mosier et Coppleson (1968) étudiant la réponse in
vitro anti-GRM, signalent que si l'on exprime en log le nombre
de PH anti-GRM par rapport à un nombre croissant de cellules
spléniques présent dans la culture, la courbe est
une droite de pente 3. Donc, pour aboutir à la synthèse
des Ac, il y a interactions entre au moins 3 variétés
différentes de cellules dont les chances de rencontre augmentent
avec le nombre de ces cellules contenues dans un même volume
initial. En se mettant en excès de cellules spléniques
adhérentes, la pente est de 2 et elle n'est plus que de
1 si l'on est en excès de cellules non adhérentes.
Comme les cellules adhérentes sont les macrophages et les
cellules dendritiques, et les cellules non adhérentes des
lymphocytes, les 3 types cellulaires nécessaires pour la
synthèse d'Ac sont en tenant compte des résultats
antérieurs : les cellules présentant l'Ag (macrophages,
cellules dendritiques), les cellules T et les cellules B (figure VI-26a).
On savait d'ailleurs depuis longtemps que les macrophages étaient
importants pour la réponse immune. En effet, l'injection
d'encre de chine gêne la réponse immune car les particules
de carbone s'accumulent dans les macrophages et bloquent leurs
fonctions.
De plus, l'intervention indispensable des macrophages et des lymphocytes
T et B est confirmée par l'étude de la réponse
humorale in vitro au cours de laquelle il suffit d'éliminer
de la culture l'un des 3 types cellulaires précédents
pour empêcher la production normale d'Ac.
L'expérience de Raff (1970) (figure
VI-26b) permet de préciser
les portions de l'Ag reconnues respectivement par les T et les
B lorsque celui-ci est un haptène-transporteur. Cet auteur
utilise comme Mitchison des souris immunisées depuis 10
semaines soit par un haptène (DNP)-transporteur 1, soit
par un transporteur 2. Des suspensions de ces rates traitées
ou non par un sérum anti-Thy1 et du complément servent
à reconstituer des souris isogéniques irradiées.
Après immunisation de ces dernières avec le DNP-transporteur
2, on titre les Ac anti-DNP dans leur sérum. La réponse
est élevée si la souris reçoit simultanément
les cellules spléniques (non traitées ou traitées)
provenant de souris immunisées avec le DNP-transporteur
1 et des cellules non traitées des souris immunisées
avec le transporteur 2. Donc, les cellules reconnaissant le DNP
sont insensibles à l'anti-Thy1 + complément alors
que celles qui sont spécifiques du transporteur sont sensibles
à ce mélange. Par conséquent, ces dernières
sont des lymphocytes T.
Les Ac sont synthétisés par des lymphocytes B qui
se sont divisés avant de se transformer en plasmocytes.
Ces lymphocytes B reconnaissent
l'haptène, alors que les T sont surtout spécifiques
du transporteur et coopèrent avec les B pour la synthèse
des Ac. De plus, en réponse
secondaire, nous avons vu que l'expérience de Mitchison
mettait en évidence l'existence de 2 types de cellules
mémoires produits lors de la réponse primaire :
le premier est spécifique de l'haptène, le second
reconnaît le porteur. Il s'agit donc respectivement des
lymphocytes B et T. On peut généraliser les conclusions
précédentes, car tout Ag peut être ramené
à des structures se comportant comme des haptènes
et des structures ayant le rôle de transporteur.
Enfin, on peut préciser que les précurseurs des
lymphocytes B produisant les Ac sont des cellules qui fixent l'Ag
avec suffisament d'avidité par leurs récepteurs
de surface pour former des rosettes d'immunocyto-adhérence.
De plus ces cellules sont détruites si l'Ag mis à
leur contact est fortement marqué par un isotope radioactif.
Cette dernière situation est nommée suicide immunologique.
En revanche, comme les récepteurs des T coopérants
ne reconnaissent que des fragments de l'Ag associés aux
Ag du CMH autologue, ces cellules ne sont pas tuées par
un Ag très radioactif. En débarrassant une suspension
splénique des cellules formant des rosettes avec un Ag
particulé, ou de celles qui se lient fortement à
un Ag très radioactif, on élimine les lymphocytes
B spécifiques de l'Ag et on fait perdre à cette
suspension la faculté de synthétiser des Ac contre
cet Ag, mais non contre d'autres Ag sans antigénicité
croisée avec le premier.
La réponse vis-à-vis des Ag
thymo-indépendants fait
aussi intervenir une coopération cellulaire, mais essentiellement entre les lymphocytes B et les macrophages ou les cellules dendritiques et seulement des IgM sont produites. Cependant, si les Ag thymo-indépendants sont conjugués à une protéine immunogéne, des lymphocytes T reconnaissant cette protéine peuvent intervenir et des Ac de classes autres que les IgM apparaissent. Sur le plan pratique, ces constatations ont conduit à la production de vaccins contre des polysaccharides par exemple ceux des vaccins antiméningocoques. L'utilisation de vaccins constitués par des polysaccharidiques capsulaires des méningocoques A et C, Y et W 135 n'est recommandée qu'à partir de l'âge de 2 ans, car non ou peu immunogènes avant cet age, sauf pour le polysaccharide du groupe A qui est immunogène déjà chez le nourrisson. En revanche, le polysaccharide du groupe B n'est pas immunogène et ne peut servir de vaccin. En se référant aux résultats obtenues avec Haemophilus influenzae du groupe B et avec les pneumocoques, des vaccins faisant appel à des polysaccharides capsulaires des méningocoques conjugués à des protéines porteuses (anatoxine ou toxine mutée de C. diphteriae) ont été produits et se sont montrés très efficaces même chez les nourrissons avec production d'Ac se classe IgM, mais auss IgG.
Cependant, à cause de la parenté antigénique du polysaccharide B avec l'acide N-acétyl-neuraminique, composant des cellules cérébrales, le vaccin conjugué B reste peu immunogène et risque d'induire une auto-immunisation.
V-3.2./ Mécanismes
de la coopération cellulaire
Les cellules présentant l'Ag (CpAg) captent, préparent
(protéolyse), puis présentent l'Ag aux lymphocytes
T. Ces derniers vont être activés s'ils reçoivent
au moins 2 signaux, l'un provenant de l'Ag, l'autre constitué
par des facteurs sécrétés par les CpAg et
par des molécules de surface de ces cellules. Les lymphocytes
T activés vont excréter des facteurs solubles et
exposer sur leur membrane plasmique des molécules qui se
comportent comme des seconds signaux pour les B. Le premier signal
est l'Ag (libre ou sous forme de complexes immuns) fixé
au niveau du BcR.
V-3.2.1./
Rôle des cellules présentant l'Ag (CpAg)
Les CpAg initialement identifiées sont les macrophages,
puis les cellules dendritiques, enfin les lymphocytes
B se sont aussi révèlés
être des CpAg professionnelles.
V-3.2.1.1./ Macrophages
Les interactions entre les macrophages et les lymphocytes se font
par contacts directs entre ces cellules, mais aussi par l'intermédiaire
de facteurs solubles d'origine macrophagique.
-a- Contacts
macrophages-lymphocytes :
Les lymphocytes prennent notamment contact avec les macrophages
par leurs uropodes.
Le rôle du CMH dans les interactions macrophages/ lymphocytes
apparaît dans l'expérience suivante :
In vitro les macrophages syngéniques, semi-allogéniques
ou allogéniques permettent d'obtenir une réponse
primaire plus ou moins importante. Par contre, il n'y a de réponse
secondaire que si les macrophages utilisés ont un Ag majeur
d'histocompatibilité de classe II identique à celui
des macrophages ayant servi lors de la réponse primaire.
Donc, il y a eu sélection, lors de la réponse primaire,
des T reconnaissant l'Ag en présence de l'Ag majeur d'histocompatibilité
de classe II des macrophages. Cette constatation attire l'attention
sur le rôle primordial de l'Ag majeur d'histocompatibilité
dans la communication macrophage/lymphocyte. Ce phénomène
correspond à la restriction
par le CMH (Zinkernagel). D'autres
contacts se font par d'autres molécules d'adhésion
que nous verrons dans le paragraphe des mécanismes d'action
des macrophages.
-b- Production des monokines : Les
monokines sont des cytokines synthétisées entre
autres par les macrophages. Certaines favorisent la réponse humorale comme les interleukines 1 et 6 (IL1 et IL6), d'autres peuvent l'inhiber (TGFb,
PGE2). L'IL1
est un facteur de croissance pour les TCD4+ de type TH2, mais
non pour les TH1 et les TCD8+.
-c- Mécanismes d'action des macrophages
: Les macrophages fixent l'Ag à leur surface (des Ac préexistants
favorisent cette fixation), puis l'Ag est internalisé par
endocytose. On le trouve dans les vacuoles intracytoplasmiques
à l'intérieur desquelles il est dégradé.
Les peptides résultant de cette digestion, gagnent alors,
associés aux Ag de classe II, la surface de la cellule
où ils sont exposés
sur la membrane cytoplasmique dans le sillon des Ag du CMH de
classe II (voir
chapitre VIII). Enfin ils sont proposés
aux lymphocytes T qui reconnaissent l'ensemble peptide/Ag du CMH
de classe II syngénique (figure
VI-27). Les macrophages sont des
CpAg qui interviennent préférentiellement si les
Ag sont particulés. Parfois certains Ag peptidiques peuvent,
sans protéolyse préalable, s'insinuer dans le sillon
d'Ag de classe II non occupé (ces derniers sont peu nombreux
et ont une vie très courte) par des peptides et être
présentés aux lymphocytes TCD4+ TH2.
En plus de la liaison, d'assez
faible affinité, entre
macrophages et lymphocytes T représentée par le
complexe Ag de classe II/peptide d'un côté et le
TcR de l'autre, le lien solide entre ces 2 types cellulaires est assuré
sur le lymphocyte T principalement par le CD4, le CD2, le LFA1
et le CD28 complémentaires sur le macrophage, respectivement
de la partie conservée de l'Ag de classe II, du LFA3, des
ICAM1, 2 et 3 et des B7. Ces différentes molécules
sont des molécules d'adhésion.
