VIII-REGULATION DE LA REPONSE IMMUNE
A côté des facteurs solubles et des molécules de surface qui favorisent la réponse immune, tels que ceux des CpAg et des lymphocytes T coopérants, existent des mécanismes inhibiteurs. En effet, lorsqu'une réponse immune (humorale ou cellulaire) est déclenchée, elle a tendance à s'intensifier et à se pérenniser, s'il n'existe pas de système de régulation pour limiter son niveau et sa durée. Les effets négatifs doivent, à leur tour, être contrôlés de façon à aboutir à un état d'équilibre dynamique.
VIII-1. Mécanismes inhibiteurs
VIII.1.1./
Antigène
Le catabolisme
de l'Ag est le premier facteur
de limitation de la stimulation du système immunitaire.
L'effet activateur de l'Ag, pour les cellules T ou B qui ne l'auraient
pas encore rencontré, est aboli par sa destruction complète.
Par contre, une régulation doit intervenir sur les cellules
déjà sollicitées par l'Ag.
VIII.1.2./
Anticorps (Ac) et complexes immuns (CI) spécifiques de
l'Ag
Les Ac contrôlent leur propre niveau
de synthèse (effet rétroactif). Au cours de la réponse primaire, on
voit d'abord apparaître des Ac de classe IgM, qui sont ensuite
remplacés par des Ac de classe IgG et IgA. Les IgG surtout
ont un effet suppresseur sur la synthèse des Ac de même
spécificité mais de classe IgM. Ainsi, l'exsanguino-transfusion
d'un sujet quelques semaines après son immunisation avec
un Ag entraîne un accroîssement notable de la synthèse
des Ac spécifiques de cet Ag. Inversement, l'injection
d'Ac de classe IgG à un animal que l'on immunise avec l'Ag
correspondant, inhibe la synthèse de ces Ac principalement
ceux de classe IgM, mais accroît leur affinité. Au
contraire, les Ac de classe IgM, n'ont pas cet effet et souvent
même potentialisent la réponse. Les Ac de classe IgG les plus avides sont les plus
suppresseurs. Ces Ac sont actifs
à faibles doses, à condition d'être complets
avec leur fragment Fc (les Fab ou F(ab')2 sont inactifs) et d'être
injectés peu de jours avant l'immunisation, le jour de
l'immunisation ou dans les jours (en général moins
de 5 jours) qui suivent celle-ci. A fortes doses, même les
F(ab) et F(ab')2. peuvent être inhibiteurs. Ces constations
montrent que les Ac gênent et modifient leur propre production
de plusieurs façons.
-a-
Les Ac,
surtout à fortes doses, favorisent souvent l'élimination
accélérée de l'Ag. Dans l'incompatibilité
érythrocytaire foeto-maternelle, les mères Rhésus
négatif (Rh-) produisent moins d'Ac contre les Ag Rh+ de
leur foetus lorsque l'incompatibilité Rh est associée
à une incompatibilité ABO. En effet, les Ac du système
ABO de la mère vont éliminer rapidement les hématies
foetales. Donc les Ag Rh auront moins de temps pour stimuler le
système immunitaire de la mère. Cela n'est pas vrai
pour tous les Ag.
-b- Enfin, les CI de classe IgG, même
à taux faible, vont avoir une action suppressive directe
ou indirecte sur les B. L'effet suppresseur indirect des CI peut
résulter de la sécrétion, par les lymphocytes
T à FcgR (figure VI-38) sous l'influence de complexes immuns, d'un
facteur : l'IBF (immunoglobulin binding factor) inhibant la
réponse humorale. Ce facteur a la propriété
de se lier au Fc des IgG. D'autres facteurs suppresseurs pourraient
provenir des lymphocytes B et de l'activation du C3.
Un effet suppresseur direct fait
intervenir la formation d'un pont entre le récepteur de
l'Ag et celui du Fc des IgG activées des cellules B, par l'intermédiaire du CI (figure VI-38).
Cependant, des Ac monoclonaux
anti-FcgR peuvent induire la prolifération des
B et la sécrétion d'Ac par ceux-ci (des Ac anti-IgG
n'aboutissent qu'à la prolifération des B sans synthèse
d'Ig).
A la différence des Ac de classe IgG, les Ac de classe IgM potentialisent la réponse
immune en agissant, peut-être,
soit sur les T qui possèdent des récepteurs pour
l'Ag et pour le Fc des IgM, soit au niveau des cellules dendritiques
folliculaires qui ont des FcmR, ce qui favorise la présentation de
l'Ag aux lymphocytes B par ces cellules.
VIII-1.3./
Anticorps anti-idiotype (figure
VI-39)
Les idiotopes
sont les déterminants
antigéniques liés à la région variable
de chaque Ac. Ils peuvent être
situés au niveau du site de liaison (paratope) ou en dehors
de lui. Lorsque l'idiotope est
situé au niveau du paratope,
l'Ac anti-idiotype inhibe la liaison avec l'Ag. Inversement l'Ag
inhibe la combinaison entre l'Ac et l'Ac anti-idiotype. Lorsque
l'idiotope est hors du paratope, l'Ac anti-idiotype peut parfois empêcher
la liaison avec l'Ag. Dans cette éventualité, l'Ac
soit entraîne une modification allostérique du paratope,
soit se trouve au voisinage du paratope et gêne l'accès
de l'Ag à celui-ci par encombrement stérique. Dans
ces deux situations, l'Ag peut inhiber ou non la liaison de l'Ac
anti-idiotype avec l'idiotope. La notion d'idiotype a été
élargie aux TcR.
Des auto-Ac anti-idiotype sont
produits lors de la réponse immune
et leur taux suit les fluctuations du taux des Ac spécifiques
de l'Ag, montrant la liaison qui existe entre la production de
ces 2 types d'Ac. On peut interpréter cette constatation
comme le résultat d'une stimulation de la synthèse
des auto-Ac anti-idiotype par les Ac spécifiques de l'Ag,
dont la production va être limitée par ces auto-Ac.
En fait, on ne sait pas exactement l'importance réelle
des Ac anti-idiotype, aussi bien pour le maintien de l'équilibre
du système immunitaire en dehors des immunisations qu'en
ce qui concerne leur rôle régulateur sur la réponse
immune.
Expérimentalement, on sait que les Ac
anti-idiotype peuvent activer ou gêner directement la synthèse
des Ac au niveau des B portant l'idiotope correspondant. Le sens de l'effet des anti-idiotypes dépend
de la classe des Ig constituant les anti-idiotypes. Chez la souris,
les IgG1
stimulent et les IgG2 inhibent
(figure VI-38)
les cellules B porteuses
des idiotypes correspondants.
Les lymphocytes T peuvent aussi
reconnaître les idiotypes,
mais ils le font si les peptides
correspondant aux idiotopes sont exprimés au sein des Ag
du CMH des B ou T. Ces lymphocytes
T, spécifiques de l'idiotope, peuvent aussi accroître
ou diminuer la production des Ac portant cet idiotope selon que
les T sont des T coopérants (T spécifiques de l'idiotope
pour les distinguer des T spécifiques de l'Ag) ou des T
suppresseurs (TS2 spécifiques de l'idiotope pour les distinguer
des TS1
spécifiques de l'Ag que nous verrons plus loin).
La théorie du réseau
de Jerne élargit ce schéma
et explique la régulation de la réponse immune de
la façon suivante : lorsqu'un Ag déclenche la production
d'Ac (Ac1), il en résulte la synthèse d'Ac anti-idiotype
(Ac2) et ainsi de suite jusqu'à ce que le dernier des Ac
anti-idiotype de la série, l'Acn, possède un idiotope
dont la structure est analogue à celle de l'Ag de départ
(c'est l'image interne de l'Ag
ou Ac2ß). L'Ac1 va donc se comporter comme l'anti-idiotype
de l'Acn bouclant ainsi la boucle. A l'état normal, l'Ag
n'intervient pas et cette boucle est en équilibre. Quand
l'Ag pénètre, il se combine à l'Ac1 qui ne
réprime plus alors la synthèse de l'Acn. Pour inhiber
cet excès de synthèse, l'anti-idiotype de l'Acn
va être produit : il s'agit de l'Ac1.
VIII.1.4./
Inhibition par les cellules suppressives
La notion de cellules suppressives
(T suppresseurs) a été introduite dans les années
1970 par Gershon. Mais dans les années 1980 l'existence
de ces cellules a été mise en doute du fait de la
difficulté à les définir par des marqueurs
spécifiques et à obtenir des clones stables. Cependant
il a été démontré avec certitude que
des cellules, principalement T,
peuvent in vivo ou in vitro transférer une activité
inhibitrice (spécifique ou non) de différents paramètres
de la réponse immune humorale ou cellulaire. Des qualificatifs variés ont été
appliqués à ces cellule : suppressives, inhibitrices,
régulatrices...
Nous indiquerons d'abord les situations où ces cellules
paraissent intervenir, même si des résultats parfois
contradictoires ont été rapportés.
VIII.1.4.1./
Les T suppresseurs (TS)
Les T identifiés comme des cellules
qui ont une fonction suppressive sont variées puisque les
sous populations suivantes ont été impliquées,
certaines d'entre elles sont sans doute les mêmes :
* TCD8+, ils jouent un rôle dans l'induction et la maintenance de certaines tolérances. Ils agiraient, au moins partiellement, en détruisant les TCD4+ par apoptose en utilisant la voie du fas.
*
TCD8+gd
*
TCD8+CD28- : Ces T sont produits in vitro pour un système
allogénique ou xénogénique. Les T diminuent
l'expression de B7 sur les CpAg dans le premier cas ou de CD40L
sur les T xénoréactifs dans le second cas. Ces TCD8+ soit ne sont pas restreints par les Ag
du CMH, soit sont restreints par des Ag de classe I non classiques
Qa1.
*
TCD4+, IJ+(souris)
*
Tab, CD4+CD45RBlow+(souris),
produisent TGFb et sans doute IL10.
*
Tab,
CD4+CD45RClow+RT6+(rat), produisent IL2 et TGFb, ne produisent pas
IFNg.
*
TCD4+
dit TH3, produisent
surtout TGFb
*
TCD4+CD25 (IL2Ra)+(souris). Ces cellules expriment constitutivement
l'L2Ra, ont des CTLA4, produisent de l'IL10 surtout,
du TGFb, de l'IFNg et pratiquement pas d'IL2. Elles représentent
5 à 10% des T du torrent circulatoire. Quand elles sont
activées, elles prolifèrent
peu, mais ont une forte activité
suppressive sur les T. L'inhibition des T se fait par contact entre
ces cellules et les TCD4+CD25+, l'IL10 n'intervient pas ou peu.
Les mêmes cellules ont été identifiées
chez l'homme.
* CD4+
régulateurs appelés Tr1 (T regulatory 1 ) cells produisant de grandes
quantités d'IL10 et des quantités modérées
de TGFb, d'IFNg et d'IL5. L'inhibition des T fait intervenir
l'IL10 et le TGFb.
*
Thymocytes CD62L
* T
CD4 ou CD8 anergiques dont l'activité suppressive est Ag spécifique.
* TabDN
et TgdDN, ces dernières agissent surtout au
niveau du tube digestif.
*
Tab,
NK1+ (NKT), hyperproducteurs
d'IL4 mais aussi deTGFb
et d'IL10 , avec partie variable
de la chaîne a
de TcR relativement constante, reconnaissance
restreinte par CD1. Seraient plus inducteurs de suppression que
suppresseurs.
Il est possible que ces sous populations soient spécialisées
chacune dans la suppression d'une partie de la réponse
immune ou d'un type particulier de réponse immune.
VIII.1.4.1.1./ Situations où interviennent des TS
En dehors de la tolérance que nous
verrons à la fin de la régulation de la réponse
immune, les TS peuvent aussi être
mis en évidence dans différents systèmes
expérimentaux ou dans
différentes situations
pathologiques.
VIII.1.4.1.1.1./ Effets du SAL (serum anti-lymphocytaire)
L'injection de SAL entraîne une
augmentation de la production d'Ac, principalement de classe IgE,
vis-à-vis de différents Ag thymo-indépendants
SIII, PVP, etc... Dans tous ces cas, la réponse se normalise
par transfert de thymocytes ou de cellules T syngéniques.
VIII.1.4.1.1.2./
Effet de la thymectomie à l'âge adulte
Au bout de quelques semaines après
l'intervention, les animaux produisent souvent, vis-à-vis
des Ag précédents, une réponse humorale excessive
ramenée au niveau normal par l'administration de thymocytes
ou de cellules T syngéniques.
VIII.1.4.1.1.3./ Suppression par activation polyclonale, par stimulation
allogénique ou par compétition antigénique
-a-
Activation polyclonale : Des mitogènes T tels que la Con A,
provoquent l'activation de TS non spécifiques CD8+ dont
on teste l'effet sur différents paramètres d'une
culture cible (mitoses, production d'Ig ou synthèse d'Ac
sous l'influence de différents stimulants). L'un des facteurs
suppressifs produit par les TS serait une glycoprotéine,
le SIRS (Soluble
Immune Response Suppressor) qui se fixe sur
les macrophages. Ces derniers sont ensuite responsables de la
suppression, par exemple par l'intermédiaire de la prostaglandine
PGE2 qu'ils sécrètent.
-b- Effet allogénique négatif : Il se produit
tardivement lors de la réaction du greffon contre l'hôte
et correspond à l'activation de TS non spécifiques
par les Ag du CMH allogénique. Le phénomène
est analogue au précédent.
-c-
Compétition antigénique
(CA) : Il existe 2 types
de compétitions antigéniques, les CA intermoléculaire
et intramoléculaire.
* CA
intermoléculaire : Deux
injections successives, à 24 h d'intervalle (en général)
de 2 Ag différents sans antigénicité croisée,
aboutissent à une réponse humorale et/ou cellulaire
faible contre le 2ème Ag. Le 1er Ag a sans doute stimulé
des TS non spécifiques et des NK qui vont agir sur la réponse vis-à-vis
du 2ème Ag.
* CA
intramoléculaire : C'est
l'inhibition qui s'exerce sur la réponse contre un épitope
X d'un Ag quand on fixe à cet Ag une partie supplémentaire
différente, portant des épitopes Y. Dans ce cas,
des TS spécifiques de la partie supplémentaire Y
vont inhiber non seulement la réponse humorale contre Y,
mais également celle contre les épitopes X qui se
trouvent artificiellement liés à eux. C'est l'équivalent
de l'expérience de Basten pour la tolérance à
la gammaglobuline de poulet que nous décrirons avec la
tolérance. Eventuellement pourrait également intervenir
une compétition entre les peptides portant X et Y pour
la fixation dans le sillon des Ag de classe II du sujet.
