CHAPITRE VII
Deux types de contrôles génétiques s'exercent
sur la réponse immune : - celui qui agit sur la synthèse des immunoglobulines et des récepteurs
de reconnaissance de l'antigène des lymphocytes T.- celui qui influence l'intensité
de la réponse immune.
I-SYNTHESE
DES IMMUNOGLOBULINES ET SON CONTROLE GENETIQUE
I-1. Aspects cytologiques et biochimiques de la synthèse
intracytoplasmique des Ig
Les Ig sont synthétisées par des cellules de la
lignée des lymphocytes B. Lorsque l'Ag stimule les lymphocytes
B matures, ceux-ci se multiplient et se différencient en
plasmocytes
qui perdent leurs Ig de surface
et vont synthétiser les Ig dans leur cytoplasme. Le plasmocyte a une durée de vie courte,
mais sécrète de grandes quantités d'Ig (2000
molécules/seconde environ). Les plasmocytes provenant d'une
même cellule B, sont des clones qui produisent des Ig avec le même isotype, les
mêmes allotypes, les mêmes idiotopes et le même paratope. Cependant, la commutation
représente une exception,
puisque la même cellule peut successivement synthétiser
2 classes différentes d'Ig : d'abord IgM, puis IgG, IgA
ou IgE. Une autre exception est en rapport avec des mutations somatiques
conduisant à des clones qui produisent des Ig avec une
partie V un peu différente des Ig synthétisées
par le clone d'origine. La synthèse des Ig est précédée
par la transcription de 2 types
d'ARNm de tailles différentes,
le premier codant pour la chaîne
lourde, le second pour la chaîne légère d'Ig. Les ARNm transcrits à partir de
l'ADN (Hn RNA ou pro ARNm nucléaire ou ARNm primaire) sont
plus longs que ce qui est nécessaire pour la synthèse
de la chaîne polypeptidique. Les fragments
d'ARN en excès correspondent
aux introns de l'ADN. Ils seront éliminés par épissage
(splicing) dans le noyau pour donner les ARNm cytoplasmiques matures.
La synthèse des chaînes lourdes est réalisée
dans des ribosomes différents de ceux synthétisant
les chaînes légères. Le segment initial hydrophobe
de la chaîne peptidique de H ou L, nommé leader, correspond
à une séquence signal qui permet à ce peptide de s'insérer
dans la membrane du réticulum endoplasmique (RE). Dès
que le leader est synthétisé par le ribosome, il
se lie à une SRP (signal recognition particule) constituée
par un petit ARN 7S et par 6 protéines. La SRP, en fixant le peptide leader, interrompt
la synthèse du reste de la chaîne peptidique, puis
se localise sur un récepteur
du RE de 72 kDa. La SRP emmène
avec elle le ribosome qui adhère alors au RE au niveau
d'un constituant particulier de celui-ci. La SRP, après
ce transfert du ribosome, l'abandonne. Le peptide leader s'implante
dans la membrane du RE, la synthèse de la chaîne
peptidique reprend et l'ensemble de cette chaîne traverse
la membrane et se retrouve dans la lumière du RE. Pendant
ce temps, la portion signal est clivée par une protéase
de la membrane du RE et la lumière du RE contient alors
la chaîne peptidique débarrassée de sa séquence
signal (figure VII-1). Les chaînes H et L sont ensuite assemblées
en monomères (H2L2) dans les sacs ergastoplasmiques. Les monomères
apparaissent d'abord dans les
sacs périnucléaires,
puis ils migrent jusqu'au corps
de Golgi où des glycosyl-transférases fixent les groupements glucidiques sur la molécule.
Les Ig sont alors excrétées
sous forme de microvésicules
(issues de l'appareil de Golgi) qui s'ouvrent à l'extérieur,
après liaison avec la membrane cytoplasmique (figure VII-1).
La synthèse d'une chaîne lourde se fait en 60 secondes
dans des polysomes longs et celle d'une chaîne légère
en 30 secondes dans des polysomes plus courts. Les Ig sortent
du plasmocyte en une vingtaine de minutes après le début
de la synthèse des chaînes L et H. Les IgM sont sécrétées sous
forme pentamérique, et
les IgA sous forme mono, di ou
polymérique. L'assemblage
des monomères se fait au moment où les Ig franchissent
la membrane cytoplasmique. La chaîne
J, également synthétisée par le plasmocyte, sert à la liaison entre les monomères.
Certaines IgA dimériques et une petite
quantité d'IgM deviennent
des Ig sécrétoires
par combinaison dans les cellules
épithéliales des muqueuses, avec des pièces sécrétoires synthétisées par ces cellules.
I-2.