Les macrophages agissent également par l'intermédiaire
de facteurs solubles tels que les interleukines 1 et 6 qui ont un
effet mitogène sur les lymphocytes T activés par
l'Ag. L'IL1 et l'IL6 favorisent aussi la prolifération
des lymphocytes B ayant lié l'Ag qui leur correspond (tableau VI-IV).
Certaines molécules d'adhésion
et certaines des monokines se comportent comme des cofacteurs
d'activation des B (second signal),
le premier facteur étant l'Ag (1er signal).
Pour les Ag thymindépendants, les macrophages ne jouent
pas de rôle de présentation de l'Ag en liaison avec
l'Ag du CMH de classe II, mais ils interviennent par l'intermédiaire
des IL1 et IL6 actives sur les lymphocytes B.
V-3.2.1.2./ Cellules dendritiques
Les différents types de cellules
dendritiques proprement dites,
notamment celles de l'épiderme (cellules
de Langerhans), des ganglions
et de la rate, ont un rôle voisin de celui des macrophages.
Ces cellules peuvent exprimer, sur leur membrane plasmique des
Ag de classe II dont la majorité a le sillon occupée
par des peptides d'Ag internalisés et protéolysés
et dont une minorité a le sillon inoccupé : ceci
leur donne la possibilité de fixer des peptides antigéniques
qu'ils rencontreraient. Sous leur
forme immature, elles peuvent capturer tous les Ag. Les cellules dendritiques transmettent l'information
antigénique aux T de façon analogue à ce
que font les macrophages
Les cellules dendritiques folliculaires ont la faculté de capturer et de laisser
exposer sur leur surface, de façon prolongée, des
Ag étrangers thymodépendents ou thymo-indépendents,
pour les présenter aux lymphocytes B. Cette capture dépend
d'Ac préexistants fixés
à la membrane cytoplasmique par des récepteurs pour
le Fc des Ig (FcRIIB). Des complexes
immuns peuvent également être liés à
la cellule par les CR2 de celle-ci. L'Ag est peu internalisé.
Les cytokines des cellules dendritiques peuvent coopérer
avec les lymphocytes B (réponse thymodépendente
ou indépendante) ou les lymphocytes T.
V-3.2.1.3/ Lymphocytes B
Les lymphocytes B jouent un rôle important grâce à
leurs facultés d'une part, d'internalisation de l'Ag combiné
avec leurs récepteurs immunoglobuliniques membranaires
et d'autre part de réexpression en surface de fragments
peptidiques de cet Ag. Les lymphocytes B ne sont mis à
contribution que si l'Ag est soluble, car ces cellules ne peuvent capter et digérer
des Ag particulés comme les bactéries par exemple.
V-3.2.1.4/ Autres cellules
présentant l'Ag
Des cellules, autres que les macrophages, les cellules dendritiques
et les lymphocytes B, sont capables de se comporter, de façon
exceptionnelle, comme des cellules présentant l'Ag. Elles
ont toutes la caractéristique de posséder à
leur surface les Ag d'histocompatibilité de classe II.
Il s'agit des cellules endothéliales et des cellules exprimant
anormalement des Ag du CMH de classe II, comme les astrocytes.
Pour agir comme cellules présentant l'Ag, ces cellules
doivent avoir la faculté de produire des cytokines à
activité coopérante et/ou exprimer des cofacteurs
de membrane. Les T activés
devenus classe II+ peuvent éventuellement
se comporter comme des CpAg.
V-3.2.2/
Rôle des lymphocytes B et T : nature de la coopération
B-T
Nous avons vu que seuls les lymphocytes B synthétisent
les Ac. Cependant, les lymphocytes T sont indispensables à
une réponse humorale convenable vis à vis des Ag
thymodépendants. On dit qu'ils apportent leur coopération
aux lymphocytes B. Deux types de lymphocytes T coopérants
existent : l'un d'eux, le plus anciennement connu et le plus important,
est spécifique de l'Ag, l'autre reconnaît l'idiotype
de l'Ac produit dans un premier
temps.
V-3.2.2.1/ T coopérants
spécifiques de l'Ag
La coopération B/T se fait à faible distance par
l'intermédiaire des différentes lymphokines produites
par les T spécifiques de l'Ag et par des molécules
d'adhésion unissant les T aux B, les unes et les autres
participant à la stimulation des B.
V-3.2.2.2/ T coopérants
spécifiques de l'idiotype
MacNamara et Kohler ont décrit au cours de la réponse
immune contre la phosphorylcholine un deuxième type de
lymphocytes T coopérant spécifique de l'idiotype
majeur des Ac anti-phosphorylcholine appelé T15. Dans ce
cas, la coopération se fait sans doute par l'intermédiaire
du TcR reconnaissant des fragments antigéniques de l'idiotope,
exprimés dans le sillon des Ag de classe II du lymphocyte
B (figure VI-28).
V-3.2.3./
Facteurs coopérants
Des facteurs
coopérants T spécifiques
de différents épitopes de l'Ag ont d'abord été
décrits, mais leur existence n'a pas été
confirmée. Par contre, plusieurs facteurs
coopérants T non spécifiques,
faisant partie des cytokines, ont été isolés,
séquencés et synthétisés.
Nous indiquons dans les lignes qui suivent des activités
coopérantes partagées par plusieurs de ces facteurs
non spécifiques. Les facteurs sont produits par des lymphocytes
T stimulés par l'IL1 ou l'IL6 et en plus par l'Ag ou une
lectine.
-a- Facteurs de croissance des T, activité
de type"T cell growth factor" (TCGF). Ils provoquent
la multiplication des lymphocytes T qui expriment les récepteurs
de surface correspondant à ces facteurs.
-b- Facteurs de croissance des B, activité
de type "B cell growth factor" (BCGF). Ils conduisent
à la multiplication des lymphocytes B qui ont fixé
l'Ag ou une lectine.
-c- Facteurs
de différenciation des B, activité de type"B
cell differentiating factor"
(BCDF). Certains de ces facteurs
sont responsables de la différenciation en plasmocytes
produisant des IgM, d'autres de celle en plasmocytes à
IgG, IgA ou IgE.
-d- Molécules à activité
de type "B cell maturation factor" (BCMF). Elles
se comportent comme des lectines en permettant la multiplication
des B et surtout leur transformation en plasmocytes sécrétant
des Ac sans qu'il soit nécessaire que les B soient activés
au préalable par l'Ag ou une lectine.
V-3.2.4./
Interactions des TCD4+ et des TCD8+ avec les CpAg
Les modes d'intervention des facteurs coopérants figure VI-29 et
les principales interleukines à activité coopérante
se trouvent dans le tableau VI-IV.
Les lymphocytes T coopérants sont des cellules CD4+ que
Mosman a divisé chez la souris en plusieurs catégories
: les TH1 et les TH2.
Les TH1 synthétisant
de l'IL2, de l'IFNg et du TNFb
sont responsables des phénomènes
d'HSR.
Au contraire, les TH2
sont des T coopérants de
la réponse humorale qui
produisent de l'IL4, de l'IL5 et de l'IL13 et ne sont pas impliqués
dans l'HSR. L'IL3 a pour origine aussi bien les TH1 que
les TH2.
Le GCSF est surtout synthétisé par TH1. De
plus, les TH2 libèrent de l'IL10 qui a un effet inhibiteur
sur la production d'IFNg
et des autres lymphokines par les
TH1
(tableau VI-Va).
En fait, il existe entre ces 2 types extrêmes, d'une part
des clones TH0 qui
produisent l'ensemble des cytokines des TH1 et TH2 et d'autre part des clones à profil de cytokines intermédiaires. Les CD4+ acquièrent le type TH1 ou TH2 après
stimulation chronique par l'Ag. Lorsque, l'Ag est présenté
par les lymphocytes B aux T CD4+ TH0, ces derniers acquièrent
préférentiellement le type TH2.
La dichotomie TH1/TH2 est particulièrement nette au cours des
infections parasitaires. Ainsi, des souches de souris susceptibles
à l'infection par leishmania majeure, développent
préférentiellement des TH2 spécifiques du
protozoaire. En revanche, les souris résistantes sont protégées
par une immunité dépendant de la production de TH1 spécifiques.
Le traitement des souches résistantes par des Ac monoclonaux
anti-IFNg les rend sensibles à l'infection et permet
l'apparition de TH2 spécifiques des leishmanies. Inversement,
celui des souches sensibles par des Ac monoclonaux anti-IL4, les
transforme en souches résistantes avec apparition d'une
immunité TH2 spécifiques.
Chez l'homme, des clones de T CD4+ spécifiques d'un allergène,
ressemblant aux TH1 de la souris, ont été obtenus
à partir de lymphocytes de sujets porteurs de lésions
cutanées d'hypersensibilité retardée au Nickel.
Des clones, voisins des TH2 de la souris, spécifiques d'un allergène
ont été sélectionnés chez des malades
souffrant d'allergies atopiques (anaphylaxie). Le tableau VI-Va
résume les caractéristiques des TH1 et TH2 de l'homme.
La coopération T-B se fait entre lymphocytes T CD4+TH2
(mais aussi au début de
la réponse primaire entre T CD4+TH0) et lymphocytes
B.
* Si, en réponse secondaire,
les B au repos sont les seules CpAg,
elles vont activer les CD4+. Ces T CD4+ coopérent alors
avec les B. Dans ces interactions cellulaires, interviennent les
étapes et les molécules suivantes : pour que les
T CD4+ soient activés il faut, en plus du contact avec
l'Ag, des liaisons avec les B par l'intermédiaire de couples
de molécules comme CD4/classe II, CD28/CD80 (B7.1) ou B7.2,
LFA1/ICAM1, CD2/LFA3... Les T activés expriment alors des
Ag de surface qui, sans restriction par les Ag du CMH, stimulent
les lymphocytes B après liaison avec des ligands de la
membrane de ces lymphocytes. Ainsi, les membranes isolées
de T coopérants activés font entrer les B dans les
cycles de mitose Go à G1. Les molécules de surface
responsables sont sur les T, la gp39 et sur les B, le CD40. Ensuite,
les B progressent de G1 à S, grâce à l'intervention
d'IL4 (figure VI-30a). Enfin, les cytokines à activité
BCDF conduisent les lymphocytes B au stade de plasmocytes sécrétant
des Ac de différentes classes.