VIII.1.4.1.1.4./ Suppression allotypique, idiotypique et isotypique
-a-
Suppression allotypique (Jacobson et coll) : l'injection au lapin ou
à la souris d'un antisérum contre un allotype déterminé
d'Ig, supprime chez l'animal génétiquement capable
de produire l'allotype, les Ig le portant. Chez le lapin, la suppression
est durable. Chez la souris, si l'on immunise des souris femelles
BALB/c (allotype a des Ig : Iga) contre l'allotype Igb de mâle
SJL et si l'on accouple les BALB/c femelles aux SJL mâles,
la moitié de la descendance (SJL x BALB/c)F1 ne fait pas
d'Ig avec l'allotype b pendant 6 à 9 mois. Ces animaux
ont des précurseurs des cellules B capables de produire
des Igb, mais des T IJ+ répriment spécifiquement
ces lymphocytes B.
-b-
Suppression idiotypique (Eichmann) : Expérimentalement, l'injection
de faibles doses d'Ac anti-idiotype à une souris supprime,
chez elle, la production des Ac portant cet idiotype, avec retard
par rapport à l'injection, mais de façon chronique.
Cette suppression pourrait dépendre de TS spécifiques
de l'idiotope.
Nous avons précédemment vu que de grandes quantités
d'Ac anti-idiotype peuvent agir différemment en intervenant
directement sur les B dont les Ig de surface portent les idiotopes
correspondants.
-c- Suppression isotypique
: On a fait appel à d'autres TS pour expliquer l'inhibition
de la production, par exemple, des Ac de classe IgE et IgG. Cette
suppression se ferait par des "immunoglobulins binding factors"
(IBF) spécifiques des isotypes.
VIII.1.4.1.1.5./
Excès des T suppresseurs au cours de certains déficits
immunitaires
Dans beaucoup d'hypogammaglobulinémies
variables, les malades ont des cellules
B avec Ig de surface dans le torrent circulatoire, mais ne produisent
pas d'Ac et d'Ig in vivo et in vitro.
Ces sujets ont un excès
de cellules TS non spécifiques,
car lorsque leurs lymphocytes T sont ajoutés à des
cultures de lymphocytes de sujets normaux, ceux-ci ne produisent
presque plus d'IgG, d'IgA ou d'IgM sous l'influence de PWM (Waldmann).
VIII.1.4.1.1.6./ TS spécifiques responsables de la non
réponse de certaines souches de souris vis-à-vis
de polypeptides faits des AA L-acide glutamique, L-alanine et
L-tyrosine (le GAT = polymère) ou de protéines (lysozyme)
Les souris H2a, b, d, k sont
de bons répondeurs pour le GAT alors que les souris H2p,
q, s sont des non répondeurs. Cependant, les non répondeurs
peuvent produire des Ac anti-GAT de classe IgG s'ils sont immunisés
avec du GAT-MBSA (GAT- sérum albumine méthylée).
Par contre, ils perdent cette faculté s'ils ont été
pré-injectés quelques jours avant avec du GAT. Ce
comportement est la conséquence de l'apparition d'un nombre
élevé de TS spécifiques du GAT qui inhibent
les T coopérants reconnaissant la MBSA lorsque celle-ci
est liée au GAT. En conclusion, les souris non
répondeurs au GAT ont insuffisamment de T coopérants
spécifiques du GAT et trop de précurseurs des TS
spécifiques de cet Ag.
L'injection de GAT seul entraîne la différenciation
de ces précurseurs en effecteurs qui bloqueront ensuite
les T coopérants anti-MBSA à condition que MBSA
et GAT se trouvent sur la même molécule.
On peut rapprocher ces constatations des résultats suivants
: les souris C57Bl/10 sont non répondeurs pour le lysozyme
d'oeuf de poule. Sur cette molécule, existent deux déterminants
différents. L'un d'eux, situé sur le fragment de
lysozyme comprenant les extrémités NH2 et COOH terminales
liées par un pont S-S, est reconnu par des TS. L'autre,
localisé sur le fragment comprenant les AA de 5 à
105, stimule des T coopérants. Chez les C57Bl/10, l'effet
des TS surpasse celui des T coopérants d'où l'absence
de réponse humorale vis-à-vis du lysozyme (phénomène
analogue à la compétition intramoléculaire).
Il suffit de remplacer par une tyrosine, la phénylalanine
qui se trouve en position 3 sur le fragment porteur du déterminant
suppresseur pour qu'il devienne capable d'activer les T coopérants
(Sercarz et coll).
Une non réponse dans ces
deux cas résulte d'un excès de suppression. Dans d'autres cas, la non réponse peut
être en rapport avec soit un trou dans le répertoire
des T coopérants pour l'Ag, soit la destruction trop rapide
des déterminants antigéniques par les macrophages.
VIII.1.4.1.1.7./ TS au niveau des tumeurs
Des tumeurs comme les mélanomes
et les cancers du sein contiennent des cellules
dendritiques myéloïdes immatures
situées dans la tumeur alors que des CDM matures se localisent
à la périphérie du cancer. Ces cellules dendritiques myéloïdes immatures
induisent notamment des T suppresseurs
anergiques. Les tissus tumoraux produisent de grandes quantités
d'IL10 qui favorisent le maintien du caractère immature
des CD donc de leurs capacités de provoquer une anergie.
VIII.1.4.1.2./ Mécanismes
responsables de la suppression
Différents mécanismes
ont été proposés :
VIII.1.4.1.2.1./ Inhibition réciproque des TH1 et TH2
Les différents effets
suppresseurs des T pourraient être raménés
à des interactions TH1/TH2. Ainsi, les TH1 par l'intermédiaire de l'IFNg
inhibent la prolifération
des TH2. Quant aux TH2, ils sont suppresseurs (inhibition
de la synthèse des cytokines)
pour les TH1 grâce à l'IL4 et surtout l'IL10
qu'ils sécrètent. D'autres cellules peuvent aussi
agir par l'intermédiaire de l'IL4, l'IFN et l'IL10 (figure VI-40a).
VIII.1.4.1.2.2./ Inhibition par le TGFb des TH3 ou par
l'IL10 des Tr1
Les TH3 sont
des TCD4+ produisant du TGFb.
Ce dernier est suppresseur pour les TH1 au niveau inducteur
et effecteur et pour les TH2 (figure VI-40a). Les CD4+Tr1 agissent comme suppresseurs grâce à
l'IL10 qu'ils
sécrètent. C'est aussi par l'intermédiaire
de l'IL10 que des CpAg peuvent aussi avoir une activité
suppressive.
VIII.1.4.1.2.3./ Effet cytotoxique et inhibition par contact intercellulaire
Au moins une partie des effets
suppresseurs des TS seraient en rapport avec une activité
cytotoxique de ces cellules.
* T
CD4+ CD28- cytotoxiques pour les B
: Chez l'homme, une catégorie de T CD4+ peut lyser les
B qui leur présentent l'Ag.
Ces T cytotoxiques ont peu ou pas de CD28 de surface avant activation
: ils inhibent la réponse humorale contre l'Ag présenté,
notament celle de type IgE.
* T
cytotoxiques spécifiques d'idiotopes des B ou des T.
* DN
TcRab : Ils peuvent être responsables de la
tolérance de greffes allogéniques en inhibant la
prolifération et l'activité cytotoxique des CD8+
en entraînant l'apoptose de ces cibles par l'intermédiaire
du fas.
* NKT : Eles pourraient agir par leur activité
cytotoxique.
* TCD4+CD25+ : Elles agissent par contact intercellulaire.
VIII.1.4.1.2.4./ Les cellules T veto
Les cellules T veto (cytotoxiques ou suppresseurs) portent à
leur surface un Ag, (dans la description initiale, il s'agit de
l'Ag Kb du CMH de la souris, mais la structure reconnue peut être
soit un Ag du CMH (classe I ou II) allogénique ou syngénique,
soit un Ag présenté en association avec l'Ag du
CMH syngénique), qui est reconnu par un lymphocyte T coopérant
ou un précurseur T cytotoxique avec pour conséquence
l'inhibition des fonctions coopérantes ou cytotoxiques
par les cellules veto.
VIII.1.4.2./ Les B suppresseurs,
les macrophages suppresseurs
Les lymphocytes B peuvent être doués
d'activité suppressive. Ils agissent par l'intermédiaire d'Ac de type facilitant (que nous verrons avec la tolérance),
de facteurs suppresseurs d'origine
B tels que l'IL10 (qui inhibe les TH1) ou de circuits suppresseurs
(que nous envisagerons plus loin) mis en activité par les
plasmocytes. Certains lymphocytes B, nommés cellules PAB (Polyreactive
Ag Binding) car ils ont des BcR polyréactifs
capables de reconnaître un très large panel d'Ag,
vont présenter ces Ag aux lymphocytes T correspondants
après leur capture par les BcR, puis leur internalisation
et leur protéolyse dans les B. Cependant, comme ces B n'ont
pas de B7-1 ou de B7-2 de membrane, les T recevant les propositions
des cellules PAB ne vont pas proliférer et ne seront plus
accessibles à une activation productive par des CpAg efficaces.
Ces lymphocytes B à pouvoir bloquant des T jouent sans
doute un rôle important
dans le maintient de la tolérance.
Certains macrophages ont également la faculté de
diminuer la réponse immune. Ainsi de tels macrophages sont
rencontrés en excès chez des sujets porteurs de
tumeurs. De plus, on sait que si l'on ajoute trop de macrophages
normaux à une culture de lymphocytes, la réponse
(prolifération, production d'Ac ou d'Ig) est gênée.
Nous avons
vu précédemment que certains TS qui synthétiseraient
le SIRS
(Soluble Immune Response Suppressor),
agissent par l'intermédiaire des macrophages. Ces derniers
produisent la prostaglandine PGE2 et l'IL10, facteurs inhibiteurs non spécifiques
qui gênent notamment la synthèse d'IL2 (figure VI-40b).
Des marqueurs de surface permettraient de définir les macrophages
suppresseurs qui porteraient simultanément les Ag reconnus
par les Ac monoclonaux anti-RFD1 et RFD7.
VIII.1.4.3./ Les cellules nulles
suppresseurs naturels (NS) (figure
VI-40b)
Ces cellules sont présentes en grande quantité dans les tissus lymphoïdes
néonataux et la moelle osseuse d'adulte.
Leur nombre devient important dans la rate des adultes seulement
au cours de la réaction chronique du greffon contre l'hôte,
après irradiation totale du système lymphoïde
ou après traitement par le cyclophosphamide. Ces cellules
inhibent la prolifération et l'activité des T coopérants
(MLR, réponse proliférative aux lectines, réponse
humorale) ainsi que l'induction des T cytotoxiques, mais non des
T suppresseurs.
Les cellules NS sont de grands
lymphocytes granuleux, Ag du
CMH de classe II négatifs, sans marqueur caractéristique
des T, B ou macrophages, activables par l'IL2 et l'IFNg,
et dont l'effet suppresseur est résistant à l'indométacine,
donc indépendant de la synthèse de PGE2. Les cellules
NK représentent au moins une partie de cette population
cellulaire. Ainsi, les cellules NK se comportent comme des suppresseurs
non spécifiques actifs sur la réponse humorale ou
cellulaire.
Ces cellules sont sans doute l'une des populations cellulaires
responsables de la compétition antigénique intermoléculaire.
VIII.1.4.4./ Les circuits suppresseurs
et contrasuppresseurs
Pour expliquer les difficultés d'identification
d'une cellule suppressive, on a fait appel à la notion
de circuit suppresseur dans lequel une cellule est inhibitrice
non directement mais par l'intermédiaire d'autres types
cellulaires.
VIII.1.4.4.1./ Chez la souris
-a-
Les systèmes suppresseurs
Il a été proposé l'existence d'un circuit
suppresseur constitué par
trois types de T suppresseurs successifs
pouvant agir les uns sur les autres par l'intermédiaire
de facteurs solubles. Le premier des TS serait spécifique
de l'Ag, le second des idiotopes (en fait des peptides de la partie
variable des BcR ou des TcR, implantés dans le sillon des
Ag du CMH) et le dernier agit non spécifiquement.
Des signaux physiologiques vont alerter ce circuit à différents
niveaux et le mettre en action. Ces signaux proviennent des T
CD4+ inducteurs de suppression stimulés par les Ag, des
plasmocytes, des complexes Ag-Ac, des auto-Ac anti-idiotype, des
prostaglandines PGE1 et PGE2, de l'histamine... (figure VI-40b).
Ces TS inhiberaint préférentiellement
la production d'Ac de forte avidité et gêneraient
peu la prolifération des lymphocytes.
Des circuits suppresseurs voisins seraient actifs au niveau inducteur ou effecteur de l'HS cellulaire. Par exemple, le système suppresseur
suivant a été proposé par Bennaceraf. Ainsi,
l'injection de cellules lymphoïdes syngéniques hapténisées
entraîne l'apparition de TS1 avec des récepteurs
pour l'haptène lié aux peptides implantés
dans le sillon des Ag du CMH. Ces TS1 vont agir à deux
niveaux : soit inhiber spécifiquement l'induction d'une
HS cellulaire, soit entraîner une immunisation contre leurs
récepteurs spécifiques de surface conduisant à
la production de TS2 spécifiques des idiotopes présents
sur TS1
(les TS spécifiques des idiotypes sont complémentaires
de peptides de la partie variable des TcR des lymphocytes T, implantés
dans le sillon de leurs Ag du CMH). Les TS2 s'opposeraient à
l'expression (niveau effecteur) de l'HS cellulaire par l'intermédiaire
d'un troisième type de T suppresseurs, les TS3 (figure VI-40b).
Parmi les TS actifs, au niveau effecteur, se trouveraient des
cellules inhibant spécifiquement
la cytotoxicité des T cytotoxiques.
Avec difficultés des hybridomes TS ont été
produits et des clones TS sélectionnés. Ces TS portent
le plus souvent des TcRab. Leur répertoire est limité et
ils peuvent fréquemment lier l'Ag indépendamment
des Ag du CMH. En revanche, leur activation est restreinte par
les Ag du CMH. Ils synthétisent des facteurs solubles suppresseurs
spécifiques (FTS) qui peuvent se fixer sur des colonnes
immunoabsorbantes faites avec l'Ag (il s'agit souvent d'un Ag
avec des épitopes répétitifs). Les FTS seraient
contitués par la chaîne a des TcR. Ainsi,
des hybridomes TS mutés, qui n'expriment plus la chaîne
a
du TcR ne libèrent pas de FTS. Ces hybridomes transfectés
avec le cDNA des chaîne a, retrouvent la faculté de synthèse
des FTS. Les facteurs produits par les T inducteurs de suppression
seraient analogues à ceux des TS. Les T spécifiques
des idiotypes reconnaîtraient les idiotypes de ces chaîne a.
Ces résultats ont été contestés.
Les interactions entre les cellules du circuit, notamment entre
les cellules présentant l'Ag et les TS sont restreintes
par l'Ag IJ.
Enfin, les TS seraient plus efficaces sur les TH1 que sur les TH2.
On ne peut actuellement trouver des correspondances suffisament
étayées entre ces cellules des circuits suppresseurs
et les nombreuses sous-populations de T auxquelles on attribut
un effet suppresseur.