Bases génétiques de la structure des Ig
I-2.1./ Les gènes des Ig. Les groupes de translocation
Chez la souris, 3 gènes codent pour Cl (correspondant aux 3 sous-types l), 1 pour Ck et 8 pour CH (correspondant
aux différentes classes et sous-classes d'Ig). Chez l'homme, le nombre
de ces gènes est de 3 pour Cl, 1 pour Ck et 9 pour CH. Le contrôle
génétique des régions V et C est indépendant, comme l'a d'abord suggèré l'observation
qu'une même région VH se retrouve liée à
des régions CH différentes. Ainsi des IgG et IgM
monoclonales qui peuvent être présentes simultanément
chez un myélomateux, ont les mêmes régions
VH. De plus chez le lapin, les allotypes du groupe "a"
des Ig, situés au niveau de la région VH, sont présents
à la fois sur les IgG, les IgA et les IgM dont les parties
CH sont différentes. Donc, les mêmes parties VH peuvent
être liées à des parties CH des différentes
classes (cg, ca, cm, cd , ce) et sous-classes, mais non aux parties constantes
des chaînes légères. Par contre, les parties
variables des chaînes légères k
ne peuvent s'associer aux parties constantes des chaînes
l
et inversement (figureVII-2).
Ces constatations conduisent à rechercher comment plusieurs gènes peuvent donner une seule
chaîne polypeptidique H ou L continue comportant les produits
des gènes V, puis ceux des gènes C. On peut se poser la même question, mais
formulée autrement : comment
2 gènes différents fournissent-ils un pro-ARNm continu ?
Découlant de ce que nous avons dit précédemment
sur les associations obligatoires VH avec CH, Vk avec Ck,
Vl avec
Cl,
il faut admettre que les gènes codant pour les Ig sont
arrangés en 3 groupes de
translocation différents contrôlant
respectivement la synthèse des chaînes
lourdes et des chaînes légères k
et l. Comme les gènes correspondants ségrègent
indépendamment, ces groupes sont donc situés sur
3 chromosomes différents et chaque gène
V d'un groupe ne peut s'associer qu'au gène C du même
groupe présent sur le même chromosome (tableau
VII-I).
| Souris | Homme | |
| H | 12 | 14 (14 q32-33) |
| l | 16 | 22 (22 q11-12) |
| k | 6 | 2 (2 p12) |
I-2.2./
Particularités du contrôle génétique
des Ig
Deux caractéristiques
principales de la synthèse des Ig doivent être expliquées
au niveau du contrôle génétique. On sait que
les plasmocytes provenant d'une même cellule B sont des
clones qui produisent chacun des Ig avec les mêmes allotypes,
les mêmes idiotypes et le même paratope. Il convient
alors de comprendre comment il
peut exister autant de clones cellulaires différents que
de déterminants antigéniques (au moins 108) reconnus
par les Ac produits par ces clones.
C'est le problème de la diversité
des Ac. La deuxième particularité
de la synthèse des Ig est la commutation, faculté pour beaucoup de plasmocytes
de synthétiser successivement deux classes différentes
d'Ig d'abord IgM, puis IgG, IgA ou IgE.
I-2.2.1./ Contrôle
des portions variables des Ig
I-2.2.1.1./ Théories
expliquant la diversité des Ac
Les vieilles théories informatrices selon lesquelles l'Ac se moulerait sur l'Ag
ayant pénétré dans le lymphocyte B, ou directives dans
lesquelles l'Ag agirait au niveau de l'ADN du noyau, pour lui
indiquer les molécules de reconnaissance spécifiques
de l'Ag, qu'il doit faire synthétiser, ont été
successivement réfutées. Seules les théories sélectives ont trouvé une confirmation expérimentale.
Elles reposent sur le concept que les lymphocytes d'un individu
forment une population complexe, où chaque lymphocyte grâce
à ses récepteurs de membrane ne peut reconnaître
qu'un seul déterminant antigénique. On a calculé
de façon approximative que pour répondre à
toutes les stimulations antigéniques possibles, un sujet
devait avoir un ensemble de lymphocytes capables de reconnaître
108
déterminants antigéniques. Par conséquent,
son génome devrait contenir l'information nécessaire
pour coder 108 molécules de reconnaissance différentes,
donc 108
parties variables d'Ig. La longueur
d'ADN nécessaire pour coder toutes les parties variables
de ces molécules dépasse les possibilités
de l'ensemble de l'ADN d'un noyau de mammifères. Deux théories qui se complètent
l'une l'autre, permettent de contourner cette contradiction apparente.
Théories germinales : La diversité du site Ac
résulte de la juxtaposition
des parties variables VH et Vk ou Vl.
Ainsi en faisant l'hypothèse de 104 gènes V, par
combinaison de ces gènes V des chaînes H et L, on
pourrait aboutir à la totalité (108) des spécificités
Ac. En effet, chacune des 10 000
chaînes lourdes différentes
peut s'apparier à chacune des 10 000 chaînes légères
différentes. Donc, le noyau de toutes les cellules de l'organisme
porterait la totalité des ADN correspondants aux nombreuses
parties VH, Vk ou Vl, mais sans expression phénotypique, sauf
pour chaque clone particulier de lymphocytes B dont la partie
du gènome codant pour une spécificité Ac
serait déréprimée. Le défaut de cette
théorie est de faire encore intervenir une quantité
trop importante d'ADN pour le codage des régions V.