Les B au repos peuvent activer les TH2, mais
pas les TH1 et ces TH1, non seulement ne sont pas activés, mais
ne répondent plus ensuite à l'Ag en cause. Ils sont
donc devenus spécifiquement tolérants à l'Ag.
* Si les seules CpAg sont les
cellules dendritiques, elles
stimulent aussi bien les TH2 que
les TH1
en réponse primaire ou secondaire.
* Si les CpAg sont seulement représentées
par les macrophages, ils fonctionnent mieux en réponse secondaire
qu'en réponse primaire.
Les 3 types
de CpAg agissent généralement de façon simultanée
et plutôt en synergie. En
réponse primaire les cellules dendritiques sont les plus
efficaces. En réponse secondaire, les 3 variétés
de CpAg interviennent (figure VI-30b).
La figure VI-30c montre le rôle de différentes cytokines
sur l'orientation (polarisation) que prendra la différenciation des TH0, soit
dans le sens TH1, soit dans le sens TH2.
Les cytokines influencent aussi la différenciation des
CD8+TH0
soit en CD8+ TH1 ou TH2, soit en T CD8-CD4- de type TH2 comme le montre la figure VI-30d. Les TCD8+ fortement activées en présence de taux élevés d'IL4 donnent des T CD8-CD4- produisant des cytokines de type TH2.
V-3.2.5./
Interactions des B avec les cellules dendritiques folliculaires
Les cellules dendritiques
folliculaires conservent très longtemps l'Ag intact à
leur surface, sous forme de complexes immuns fixés sur
leurs récepteurs FcgRIIb et leurs récepteurs CR2 (CD21) pour
C3 b. Les BcR des B se combineront à l'Ag natif et les
CD21 de ces B se lieront au complexe immun. Les B seront alors
activés car, en plus du premier signal ayant pour origine
le BcR, un signal positif issu des CD21 surpasse le signal négatif
qui peut provenir de leurs FcgRIIb.
Les cellules dendritiques folliculaires ont en plus la faculté
de libérer par exocytose
des particules (0,25 à
0,38 mm de diamètre) (iccosomes ou immune complex
coated bodies) dont l'enveloppe,
partie de la membrane plasmique des cellules dendritiques folliculaires,
comprend des FcgRIIb et des CD21 ayant capturé des complexes
immuns. Les B des centres germinatifs vont, après fixation
des iccosomes grâce sans doute à leurs BcR, CD21
et FcgRIIb, les endocyter, apprêter l'Ag et présenter
les peptides aux lymphocytes T qui en retour coopéreront
avec les B.
V-3.2.6./
Molécules de surface intervenant dans la coopérationT/B
Le tableau VI-Vb fait le récapitulatif des molécules
de surface des T et B participant aux interactions T/B au cours
de la coopération entre ces cellules. Ces molécules
permettent l'adhésion des T et B entre elles et sont le
point de départ de signaux de stimulation et de costimulation.
V-3.2.7./
Coopération aboutissant à la production d'Ac
IgAs et IgA (figure VI-31a
et VI-31b)
La production majoritaire d'Ac
IgAs survient lorsque l'Ag ingéré
ou inhalé va être capté par les cellules épithéliales microvilleuses
M de la muqueuse (cellules à
fort pouvoir de pinocytose et de phagocytose), puis être
transféré sans dégradation
aux macrophages ou aux cellules B de la région. Les macrophages peuvent alors apporter les
fragments peptidiques de l'Ag liés aux Ag du CMH autologue
de classe II jusqu'aux T de la
muqueuse. Les B ne vont pas se différencier sur
place en plasmocytes, mais les
B à IgM de membrane, sous l'influence de lymphokines des
T coopérants, sont le siège d'une commutation qui
les transforme en B à IgA de membrane.
Ces B à IgA de membrane migrent alors jusqu'aux ganglions satellites
(mésentériques ou pulmonaires), puis passent dans
les canaux lymphatiques et le torrent circulatoire. Enfin, on
les retrouve à distance au niveau de
toutes les muqueuses (appareil
respiratoire ; glandes mammaires, salivaires et lacrymales ; tissus
génito-urinaires ; lamina propria du tube digestif). C'est
à ce niveau que les B finissent
leur différenciation en plasmocytes à IgA. Donc, la stimulation par l'Ag se produit dans
une muqueuse et la synthèse des IgA se termine dans toutes
les muqueuses. L'IgA dimérique est alors capturée
par les récepteurs de surface
des cellules épithéliales,
puis internalisée et excrétée sous forme
d'IgAs au niveau des muqueuses. En fait, ces
récepteurs sont à l'origine de la pièce sécrétoire. En effet, ils sont d'abord synthétisés
sous forme d'un précurseur, puis exprimés en surface
(Mr = 120kDa) après glycosylation dans l'appareil de Golgi.
Lorsque l'IgA rencontre le récepteur, le complexe formé
est internalisé et subit un transport protégé
dans la cellule. Lors de l'exocytose, le composant sécrétoire,
partie du récepteur, est séparé par protéolyse
d'un fragment membranaire de 35kDa qui reste dans la membrane.
L'IgAs est alors déversée dans la lumière
intestinale. Des composants sécrétoires libres sont
aussi trouvés dans les diverses sécrétions
intestinales (figure VI-31a).
Les IgAS déversées dans la lumière protègent la muqueuse contre la pénétration, par exemple
des bactéries qui sont agglutinées. Les IgA, après
association avec leurs récepteurs des cellules épithéliales
des muqueuses, en traversant ces cellules peuvent y rencontrer
et reconnaître des virus
dont elles vont géner la synthèse et/ou l'assemblage. Enfin, des Ag des aliments ou de la flore microbienne
des muqeuses peuvent se retrouver au niveau de la lamina propria
où les Ac de classe IgA locaux vont les capturer et les
rejeter dans la lumière après transcytose : ce phénomène
est l'élimination immune.
Les IgA interviennent aussi sur le risque d'invasion bactérienne
à partir de l'intestin. En effet, si des bactéries
traversent la paroi intestinale et se retrouvent dans le sang,
des Ac de classe IgA se lient à ces micobes et se fixent
sur les récepteurs FcaRI des cellules
de Kupffer du foie qui vont alors
phagocyter et détruire ces bactéries.
Chez les rongeurs, les hépatocytes expriment aussi des
récepteurs pour les Ig
polymériques qui permettent
de transporter les IgA dimériques du torrent circulatoire
dans la bile, puis l'intestin. Ces récepteurs sont absents
ou pratiquement absents de la surface des hépatocytes humains.
Par contre, ces cellules ainsi que celles des rongeurs ont des
récepteurs de membrane
spécifiques pour les asialoprotéines (HBP = hepatic binding protein). Dans ce cas, les
IgA internalisées sont habituellement détruites
par les enzymes des lysosomes (figure
VI-31b).
Les facteurs d'origine T qui contrôlent la production des
IgA sont l'IgA binding factor
(IgA BF) et l'IL5. Le premier
est libéré par les T à FcaR et la seconde par
les TH2. L'IgA BF a un effet coopérant ou suppresseur sur
la réponse IgA suivant les cas, peut-être selon l'importance
de la glycosylation de IgA BF par analogie avec ce qui existe
pour l'IgE BF. Quant à l'IL5,
elle favorise la commutation IgM-IgA
(figure VI-31a).
V-3.2.8./
Coopération aboutissant à la production d'Ac
IgE
Cette coopération est étudiée dans le chapitre
sur les hypersensibilités (voir
anaphylaxie).
V-4 Synthèse sur les réponses cellulaire et humorale (figures VI-3a1, VI-3a2, VI-3a3, VI-3b, VI-32a et VI-32b).
Un Ag porté par des particules (vivantes
ou inertes), introduit par voie sous-cutanée, est
capturé par les macrophages ou même par les cellules
dendritiques immatures. Cette
captation est accrue par la présence d'Ac au moment de
l'introduction de l'Ag. Lorsque l'Ag est soluble, les macrophages ou les cellules
dendritiques surtout passivement
recouverts d'Ac, mais aussi les cellules
B avec BcR reconnaissant l'Ag,
vont spécifiquement piéger cet Ag.
L'Ag gagne ensuite les ganglions
satellites soit directement (il
sera alors pris en charge, sur place, par macrophages, cellules
dendritiques interdigitées et lymphocytes B des ganglions),
soit véhiculé par les trois types cellulaires précédents
qui se comportent comme des transporteurs
d'Ag. Les macrophages, les cellules
dendritiques et les lymphocytes B internalisent l'Ag, puis des
fragments de celui-ci sont exposés en surface en association
avec les Ag de classe II du CMH du sujet. Dans les ganglions,
les CpAg vont apporter les fragments d'Ag implantés dans
les Ag du CMH aux lymphocytes
T des zones paracorticales. A
l'arrivée de l'Ag, fait suite une accumulation des lymphocytes
du sang et de la lymphe dans les ganglions concernés. En
effet, les lymphocytes du torrent circulatoire spécifiques
ou non de cet Ag pénètrent dans la zone paracorticale
au travers des veines post-capillaires, d'une part grâce à la production
de facteurs chimiotactiques (comme l'IL8 chimiotactique pour les T) et d'autre
part grâce à des récepteurs de surface (molécules de domiciliation pour les lymphocytes et adressines
pour les cellules endothéliales).
Les T CD4+TH0, TH1 et/ou TH2 spécifiques de l'Ag lié à
l'Ag du CMH de classe II autologue, et les précurseurs
CD8+ avec récepteurs pour l'Ag fixé sur l'Ag du
CMH de classe I autologue (si cet Ag peut être exprimé
dans les Ag de classe I), vont être activés (les
TH0
et TH2 par
l'IL6 et/ou l'IL1 des CpAg, les TH1 et CD8+ par l'IL6) et
exprimer des récepteurs pour l'IL2. L'IL2 synthétisée
par les TH0 et les TH1 activés va amplifier le pool de tous
les T avec IL2R. Il s'agit d'une coopération T-T aboutissant,
suivant l'environnement (nature de l'Ag, CpAg et cytokines), à
une polarisation conduisant à la production de TH1 et de T cytotoxiques
de l'immunité
cellulaire, ou de TH2 coopérants de la réponse humorale.