-b- Les systèmes contrasuppresseurs
(figure VI-40b)
La notion de contrasuppresseur est contestée, mais n'a pas fait l'objet d'études suffisantes
pour la réfuter définitivement. Aussi, nous indiquerons
les travaux qui ont conduit à cette conception. Gershon
et coll (1981) ont découvert un circuit qui gêne
la suppression de la réponse humorale, nommé circuit
contrasuppresseur. La contrasuppression est induite par des inducteurs
de contrasuppression Lyt2+IJ+Qa1+ qui libèrent un facteur
inducteur IJ+ agissant sur des cellules réceptrices (transducteurs)
Lyt 123+IJ+Qa1+ qui activent les cellules effectrices Lyt1+L3T4+IJ+lectine
de Vicia villosa+. Ces cellules
s'opposent à l'effet des TSLyt23 en bloquant l'activité
du facteur suppresseur au niveau de la cible de celui-ci. Cette action contrasuppressive nécessiterait
l'interaction en présence de l'Ag, des T contrasuppresseurs
(TCS) et de cellules auxiliaires Lyt2+IJ+. Le résultat
serait la production d'un facteur contrasuppresseur non spécifique
rendant les T coopérants (de la réponse humorale,
de l'HS retardée, de l'induction des T cytotoxiques) et
les B (de la réponse humorale thymo-indépendante),
insensibles à l'inhibition par les T suppresseurs.
Le sérum de souris hyperimmunisées contient jusqu'à
1mg/ml de facteurs T suppresseurs spécifiques de l'Ag.
Des souris syngéniques naïves transférées
avec les cellules spléniques de ces animaux sont résistantes
au facteur suppresseur spécifique. Ce phénomène
s'explique par la présence de T contrasuppresseurs chez
les souris hyperimmunisées. Ces contrasuppresseurs
produisent des facteurs contrasuppresseurs dont l'effet est de
rendre les T coopérants insensibles aux facteurs suppresseurs.
Dans les cultures de cellules spléniques de souris adultes,
se développe pendant plusieurs jours une activité
suppressive prédominante. Dans les mêmes cultures,
provenant de souris âgées de moins de 2 semaines,
apparaît une activité contrasuppressive prédominante.
Cette différence est due au fait que, dans la rate des
souris de moins de 2 semaines, manque l'un des deux circuits suppresseurs
présents dans la rate des adultes. Seul le circuit suppresseur
des rates de souris jeunes agit sur les T coopérants alors
que le 2ème circuit des souris adultes, est actif sur les
T coopérants, mais aussi inhibe l'induction des T contrasuppresseurs.
En outre, les contrasuppresseurs sont plus efficaces sur le premier
circuit suppresseur que sur le second.
Une contrasuppression analogue
a été décrite pour l'HS cellulaire de contact. Ainsi on peut transférer adoptivement
l'HS de contact à l'aide de cellules lymphoïdes de
souris sensibilisées que l'on injecte à des souris
naïves. Cependant, ce transfert ne se produit plus si on
détruit les T IJ+ de la suspension de transfert , sauf
si le receveur est traité par de faibles doses de cyclophosphamide
qui inhibent les circuits suppresseurs. Donc les cellules Lyt1+IJ+
protègent les cellules Lyt1+IJ- support de l'HS de contact
contre l'effet inhibiteur des circuits suppresseurs sensibles
au cyclophosphamide.
VIII.1.4.4.2./ Chez l'homme
Les mêmes critiques que pour la
souris ont été faites chez l'homme pour les circuits
suppresseurs et contrasuppresseurs.
Chez l'homme, existeraient aussi des circuits de suppression.
Les cellules inductrices seraient une sous-population CD4+JRA+(serum
de sujet atteint de PR juvénile)Leu8+ radiosensible, les
transductrices des T suppresseurs radiosensibles CD8+JRA+ et les
effectrices des T suppresseurs non spécifiques CD8+9,3-.
Les lymphocytes CD4+Leu8-JRA- seraient les T coopérants,
les CD8+Vicia villosa+radiorésistants se comporteraient
comme des contrasuppresseurs, et les CD8+9,3+ auraient une fonction
de T cytotoxiques. Enfin, il existerait des effecteurs de suppression
CD4+17+ radiosensibles, des T contrasuppresseurs (TCS) et des
cellules auxiliaires Lyt2+IJ+. Le résultat serait la production
d'un facteur contrasuppresseur non spécifique rendant les
T coopérant (de la réponse humorale, de l'HS retardée,
de l'induction des T cytotoxiques ) et les B (de la réponse
humorale thymoindépendante) insensibles à l'inhibition
par les T suppresseurs.
VIII-2. Tolérance immunitaire spécifique (TIS)
La tolérance immunitaire spécifique
est l'état d'un organisme
qui après un ou des contacts préalables avec un
Ag présenté sous une forme tolérogène
ou dans des conditions tolérogènes, soit ne fournit
plus de réponse immune vis-à-vis de cet Ag, soit
provoque seulement une réponse faible ou incomplète. La réactivité immunologique de
cet organisme vis-à-vis d'Ag non apparentés est
intacte.
La tolérance immunitaire peut être soit complète,
le sujet ne produisant ni Ac, ni phénomène d'immunité
cellulaire vis-à-vis de l'Ag toléré, soit
quantitativement ou qualitativement
partielle. La tolérance
est quantitativement partielle lorsque la réponse immune
se produit, mais avec une intensité plus faible que normalement.
Elle est qualitativement partielle, par exemple si l'un des deux
composants de la réponse immune (réponse humorale
ou réponse cellulaire) manque ou si la réponse ne
se produit que vis-à-vis d'une partie des déterminants
antigéniques. En général, les parties les
plus thymodépendantes d'une réponse immune humorale
sont celles pour lesquelles la tolérance est le plus facile
à induire. Ainsi, on obtient plus aisément une tolérance
pour les Ac de classe IgG et surtout IgE que pour les Ac de classe
IgM.
On peut aussi classer les tolérances selon leur faculté à être adoptivement
transférables (tolérance infectieuse) par les lymphocytes, passivement transférables
par le sérum ou non transférables par lymphocytes
ou sérum.
Il faut bien différencier cette tolérance immunitaire
spécifique des déficits induits, acquis ou congénitaux
de l'immunité où la non réponse immune (cellulaire
et/ou humorale) se manifeste pour tous les Ag ou certaines catégories
d'Ag et non vis-à-vis d'un Ag particulier comme dans la
tolérance spécifique.
La tolérance peut avoir pris naissance spontanément
ou peut avoir été provoquée expérimentalement.
VIII-2.1./
Tolérances totale et quantitativement partielle
VIII-2.1.1/ Tolérance
spontanée
elle a été décrite dans une situation inhabituelle
par Owen (1945) chez les faux jumeaux dizygotes (donc non histocompatibles),
mais dont les placentas présentent des anastomoses vasculaires
ayant permis très précocément au cours de
la gestation un échange de cellules hématopoïétiques.
A la naissance, les animaux (bovidés) ont notamment une
double population érythrocytaire : l'une qui leur est propre,
l'autre qui est identique à celle de leur jumeau. Les deux
types de GR persistent chez les adultes. Anderson et coll (1951)
montrent en plus que ces sujets ne rejettent pas la peau de leur
faux jumeau.
La tolérance est naturelle vis-à-vis de certains
auto-Ag qui, de façon analogue aux cellules hématopoïétiques
précédentes, sont en contact avec le système
immunitaire dès que celui-ci apparaît au cours de
la vie foetale (Burnet et Fenner 1949). Donc, un sujet normal n'a pas de réaction immunitaire
(réponse des cellules T et B) ou a des réactions
faibles ou partielles contre ses propres constituants sauf si ces auto-Ag, du fait de leur situation
dans l'organisme, n'ont aucune chance d'entrer, en dehors de conditions
accidentelles, en contact avec le système immunitaire.
C'est le cas des spermatozoides et, de certains Ag de l'oeil.
On qualifie ces Ag d' "exclus".
Il existe aussi un certain état
d'autotolérance des cellules NK.
En effet les clones de cellules NK actifs sur les cellules d'un
individu, ne peuvent pratiquement pas être isolés
chez lui, comme s'il avait éliminé ces cellules.
Le foetus est également une greffe semi-allogénique
(Ag du CMH du père et de la mère) tolérée
par la mère.
VIII-2.1.2./ Tolérance
expérimentale
Selon les modèles de tolérance,
l'expérimentateur peut jouer sur l'état fonctionnel
du système immunitaire du sujet à rendre tolérant
(conditions tolérogènes du sujet ou environnement
tolérogène) et/ou sur les qualités, la présentation
et la voie d'introduction de l'Ag (conditions tolérogènes
de l'Ag).
-a- Conditions tolérogènes du sujet
Elles portent sur les différents partenaires de la réponse
immune.
a1/ Système
lymphoïde
On peut profiter de l'état fonctionnel
particulier du système lymphoïde à certaines
périodes de la vie (période pré ou périnatale),
ou modifier artificiellement ce système dans la période
postnatale.
*
Période pré
ou périnatale (foetus et nouveau-né)
Pour reproduire des conditions voisines
des conditions naturelles précédentes, Billingham,
Brent et Medawar (1953, 1956) injectent
à des souris A nouveau-nées des cellules médullaires
de souris CBA. Les souris A devenues
adultes ne rejettent plus les greffes cutanées de CBA,
mais restent capables de rejeter une greffe de peau de souris
d'une souche autre que CBA. La greffe allogénique de CBA
se comporte donc comme une greffe autologue (figure
VI-41). Deux autres modèles
expérimentaux voisins ont été utilisés
:
1) injection de moelle osseuse d'hybrides (A x B)F1 à des
souriceaux nouveau-nés A ou B,
2) reconstitutions de souris létalement irradiées,
avec un mélange de moelle osseuse syngénique et
allogénique.
Dans ces expériences, pour éviter une GVH, il est
préférable de débarrasser la moelle osseuse
allogénique du petit nombre de lymphocytes T qu'elle contient.
Hasek (1953) obtient le même phénomène chez l'oiseau, en créant une parabiose
expérimentale entre embryons.
Dans tous les cas précédents, l'animal tolérant
est une chimère, car les cellules allogéniques se
sont multipliées et persistent dans l'organisme receveur.
Traub (1939) avait déjà montré, sans savoir
qu'il s'agissait d'un phénomène de tolérance,
que les souris injectées
à la naissance avec du virus de la chorioméningite
lymphocytaire n'étaient
plus tuées ensuite par l'inoculation à l'âge
adulte du même virus. Or, on sait actuellement que le pouvoir
pathogène du virus CML est en rapport avec des T cytotoxiques
spécifiques du virus qui vont détruire les cellules
hébergeant l'agent pathogène.
Ces constatations ont été étendues à
d'autres micro-organismes et surtout à des substances chimiquement
définies. Dans toutes ces observations, la tolérance était obtenue à
la suite d'un contact précoce entre Ag et système
immunitaire, soit pendant la
vie foetale, soit juste après la naissance. Cela avait
fait dire à Burnet et Fenner que la tolérance ne
pouvait apparaître que si l'Ag était présent
avant que l'organisme ne puisse produire de réponse immune.
Pour eux, ce serait le cas dans la vie foetale et au moins pour
certaines espèces peu de temps après la naissance.
En fait ces propositions sont fausses, car le foetus est capable
d'avoir, bien que faibles, des réactions immunitaires et
l'on peut obtenir un état de tolérance chez l'adulte.
* Période
post-natale (adulte)
La tolérance est favorisée
chez le foetus et le nouveau-né par le faible niveau fonctionnel
et quantitatif du système lymphoïde. Ainsi, moins les lymphocytes à rendre tolérants
sont nombreux et actifs, plus la tolérance est facile à
induire. Cette constatation a
conduit à créer artificiellement chez l'adulte un
état du système lymphoïde analogue à
celui du foetus et du nouveau-né, en utilisant des immunosuppresseurs
ou des immunomodulateurs : drainage du canal thoracique, immunosuppresseurs
chimiques ou biologiques (SAL, anti-CD4, anti-CD8, anti-CD2, anti-CD3,
anti-IL2R, ciclosporine, LF 08-0299..), anticostimulation (CTLA4Ig,
anti-ICAM, anti-LFA1, anti-CD40L, anti-CD80/86...), irradiation
totale. Dans ce dernier cas, le sujet est irradié dans
sa totalité, mais des boucliers protègent la moelle
osseuse et les organes non lymphoïdes (le thymus peut aussi
être mis à l'abri de l'irradiation sans modifier
l'efficacité de ce traitement).
Pour obtenir in vivo des phénomènes importants de
tolérance de transplantation chez l'adulte, il faut administrer
des cellules allogéniques ou des extraits tolérogènes
de ces cellules à un sujet
que l'on a immunodéprimé.
Ainsi, Opelz et Coll (1973) ont montré, ce qui a ensuite
été confirmé et étendu, que des transfusions
de sang total ou de leucocytes provenant de donneurs ou de sujets
apparentés pour les Ag de classe I et II (même s'il
ne s'agit que de certains déterminants), mais non pour
les Ag de classes I seuls, favorisent la prise de greffes à
condition que le receveur ait un traitement immunosuppresseur.
Chez l'homme, un protocole fait appel à des injections
d'Ac antilymphocytaires suivies d'abord d'un transfert de moelle
osseuse du donneur, puis de la greffe. Chez les primates, l'irradiation
sublétale associée à une irradiation de la
zone thymique et à l'injection de moelle osseuse allogénique
permettent la greffe d'un rein allogénique provenant du
donneur de moelle osseuse.
Les Ac anti-CD4+ favorisent in vivo l'établissement d'une
tolérance sans obligatoirement détruire les T CD4+,
mais en bloquant leurs fonctions. En effet, les F(ab')2 anti-CD4
sont aussi efficaces que les anti-CD4 pour l'induction d'une tolérance
spécifique et ne dépeuplent pas le sujet en T CD4+.
Ces dernières constatations montrent que la qualité
des lymphocytes est importante pour l'induction d'une tolérance.
D'ailleurs celle-ci est plus facile à provoquer si le système
immunitaire est immature, notamment parce que les B immatures
sont plus sensibles à l'induction d'une tolérance
que les B matures.
Une tolérance est établie
in vitro, si des cellules mononucléées
du sang sont cultivées en présence d'alloAg et d'Ac
monoclonaux anti-CD3 pendant 3 à 8 jours. Ces cellules
ne répondent plus lorsqu'elles sont ensuite mises en contact
avec les mêmes alloAg.
Le cyclophosphamide agit différemment des autres immunosuppresseurs.
En effet, l'injection de cyclophosphamide, au moment ou après
l'administration de l'Ag, diminue la réponse immune et
induit un état partiel de tolérance par élimination
des lymphocytes spécifiques de l'Ag. Le cyclophosphamide
a notamment la propriété de détruire les
cellules en division. Or, celles-ci correspondent dans le cas
précédent aux lymphocytes stimulés par l'Ag,
donc spécifiques de celui-ci. Au contraire, le traitement
par le cyclophosphamide (doses moyennes) avant l'injection de
l'Ag, augmente la réponse immune par destruction des T
suppresseurs.
La présence de grandes
quantités de cellules nulles suppresseurs naturels (NS)
favorise l'établissement d'une tolérance notamment
en facilitant l'apparition de T suppresseurs spécifiques. Ces cellules NS ont une fréquence élevée
dans la rate de souris nouveau-nées, d'animaux irradiés
(surtout irradiation du système lymphoïde) ou traités
par le cyclophosphamide. Ce sont des situations favorables pour
produire une tolérance. Ces NS inhibent la réaction
en culture mixte, la prolifération et la différenciation
des T cytotoxiques, mais aussi l'induction de T suppresseurs non
spécifiques.
Parfois, le seul traitement immunosuppesseur précédant
et accompagnant une greffe permet l'établissement d'un
état de tolérance.
Cependant, si la manipulation
du système immunitaire facilite la tolérance, celle-ci
peut aussi être induite chez l'adulte sans immunosuppression, par exemple dans le cas de la greffe de foie
allogénique.
a2/ Thymus
La greffe d'un thymus incompatible
pour les Ag du CMH, aux souris nude (Kindred) entraîne une
tolérance vis-à-vis des Ag du CMH portés
par le thymus. L'équipe de Le Douarin obtient aussi une
tolérance et une reconstitution des réponses immunes,
en greffant à des souris nude nouveau-nées, la 3ème
poche branchiale (à l'origine de l'épithélium
thymique) de foetus de souris allogéniques de 10 jours.
Un thymus foetal ou adulte murin, dépeuplé en cellules
hématopoïétiques (thymocytes, macrophages et
cellules dendritiques), greffé à des souris nude
incompatibles pour les Ag du CMH provoque une nette tolérance
pour les Ag de classe II chez les TCD4+, et peu ou pas de tolérance
vis-à-vis des Ag de classe I chez les TCD8+. Par contre,
une tolérance complète pour l'ensemble des Ag du
CMH est obtenue si le thymus greffé contient ses propres
macrophages et cellules dendritiques. Ainsi, la tolérance dépendrait surtout du
contact des cellules classe II+ de type macrophagique ou dendritique
allogéniques avec les thymocytes du receveur. Cette tolérance serait plus facile à
induire pour les TCD4+ que pour les précurseurs des T cytotoxiques.
Donc les cellules épithéliales
thymiques ne peuvent induire une tolérance importantes
que pour les TCD4+, alors que les macrophages et les cellules
dendritiques agissent sur les TCD4+ et les TCD8+.
Le thymus apparaît donc
comme un lieu privilégié pour le développement
d'une tolérance, ce que
confirment les expériences de greffes
allogéniques intrathymiques.
Par exemple, l'implantation d'îlots de Langerhans allogéniques
dans le thymus chez des sujets immunosupprimés ou non aboutit
à une prise définitive de la greffe intrathymique
et à l'établissement d'un état de tolérance
vis-à-vis d'une greffe allogénique identique du
même tissu, mais introduite dans un site extrathymique.
Une tolérance pour les Ag du CMH peut aussi être
obtenue en injectant des leucocytes
ou des Ag du CMH solubles du donneur en intrathymique avec ou
sans traitement immunosuppresseur.
In vitro, le mélange de foie et de thymus foetaux allogéniques
(Good et coll) entraîne une tolérance des T produits
vis à vis des Ag du CMH du foie foetal.
Les Ag solubles circulants peuvent pénétrer,
mais difficilement, dans le thymus,
en diffusant dans l'organe, à partir des vaisseaux de la
capsule et des parois fibreuses. On les retrouve d'abord à
la périphérie des lobules, puis au centre.
Les Ag introduits ou pénétrant dans le thymus,
pourraient induire une délétion des thymocytes capables de les reconnaître
et/ou une sélection positive des thymocytes à TcR
avides pour l'Ag qui deviendraient des T
à activité suppressive anergiques ou non.
a3/ SRH
Certaines souches de souris sont très résistantes à l'induction
d'une tolérance. Ainsi,
avec les gammaglobulines humaines, il faut pour rendre tolérantes
des C57Bl/6 0,1 mg d'Ag, des A/J 1 mg et des BALB/c plus de 10
mg. De plus, les BALB/c sont de très
bons filtres biologiques pour
préparer des Ag solubles dépourvus d'agrégats,
car leur SRH phagocyte très rapidement les agrégats.
En effet, comme nous le verrons avec les conditions tolérogènes
de l'Ag, l'injection d'une solution d'Ag protéique sans
agrégats est tolérogène. En présence
d'agrégats, les macrophages vont très vite présenter
l'Ag dans des conditions immunogènes aux lymphocytes T
avant que les lymphocytes ne rencontrent l'Ag sous sa forme désagrégée
tolérogène. Cela met en évidence un phénomène
général lors d'une réponse immune : la course
de vitesse entre les mécanismes à l'origine des
phénomènes positifs de la réponse immune
et ceux des phénomènes négatifs. Le résultat
final est la somme de ces 2 effets opposés.
Cependant, un SRH trop actif peut
aussi gêner la réponse immune car,
en plus d'une captation accrue de l'Ag, il existe une destruction
exagérée et trop rapide de l'Ag par ces macrophages.
Pour les Ag solubles sans agrégats, les macrophages peuvent,
dans certaines conditions, favoriser l'établissement de
la tolérance in vitro. Ainsi, l'adjonction à des
cultures lymphocytaires de macrophages (mais non de cellules dendritiques)
préincubés avec des Ig désagrégées
couplées à un haptène induit un état
de tolérance. C'est la PGE2 et des cytokines sécrétées
par les macrophages qui constituent les signaux inhibiteurs qui
favorisent la production d'une tolérance.
a4/ Cellules
dendritiques
Le défaut
numérique en cellules dendritiques myéloïdes
des tissus non lymphoïdes favorise l'établissement
d'une tolérance vis-à-vis de la production des dermites
de contact. Ainsi, l'application
de DNFB au niveau de zones dépeuplées en cellules
dendritiques naturellement (queue
de la souris ou poche jugale de hamster)
ou expérimentalement (badigeonnages
répétés de la peau de souris par le 7,12.
Diméthyl benzanthracène (cancérigène
chimique )) conduit à une non réponse ultérieure
à une sensibilisation de contact vis-à-vis du DNFB
déposé sur une zone cutanée riche en cellules
dendritiques.
L'irradiation UV de la peau a un résultat analogue. En
effet cette irradiation, même lorsqu'elle est locale, conduit
aussi à un état propice à la production d'une
tolérance spécifique car les cellules dendritiques
ne présentent plus convenablement l'Ag aux TH1 ou TH2. L'irradiation
UV d'un greffon favorise aussi l'établissement d'une tolérance
en inhibant les capacités de présentation des cellules
dendritiques allogéniques.
En revanche, lors de la greffe de foie allogénique, les
cellules dendritiques lymphoïdes de cet organe se répartissent
dans les tissus du receveur qui est donc le siège d'un
microchimérisme responsable de l'établissement d'un
état de tolérance. Les cellules
dendritiques lymphoïdes, à la différence des
myéloïdes, sont tolérogènes et non immunogènes.
-b- Conditions tolérogènes de l'Ag
b1/ Présentation,
voie d'introduction et nature de l'Ag
Les formes tolérogènes
d'un Ag sont celles qui permettent aux lymphocytes B de se lier
à cet Ag ou aux lymphocytes T de le reconnaître en
association avec l'Ag du CMH de classe I ou II syngénique
sans que les B ou les T ne reçoivent en plus un autre signal
nécessaire pour provoquer l'activation des lymphocytes. Pour les B, ce second signal peut être
l'IL1 ou l'IL6 provenant des macrophages ou des cellules dendritiques,
les interleukines à activité BCGF (IL4, IL13) produites
par les T ou le signal activateur des Ag thymo-indépendants.
Interviennent aussi des molécules costimulatrices de membrane
des B, comme CD19 et CD21. Pour les T, le second signal est l'IL1
ou l'IL6 des cellules présentant l'Ag ou les interleukines
d'origine T à propriété TCGF. Pour les T,
les molécules costimulatrices de membrane sont CD40L et
CD28.
*
Tolérance vis-à-vis
d'Ag solubles:
Pour ces Ag la voie d'introduction
est importante pour l'obtention d'une tolérance. Ainsi,
les voies IV
et surtout muqueuse (intestinale, nasale ou bronchique) sont fréquemment tolérogènes.
*
Haptènes
Dans le cas des haptènes,
Frei (1928) chez l'homme et Schulzberger (1928) chez le cobaye,
montrent que l'injection IV de néosalvarsan empêche
ensuite la sensibilisation cutanée à ce même
Ag. Chase (1946) inhibe l'induction d'une HS retardée de
la peau ou la production d'Ac chez le cobaye vis-à-vis
du chlorure de picryle en leur faisant d'abord absorber cet haptène par voie buccale. Ce phénomène
de Schulzberger-Chase est un
phénomène de tolérance spécifique.
En augmentant le nombre de molécules d'un même haptène
fixé sur une protéine immunogène, le conjugué
devient de plus en plus tolérogène pour l'haptène
(Pike et Nossal).
Si un haptène (ou même
un Ag) est lié, avant l'injection, à un auto-Ag
soluble (IgG, sérum albumine...) ou à des cellules
syngéniques (lymphocytes ou macrophages), l'ensemble peut être tolérogène
selon les conditions expérimentales. La tolérance,
vis-à-vis d'un haptène tel que l'azobenzène-arsonate-N-acétyltyrosine
est obtenue en administrant l'haptène couplé à
des cellules spléniques syngéniques. Si cet haptène
est lié à des cellules IJ+, on peut introduire l'ensemble
par voie sous cutanée ou IV (la tolérance est ensuite
transférable adoptivement). Par contre lorsque l'haptène
est présenté par des cellules IA+ (notamment macrophages),
il faut injecter le couple par voie IV pour obtenir une tolérance
(la tolérance est ensuite non transférable adoptivement).
Si ces dernières cellules sont introduites en SC, apparaît
une HSR. L'injection d'une suspension de kératinocytes
syngéniques couplés au TNP et dépeuplée
en cellules dendritiques est tolérogène. Par contre
une suspension de cellules dendritiques syngéniques conjuguées
au TNP a un potentiel immunogène.
Une tolérance vis-à-vis de la réponse IgE
est obtenue en transformant des
allergènes (Ag ou haptènes) en tolérogènes
par liaison à des polymères synthétiques
hydrophiles et peu immunogènes tels
que monomethoxypolyéthylène glycol (mPEG), polyvinyl-alcool
(PVA) ou poly-N-vinyl-pyrrolidone (PVP) (Sehon).
*
Ag protéiques
Un Ag
protéique désagrégé, comme des gammaglobulines ou des sérum
albumines hétérologues ultracentrifugées (Dresser) ou passées
par un filtre biologique (injection
de SAB à une souris dont le sérum 24 h après
contient seulement de la SAB sans agrégat (Frei et coll))
devient tolérogène par voie parentérale même
aux doses habituellement immunogènes. En effet, ce sont
les agrégats des protéines précédentes
qui sont immunogènes, car ils sont capables d'une part
de provoquer localement des phénomènes inflammatoires
jouant un rôle adjuvant et d'autre part d'être captés
et digérés par les macrophages qui les présenteront
ensuite de façon immunogène aux lymphocytes T. Il
suffit d'ajouter à l'Ag désagrégé
de l'adjuvant complet de Freund pour qu'il redevienne immunogène.
Parmi les Ag protéiques, les IgG hétérologues
sont celles pour lesquelles on peut le plus facilement établir
une tolérance. Cette propriété dépend
du fragment Fc.
La voie orale peut être utilisée pour induire une
tolérance contre certaines protéines comme la myelin
basic protein (MBP), surtout si on l'associe à de l'IL4
per os. On peut aussi faire appel à l'administration intranasale
répétée de MBP.
*
Tolérance vis-à-vis
d'Ag portés par les cellules. Tolérance aux greffes
Des états de tolérance vis à vis de cellules
allogéniques peuvent être provoqués chez l'adulte,
mais plus difficilement que chez le foetus ou le nouvean-né,
avec pour résultat, la persistance ou la prolongation de
greffes histo-incompatibles pour les Ag du CMH ou pour d'autres
Ag de transplantation. Chez l'adulte, il faut souvent utiliser
des traitements modifiant la réponse immune.
Kaliss (1958),
puis Voisin décrivent le phénomène
de facilitation pour les greffes allogéniques de tumeurs. Il s'agit d'un mécanisme de non réponse
spécifique qui rejoint les phénomènes généraux
de tolérance : l'injection d'extraits lyophilisés
de tumeur aux futurs receveurs d'une greffe de cette tumeur facilite
la prise, puis la croissance de cette greffe. Ces constatations
sur la facilitation ont été étendues à
des greffes allogéniques non tumorales, mais avec des résultats
plus modestes et des tolérances rentrant souvent dans le
cadre des tolérances quantitativement partielles.
La culture in vitro de peau, thyroide, ovaires, îlots de Langerhans...
entraîne la disparition des cellules présentant l'Ag
dans ces tissus. Si l'on transplante la culture à des animaux
incompatibles pour le CMH, la greffe persiste de façon
prolongée ou définitive à cause de l'établissement
d'un état de tolérance. Le rejet de greffe n'a pas
lieu car les cellules avec Ag
du CMH de classe II allogéniques ont disparu in vitro et
sont donc absentes du transplant
et donc ne peuvent activer (directement ou indirectement après
leur capture par les macrophages du receveur) les T capables de
coopérer avec les T cytotoxiques. Les conditions sont alors
favorables pour qu'une tolérance spécifique apparaisse
vis-à-vis des Ag du CMH de classe I.
La moelle osseuse, utilisée comme source de cellules allogéniques,
favorise l'établissement d'une tolérance vis-à-vis
des Ag du CMH, car elle contient
un nombre important de cellules naturellement suppressives (cellules
NS).
Dans l'expérience suivante, on étudie le rôle
respectif des Ag de classe I solubles ou liés aux cellules,
en comparant la réponse vis-à-vis de l'Ag de classe
I H2Kk de souris normales F1 (H2b x H2d) et de souris transgéniques
dont le transgène est le gène H2Kk modifié.
Ce gène modifié ne contrôle que la sécrétion
de l'AgKk soluble et non son expression en surface.
Les souris transgéniques comme les souris normales produisent
des T cytotoxiques vis-à-vis de cellules allogéniques
H2Kk. En revanche, contrairement aux souris normales, les souris
transgéniques sont tolérantes vis-à-vis de
l'Ag H2Kk et ne développent pas de T cytotoxiques vis-à-vis
de cellules syngéniques présentant l'Ag H2Kk dans
le contexte de leurs propres Ag de classe I.