Grâce
aux facteurs coopérants spécifiques (s'ils existent)
et aux interleukines IL4, IL5 et IL13 produites par les TH2, les
lymphocytes B ayant reconnu l'Ag (soit celui-ci est libre, soit
il est fixé sous forme de complexes immuns à la
surface des cellules dendritiques
folliculaires si des Ac sont
déja présents), vont proliférer et se différencier.
Une partie
de ces cellules B va gagner les cordons
médullaires où
elle donne des plasmocytes qui synthétisent d'abord des Ac de classe
IgM, puis de classe IgG ou IgA après
commutation. Ces Ac vont donner
des complexes immuns qui se fixent sur les cellules
dendritiques folliculaires autour
desquelles se
constituent les
follicules lymphoïdes avec centres germinatifs à partir d'une autre partie des B.
Ces centres sont oligoclonaux, correspondant à la multiplication
d'environ 3 lymphocytes B différents (en réponse
primaire, ces centres apparaissent au bout de 7 jours, et en réponse
secondaire au bout de 36 heures). La majorité de ces B
des follicules secondaires va mourir sur place alors qu'une minorité est le siège d'une
commutation qui transforme les
B à IgM de surface, en B à IgG ou IgA de membrane.
Ces lymphocytes sont des cellules
B mémoires qui soit restent
dans le follicule pour constituer les follicules
lymphoïdes primaires , soit
gagnent d'autres organes lymphoïdes par la voie lymphatique,
puis sanguine.
Les TH1
et TH2
spécifiques de l'Ag produits lors de la réponse
immune, vont prendre la forme de petits lymphocytes, en grande
partie recirculants, qui constituent les cellules
T mémoires.
Si l'Ag
est injecté par voie IV ou IP
des phénomènes analogues se produisent au niveau de la rate.
Les B et les T du sang se localisent dans la zone marginale. Les
T gagnent ensuite la couche périartériolaire
(PALS) et les B, après
activation, gagnent d'une part les follicules, en traversant cette dernière couche,
d'autre part les foyers associés
au PALS. L'Ag immobilisé
à la surface des cellules
dendritiques folliculaires entraîne
la prolifération des B correspondants et la formation
de centres germinatifs. Les cellules
B de ces follicules passent ensuite
dans le torrent circulatoire comme B mémoires, puis se localisent
dans la zone marginale de la rate
(ces B mémoires peuvent aussi provenir des ganglions).
En même temps que se forment les centres germinatifs, apparaissent
à la périphérie du PALS, les foyers associés au PALS constitués
par des B (PNA-), puis des plasmocytes sécrétant
les Ac spécifiques de l'Ag.
Ces foyers se constituent par prolifération d'un petit
nombre de B après contact des T coopérants des PALS
avec l'Ag présenté par les cellules interdigitées
de la région. Si l'on réintroduit
l'Ag, celui-ci sous forme libre
ou de complexes immuns, active
alors ces B mémoires et provoque leur migration au niveau
de la partie externe de la zone périartériolaire
et leur transformation en plasmocytes.
VI-PHENOMENES DE CYTOTOXICITE EN IMMUNOLOGIE
VI-1 Définition
Les phénomènes immunologiques
de cytotoxicité conduisent à la destruction d'une
cellule cible vivante. Il existe 2 types de lésions aboutissant
à la lyse cellulaire, Le premier ou nécrose se situent au niveau de la membrane
cytoplasmique de la cible. En
général, la mort de la cellule dépend de
l'importance de la blessure membranaire et des capacités
de réparation des dégats de cette membrane par la
cellule. Ainsi, les cellules nucléées sont plus
résistantes à la lyse que les cellules anucléées
telles que les GR. Le second type de lésions correspond
à l'apoptose où l'atteinte initiale est nucléaire.
La cible est choisie grâce à une reconnaissance soit
par les effecteurs spécifiques de la réponse immune
(Ac ou cellules T), soit indépendante de ces effecteurs.
Les différents phénomènes de cytotoxicité
peuvent être divisés en quatre catégories
: cytotoxicité en rapport avec des Ac, cytotoxicité
dépendant de la reconnaissance spécifique par les
TcR des lymphocytes T, cytotoxicité non spécifique
et cytotoxicité expérimentale des lymphocytes T
cytotoxiques en présence de lectines ou d'Ac monoclonaux
comme les Ac anti-CD3.
VI-2 Cytotoxicité dépendant des anticorps
Il en a été décrite trois variétés selon les effecteurs des lésions. Dans le premier type, l'activation des 9 facteurs du complément aboutit à la lyse cellulaire : c'est la cytotoxicité dépendante du C. Dans le second type, l'effecteur est une cellule à récepteurs pour les IgG qui se lie à sa cible par l'intermédiaire de l'Ac sans la phagocyter : c'est la cytotoxicité cellulaire dépendante des Ac. Dans le troisième type, l'effecteur est une cellule qui phagocyte, puis digère la cible après s'être accolée à sa membrane par l'intermédiaire de l'Ac et du complément.
VI-2.1./ Cytotoxicité
dépendant du complément
La cellule porte à sa surface l'Ag cible qui peut être
propre à la cellule ou avoir été secondairement
fixé sur la membrane cellulaire. Les Ac actifs doivent
appartenir à une classe pouvant activer le complément
(IgM et certaines IgG) et se lier à l'Ag de surface s'il
est accessible. Lorsqu'il s'agit d'IgM, une seule molécule
d'Ac est capable de se lier au C1q, puis d'entraîner l'activation
du C jusqu'à C9 et la lyse. Par contre, si l'Ac est une
IgG, il faut deux molécules d'Ig côte à côte
sur la membrane plasmique. Deux conditions doivent alors être
réalisées : il faut d'une part plusieurs milliers
d'IgG à la surface de la cellule pour que statistiquement
deux molécules d'Ac puissent être voisines, d'autre
part, pour la même raison, que la densité des Ag
membranaires soit suffisante.
VI-2.2./
Cytotoxicité cellulaire dépendant des Ac "Antibody
dependent cell- mediated cytotoxicity" (ADCC) (figure VI-33).
La liaison entre la cible et l'effecteur cellulaire est réalisée
par un Ac de classe IgG fixé d'un côté spécifiquement
sur la cible grâce à son paratope situé à
son extrémité F(ab')2 et de l'autre à la
cellule tueuse par son extrémité Fc. Il faut donc
que cette cellule porte des FcgR de surface.
Les cellules tueuses appartiennent à différents
types cellulaires :
* cellules "nulles" ni T ni B avec FcgRIII
(CD16), qu'on nomme dans ce cas lymphocytes K pour "killer"
(la majorité ou la totalité de ces cellules sont
des NK).
*
lymphocytes T avec FcgRII (CD32)
*
macrophages avec FcgRI, II et III et monocytes avec FcgRI
et II.
*
polynucléaires neutrophiles avec FcgRI
(après activation), II et III
*
polynucléaires éosinophiles avec FcgRII
et III.
Les lymphocytes B, bien que porteurs de FcgRII ne sont pas des
cellules tueuses car il leur manque les armes nécessaires.
La combinaison entre l'IgG et le FcgR a un double effet,
elle active la cellule effectrice et permet l'accouplement de
celle-ci à sa cible.
Les complexes immuns dans lesquels les Ac sont des IgG, ont un
rôle inhibiteur sur l'ADCC par blocage des FcgR.
On peut classer dans l'ADCC, l'activité
parasitotoxique des polynucléaires éosinophiles
et des macrophages adhérents à leur cible parasitaire
par l'intermédiaire des Ac de classe IgE spécifiques
du parasite. Eosinophiles et macrophages ont des récepteurs
Fce
de faible avidité (FCeRII = CD23).
VI-2.3./ Cytotoxicité
cellulaire par phagocytose
Dans ce cas, la reconnaissance de la cible dépend toujours
de la partie variable de l'Ac, alors que la liaison à l'effecteur
fait intervenir le Fc de l'Ig (par l'intermédiaire du FcR
de l'Ig) et éventuellement le C (par l'intermédiaire
des récepteurs des fractions du C). La destruction de la
cible se produit après sa phagocytose par les macrophages,
monocytes ou polynucléaires neutrophiles.
VI-3. Cytotoxicité des lymphocytes T tueurs dépendant de la reconnaissance de la cible par les récepteurs spécifiques des effecteurs (figure VI-33).
Il s'agit des T cytotoxiques responsables soit des dermites de contact, soit des rejets aigus de greffes au cours des incompatibilités dans les systèmes majeurs ou mineurs d'histocompatibilité, soit de l'immunité cellulaire antivirale, anti-cellules autologues modifiées, ou anti-autoAg membranaires de certaines maladies auto-immunes. La cytotoxicité dépend de l'adhésion des T cytotoxiques à leur cible. Cette adhésion résulte d'interactions variables selon la cible et même selon le lymphocyte effecteur.
VI-3.1./ Les interactions
T cytotoxiques-cibles cellulaires
VI-3.1.1./ La cellule cible est une cellule allogénique
pour les Ag du CMH
Les T tueurs se fixent sur l'Ag du CMH de classe I (parfois l'Ag
du CMH de classe II) de la cible par l'intermédiaire de
leurs récepteurs spécifiques de surface. En fait,
la force de liaison entre les 2 cellules est principalement due
à d'autres molécules d'adhésion exprimées
en surface que nous verrons plus loin.