Donc, il existe deux types de
T cytotoxiques l'un majoritaire spécifique des cellules
allogéniques, l'autre minoritaire spécifique de
peptides de l'alloAg implantés dans l'Ag de classe I syngénique. L'Ag soluble n'a d'effet tolérogène
que sur ces derniers T cytotoxiques (Bernd Arnold, 1990).
b2/ Doses
d'Ag
* Fortes doses d'Ag
Howard et Michie, dans la tolérance
de transplantation induite à la naissance, montrent que
l'important est la dose (qui doit être élevée)
de cellules étrangères injectées par rapport
aux lymphocytes compétents de l'animal. Plus les lymphocytes sont nombreux, plus il faut
de cellules allogéniques pour provoquer l'apparition de
la tolérance. On comprend
ainsi pourquoi la tolérance est plus facile à induire
chez l'adulte recevant des immunosuppresseurs, le nouveau-né
ou le foetus que chez l'adulte indemne. Chez ce dernier, il faut
des doses importantes de tolérogènes.
Cette conclusion peut être étendue aux Ag solubles
polysaccharidiques ou protéiques.
Felton et Ottinger (1942) ont obtenu chez la souris une non réponse
spécifique au polysaccharide SIII du pneumocoque par injection
d'une dose élevée de l'Ag (1mg). Ces auteurs avaient
baptisé ce phénomène : paralysie
immunitaire. Des résultats
analogues sont obtenus pour les protéines introduites par
voie orale en une seule prise à dose forte.
Un état de non réponse spécifique à
un Ag protéique (par exemple : sérum albumine humaine
ou bovine) est inductible, par injections quotidiennes, à
des lapins adultes, de doses élevées de cet Ag.
Dixon et Maurer nommèrent le phénomène :
surcharge antigénique. En fait, dans tous ces cas, une seule très
forte dose est souvent suffisante.
On peut rapprocher de cette constatation générale,
le fait particulier que les molécules
donnant le plus facilement une tolérance sont celles qui
diffèrent le moins des propres constituants du sujet ou
sont les plus purifiées et les plus homogènes dans
leur composition (IgG monoclonales
plus tolérogènes que les IgG normales polyclonales).
En effet, ce qui compte c'est la diversité des déterminants
antigéniques d'une même molécule, car à
chaque épitope correspond des clones de lymphocytes qu'il
faudra rendre tolérants. Plus ces clones sont nombreux,
plus il faudra d'Ag.
*
Faibles doses d'Ag
Dans le cas de la SAB (Mitchison), de la
forme monomérique de la flagelline de Salmonelle Adélaïde
(Shellam et Nossal) et d'autres antigènes solubles, la
tolérance peut non seulement être induite par une
très forte dose d'Ag, mais aussi par de très faibles doses répétées
de cet Ag. Chez le rat nouveau-né,
les doses tolérogènes de flagelline sont soit de
1 pg, soit de 20 ng et plus. Chez la souris adulte, ces doses
sont de 10 mg (soit 1/100 de la dose immunisante) ou 100
mg. Dans le premier cas, on a une "low zone tolerance",
dans le second une "high zone tolerance". Dresser, chez
la souris, avait déjà constaté en 1962, la
possibilité de provoquer une tolérance avec de faibles
doses de gammaglobulines. La tolérance
produite par les faibles doses d'Ag porte principalement sur la
production des Ac de classe IgG
(plus thymodépendante que celle des IgM), mais peut provoquer l'induction de cellules B
mémoires à IgG.
Frei et coll ont aussi montré que chez le lapin, on pouvait
facilement obtenir une "low zone tolerance" avec de
la SAB passée sur filtre biologique. La voie orale peut être utilisée pour
les faibles doses multiples de protéines.
Pour certains auto-Ag, comme la thyroglobuline et le C5 qui circulent
en faibles quantités dans
le torrent circulatoire, la tolérance s'installe naturellement.
Ainsi, Harris et coll montrent chez une souche de souris C57Bl/6
mutante déficitaire en C5 que l'on peut produire une tolérance
vis-à-vis de C5 en l'induisant in utero. Par contre, les
C57/Bl/6 normales sont spontanément tolérantes à
ce facteur du C.
Les tableaux VI-XII et VI-XIII résument
les principaux systèmes d'induction d'une tolérance
vis-à-vis d'Ag solubles ou des greffes.
-c-
Durée de la tolérance
c1/ Différentes
durées de la tolérance
La tolérance induite par
la création d'une chimère est un phénomène durable, alors
que la tolérance succédant à l'injection d'un Ag chimiquement défini est transitoire. Les deux types de tolérance dépendent
de la persistance de l'Ag dans
l'organisme.
*
Dans le premier
type, les cellules vivantes se
multiplient et se pérennisent chez le receveur. Il suffit
de supprimer le chimérisme précédent en injectant
à l'animal tolérant des cellules lymphoïdes
syngéniques pour le receveur, provenant d'un animal immunisé
contre les cellules tolérées, pour voir disparaître
la tolérance. Dans ce cas, les cellules immunes détruisent
les cellules allogéniques qui existaient chez l'animal
tolérant (Billingham et coll.). Les cellules allogéniques
peuvent aussi être éliminées par injection
d'Ac dirigés contre les Ac d'histocompatibilité
de ces cellules (Hasek).
*
Dans le deuxième type, le catabolisme des Ag inertes non associés
à des cellules vivantes est à l'origine de leur
disparition. Quelques temps après leur élimination,
une réactivité de l'organisme vis-à-vis d'eux
réapparaît. Pour ces Ag, la durée
de la tolérance est d'autant plus prolongée que
la quantité introduite au départ est plus grande
et que les Ag sont plus lentement métabolisés. On peut donc entretenir une tolérance
en réinjectant périodiquement de petites doses d'Ag,
même présenté sous forme immunogène
(Smith), car les doses d'entretien sont bien plus faibles que
les doses qui ont servi à l'induction de la tolérance.
Lorsque les Ag sont faiblement métabolisables comme les
polysaccharides (Kaplan et coll, Felton et coll) et les polypeptides
constitués d'AA droits, la tolérance est prolongée
et facile à induire.
c2/ Disparition de
la tolérance :
La disparition
spontanée de la tolérance
vis-à-vis d'Ag solubles se fait de façon variable
selon les cas.
*
Les Ac peuvent apparaître
sans nouvelle injection d'Ag.
*
Une réponse secondaire est obtenue si
l'on administre de nouveau le même Ag
après disparition de la tolérance, et si l'Ag est
très immunogène (Terres et Hugues).
*
Habituellement une réponse primaire est produite si l'Ag
est réadministré,
de préférence incorporé à de l'adjuvant
complet de Freund.
La réapparition d'une compétence immunologique est
le plus souvent progressive. En effet, si la tolérance est d'abord
complète, elle devient ensuite partielle, puis disparaît.
Les Ac formés lors de la période de tolérance
partielle sont d'une part dirigés seulement contre certains
épitopes de l'Ag (Humphrey), d'autre part de plus faible
avidité que ceux synthétisés par les témoins
normaux (Dietrich et Gey, Brown et Glyn). D'ailleurs, dans les
tolérances partielles, d'emblée l'avidité
des Ac obtenus est aussi en général plus faible
que normalement (Eisen et Siskind, Goidl et coll).
Expérimentalement, on peut accélérer ou retarder
la rupture de tolérance. Nous verrons plus loin les méthodes
de rupture de tolérance et comment les résultats
de ces essais permettent d'émettre des hypothèses
sur les mécanismes responsables de la tolérance.
VIII-2.2./
Les tolérances qualitativement partielles
VIII-2.2.1./ "Split tolerance"
ou tolérance sélective pour certains Ag d'une cellule
: Elle correspond à une tolérance
vis-à-vis de certains déterminants, parmi l'ensemble
de ceux qui sont présents sur une cellule étrangère.
-a- Phénomène décrit par Brent
et Courtenay (1962)
Des souris nouveau-nées de souche A, ayant reçu
des cellules spléniques ou médullaires de (CBA x
C57Bl/6)F1 ne rejettent pas la peau de CBA, mais continuent à
éliminer normalement les greffes de C57Bl/6. Cependant,
les cellules spléniques d'hybrides (CBA x C57Bl/6)F1 ne
sont pas rejetées bien que portant l'Ag des C57Bl/6 (figure VI-42).
-b-
Autre exemple de tolérance
dissociée
L'injection intrathymique de thymocytes Thy1+CD4-CD8- double négatifs
semi-allogéniques à des souris irradiées
létalement et reconstituées avec des cellules médullaires
syngéniques, aboutit à une tolérance vis-à-vis
de l'Ag du CMH allogénique de classe I, mais non de classe
II.
VIII-2.2.2./ Immune diversion (Dissociation de la tolérance
concernant les fonctions de coopération pour la réponse
humorale et la production d'une HS cellulaire)
On sait maintenant que ces tolérances
correspondent à des phénomènes d'induction
d'une réponse TH1 au dépend de la réponse TH2 et inversement.
-a- Réponse
TH1
et inhibition réponse TH2
a1/ Induction contre un même Ag à la
fois d'une tolérance au niveau de l'immunité humorale
et d'une forte réponse concernant l'HS cellulaire
L'injection de flagelline acéto-acétylée
au rat adulte entraîne une tolérance pour la réponse
humorale contre la flagelline et une importante HSC vis-à-vis
de ce même Ag (Parish).
L'injection de faibles doses d'une protéine désagrégée
empêche ensuite la réponse secondaire humorale contre
le DNP fixé à la protéine précédente,
mais n'empêche pas l'apparition d'une HS retardée
cutanée contre le transporteur. Les fortes doses du porteur
désagrégé inhibent la production d'Ac contre
l'haptène et l'HS retardée contre le porteur (Silver
et Benaceraff).
a2/
Immune diversion dans le cas
des auto-Ag
L'immunisation avec un auto-Ag associée
à l'injection d'IL4, la présentation de l'auto-Ag
par des lymphocytes B, l'administration de l'auto-Ag par voie
orale ou en inhalation gène la réponse Ac et engendre
une réponse TH1.
-b- Réponse TH2 et inhibition de la
réponse TH1
b1/
Déviation immune d'Asherson
et Stone
La préinjection, à des cobayes
ou des rats, d'un Ag protéique précipité
par l'alun ou en solution, précédant de quelques
jours l'immunisation avec cet Ag incorporé dans de l'adjuvant
complet de Freund, ne permet d'obtenir que des Ac de classe IgG1,
mais n'entraîne l'apparition ni d'Ac de classe IgG2, ni
d'HSC.
b2/ Déviation immune associée à
la pénétration de l'Ag au niveau de la chambre antérieure de l'oeil et privilège
immun des sites privilégiés
L'administration d'un Ag
dans la chambre antérieure de l'oeil de rongeurs empêche
l'établissement d'une hypersensibilité retardée,
mais ne gêne pas la réponse humorale IgG1. C'est
l'" anterior chamber associated
deviation " (ACAID).
La chambre antérieure de
l'oeil est un site privilégié.
Un tel site (stroma cornéen, vitrée de l'oeil, cerveau,
interface materno-foetale, cortex surrénalien, testicules,
ovaires, foie, matrice des follicules pilleux et poche jugale
du hamster) est une région de l'organisme où le
greffon d'un tissu étranger n'est pas rejeté ou
est rejeté très lentement. La greffe de cornée
est la seule greffe allogénique qui ne nécessite
aucun traitement du receveur pour ne pas être rejetée.
VIII-2.2.3./ Dissociation entre
réponse in vivo et réponse in vitro de sujets tolérants
On remarque une dissociation entre la réponse
in vivo et in vitro dans le cadre des tolérances induites
par l'injection suboptimale de cellules du donneur au futur receveur.
Ces tolérances sont qualitativement partielles, car on
observe un non-rejet de ces greffes, mais in vitro les lymphocytes
du receveur sont cytotoxiques pour les cellules du donneur et
induisent une réaction positive en culture mixte avec les
lymphocytes du donneur. En revanche, les lymphocytes T qui infiltrent
la greffe, ne peuvent pas produire d'IL2 ou répondre à
cette interleukine lorsqu'ils sont mis en présence de cellules
portant les alloAg du donneur.
Les greffes d'épithélium thymiques allogéniques
ou xénogéniques embryonnaires à des receveurs,
soit peu de temps après leur naissance, soit congénitalement
dépourvus de thymus (souris nude), provoquent une tolérance
in vivo. Par exemple, la greffe d'un thymus embryonnaire de grenouille,
d'oiseau ou de souris à une période où il
ne contient pas encore de précurseurs hématopoïétiques
à des souris nude, détermine un état de tolérance.
Ainsi, une greffe de peau ayant
les mêmes Ag du CMH que l'épithélium thymique
greffé n'est pas rejetée, mais les lymphocytes T
de ces animaux ont gardé la faculté de réagir
avec ces Ag dans un système de GVH ou de culture mixte.
Des tissus épithéliaux
(autres que thymiques) peuvent donner des tolérances du
même type : greffes de
peau de grenouille à des tétards, souris transgéniques
dont les cellules B des îlots de Langerhans expriment les
Ag de classe II du transgène différents des Ag de
classe II des autres cellules de la souris.
Un phénomène voisin existe pour la production d'Ac.
Ainsi, avec les faibles ou les fortes doses d'Ag à catabolisme lent comme le SIII des pneumocoques, il peut ne pas y avoir d'Ac circulants libres, mais un nombre
élevé de cellules formant in vitro des PH dans la rate des souris tolérantes.
VIII-2.2.4./ Dissociation entre
réponse systémique et réponse locale
La tolérance induite par
voie orale aboutit en général à une tolérance
systémique, mais en même temps à l'établissement
d'une immunité digestive sécrétrice locale
(Challacombe et Tomasi).
VIII-3. Les mécanismes responsables des états de tolérance
A priori, la tolérance qui se
manifeste par la non production d'Ac correspond, pour un Ag thymo-indépendant,
au blocage de l'activité des lymphocytes B et pour un Ag
thymodépendant, à une inhibition des fonctions des
lymphocytes T coopérants et/ou des B. Dans la tolérance
qui concerne l'immunité cellulaire, l'inhibition peut porter
sur les cellules T intervenant dans l'induction de l'immunité
cellulaire et/ou les cellules T effectrices de cette immunité.
Deux grands types d'hypothèses sont avancés pour
expliquer les états de tolérance spécifiques
(figure VI-43).
-a- Dans la première
hypothèse, les lymphocytes
T (T coopérants de la réponse humorale ou T de l'immunité
cellulaire) et/ou les lymphocytes B spécifiques de l'Ag,
*
soit ont été détruits chez l'animal tolérant, c'est la délétion clonale de Burnet;
*
soit ne répondent plus, c'est l'anergie
clonale.
Dans le premier cas, la délétion des T peut se produire
au niveau central dans le thymus ou à la périphérie.
Pour les B,
la délétion peut également survenir dans l'organe primaire
(moelle osseuse) ou dans les organes
secondaires. La délétion
est essentiellement en rapport avec un phénomène
d'apoptose initié
par la liaison entre l'Ag et son récepteur, dans des conditions
où il n'y a pas de réponse positive du lymphocyte.