VI-3.1.2. La cellule cible
porte un Ag mineur d'histocompatibilité, un Ag viral, un
autoAg ou un Ag étranger fixé à sa surface
VI-3.1.2.1./ Cytotoxicité
des T avec restriction par les Ag du CMH
Dans la majorité des cas,
la reconnaissance de l'Ag est restreinte par l'Ag du CMH de classe
I syngénique (parfois de classe II). En effet, la cellule
T tueuse n'est cytotoxique que si son récepteur est complémentaire
de l'Ag présenté par l'Ag du CMH de classe I syngénique
(ou plus rarement de classe II). Comme précédemment,
l'adhésion du T cytotoxique à la cible fait surtout
intervenir des forces de liaison dépendant de plusieurs
types de molécules membranaires (CD8, CD4, LFA1...)
VI-3.1.2.2./ Cytotoxicité
des T non restreinte par les Ag du CMH
Plus rarement, la cytotoxicité
des T tueurs peut ne pas être restreinte par les Ag du CMH.
Dans certains de ces cas, l'avidité des récepteurs
spécifiques pour l'Ag serait élevée. Les
T surtout à récepteurs gd sont de ce type.
VI-3.2./ Marqueurs des T-cytotoxiques
VI-3.2.1./ T cytotoxiques allogéniques pour les Ag du
CMH
Les plus nombreux des T cytotoxiques sont CD3+CD2+CD8+, ils reconnaissent
les Ag de classe I. les autres CD3+CD2+CD4+ sont spécifiques
des Ag de classe II.
VI-3.2.2./ T cytotoxiques reconnaissant
le peptide antigénique implanté dans le sillon des
Ag du CMH autologues
Comme précédemment, les plus fréquents sont
CD3+CD2+CD8+ et sont restreints par les Ag du CMH syngéniques
de classe I. Les autres, CD3+CD2+CD4+ sont restreints par les
Ag du CMH syngéniques de classe II.
VI-3.2.3./ T dont la cytotoxicité
n'est pas restreinte par l'Ag du CMH
Les marqueurs sont surtout TcRgd+CD3+CD2+CD8+
ou TgdCD3+CD4-CD8-
Des T cytotoxiques peuvent lyser des cellules cibles exprimant
sur leur membrane cytoplasmique des molécules se comportant
comme des superAg (notamment des protéines du stress).
Les superAg ont la propriété de se lier à
la chaîne b de certains TcR. Il n'y a pas dans ce cas de
restriction par l'Ag du CMH.
VI-3.3./ Les étapes
conduisant à la lyse par les cellules T
Elles se déroulent sur une dizaine de minutes.
1ère étape : c'est l'adhésion à la cellule
cible. Elle nécessite l'intégrité du cytosquelette
de la cellule T. La cytochalasine inhibe ce phénomène.
2ème étape : c'est l'étape métabolique, elle
n'a lieu qu'en présence de Mg++ et de glucose. Elle est
inhibée par des Ac anti-HLA (Fab'2), anti-CD8 ou anti-LFA1.
Cette phase a une durée de 0 à 2 min.
3ème étape : c'est le coup mortel. Il se fait en présence
de Ca++ pour la cytotoxicité en rapport avec la formation
de pores Cette phase dure entre 2 et 3min. Elle est inhibée
par des Ac anti-CD3, anti-TcR ou anti-CD8.
4ème étape : c'est la lyse. Les deux partenaires se séparent.
La cellule cible met 4h pour mourir. La cellule T cytotoxique
va alors s'occuper d'autres cellules et pourra lyser entre 10
et 20 cellules cibles.
VI-4. Cytotoxicité indépendante de la reconnaissance par les Ac ou les récepteurs spécifiques des T (figureVI-33 )
On peut distinguer dans ce groupe 3 types différents de cytotoxicité : l'activité NK ("natural killer"), l'activité LAK ("lymphokine activated killer"), la cytotoxicité des macrophages activés.
VI-4.1./ Activité
NK
Elle est caractérisée par la faculté pour
certains lymphocytes non sensibilisés de lyser des cellules
tumorales, des cellules infectées par des virus ou d'autres
parasites intracellulaires, des cellules souches hématopoïétiques.
Les effecteurs de l'activité NK sont de grands lymphocytes granuleux en majorité non T/non B CD3(-)CD16(+)Leu
19+ Leu7+ (homme), Ly1(-)Ly2(-)4D11+NK1 et 2(+), asialo GM1(+)
(souris) : ce sont ces cellules qui méritent le nom de
NK. Il existe aussi un faible nombre de T à activité
NK (cellules "NK-like") : CD3(+)CD8(+) ou (-)CD16(-)Leu
19(+) (homme), Ly2(+)NK1(-) et 2(-) (souris).
VI-4.2./ Activité
LAK
L'activité LAK est caractérisée par la faculté
pour les cellules NK et NK like activées par IL2, de tuer
non seulement les mêmes cellules tumorales que les NK, mais
encore des cellules néoplasiques résistantes à
l'activité NK. Les effecteurs ont les mêmes marqueurs
que les NK et NK like.
VI-4.3./ Activité
toxique pour les cellules tumorales et les micro-organismes des
macrophages activés
Des macrophages activés par des produits bactériens
(LPS, BK...) ou par des lymphokines (IFNg et autres lymphokines
à activité MAF) en plus de l'augmentation de leur
activité bactéricide, ont acquis la propriété
de lyser des cellules tumorales.
Le monoxyde d'azote (NO)
est une molécule très réactive du fait de
son électron célibataire et à effets multiples
qui participe aux activités anti-infectieuses (champignons,
helminthes, bactéries et protozoaires) et antitumorales
des monocytes/macrophages. Le NO est produit sous l'influence
de NO synthases (constitutives dans les cellules épithéliales
et endothéliales et inductibles dans les monocytes/macrophages
et les TH1; chez l'homme, les monocytes synthétisent le
NO seulement lorsqu'un signal provient du CD23). Les cytokines
pro-inflammatoires (TNF, IL1, IFNg ...) induisent les
NO synthases et la sécrétion de NO. Les IL4, 10
et 13 inhibent les NO synthases.
Le NO à faibles concentrations dans le macrophage active
la guanylcyclase soluble et entraîne une augmentation du
taux de GMPc qui se comporte comme second signal, avec notamment
production de TNFa par ce macrophage.
A plus fortes concentrations, le NO diffuse hors du macrophage
et agit dans l'environnement de cette cellule entraînant,
selon les cellules de l'environnement, une régulation de
la production d'Ig ou de l'immunité cellulaire (inhibition
des TH1). A très fortes concentrations, les cellules cibles
peuvent être détruites.
VI-5. Cytotoxicité dépendant de la présence de lectines ou d'Ac anti-CD3
Cette cytotoxicité est un artéfact expérimental, il résulte du mélange in vitro de cellules T cytotoxiques et de cellules cibles en présence soit de lectines activant les T et faisant le pont entre effecteurs et cibles, soit d'Ac monoclonaux tels que les anti-CD3 stimulant les T cytotoxiques portant le CD3.
VI-6. Les mécanismes de la cytotoxicité immunologique
Ils répondent aux 2 grands modes
de mort cellulaire : la nécrose et l'apoptose.
Ils peuvent être divisés en trois grandes variétés
:
* formation de pores
dans la membrane cytoplasmique
par le complexe lytique du C ou les perforines (figure VI-34a et VI-34b) conduisant à une mort par nécrose,
* cytotoxicité directe (sans formation de pores) par apoptose après
fixation des molécules cytolytiques sur des récepteurs
de surface des cellules cibles.
* cytotoxicité indirecte qui n'intervient qu'accessoirement
Apoptose et nécrose sont 2 processus différents.
En effet, dans cette dernière la membrane est altérée,
laissant pénétrer les macromolécules extracellulaires.
Le cytoplasme se dissocie et le noyau n'est atteint que dans l'ultime
phase du phénomène. Pour l'apoptose, le cytoplasme
et la membrane plasmique sont peu modifiés au début.
C'est le noyau qui est d'abord atteint, siège d'une fragmentation
de l'ADN par activation d'endonucléases endogènes
(figure VI-35a
et VI-35b).
VI-6.1./ Formation de pores
VI-6.1.1./ Le complexe C5 bC6C7C8C9 ou complexe d'attaque de
la membrane (MAC) (figure VI-34a)
L'activation du C par les Ac de classe IgG ou IgM combinés
à l'Ag de surface de la cellule cible aboutit au clivage
de C5 en C5 b qui forme avec C6 et C7 un complexe se fixant à
la membrane cytoplasmique. Un
pore se constitue lorsque C8, puis une douzaine de molécules
de C9 s'insèrent dans la membrane cytoplasmique. Ce pore de 10 nm de diamètre intérieur
représente la lésion élémentaire conduisant
à la lyse.
VI-6.1.2./
Les granules cytotoxiques : perforines (pore forming protein
(PFP)) ou cytolysines (figure VI-34a
et VI- 34b)
Les granules cytotoxiques des grands lymphocytes granuleux (T cytotoxiques
et NK) sont à l'origine des perforines, mais aussi des 6 sérines estérases
dénommées granzymes
de A à F. Ces granules
contiennent également des protéoglycanes de haut
Mr et des enzymes lysosomiales comme les phosphatases acides et
l'arylsulfatase. Leur membrans exprime des molécules qui
jouent dans les interactions des CTL et des cellules cibles (TcR,
CD3, CD8, Ag de classe I du CMH...). Les Tgd
et les NK expriment constitutionnellement perforines et granzymes, alors que ces
molécules sont inductibles chez les autres T cytotoxiques.
La perforine
est formée de 534AA (70kDa) et son précurseur un
peptide leader de 20AA. La molécule est faite de 2 domaines
riches en cystéine dont l'un intervient dans la liaison
avec du Ca++. Le gène de la perforine humaine (6218pb)
situé sur le chromosome 17 (q11. 21-q21.1), comporte 3
exons et un "enhancer" C fos inductible par l'IFNg.
Le premier exon (97pb) contient les nucléotides de la région
5' non traduite (sauf 4 nucléotides). Le 2ème exon
comporte 4 nucléotides de la région 5' non traduite,
le peptide signal et la région N-terminale de la perforine
jusqu'à une région homologue avec le C9. Le 3ème
exon correspond au reste de la molécule et à la
région 3' non traduite.
Les perforines sont capables en présence de calcium extracellulaire
de former des anneaux résultant de leur polymérisation.
Ces anneaux constituent des canaux transmembranaires, un peu plus
larges (diamètre intérieur 16nm) que ceux créés
par la polymérisation du composant C9 du complément
(il existe d'ailleurs des homologies entre la perforine et différents
composants du complément notamment le C9), au travers desquels
passent en sens inverse les constituants cellulaires et extracellulaires.
Ces 2 mécanismes de lyse
sont calcium dépendants,
mais la polymérisation de C9 est favorisée par Zn++
et celle de la perforine par Cu++. Le rôle des perforines
est démontré chez des souris à gène
des perforines inactivé. Le granzyme B principalement,
profite des trous produits par les perforines pour pénétrer
dans la cellule cible et y provoquer un phénomène
d'apoptose.
VI-6.2./ Cytotoxicité
directe sans formation de pores
L'apoptose
est le mécanisme principal à l'origine de la lyse
cellulaire par les T à
activité cytotoxiques
et les NK.
Différentes molécules cytotoxiques (leukolysines)
produites par ces cellules peuvent induire une apoptose. Il s'agit
du "tumour necrosis factor"a (TNFa) ou cachectine (NK et macrophages) et du TNFß ou
lymphotoxine (T cytotoxiques et NK). En fait, l'inducteur majeur
de l'apoptose est le ligand du
Fas (FasL
de la famille desTNF) de la surface des
T cytotoxiques activés
qui se lie au Fas de membrane
des cellules cibles. L'importance
du couple Fas/FasL dans la cytotoxicyté des T est montrée
à l'aide de cellules de souris MRL lpr, dont le gène
du Fas est muté (cellules réfractaires à
la lyse FasL dépendante) et de cellules transfectées
avec le gène du FasL (acqisition d'une activité
cytotoxique). Les T des souris homozygotes gld2+, dont le gène
FasL est muté, ont perdu la faculté de lyser les
cibles Fas+. La destruction de la cible par l'intermédiaire
du TNF et du FasL est calcium indépendant.
Les TC8+ cytotoxiques font intervenir successivement perforines, puis
granzymes. Les TCD4+ cytotoxiques agissent par l'intermédiaire de molécules
de la famille du TNF et plus accessoirement grâce aux perforines
et aux granzymes. Les granzymes ne peuvent agir que si les perforines
sont présentes, ces dernières permettant aux granzymes
de pénétrer et d'être libérées
dans la cellule. Pour avoir l'apoptose maximum, il faut les granzymes
A et B. Les TH1 peuvent être cytotoxiques en induisant
une apoptose dépendant du couple fas/fasL.
Dans les cytotoxicités en rapport avec les PN ou les macrophages
de type ADCC
ou avec phagocytose, interviennent principalement des dérivés
de l'oxygène O2 , O. , OH. et surtout le complexe formé
par la myéloperoxydase avec les halides XO. .
Dans le cas de l'ADCC où
les effecteurs sont les éosinophiles,
ces derniers sont cytotoxiques par l'intermédiaire de la
MBP
("major basic protein"), l'ECP ("eosinophil cationic protein") et
surtout l'EPO ("eosinophil peroxydase"). Cette dernière
est associée à H202 et aux halides.
VI-6.3./ Cytotoxicité
indirecte
Certaines molécules comme les protéases et les estérases (notamment sérine estérases des
granules cytotoxiques) provenant des cellules cytotoxiques peuvent
participer à la destruction cellulaire en association avec
les perforines.
VI-6.4./ Protection des
cellules tueuses
Les cellules tueuses sont résistantes aux facteurs lytiques
qu'elles libèrent. L'existence de protectines à la surface de ces cellules a été
postulée, ainsi que celle de compartiments protégés
intracellulaires. Il s'agirait de glycoprotéines qui interféreraient
avec les molécules de lyse.
VI-6.5./ Facteurs responsables
de l'adhésion des cellules tueuses à leurs cibles
Ils seront envisagés dans
le paragraphe suivant.
VII-ADHESION DES CELLULES DE L'IMMUNITE A LEURS PARTENAIRES, A LEURS CIBLES OU A DES CONSTITUANTS EXTRACELLULAIRES
La production des effecteurs solubles
ou cellulaires de la réponse immune et la migration ou
la maturation des cellules de l'immunité requièrent
une communication entre plusieurs types cellulaires. Celle-ci
nécessite souvent une adhésion des différents
partenaires cellulaires entre eux, ce qui est également
le cas pour les cellules de l'immunité effectrices et leur
cible cellulaire.
Cette adhésion dépend de la présence de molécules
complémentaires à la surface des cellules partenaires
ou des cellules effectrices et cibles. Les cellules de l'immunité
peuvent aussi adhérer à différents constituants
extracellulaires. On apprécie le rôle de ces molécules
de surface comme éléments d'adhésion en essayant
d'empêcher celle-ci par des Ac monoclonaux. On peut également
juger l'importance de l'adhésion dans différents
phénomènes lorsque les Ac monoclonaux précédents,
en empêchant l'adhésion, inhibent ou non la fonction
étudiée. Certains
Ac monoclonaux bloquant ou non l'adhésion, peuvent stimuler
les cellules porteuses des molécules correspondantes, ce
qui indique que la molécule cible de l'Ac est capable de
transmettre un signal activateur provenant de son ligand.
Les molécules d'adhésion appartiennent à différentes familles
:
* Sélectines
E, L et P (figure
VI-36a)
* Superfamille
des Ig. Les membres de ce groupe
portent un ou des domaines des Ig (figure
VI-36b). Il s'agit notamment de
:
- BcR
- TcR/CD3 (2 domaines pour chaînes a, b ,g, d, e)
- Classe II (2 domaines par chaîne)
- Classe I (3 domaines pour chaîne a, 1 domaine pour chaîne
b)
- CD2 (2 domaines)
- CD4 (2 domaines i/2 par chaîne)
- CD8 (1 domaine par chaîne)
- CD19 (2 domaines 1/2)
- CD22 (7 domaines)
- CD28 (1 domaine par chaîne)
- CTLA4 (1 domaine par chaîne)
- CD54 (ICAM) (5 domaines)
- CD58 (LFA3) (2 domaines)
- CD80 (B7.1) (2 domaines par chaîne)
- B7.2 (2 domaines)
- CD106 (VCAM) (7 domaines)
*
Intégrines
des sousfamilles b1 à
b8
(figure VI-36b)
- VLA
- LPAM
- LFA1
- CR3
- CR4
*
Molécules avec domaines du type lectine
- Sélectines
- CD72
- CD23
*
Molécules avec domaines du type récepteur pour
les lipoprotéines de faible densité acétylées
- CD5
- CD6
*
Molécules comportant de très nombreux isoformes
- CD44
VII-1. Adhésion des cellules T
Le tableau
VI-VI indique certaines molécules connues intervenant
dans l'adhésion cellulaire des lymphocytes T.
| Molécules de surface des lymphocytes T | Molécule complémentaire de la surface de la cellule | Cellules partenaires ou cibles |
| *CD2 ou LFA2 ou T11 (Mg++ indépendant) | LFA3 (CD58) | Toutes les cellules |
| *CD4 | Ag du CMH de classe II | Certaines cellules non activées et la plupart des cellules activées |
| *CD5 | CD72 | Cellules B |
| *CD8 | Ag du CMH de classe I | Pratiquement toutes les cellules |
| *LFA1 ou CD11a/CD18 (Mg++ indépendant) | ICAM1(CD54),2 et 3 | Cellules B, certaines cellules T activées, nombreuses autres cellules |
| *CD 28 | B 7.1(CD80) et 7.2(CD86) | Cellules présentant l'Ag dont les B activés |
| *VLA 4(a4:CD49d, b1:CD29) | V CAM1(CD106) | Cellules endothéliales |
| *gp39 | CD40 | Cellules B, cellules épithéliales thymiques |
Les figures
VI-36c et VI-36d représentent schématiquement les
interrelations entre les cellules T et des molécules de
la surface cellulaire ou de la matrice extracellulaire.
Les molécules d'adhésion se répartissent
en différentes catégories.
VII-1.1./ Récepteurs
des T pour l'Ag
Ils jouent le plus souvent peu de rôle dans l'adhésion
des T à leurs partenaires ou à leurs cibles, car
les forces de liaison sont faibles. En revanche ils sont essentiels
pour transmettre des signaux activateurs provenant de l'Ag par
l'intermédiaire du CD3.
Cependant, parfois l'avidité des récepteurs pour
l'Ag peut être élevée (T à cytotoxicité
non restreinte par l'Ag du CMH et sans doute T suppresseurs).
VII-1.2./ Molécules
CD2 et LFA3 (CD58)
Les molécules CD2 (T11 ou LFA2 = récepteurs de 50kDa
pour les GRM) sont présentes sur les lymphocytes T, les
NK et les LAK, alors que les molécules LFA3 ubiquitaires
se retrouvent sur la plupart des cellules. Ces deux types de molécules
sont complémentaires et servent à la liaison entre
les T et les cellules porteuses de LFA3 dans les situations suivantes
:
*
T cytotoxiques et cellules cibles
*
Thymocytes et cellules réticulo-épithéliales
thymiques
*
T et autres cellules de l'immunité
*
T et globules rouges de mouton (GRM)
*
Thymocytes ou T activés et GR humains.
*
NK et cellules cibles.
Bien que CD2 et LFA3 soient respectivement présents d'une
part sur les T humains et d'autre part sur les GRM et les GR humains,
les T humains non activés
ne forment de rosettes qu'avec les GRM et
seuls les T activés donnent des rosettes avec les GR humains.
La raison de cette différence est la faible densité
de LFA3 sur les GR humains et l'accroissement très important
de la densité de CD2 sur les T activés.
VII-1.3./ Molécules
CD4, CD8 et Ag du CMH
Les lymphocytes T CD4+ et T CD8+ se lient respectivement aux Ag
du CMH de classes II et I. Selon la fonction du lymphocyte T et
la spécificité de reconnaissance de son TcR, il
peut résulter de la rencontre entre ce lymphocyte T et
une cellule particulière des phénomènes variés
: soit lyse de la cellule si le lymphocyte T est cytotoxique et
si son TcR reconnaît un Ag de surface de cette cellule,
soit régulation de la réponse immune (coopération
ou suppression) si la cellule régulée est un lymphocyte
(T ou B) et si le lymphocyte T régulateur est stimulé
et a une activité auxiliaire ou suppressive.