Par exemples, des T dont les TcR sont activés en l'absence
de cellules présentatrices des Ag entrent en apoptose sous
l'influence de l'IFNg qu'elles synthétisent ou des thymocytes
CD4+CD8+ sont négativement sélectionnés dans
le thymus par apoptose.
Quant à l'anergie clonale, elle est caractérisée par l'incapacité
pour l'Ag de provoquer les phénomènes conduisant
à une réponse immune positive chez les B et/ou les
T spécifiques de cet Ag. Ces cellules sont inhibées
par un processus endogène (les cellules deviennent "anergiques"
aux signaux stimulants). Ainsi l'Ag
délivre à ces cellules un signal de blocage et non d'activation. Pourtant dans ce cas, on
note une augmentation du taux de Ca++ intracytosolique au niveau
des lymphocytes T. Cet accroissement du Ca++ est la première
étape de l'activation. Parfois ces
cellules anergiques peuvent même proliférer mais sans qu'il en résulte la production
d'effecteurs de la réponse immune positive. Ainsi les T anergiques qui infiltrent une greffe tolérée
ne produisent plus d'IL2 et ne répondent plus normalement
à l'IL2. L'anergie clonale
est en général réversible. Pour les TH1 et peut-être
les T cytotoxiques anergiques, de fortes doses d'IL2 lèvent
souvent l'état anergique. En revanche, les TH2 et les
B anergiques résistent à ce traitement, mais seraient
sensibles au traitement par l'IL1 ou le TNFa. Une cellule T,
par exemple, devient anergique quand elle reçoit le premier
signal (Ag) et pas les deuxièmes signaux de la réponse
immune positive, mais des deuxièmes signaux de l'anergie
(IL10/IL10R, B7/CTLA4...).
D'autres mécanismes, hypothétiques ou exceptionnels
ont été avancés comme la perte des récepteurs de surface pour l'Ag
ou le camouflage de ces derniers par l'Ag.
-b- Dans la seconde
hypothèse, les lymphocytes
B et/ou T sont fonctionnellement inactivés par des signaux exogènes provenant
de cellules suppressives ou de facteurs
inhibiteurs solubles.
Au cours de l'étude des mécanismes responsables
des états de tolérance, nous verrons, dans un premier
temps, quels sont les moyens permettant de faire la part entre
ces différents mécanismes, soit en recherchant chez
le sujet tolérant des clones B ou T (coopérants
ou de l'HSR) spécifiques de l'Ag, soit en essayant de transférer
la tolérance à des sujets indemnes (par les lymphocytes
ou le sérum de sujets tolérants) ou à des
sujets irradiés (avec des mélanges cellulaires provenant
de sujets tolérants). Enfin, on peut tenter de rompre la
tolérance en injectant des lymphocytes compatibles de sujets
normaux ou immunisés.
Dans un deuxième temps, nous envisagerons les conditions
dans lesquelles interviennent les différents mécanismes
conduisant à la tolérance. Il faut tout de suite
indiquer que pour un état de tolérance particulier,
peuvent intervenir simultanément ou successivement plusieurs
mécanismes.
VIII-3.1./ Méthodes d'étude des mécanismes responsables des états de tolérance
(figure VI-44).
VIII-3.1.1./ Mise en évidence
chez le sujet tolérant de clones T et/ou B spécifiques
de l'Ag toléré
Il existe pour cela différents procédés
:
-a-
dénombrement des lymphocytes
B liant l'Ag par des techniques de rosettes dans lesquelles l'Ag est fixé sur des
GR ou des techniques utilisant un Ag marqué.
Les résultats sont différents selon les modes d'induction
des tolérances étudiées et indiquent des
mécanismes variés à l'origine de ces tolérances.
-b- Dénombrement
des T spécifiques d'un Ag à l'aide d'Ac monoclonaux
reconnaissant l'idiotype correspondant
sur le TcR ou la sous-famille de chaîne b utilisée
pour constituer le TcR reconnaissant l'Ag.
Les T et les B anergiques expriment les récepteurs spécifiques
de l'Ag et seule la délétion clonale entraîne
la disparition ou l'effondrement du nombre des lymphocytes exprimant
l'idiotype ou la chaîne b
.reconnu par l'Ac monoclonal.
-c- Dénombrement
des précurseurs des T cytotoxiques pour un Ag du CMH de
classe I allogénique particulier ou un haptène lié
à des cellules autologues par la technique de dilution
limite.
Le nombre des précurseurs pour les T cytotoxiques anti-classe
I allogéniques ou anti-haptène, est respectivement
diminué dans les tolérances par chimères
néonatales ou dans celles résultant de l'injection
IV d'haptènes couplés à des cellules spléniques
syngéniques.
-d- Rupture de tolérance
par immunisation des sujets tolérants avec des molécules
ayant une antigénicité croisée avec l'Ag
toléré.
Lorsque l'on obtient par ce procédé une rupture
de tolérance au niveau humoral, cela prouve que les lymphocytes
T coopérants spécifiques de l'Ag soit sont gênés
dans leur fonctionnement, soit ont disparu alors que les clones
B sont présents. Ces lymphocytes B sécrèteront
l'Ac avec l'aide de T coopérants spécifiques de
la partie différente de l'Ag toléré, portée
par un Ag ayant une antigénicité croisée
avec cet Ag. Quand des molécules à antigénicité
croisée permettent d'aboutir à une HS cellulaire
vis-à-vis de l'Ag toléré natif, cela signifie
qu'il n'y a pas de délétion clonale, ou une délétion
clonale incomplète, pour les T de l'HS cellulaire.
VIII-3.1.2./ Rupture de la
tolérance par transfert de lymphocytes
La rupture de tolérance au niveau
humoral est difficilement obtenue en administrant, aux animaux
tolérants, des lymphocytes
syngéniques, provenant
de sujets normaux non immunisés. Cela indique qu'un mécanisme
actif (soit cellules suppressives, soit facteurs inhibiteurs)
existe chez l'animal tolérant. La rupture est plus facile
à produire par injection
de lymphocytes T syngéniques provenant de sujets immunisés
ou allogéniques. Dans
ces deux cas, il y aura coopération entre, soit les T syngéniques
mémoires, soit les T allogéniques stimulés
par les Ag d'histocompatibilité de l'hôte et les
clones B spécifiques de l'Ag toléré présents
chez l'animal tolérant. En effet, dans ce cas les lymphocytes
T ayant été introduits en grand nombre, ne pourront
être totalement inhibés par les cellules suppressives
ou par les facteurs inhibiteurs solubles du receveur tolérant.
Le transfert de lymphocytes normaux
à des animaux syngéniques tolérants irradiés
rétablit généralement
la compétence immunologique chez les receveurs, sauf si
chez ceux-ci, existent des facteurs inhibiteurs solubles en quantités
importantes.
VIII-3.1.3./ Rupture de la
tolérance par injection d'IL2
Si le traitement par de fortes doses
l'IL2 rompt la tolérance, c'est que des T anergiques sont
le support de la tolérance. Un échec de ce traitement
ne permet pas de conclure.
VIII-3.1.4./ Transfert à
des sujets normaux de la tolérance par des cellules lymphoïdes
(transfert adoptif d'une tolérance infectieuse) ou des
facteurs sériques (transfert passif) provenant de sujets
tolérants
Lorsque la tolérance dépend
de cellules suppressives (T suppresseurs en général), si
l'on injecte des cellules mononucléées du sang,
de la rate ou des ganglions, prélevées chez un animal
tolérant à un animal syngénique normal, on
lui tranfère la tolérance : on dit que la tolérance est infectieuse, car elle se transmet comme une maladie infectieuse.
On peut aussi mettre en évidence des cellules suppressives
en injectant à des animaux syngéniques irradiés
un mélange de cellules spléniques provenant de donneurs
normaux et de donneurs tolérants ou en étudiant
la réponse immune de ce mélange in vitro.
Quand la tolérance est en rapport avec des facteurs solubles circulants, c'est l'administration du sérum des
sujets tolérants à des receveurs normaux qui transfère
la tolérance.
VIII-3.2./
Niveau où se situe la tolérance et mécanismes
de la tolérance selon les modèles expérimentaux
ou spontanés
VIII-3.2.1./ Tolérance pour la réponse humorale
(tableau VI-XIVa)
VIII-3.2.1.1./
Tolérance par fortes doses
d'Ag soluble
-a- Niveau où se situe la tolérance
Les expériences de Weigle
et coll (figure.VI-45) permettent d'apprécier à quel
niveau se situe la tolérance. En effet, ces auteurs ont
reconstitué des souris syngéniques irradiées
à l'aide de mélanges de moelle osseuse (ou de cellules
B des ganglions ou de la rate) et de thymocytes (ou de cellules
T des ganglions ou de la rate) provenant de donneurs normaux ou
rendus tolérants vis-à-vis des gammaglobulines humaines
(GGH) par injection d'une forte dose de GGH sans agrégat.
La tolérance au niveau
des lymphocytes T est précoce
(elle débute 4 heures après l'injection du tolérogène
et est complète au bout de 2 jours) et durable (elle
commence seulement à diminuer après 150 jours).
Par contre, la tolérance
au niveau des B est plus tardive (elle
apparaît après une semaine, avec un maximum à
3 semaines) et de plus faible
durée (elle a disparu
en 7 semaines) (figure VI-46).
-b- Rôle des T suppresseurs
Lorsque la tolérance dépend en totalité ou
en partie de la présence de cellules suppressives, cette
tolérance est transférable
adoptivement à des sujets
syngéniques normaux. Ainsi BASTEN, avec des doses élevées
des gammaglobulines de poulet, induit chez la souris une tolérance
adoptivement transférable. Si la suspension de cellules
spléniques de l'animal tolérant est incubée
avec la gammaglobuline de poulet marquée par 125I, elle
perd sa capacité de transférer la tolérance,
car les cellules T suppressives
ayant des récepteurs suffisament avides, fixent l'Ag (présenté ou non par les Ag du
CMH), et sont ensuite détruites par l'irradiation. C'est
un "suicide" des T suppresseurs
par l'Ag radioactif.
Dans les expériences de Weigle et coll, des T suppresseurs effecteurs sont détectés
avec les méthodes de transfert lors des premières
semaines, mais disparaissent
par la suite, bien que la tolérance persiste. Donc cette
dissociation entre présence de TS effecteurs et tolérance
pourrait faire douter du rôle des TS dans cette tolérance.
En fait LOBLAY et coll montrent, chez les souris CBA tolérantes
aux IgG humaines, la présence
de TS mémoires activables
par les IgG humaines présentées sous forme tolérogène
ou immunogène. Dans ce modèle, la suppression primaire
(TS effecteurs) est maximum au 7ème jour après une
forte dose d'Ag, mais disparaît aux jours 30-35. Par contre,
la suppression secondaire (TS mémoires) est encore détectable
au bout de 135 jours. Donc les TS effecteurs ont une durée
de vie courte, alors que celle des TS mémoires est longue.
Les T suppresseurs spécifiques de la gammaglobuline de
poulet, dans l'expérience de Basten, inhibent non seulement
la production des Ac antigammaglobuline de poulet, mais aussi
les Ac anti-DNP, à condition que l'immunogène employé
soit le DNP conjugué à la gammaglobuline de poulet.
Donc les TS agissent sur les T
coopérants spécifiques de la gammaglobuline de poulet,
mais pas sur les cellules B anti-DNP.
Les TS spécifiques de l'Ag
n'agissent pas directement sur les cellules B mais sur les TH2. Par contre, les TS
spécifiques de l'idiotype peuvent inhiber les fonctions
des B synthétisant les Ac portant cet idiotype.
Sur un Ag, on peut identifier des déterminants responsables
de l'activation des T coopérants et d'autres responsables
de celle des T suppresseurs. Le plus fréquemment, ces déterminants
ne se chevauchent pas. Les épitopes
suppresseurs sont présentés
par les Ag de classe II DQ (IE chez la souris) et les épitopes immunogènes par les DR (IA des souris).
-c- rôle de la délétion et/ou
de l'anergie des lymphocytes B et/ou T
c1/ Cellules
B
L'un de ces 2 mécanismes
intervient dans les tolérances des B aux Ag solubles, induites
par les fortes doses d'Ag. Nous avons vu qu'au niveau des B cette tolérance
était d'apparition plus tardive et de durée plus
courte que celle des T. Elle correspond à une délétion ou surtout à une
anergie des clones B.
Une tolérance B est inductible
en l'absence de cellules T comme
le montre l'injection de fortes doses d'Ag à des souris
nude thymiprives. Dans ce cas, une anergie est établie,
car les B ne reçoivent que le premier signal (l'Ag) mais
pas les seconds (TH2 secrétant l'IL4).
Une tolérance au niveau des B peut aussi être obtenue
in vitro par incubation d'une suspension de rate avec de la flagelline
polymérisée. Cette tolérance n'apparaît
plus si l'on utilise le fragment A de la flagelline, sauf en présence
d'Ac correspondants qui transforment le fragment A monomérique
en un forme polymérique. De façon voisine, la préincubation,
15 min à 0°C, de cellules spléniques de souris
immunisées contre le DNP, avec de fortes concentrations
de DNP couplé à la flagelline monomérique
ou polymérique (même après lavage de la suspension
cellulaire), réduit la capacité de cette suspension
à donner une réponse anti DNP détectable
par la numération des PH anti-DNP. On comprend pourquoi
in vivo les molécules protéiques avec un taux élevé
de substitution pour un haptène, sont les plus tolérogènes
puisqu'elles ont des épitopes
répétitifs (Pike
et Nossal).
Une tolérance des B matures
est plus difficile à obtenir qu'une tolérance des
B immatures. Ainsi, la facilité
avec laquelle on produit une tolérance dans les cas d'immaturité
du système immunitaire, est en partie une propriété
intrinsèque des B précoces et immatures. Cette induction
de la tolérance au niveau des B immatures est un processus
actif qui s'accompagne de phosphorylations oxydatives, de synthèses
protéiques et même de synthèse d'ADN chez
ces cellules. Le signal inhibiteur agit dans la phase G1, empêchant
ensuite le passage à la phase S des lymphocytes B. Dans
toutes ces situations, le mécanisme est le même,
les Ig récepteurs de membrane
des B transduisent un signal après liaison avec l'Ag ou
avec des Ac anti-Ig, mais un second signal tel que celui de l'IL4
secrétée par les TH2, n'est pas produit.
Un phénomène analogue à la tolérance
spécifique peut découler de l'action in vitro d'Ac
anti-Ig sur les cultures de certains lymphomes de type B immatures.
Dans ces cas, les lymphocytes B sont rendus non réactifs
vis-à-vis de différents stimulants, donc anergiques.
Dans un nombre très faible de systèmes, la tolérance
peut être levée si les cellules B sont traitées
par la trypsine. En effet, la tolérance des cellules B
correspond, au moins dans un premier temps, à une saturation
des récepteurs de surface par un Ag présentant des
déterminants identiques répétitifs, à
condition qu'il n'y ait pas eu une stimulation des cellules B
par les lymphocytes T coopérants ou par une structure mitogène
présente sur les Ag thymo-indépendants. Dans ce
cas, le traitement par un enzyme protéolytique lève
la tolérance en débloquant
les récepteurs. Plus tardivement, la tolérance aboutit
soit à une délétion ou à une anergie
des clones.
c2/ Cellules T
Une tolérance au niveau de la lignée T par délétion ou anergie peut aussi survenir en faisant agir de fortes doses d'Ag sur
les T ou leurs précurseurs. Ainsi l'incubation in vitro
avec des peptides de l'hémagglutinine du virus A de la
grippe pendant 18 h, d'un clone de T coopérants spécifique
de cette hémagglutinine fait perdre à ce clone sa
réactivité vis-à-vis de l'Ag. Cet état
de tolérance se constitue en l'absence de TS.
Cependant, les TS auraient la
faculté de favoriser l'établissement d'une délétion
clonale ou d'une anergie des T coopérants et pourraient parfois représenter le
1er temps de l'induction de la tolérance. Ainsi, un clone
de TS de souris spécifique de la SAB a un effet cytotoxique in vitro sur les T coopérants spécifiques de la SAB, ce qui expliquerait
les constatations précédentes.
La tolérance orale par une forte
dose d'Ag est surtout en rapport
avec une anergie clonale des T et touche plus la réponse cellulaire
que la réponse humorale .
VIII-3.2.1.2./ Tolérance
par faibles doses d'Ag soluble
Les faibles doses d'Ag n'induisent
de tolérance qu'au niveau des cellules T. Dans ces cas aussi, peuvent être détectés
des TS mémoires (Loblay et coll). D'ailleurs, Heuer et
Kolsch isolent à partir de souris BALB/c tolérisées
avec de faibles doses de SAB, un clone de TS inhibant spécifiquement
les T coopérants anti-SAB.
Ces faibles doses d'Ag agiraient
préférentiellement au niveau des TS dont les récepteurs
spécifiques sont plus avides que ceux des T coopérants. Les allergènes liés au mPEG, PVA
ou PVP agiraient aussi principalement par activation des T suppresseurs.
De même, l'injection IV d'un haptène aboutirait surtout
à la stimulation des T suppresseurs.
Ce sont aussi des TS qui sont le support de la tolérance
orale aux faibles doses d'Ag. Dans ce cas, les entérocytes
ont en surface des Ag de classe II et des CD1 qui peuvent présenter
les Ag respectivement aux CD4+ et CD8+ mais sans costimulation.
En effet les entérocytes n'expriment ni B7, ni ICAM. En
fait, ce sont les cellules dendritiques
locales qui joueraient le rôle principale, car ces cellules
sont du type lymphoïde CD8+
tolérogène avec peu de B7 et CD40 de membrane. Les
TS produits seraient des CD8+TcRgd+, CD4+TH3
ou CD4Tr1.
L'IFNg et le TGFb
facilitent l'induction des TS par
les cellules présentant l'Ag. D'ailleurs, les sites où
l'introduction d'un Ag conduit facilement à une tolérance
(humeur aqueuse, liquides cérébrospinal et amniotique),
contiennent spontanément du TGFb.
L'IL4 favorise la production de TH3 et l'IFNa+l'IL10
polarisent la différenciation des T dans le sens Tr1. L'apparition
de TH3
dépend de la présentation de l'Ag sur des CpAg lorsque
le CD86 de la CpAg rencontre le CD28 des T. Les TCD4+ à
activité suppressive sont préférentiellement
sélectionnés lorque l'Ag est présenté
sur des CpAg surexprimant Serrate1 (ligand de Notch).
Les Tr1 produiront du TGFa lorsqu'ils seront activés par l'intermédiaire
de leur CTLA4. De plus CTLA4 pourrait aussi transmettre, après
contact avec des T cibles, un signal négatif pour ces cellules.
Des TCD8+ peuvent aussi participer à l'induction et au
maintien d'un état de tolérance, notamment dans
les tolérance orales en génant la signalisation
des CpAg par leur CD40.
Nous verrons pour la tolérance aux greffes que des suppresseurs apparaissent parfois comme des
T CD4+CD25+ anergiques doués d'activité inhibitrice. Il pourrait en être de même pour
la tolérance par faibles doses d'Ag soluble.
VIII-3.2.2./ Tolérance
aux greffes
Cette tolérance dépend en
grande partie de TS ou de cellules
T veto qui agissent sur la différenciation
des T cytotoxiques et/ou sur les effecteurs cytotoxiques de ces
cellules. Cependant, des "facteurs
bloquants" inhibant la réponse
immune spécifique ont aussi été signalés
ainsi qu'une délétion
clonale ou surtout une anergie (tableau VI-XIVb).
VIII-3.2.2.1./
Tolérance aux greffes dans
le cas de chimères cellulaires
-a-
Produite après injection
de fortes doses de moëlle osseuse
La délétion est initialement le mécasnisme
principal à l'origine de la tolérance.
-b- Produite après injection de doses optimales
de cellules
Elle est caractérisée par la perte, pour les lymphocytes
T des sujets tolérants, de la capacité d'induire
une GVH, une réaction en culture mixte et la production
de T cytotoxiques. Lorsque la tolérance n'existe que pour
les Ag du CMH de classe I, elle est plutôt en rapport avec
une délétion ou une anergie clonale. Lorsqu'elle
s'exprime vis-à-vis des Ag de classe II, elle dépend
d'une délétion ou d'une anergie clonale et de T
suppresseurs. Deux types de lymphocytes suppresseurs interviennent
:
*
les TS non spécifiques qui sont des cellules suppressives naturelles
agissant au moment de l'induction de la tolérance,
*
les TS
spécifiques dont le rôle
est de maintenir l'état de tolérance.
Les grands lymphocytes nuls granuleux
à FcgR (NKS) ont une activité spontanément
suppressive de la réaction
lymphocytaire mixte et de la réaction du greffon contre
l'hôte. Ces cellules sont présentes d'une part transitoirement
en quantités importantes dans la rate de sujets immunodéprimés
(irradiation, SAL...), d'autre part dans la moelle osseuse. C'est
pour cela que la moelle osseuse est la meilleure source de cellules
allogéniques pour l'induction d'une tolérance chez
un receveur immunodéprimé.
Ces tolérances sont ensuite
entretenues par un circuit suppresseur spécifique peut-être constitué par des lymphocytes
T CD4+ inducteurs de suppression. Ces cellules reconnaîtraient
l'Ag du CMH allogénique (classe II) et activeraient des
T suppresseurs CD8+ ou CD4+ spécifiques des idiotopes du
récepteur de ces CD4+ spécifiques de l'Ag de classe
II allogénique. La preuve de l'intervention de TS anti-idiotype
est apportée par la constatation suivante (figure VI-47a)
: la tolérance induite à la naissance chez le rat,
par création d'un chimérisme, est plus difficile
à rompre par l'injection de lymphocytes syngéniques
pour le receveur lorsque celle-ci est précédée
par l'injection d'un petit nombre de ces mêmes cellules.
Lorsque ce petit nombre de lymphocytes est dépeuplé
en T alloréactifs, il perd sa propriété d'accentuer
la résistance à la rupture de tolérance.
Les T anti-idiotype des TcR peuvent, très fréquemment,
être restreints par les Ag du CMH. En effet, les TcR sont
internalisés et protéolysés, puis les peptides
résultant de la protéolyse et correspondant aux
idiotopes, sont exposés dans le sillon des Ag du CMH. Les
T anti-idiotype reconnaissent l'ensemble peptide idiotypique/Ag
du CM.
Un cas particulier de tolérance avec chimérisme
est celui où l'on peut induire une tolérance (disparition
de la réaction en culture mixte) contre l'Ag Mls1a, en
injectant des cellules spléniques de souris adultes Mls1a
à des souris Mls1b (Souris n'exprimant pas l'Ag Mls1a).
Si ces dernières sont des nouveau-nées, il y a en
8 jours délétion des thymocytes spécifiques
de Mls1a (chute du nombre de thymocytes marqués par l'Ac
monoclonal anti Vß6 : le Vß6 sert à constituer
le TcR qui reconnaît le Mls1a).
Dans certaines tolérances avec chimérisme, l'inhibition
ou l'élimination des précurseurs des T spécifiques
des alloAg I et II dépend de cellules
veto.
-c- Produite après injection de doses suboptimales
de cellules à des sujets adultes et dans les cas de microchimérismes
L'administration de cellules spléniques de souris adultes
Mls1a à des souris Mls1b adultes (Rammensee et coll.),
conduit à un état de tolérance sans effondrement
du nombre de T CD4+Vß6+ des ganglions. Aucun système
cellulaire ou humoral de suppression n'existe chez ces animaux,
mais les T CD4+ anti-Mls1a présentent un état d'anergie caractérisé
par un nombre de TcR normal, la possibilité d'exprimer
des IL2R, mais l'impossibilité de produire de l'IL2.
Un état d'anergie peut aussi s'établir au niveau
des T cytotoxiques lorsque ces cellules ne reçoivent que
le premier signal provenant de l'Ag et pas de second signal issu
des TCD4+. Ainsi, des souris recevant des splénocytes ne
différant de leurs propres cellules que par l'allotype
Qa1, deviennent tolérantes par anergie de leurs T cytotoxiques.
En effet, seuls les T CD8+ peuvent reconnaître le Qa1 et
il n'y a pas de second signal en provenance des T CD4+. En revanche,
si les splénocytes injectés ont à la fois
le Qa1 et l'Ag mâle (H-Y) qui diffèrent de ceux du
receveur, il apparaît des T cytotoxiques anti-Qa1 grâce
au second signal des T CD4+ spécifiques de l'Ag H-Y.
Les tolérances par injection de faibles
doses de moelle osseuse ont pour
support principal des TS.
Dans les microchimérismes résultant de la dissémination
des cellules dendritiques du greffon
chez le receveur, par exemple
dans le cas d'une greffe de foie allogénique. Ces CD sont de type lymphoïde tolérogène, car les cytokines produites par les hépatocytes
ont participé à la différenciation des CD
dans le sens lymphoïde. La tolérance
est de type délétion et surtout anergie.
-d-
Produite avec pénétration
des lymphocytes dans le thymus
La tolérance transférable adoptivement, induite
par soit des injections intrathymiques d'Ag du CMH solubles ou
portés par des cellules, soit des greffes intrathymiques,
ne se constitue que si une greffe
allogénique avec les même Ag du CMH est faite ensuite
hors du thymus. Dans ce cas,
les T non tolérants circulants sont activés au contact
de la greffe extrathymique et peuvent regagner le thymus où
ils sont anergisés ou ils subissent une délétion
clonale.
Dans certaines tolérances vis à vis d'un organe
comme le rein, contrôlées par une immunosuppression
de courte durée, des leucocytes contenus dans l'organe
greffé pourraient gagner le thymus où ils participeraient
à induire la tolérance. Ces leucocytes
seraient des T activés que l'on sait capables de pénétrer
dans le thymus.
Dans toutes ces tolérances avec chimérisme, les
receveurs portant une greffe depuis
longtemps, le sang périphérique
contient des cellules veto (T, NK et autres) provenant du donneur qui détruiront
les T cytotoxiques du receveur qui les reconnaissent.
VIII-3.2.2.2./ Tolérance
induite par des thymus dont seules les cellules du stroma (cellules
épithéliales, macrophagiques ou dendritiques) expriment
les Ag d'histocompatibilité allogéniques
Dans les tolérances résultant
de l'interaction entre des précurseurs T et un thymus histo-incompatible
pour les Ag du CMH ou dans les tolérances spontanées
vis-à-vis des Ag d'histocompatibilité autologues,
il existe au moins partiellement
une délétion clonale.
Ainsi, à l'aide de l'Ac monoclonal anti b6 (il détecte
la chaîne ß des récepteurs des lymphocytes
T spécifiques de l'auto-Ag du CMH de classe II, IE de certaines
souches de souris), il apparaît que de nombreux thymocytes
immatures ont cette autoréactivité, alors que celle-ci
est rare chez les thymocytes matures et les T périphériques.
Donc, les T autoréactifs
vis-à-vis de l'Ag IE ont été, en grande partie,
éliminés dans le thymus en fin de différenciation
sans doute après contact avec les auto-Ag de classe II
des macrophages et des cellules dendritiques du thymus. Un phénomène analogue existe
pour les Ag Mls.
En revanche, chez des souris transgéniques, exprimant le
produit de leur transgène (un Ag allogénique du
CMH) uniquement sur les cellules épithéliales thymiques,
il existe une anergie des T spécifiques
de l'alloAg sans délétion clonale (figure VI-47b). On fait la même constatation pour les
Ag allogéniques de classe II chez des souris greffées
avec un thymus allogénique débarassé de cellules
hématopoïétiques d'origine médullaire
(thymocytes, macrophages, cellules dendritiques). Dans ces cas,
la réaction en culture mixte de lymphocytes circulants
n'est pas totalement abolie.
Les tolérances induites par les greffes de thymus allogéniques
chez les nudes sont transférables adoptivement à
des receveurs compatibles par les TCD4+.
Ces différents modèles expérimentaux conduisent
à penser que, pour les Ag du CMH ou les Mls, la délétion clonale ne se produit qu'au niveau du thymus par contact
entre l'Ag présenté par les macrophages
ou les cellules dendritiques
aux thymocytes CD4+CD8+. Un état d'anergie
résulterait du transfert
de l'Ag à des T ou des thymocytes par des cellules qui
ne peuvent produire un second signal suffisant tel que celui des
macrophages fixés ou celui des cellules
épithéliales thymiques.
La tolérance est également, dans ces cas, en rapport
avec la production dans le thymus greffé, de T suppresseurs.
En définitive, au sein
du thymus peuvent se produire délétion clonale,
anergie clonale et production de T à activité suppressive. Les T à TcR reconnaissant les Ag du
CMH sur les cellules épihéliales thymiques
(CRET), sont sélectionnés
positivement, les T à
TcR de forte avidité pour les Ag du CMH exprimés
principalement sur les cellules dendritiques, sont sélectionnés négativement. Enfin, c'est au contact des Ag du CMH des CRET
que sont sélectionnés
positivement les T suppresseurs
ou que les T deviennent anergiques. D'ailleur, ces
T anergiques pourraient être les TS.
VIII-3.2.2.3./ Tolérance chez les souris transgéniques
dont les Ag du CMH étrangers ont une expression uniquement
extrathymique
Des transgènes d'Ag du
CMH introduits, à l'aide de promoteurs spécifiques
d'un tissu, donnent naissance à des souris exprimant l'Ag
du CMH étranger seulement au niveau du tissu (hépatocytes,
îlots de Langerhans, système nerveux...) correspondant
au promoteur.
Si l'Ag du CMH étranger est un Ag de classe
I, la souris transgénique
a des lymphocytes T cytotoxiques actifs in vitro sur des cellules
cibles portant cet Ag. Cependant, l'animal est tolérant
vis-à-vis de l'Ag de classe I, car il ne rejette pas les
greffes de peau portant cet Ag. Donc, il
n'y a pas de délétion clonale, mais des mécanismes
suppresseurs actifs.