VII-1.4./ Molécules
LFA1 et ICAM1, 2 et 3 et VLA4 et VCAM1
Les intégrines
divisées en plusieurs familles sont des hétérodimères faits d'une chaîne a et d'une chaîne
ß. Les membres de chaque famille ont la même chaîne
ß, mais des chaînes
a variées. Cependant dans
une même famille, existent des homologies entre les différentes
chaînes a. Les intégrines comprennent les Leu-CAM
(leucocyte cellular adhésion molécule), les very
late activation Ag (VLA), les adhésines et les intégrines
ß4 et ß5 (tableau
VI-VII).
LFA1
fait partie de la famille des intégrines
CD11/CD18 ou Leu-CAM ou ß2 intégrines.
Les molécules LFA1 présentes sur certaines cellules
hématopoïétique (1/3 à 2/3 des cellules
de la moelle osseuse, la majorité des thymocytes, cellules
B et T, neutrophiles, monocytes et macrophages), ne sont pas retrouvées
en dehors de ces cellules. Notamment, elles sont absentes de la
surface des cellules endothéliales.
LFA1 est constitué d'une glycoprotéine a
(CD11a = 190kDa) et d'une glycoprotéine ß (CD18 =
95kDa), liées de façon non covalente. Les 2 autres
membres de la famille CD11/CD18 sont le CR3 (CD11b/CD18) et le
p150,95 (CD11c/CD18). Donc ces molécules sont des dimères
avec la même chaîne ß (ß2) et des chaînes
a
voisines mais différentes (CD11a = 190kDa, CD11b = 185kDa
et CD11c = 150kDa).
Une des molécules complémentaires de LFA1, sur les
cellules cibles ou partenaires, est une structure largement distribuée
à la surface des cellules hématopoïétiques
et non hématopoiétiques. Cette molécule est
reconnue par les Ac monoclonaux anti-CD54 et porte le nom d'"intercellular
adhesion molecule 1" (ICAM1). Une autre molécule de
surface ICAM2, est également un ligand de LFA1. ICAM1 et
2 appartiennent à la superfamille des Ig avec 5 domaines
pour ICAM1 et 2 domaines pour ICAM2.
Les activités thymodépendantes suivantes sont inhibées
par les Ac monoclonaux anti-LFA1 et dépendent par conséquent
de LFA1 :
*
cytotoxicité cellulaire des T;
*
production de T cytotoxiques in vitro;
*
prolifération des T en présence de lectines, en
culture mixtes xénogéniques et allogéniques;
*
réponse humorale thymodépendante;
*
rejet de greffe allogénique;
*
niveau inducteur et effecteur de la suppression dépendant
des T;
*
liaison des T aux cellules endothéliales (en partie);
*
adhésion des T aux cellules dendritiques.
LFA1 participe aux phénomènes d'adhésion
suivants : autoagrégation des leucocytes activés,
liaison des cellules NK (ou LAK) à leur cible et adhésion
des macrophages aux cellules tumorales.
Enfin, les 3 membres de la famille CD11/CD18 peuvent reconnaître
des molécules d'enveloppe des micro-organismes favorisant
ainsi la phagocytose. Ils interviennent également tous
3 dans l'adhésion des leucocytes aux cellules endothéliales.
Dans les tableaux VI-VIII et VI-IX, on trouve différentes
molécules d'adhésion et les situations où
elles interviennent.
| Interactions | Molécules en cause |
| Macrophage-T |
LFA3-CD2 LFA1-ICAM |
| Macrophages-cellules cibles tumorales | LFA1-ICAM |
| T-B |
LFA1-ICAM CD28-B7 gp39-CD40 CD5-CD72 |
| Thymocytes-cellules épithéliales thymiques | LFA3-CD2 |
| T ou autres leucocytes-cellules endothéliales | LFA1 (et les 2 autres membres de la famille CD11/CD18), ICAM ou LFA3-CD2 |
| NK ou LAK-cellules cibles | LFA1-ICAM |
| T cytotoxiques ou T suppresseurs-cellules cibles |
CD2-LFA3 LFA1-ICAM |
| Autoagrégation des leucocytes activés | LFA1-ICAM |
| Ingestion des micro-organismes par neutrophiles | LFA (et les 2 autres membres de la famille Leu-CAM CD11/CD18) |
| LFA1 (CD11a/CD18) |
Leucocytes (T, B, Mo/M, N, NK) Majorité des thymocytes, lymphocytes T et B Majorité des néoplasmes des cellules de l'hématopoïèse |
| CR3 | Mo/M, N, E, NK |
| ICAM1 (CD54) |
Endothélium vasculaire Cellules dendritiques Macrophages Fibroblastes Cellules épithéliales B des centres germinatifs |
| LFA3 (CD58) |
40 à 60% des B et T Monocytes/macrophages Plaquettes Endothélium vasculaire Muscle lisse vasculaire Fibroblastes Cellules épithéliales thymiques |
| CD2(LFA2) | T, NK et LAK |
| CR4 | Mo/M, N, NK |
| VLA4 | L, Mo, E |
| Sélectine L | L (sauf L mémoire activé), N, Mo, E |
| Sélectine P | Plaquettes, endothélium vasculaire |
| Sélectine E | Endothélium vasculaire |
L : lymphocytes, Mo/M : monocytes/macrophages, N : neutrophiles, E : éosinophiles, NK : natural killers, LAK : lymphokine activated killers.
Le VLA4 est une molécule d'adhésion
des T dont la vascular cell adhesion molecule 1 (VCAM1) est le
ligand cellulaire.
Les VLA
sont des structures de membrane qui fixent la fibronectine, les
collagènes et la laminine. Six Ag VLA ont jusqu'à
présent été identifiés. Ne mérite
à proprement parler la dénomination de VLA que les
VLA1 et 2 qui n'apparaissent sur les lymphocytes T qu'après
2 à 4 semaines d'activation in vitro. La protéine
de domiciliation des lymphocytes murins dans les plaques de Peyer
est voisine de VLA4.
D'autres
intégrines sont les adhésines dont le chef de file
est la molécule gpIIb(a)-IIIa(b) des plaquettes qui est le récepteur
cellulaire pour la fibrine, la fibronectine et le facteur de Willebrand.
Les autres adhésines se trouvent sur les cellules endothéliales
(gp140-197 avec comme ligand la vitronectine et/ou le fibrinogène),
les monocytes, les ostéoblastes et les cellules malignes.
Les adhésines sont donc des récepteurs cellulaires
pour des molécules extracellulaires. La formule des adhésines
est aß3.
D'autres familles d'intégrines (4ème à 8ème)
ont été décrites.
VII-1.5./ Molécules
CD28 et B7.1 (CD80) et B7.2 (CD86)
Le CD28 est un homodimère de 44kDa par chaîne , exprimé
à la surface, de presque tous les TCD4+ et de 50% des TCD8+.
Les Ag B7
fontt partie de la superfamille des Ig et représentent
le ligand cellulaire du CD28 et de CTLA4. Le B7.1 est présent spontanément
ou après activation sur les cellules présentant
l'Ag.
VII-1.6./ Molécules
CD5 et CD72
Le CD5 est une chaîne glycoprotéique de 67kDa des
cellules T et de la sous-population B1.
Le CD72, complexe glycoprotéique et hétérodimérique
(43/49kDa) est un marqueur de surface des B.
VII-1.7./ Molécules
gp39 et CD4O
La gp 39 est, sur les T, le ligand de la glycoprotéines
CD40 (domaines riches en cystéines) des B.
VII-1.8./
Les hypothèses sur les interactions entre CpAg et T
Dans le cas où les CpAg sont des B,
il se forme une synapse immunologique
ou SMAC (SupraMolecular Activation
Cluster) qui est une structure moléculaire organisée
qui se constitue entre la CpAg et le lymphocyte T et conduit à
l'étroite apposition entre les 2 membranes plasmiques.
La synapse comprend au centre le TcR-CD4 ou CD8/Ag du CMH, CD2/CD58, CD28/B7
(dans le cytoplasme on trouve dans cette zone des molécules
de signalisation : Lck, ZAP70, protéine kinase C, MEK kinase2),
à la périphérie,
formant un anneau adhésif,
on constate la présence d'un nombre élevé
de molécules LFA1 interagissant avec les molécules
d'ICAM1. Le premier contact entre CpAg et T est Ag indépendant
faisant intervenir LFA1 et ICAM1, survient ensuite la liaison
spécifique (si elle est possible) puis la transduction
du signal. Le lymphocyte T se détache alors de la CpAg
et par exemple se multiplie.
Avec d'autres CpAg les phénomènes pourraient être
différents. Le lymphocyte T ne serait pas immobile à
la surface d'une CpAg telle qu'une cellule dendritique, mais ramperait
à sa surface. Durant cette période, le T recevrait
un signal activateur mais insuffisant, il se séparerait
alors de la CpAg, pour rencontrer une autre CpAg ou la même
qui lui transmettrait encore un signal. Le T serait activé
lorsque la somme de ces signaux atteindrait le seuil d'activation.
VII-1.9./ Molécules
permettant aux T d'interagir avec la matrice extracellulaire
Ces molécules des T :
CD26 et VLA3 se liant avec les collagènes, VLA4 et VLA5
reconnaissent la fibronectine et VLA6, la lamine, donnent la possibilité
à ces cellules de circuler dans les tissus sous l'influence
notamment de chémokines.
VII-2. Molécules de domiciliation et adressines : Sélectines (tableaux VI-Xa et VI-Xb)
Les leucocytes
du torrent circulatoire ne persistent dans le territoire intravasculaire
que transitoirement, devant gagner des tissus où ils sont
attirés, soit pour y jouer le rôle qui leur est dévolu,
soit pour y séjourner. La localisation
tissulaire des leucocytes se fait grâce à des molécules
de domiciliation présentes à la surface de ces cellules et qui reconnaissent des ligands
spécifiques sur les cellules endothéliales palissadiques
des veinules post-capillaires ou
les veinules plates de la lamina
propria du tube digestif. Ces
ligands sont nommés adressines
vasculaires. Les chémokines et leurs récepteurs sont les seconds types de molécules qui
déterminent les cibles tissulaires des leucocytes.