Si l'Ag du CMH étranger est de classe
II, on n'observe pas de délétion
clonale, mais une anergie clonale. L'anergie apparaît lorsque l'Ag étranger est présenté
par des cellules (cellules épithéliales) dont la
fonction n'est pas la présentation des Ag, mais qui expriment soit anormalement des Ag
de classe II allogéniques (souris dont les cellules b
du pancréas portent un Ag de classe II transgénique),
soit transitoirement les Ag de classe II autologues dont le sillon
abrite des peptides d'auto-Ag. Dans ces conditions, il y a occupation
du TcR des T CD4+ TH1, par les Ag correspondants, sans intervention
d'un second signal (IL6, B7 de surface) originaire des cellules
présentant l'Ag.
VIII-3.2.2.4./ Tolérance
en l'absence de chimérisme
Les lymphocytes des sujets dont
la tolérance ne dépend pas d'un état de chimérisme,
gardent leur faculté de provoquer une GVH, une prolifération
et une production de T cytotoxiques en culture mixte. Souvent
la cytotoxicité de ces cellules est bloquée, si
on introduit in vitro le sérum du receveur. Le phénomène de facilitation vis-à-vis de greffes de tumeur peut être
transféré passivement à des animaux normaux
à l'aide du sérum des animaux traités par
la tumeur lyophilisée.
Dans ces situations, interviennent des substances solubles présentes
dans le sérum et ayant une activité inhibitrice
spécifique. Ces facteurs sont soit des Ac facilitants,
soit des auto-Ac anti-idiotypes, soit des complexes
Ag-Ac, soit même de l'Ag libre soluble
circulant.
L'action des Ac s'exerce sans
doute à la périphérie au niveau de la greffe en masquant les Ag de transplantation.
Les complexes Ag-Ac, les Ag solubles et les auto-Ac
anti-idiotype interviennent au niveau central
en neutralisant les récepteurs pour l'Ag des lymphocytes
T. De plus, les complexes Ag-Ac peuvent agir indirectement par
l'intermédiaire de TS qui possèdent des récepteurs
pour le Fc des IgG ou directement sur les cellules B qui ont aussi
des récepteurs pour le Fc des IgG.
Les formes solubles des Ag du
CMH libérées à partir des greffes (surtout les greffes de foie) interviennent
également. Ainsi, la greffe incompatible d'un foie faite
chez un rat prêt à rejeter une greffe de 5 à
6 jours de coeur ou de rein portant les mêmes Ag du CMH
que ceux du foie, inhibe le rejet du coeur ou du rein greffé.
En effet, dans les jours qui suivent la transplantation de foie,
la greffe libère des Ag de classe I solubles qui vont bloquer
les CD8+ présents dans la greffe de coeur ou de rein.
Ces différentes tolérances dépendent, en
plus, de systèmes cellulaires
suppresseurs comme les tolérances
avec chimères. Par exemple, les macrophages suppresseurs
sont au début les supports de la tolérance qui résulte
de la transfusion de sang du donneur.
VIII-3.2.2.5./ Tolérance
après traitement modificateur de la réponse immune
In vivo,
un traitement immunosuppresseur d'une souris avant et après
une greffe peut progressivement s'accompagner de l'apparition de TS CD4+ d'abord dans la greffe,
puis en dehors. Dés le
jour 14 les T de la greffe peuvent transférer adoptivement
la tolérance, alors que ce transfert n'est possible avec
les splénocytes qu'au jour 70. Si la greffe est retirée,
une greffe d'un même donneur réalisée 5mois
après, est rejetée de façon accélérée.
Donc, la tolérance et les TS CD4+ ne persistent de façon
prolongée qu'en présence du premier greffon.
In vitro, la culture de TCD4+ de souris avec des cellules
exprimant des Ag de classe II incompatibles et des Ac anti-CD40L
ou anti-CD80/86 conduit en 10jours à des cellules ayant
perdu en grande partie leur capacité d'induction d'une
GVHR. Ce sont des TCD4+CD25+ de la culture qui arrêtent
le cycle cellulaire des CD25- répondeurs avant que ces
dernières ne meurent par apoptose.
VIII-3.2.2.6./ Foetus, greffe
allogénique tolérée
Comme le foetus
porte les Ag d'histocompatibilité
du père et de la mère, il est pour cette dernière
une greffe semi-allogénique. Cependant, le foetus n'est pas rejeté
par le système immunitaire de sa mère. Plusieurs
mécanismes concourent à faire que le foetus est
toléré par celle-ci.
-a-
Utérus site privilégié
pour les greffes
L'utérus gravide (mais pas l'utérus non gravide)
est un lieu privilégié qui favorise la prise de
greffes allogéniques expérimentales.
-b- Interface particulière entre le foetus
et sa mère
Le contact entre foetus et mère se fait par l'intermédiaire
du placenta. Celui-ci est constitué du côté
de l'enfant par le trophoblaste devenant ensuite le syncytiotrophoblaste
et les membranes périfoetales, et du côté
de la mère par le deciduum utérin. Le trophoblaste
est le tissu de l'enfant directement au contact avec le tissu
utérin de la mère. Au travers du placenta, des GR
(3ème trimestre) et des lymphocytes (1er trimestre) peuvent
passer de l'enfant à la mère, mais pas dans le sens
inverse. La mère peut s'immuniser contre les Ag paternels
du foetus, mais il n'y a pas de rejet de celui-ci car au niveau
du trophoblaste, les Ag du CMH de
classe I sont peu exprimés,
sauf le HLA-G un Ag du CMH de
classe I non classique. Or ce
HLA est reconnu par les récepteurs
inhibiteurs de NK présents en grand nombre à l'interface
mère/foetus.
Le trophoblaste est en plus recouvert par une couche protectrice
de sialomucine et de mucopolysaccharides.
-c- Facteurs inhibiteurs
humoraux spécifiques et non spécifiques
c1/ Facteurs
bloquants spécifiques
Le sérum de la mère
ou les Ig maternelles déposées dans le placenta
ont la faculté d'inhiber spécifiquement in vitro
ou in vivo les réponses immunes cellulaires de la mère
vis-à-vis des Ag du père. Il pourrait s'agir d'Ac facilitants,
de complexes immuns et notamment pour les Ig éluées
à pH acide à partir du placenta, d'Ac anti-Ag de
classe II du père.
c2/ Facteurs
inhibiteurs non spécifiques de la réponse immune
L'a-foeto-protéine
provenant de l'enfant, ainsi que les stéroïdes et
gonadotrophines produits par le placenta ont un effet immunodépresseur,
surtout au niveau du placenta où les concentrations locales
sont très élevées.
-d-
T suppresseurs
Des T suppresseurs capables de gêner les réponses
cellulaires, principalement vis-à-vis des Ag du CMH du
père, ont été mis en évidence au cours
de la gravidité.
VIII-3.2.3./ Tolérance
vis-à-vis de l'hypersensibilité cellulaire
Selon le mode d'induction
les mécanisme de la tolérance peuvent varier.
-a-
T. suppresseurs
Les tolérances s'exprimant par un défaut de l'HSR,
peuvent être sous le contrôle de TS actifs sur l'induction
ou l'expression de l'HSR. Dans ce cas, une inhibition ou la non
activation des T contrasuppresseurs serait importante pour l'établissement
de la tolérance. Ainsi, chez la souris des T contrasuppresseurs
apparaissent dans les cultures de suspension de rate de nouveau-nés.
Ces cellules administrées en même temps qu'une injection
IV de cellules d'exsudat péritonéal syngénique
liées à un haptène, empêchent l'établissement
d'une tolérance vis-à-vis de l'haptène et
provoquent l'apparition d'une HS de contact. Ces constatations
ont fait dire à Green et Gershon qu'une tolérance
au niveau cellulaire, reposant sur la présence de T suppresseurs,
n'apparaît que si l'Ag est administré dans des conditions
où la contrasuppression n'est pas activée. Cela
serait aussi vrai pour les tolérances au niveau humoral.
Cependant, l'existence de la contrasuppression est contestée.
Les tolérances obtenues par injection parentérale
de kératinocytes syngéniques hapténisés
dépendent de TS, ainsi que celles où l'Ag est introduit
dans la chambre antérieur de l'oeil.
-b- Délétion
clonale ou équivalents
Nous avons vu que les tolérances au niveau cellulaire obtenues
par injections intraveineuses d'haptènes couplés
à des cellules spléniques syngéniques IA+
ne sont pas transférables adoptivement, donc ne seraient
pas liées à la présence de TS. En fait, des
TS seraient nécessaires au début de l'induction
de la tolérance, même après seraient impliqués
des phénomènes de délétions clonales
ou d'anergie.
VIII-3.2.4./ Tolérances
qualitativement partielles
Dans la "split"
tolérance" de Brent
et Medawar, il existe vraisemblablement des TS
spécifiques des CBA. Ces
TS empêchent le rejet de cellules portant les Ag H2 des
C57Bl seulement quand ils sont associés aux H2 des CBA,
donc au niveau des cellules spléniques de (CBA x C57Bl)F1
et non au niveau de la peau de CBA.
Ptak et coll expliquent les tolérances au niveau de l'immunité
humorale associées à une importante HSC, par la
production de contrasuppresseurs actifs seulement sur les T de
l'HS cellulaire et non sur les T coopérants de l'immunité
humorale. Ainsi, l'injection IV d'un conjugué haptène-IgG
isologues fait apparaître chez la souris, un grand nombre
de contrasuppresseurs Lyt1+IJ+ actifs sur l'HS de contact. En
fait, dans ces immunes diversions,
c'est la rupture
initiale de l'équilibre TH1/TH2 en faveur de TH1 qui persiste du fait de l'inhibition réciproque
de ces 2 types de TCD4+.
La déviation immune associée aux sites
privilégiés paraît
en rapport avec un comportement
spécial des CpAg de ces
sites privilégiés (cellules dendritiques et macrophages
expriment peu d'Ag du CMH dans ces sites) et la présence de NKT restreintes par CD1. Cette faculté des CpAg des sites privilégiés
de ne permettre qu'une réponse humorale de type TH2, et
encore partielle, serait le résultat de l'action du TGFb sur ces cellules. Ainsi, les NKT et les cellules
des procès ciliaires sécrétent du TGFb.
Au niveau de l'oeil, dans cette déviation intervient aussi
une délétion clonale des T par apoptose. Ainsi,
l'apoptose est induite par le fasL des différentes structures
oculaires telles rétine (épithélium pigmentaire,
photorécepteurs), iris, procés cilaires et cornée
(épithélium et endothélium), qui sont reconnues
par le fas des lymphocytes. Les cellules avec fasL forment ainsi
une sorte de barrière protectrice autour de l'oeil. Les
cellules de Sertoli du testicule, autre site privilégié,
expriment également le fasL. Au niveau de l'oeil, interviennent
aussi des neuropeptides immunosuppresseurs (une melanocyte stimulating
hormone, vasoactive intestinal peptide), les cellules de Muller
de la rétine parfois présentant une activité
immunosuppressive locale et enfin des T suppresseurs actifs sur
l'immunité cellulaire.
Dans la tolérance systémique
coexistant avec une immunité digestive après ingestion
de l'Ag, le circuit contrasuppresseur
des plaques de Peyer inhibe les circuits suppresseurs de ces mêmes
plaques. Cet effet ne s'exerce que localement.
Au cours des tolérances
avec dissociation entre la réponse in vivo et in vitro, les mécanismes sont différents
pour l'immunité cellulaire et l'immunité humorale.
Pour la première, la tolérance dépend de
facteurs facilitants qui circulent. Pour la seconde, les Ag en
cause sont peu catabolisables et neutralisent au fur et à
mesure les Ac produits en formant des complexes Ag-Ac. Ces derniers
sont phagocytés par polynucléaires et macrophages
qui libèrent alors l'Ag qui a résisté à
la digestion. Dans ces conditions, l'Ag peut se combiner de nouveau
aux Ac et le cycle se perpétue.
VIII-3.3./
Récapitulatif sur les modes d'induction d'une délétion
clonale, d'une anergie clonale et de T suppresseurs
Le
tableau VI-XIVa rappelle les mécanismes
de tolérance selon les cas. La délétion
clonale intervient principalement
dans le thymus et pour les Ag présents dans cet organe.
L'anergie clonale se constitue hors du thymus ou dans le thymus
mais cet organe n'est pas indispensable pour que s'établisse
une anergie. Cependant, les CD4CD25+ anergiques et suppresseurs
sortent du thymus avec ces 2 caractéristiques. Le tableau VI-XIVb
indique les processus qui conduisent à cette anergie. Enfin,
les T suppresseurs CD4+ sont également produits à
la périphérie ou dans le thymus, mais la présence
de ce dernier n'est pas obligatoire pour obtenir des TS. Ces T
sont le support de la tolérance infectieuse et les T tolérants convertissent progressivement
les T naifs en T tolérants, mais seulement en présence
de l'Ag. Ces TS peuvent gêner
la réponse vis à vis d'autres Ag que ceux qui sont
à l'origine de la tolérance, si ces derniers Ag
sont présents avec les autres Ag. L'anergie
coexiste souvent avec les TS ou remplace ces TS, et certains T
anergiques sont même des TS.
Ces TS anergiques gêneraient la réponse des T non
anergiques soit par contacts cellulaires, soit grâce à
l'IL10 sécrété par les T anergiques. L'IL10
va en retour favoriser l'établissement de l'anergie.
Des cytokines et des molécules de surface sont impliquées dans la production et/ou les effets des TS médiateurs de la tolérance infectieuse et dans les autres tolérances. Le TGFb agit, au moins en partie, en diminuant l'expression de CD40 sur les macrophages qui produiront peu d'IL12 sous l'influence d'IFNg, ne recevant plus ou peu de signaux des CD40L des TH1. Le peu d'IL12 produit ne permet plus aux TH1 de se développer. L'IL4 et l'IL10 orientent la différenciation des CD4+ dans la direction TH3 sécrétant du TGFb. Ainsi, des Ac anti-IL4 s'opposent à la création d'une tolérance infectieuse, mais ne la fait pas disparaître si elle est déjà installée. En revanche, les Ac anti-TGFb rompent la tolérance. L'IL2 est nécessaire à la programmation des T pour une apoptose induite par les Ag en permettant la surexpression de fasL et en diminuant le taux de FLIP qui est une protéine inhibant la mort cellulaire dépendant de fas. D'ailleurs les souris traitées par des Ac monoclonaux anti-IL2 ou anti-IL2R et les souris knock out pour les gènes de l'IL2 ou de l'IL2R ont des taux normaux de fas, mais sont résistantes d'une part à l'apoptose induite par un signal en provenance du fas et d'autre part au développement d'une tolérance. CTLA4 est important pour la production d'une tolérance par anergie et/ou infectieuse. Ces tolérances ne peuvent s'installer correctement si le CTLA4 est bloqué. CTLA4 ne s'exprime en quantité significative que sur les T activés dont la prolifération sera arrêtée par liaison de CTLA4 avec B7.