Grâce à ce système de molécules de
domiciliation/adressines, les lymphocytes B et T naïfs migrent
dans les ganglions lymphatiques périphériques et
les plaques de Peyer, les lymphoblastes et les cellules mémoires
migrent dans les tissus non lymphoïdes tels que les épithéliums
cutanéo-muqueux et les neutrophiles, monocytes et lymphocytes
migrent dans les tissus sièges d'une inflammation.
Les molécules de domiciliation
sont les clefs des leucocytes
qui ouvriront la serrure des cellules endothéliales représenentée
par les adressines. Molécules
de domiciliation et adressines ont parfois une structure voisine comme l'indique la figure
VI-36a.
On nomme les molécules ayant cette conformation : les sélectines.
Les sélectines fixent leurs ligands par leur domaine de
type lectine et ces ligands sont des oligosaccharides type sialyl
Lewis a et b portés par certaines molécules de surface.
Il s'agit du "homing receptor gp90" ou "lectin
cell adhesion molecules" 1 (LE-CAM1) ou sélectine
L qui est une molécule de domiciliation, de "l'endothelial
leukocytes adhesion molecule 1" (ELAM-1) ou sélectine
E et du "granule membrane protein" de 140kDa (GMP-140
ou PADGEM) ou sélectine P qui sont des adressines. Deux récepteurs principaux conduisent
à l'accumulation des leucocytes lors des processus inflammatoires. Il s'agit des sélectines
E et P.
La sélectine E s'exprime sur les cellules endothéliales
activées par IL1, TNFa ou LPS.
La sélectine P se trouve dans les granules a des plaquettes, les corps de Weibel-Palade des
cellules endothéliales et les mégacaryocytes. Cette
molécule qui est donc stockée, va s'exprimer en
surface sur les cellules précédentes après
activation par thrombine, histamine ou peroxydes. Les sélectines
sont codées par des gènes du chromosome 1 de l'homme.
L'Ac monoclonal 1B2 a permis de définir la molécule
VAP1
(Vascular Adhesion Protein 1) qui s'exprime
à la surface des cellules endothéliales de sites
siéges d'une inflammation. Cette glycopropéine
fortement sialylée est
un dimère de 2x90kDa. La VAP1 est stockée dans des
granules des cellules endothéliales différents des
granules de Weibel-Palade. Cette molécule est aussi présente
dans les cellules dendritiques des centres germinatifs, les péricytes,
les muscles lisses et les cellules graisseuses. Lorsque la VAP1
s'exprime sur la membrane plasmique, elle comprend une courte
portion N-terminale intracytoplasmique, un domaine transmembranaire
et une large portion C-terminale extracytoplasmique portant une
structure enzymatique de type
monoamine oxydase sensible aux semicarbazides convertissant les amines primaires de la surface
des lymphocytes en aldéhydes biologiquement actifs. Après
liaison avec son ligand de la surface des leucocytes, la VAP1
participe au rolling et peut être à l'extravasation
de ces cellules.
Une molécule de domiciliation très importante est
le CD44
(figure VI-37a).
C'est une glycoprotéine, exprimée sur beaucoup de
types cellulaires d'origine mésodermique ou neuroectodermique,
comprenant de nombreux isoformes (une centaine). Ces derniers
représentent des clés différentes pour ouvrir
la serrure (adressines) des cellules endothéliales des
veines post-capillaires, permettant le passage transendothélial
et la localisation dans le tissu sous-jacent des cellules possédant
la bonne clé.
Les isoformes CD44 qui résultent d'épissages différents
de l'ARNm, ont des Mr variés allant de 80 à 300
kDa. Le génome du CD44 est constitué par 10 exons
standards (s) et 10 exons variables (v). La molécule standard
CD44s est constituée, pour la partie cellulaire, par les
produits des exons de 1 à 75, pour la partie transmembranaire
par le produit de l'exon 8s et pour la partie intracytoplasmique
par les produits des exons 9 à 10s. Les CD44 comprennent
en plus au niveau de leur portion extracellulaire les produits
des exons v par exemple 10 v ou 9 et 10 v (figure
VI-37b).
Ces différents CD44 jouent
un rôle important pour la migration de types cellulaires
particuliers dans un site tissulaire particulier.
Les lymphocytes B et T recirculants présentent un taux
élevé de CD44 qui explique leur passage privilégié
au niveau des veines post-capillaires, notamment des ganglions.
Sous l'influence de l'IFNg et/ou le TNFa, les lymphocytes expriment des CD44s dont les
portions s se lient avec leurs ligands de la surface des cellules
endothéliales des tissus enflammés. Ces lymphocytes
vont alors pénétrer dans ces tissus et les infiltrer.
Le CD44 existe à taux élevé au niveau des
précurseurs T médullaires et des prothymocytes (CD3-CD4-CD8)
au sein du thymus, mais non au niveau des DP. Le CD44 participe
à la localisation thymique de ces précurseurs. Les
thymocytes SP prêts à être exportés
réexpriment fortement le CD44.
Les CD44 interviennent aussi dans l'adhésion de la lignée
B au niveau des hyaluronates du stroma médullaire et dans
la différenciation des B au niveau de la moelle osseuse.
Les métastases tumorales et leur localisation dépendent
de l'expression des CD44 sur les cellules tumorales.
Enfin, le CD44s est un récepteur de costimulation pour
le CD2 ou le CD3 des lymphocytes T.
La sélectine L des lymphocytes naïfs et d'une faible
partie des T mémoires reconnaît des motifs glucidiques
des ganglions périphériques ce qui permet la localisation de ces cellules
dans ces ganglions. L'intégrine a4b7 détermine
la domiciliation des lymphocytes dans le MALT et la lamina propria
de l'intestin, les ganglions intestinaux et les glandes épithéliales
exocrines. Cette intégrine se lie au MadCAM (Mucosal Addressine Cell Adhesion Molecule 1)
des veinules post-capillaires
ou des veinules
plates de la lamina propria. C'est
le CLA (Cutaneous Lymphocyte-associated
Ag) des lymphocytes T mémoires
qui en se liant à sélectine E est responsable de
la domiciliation de ces cellules dans la peau enflammée.
Ce CLA est un glucide de la PSGL1 (P-Selectin Glycoprotein Ligand1) associé
à cette protéine par une fucosyltransférase
VII. En résumé, les cellules CLA+,
a4b7+
et récepteurs des cytokine CCR4+
sont aptes à se localiser dans la peau et les cellules
a4b1+, CCR5+ ont la
faculté de gagner les muqueuses intestinales.
L'interaction entre les lymphocytes T et les cellules endothéliales
se fait par étapes successives au cours desquelles interviennent
des molécules d'adhésion diverses (figure VI-37c).
Des molécules et des phénomènes voisins sont
impliqués lors des interactions entre neutrophiles et cellules
endothéliales (figure VI-37d).
La localisation des leucocytes dans un tissu se fait selon les
étapes suivantes (figure
VI-37d). Dans un premier temps,
la cellule sanguine ralentit sa circulation en s'attachant à
l'endothélium vasculaire sur lequel elle roule (rolling). Dans
un second temps, la cellule arrête
son roulement, puis dans un 3ème
et 4ème temps elle adhère fortement à la cellule endothéliale,
puis migre
au travers de l'endothélium.
Le roulement dépend de molécules d'adhésion
qui lient faiblement les leucocytes aux cellules endothéliales.
Les couples, surtout de molécules d'adhésion/ligand,
interviennent dans ce phénomène initial :
*
Sélectine L/ligand
*
Sélectine E/ligand
* Sélectine
P/ligand
*
a4ß1/VCAM1
*
a4ß7/MadCAM1
ou VCAM1
L'arrêt du roulement nécessite une activation préalable
des leucocytes et la mise en oeuvre d'une adhésion plus
forte entre leucocytes et cellules endothéliales. L'activation
de la cellule circulante dépend de chemokines
immobilisées dans le glycocalyx
des cellules endothéliales qui participent à la
liaison en se fixant du côté leucocytaire sur les
récepteurs correspondants et du côté endothélial
sur des glycosaminoglycanes tels que CD44 et syndécan.
Ces chimiokines surtout activent l'expression des intégrines
à fort pouvoir de liaison des leucocytes à l'endothélium.
Ce sont ces intégrines qui immobilisent la cellule.
Cette forte adhésion fait appel aux couples LFA1 (ou Mac1)/ICAM
et intégrine a4/VCAM1. Enfin, dans la migration transendothéliale
interviennent sans doute les intégrines a3 et le CD31 (PECAM1)
; ce dernier est localisé au niveau de la jonction intercellulaire
des cellules endothéliales. Les lymphocytes activés
et mémoires expriment fortement l'intégrine a4b7 ce
qui permet leur forte fixation initiale sur la MadCAM1 (Mucosal
Addressine Cell Adhesion Molecule 1) des cellules endothéliales
des veinules de la lamina propria
et leur pénétration
dans le tissu sans rolling préalable.
VII-3. Analogies entre les phénomènes d'adhésions des cellules immunitaires et d'autres phénomènes d'adhésion cellulaire
Une analogie très importante existe
dans le mécanisme de reconnaissance de plusieurs de ces
récepteurs et de leurs ligands. Il s'agit de l'intervention
de séquences d'AA : Arg-gly-Asp-X (R,G,D,X) ou apparentées
nommées adhésiotopes. Il y a ainsi liaison entre :
*
RFDS (F = phénylalanine, S = sérine) du HLA classe
II (domaine ß1) et RADS (A= alanine)
de CD4 (surface du domaine N terminal).
*
RGDS du HLA classe I et RFDS de CD8.
Les intégrines reconnaissent aussi le motif RGD du ligand
correspondant (tableau VI-XI).