Théories somatiques : Ces théories font intervenir un nombre limité de gènes, la diversité résultant de recombinaisons somatiques entre ces gènes, de mutations
survenant lors de la multiplication des B
ou d'autres phénomènes
modifiant le génome primitif.
I-2.2.1.2./ Recombinaisons
somatiques
-a- Les recombinaisons
Les gènes qui vont coder pour la partie V des chaînes
L et H des Ig résultent respectivement de combinaisons
variables entre 2 (V et J) et 3 (V,D et J) séries de gènes.
Dans la lignée germinale, existe un nombre
limité de gènes V
à partir desquels émerge la variabilité de
la région V chez les lymphocytes B matures. Pour chaque
groupe de translocation, donc de gènes portés par
le même chromosome, le nombre de ces gènes V est
de plusieurs centaines et la variabilité de la région
V des Ig découle de recombinaisons
somatiques à l'intérieur de chaque groupe de translocation. L'intervention de recombinaisons pour expliquer
l'origine de la diversité des Ac est apparue à la
lumière de plusieurs constatations expérimentales
- Un gène V et un gène C particuliers sont séparés
sur un même chromosome par plusieurs milliers de nucléotides
lorsqu'ils sont extraits à partir de tissus embryonnaires
ou de la plupart des tissus non lymphoïdes d'adultes, alors
qu'ils sont voisins sur le même fragment d'ADN lorsque celui-ci
provient de cellules lymphoïdes productrices d'Ig (Tonegawa).
- les gènes V des chaînes
légères k de souris
ne codent pas pour la totalité de la partie V de l'Ig (108
AA) mais seulement pour les 95 premiers AA. Les 13 autres AA,
situés du côté la partie C-terminale, sont
contrôlés par des segments
J (J pour joining) présents
dans les cellules embryonnaires à distance des gènes
V et C. L'existence de ces segments J accroît les combinaisons
possibles lors de la formation du gène actif final dans
la cellule B mature par réunion de fragments V et J variés
(figure VII-2).
Pour la chaîne l, il existe 2
gènes V et 3 gènes actifs J.
Cette chaîne est la moins variable des chaînes légères
et lourdes. La chaîne k est plus hétérogène comportant
4 gènes J et 500 gènes
V environ répartis en
familles
de 7 gènes (les gènes de chaque famille ont un haut
degré d'homologie, ces familles sont l'expression génique
des groupes de variabilité).
- Pour les chaînes lourdes
de souris, le locus codant pour
la partie variable de la chaîne H est le siège de
combinaisons encore plus nombreuses que dans le cas des chaînes
L, car un segment supplémentaire
D (D pour diversity) a été
identifié entre les gènes
V et les gènes J (figure VII-2).
Plus d'un millier de gènes
V répartis en 9 familles,
4 gènes J et 12 gènes
D ont pu être dénombrés.
Dans le cas des chaînes
légères, un gène
V est mis en contact avec un gène J, et l'ADN compris entre ces deux gènes est excisé : c'est la translocation
de ces gènes. Il y aura
alors transcription de l'ensemble
V-J-C introns et exons compris en un pré-ARNm. Enfin,
ce dernier est transformé en ARNm dans lequel les exons
VJC sont raccordés les uns aux autres et les introns excisés
: c'est le phénomène de maturation
de l'ARNm par
épissage. Pour les chaînes lourdes,
le même phénomène intervient, mais il concerne
les gènes V, D, J et C. Des constatations analogues ont
été faites chez l'homme (figure VII-3a). Les gènes Vk
appartiennent à 7 familles où seuls les gènes
des familles de 1 à 4 sont fonctionnels, les gènes
Vl
comprennent 10 familles qui se répartissent
en 3 groupes et les gènes VH 7 familles. Les gènes
d'une même famille VH ou Vk peuvent être éparpillés
tout le long du locus, alors que ceux de Vl sont regroupés.
Il existe des gènes V orphelins situés hors des
locus V sur le même chromosome ou sur un chromosome différent.
Ils pourraient être fonctionnels. Les premiers réarrangements DJ, puis VDJ des chaînes H surviennent
chez les pro B. Les réarrangements
DJ des chaînes L sont plus tardifs, apparaissant au stade
des B immatures. Les pro et pré B expriment des BcR qui ressemblent, mais sont différents
de ceux des B matures (pseudo
chaîne légère à la place de la chaîne
légère l et VpréB au lieu de VH). Les gènes codant pour la pseudo chaîne
légère
l (l5 chez la souris) et le segment
VpréB sont situés sur le même chromosome que
les gènes contrôlant la chaîne légère
l (16
pour la souris et 22 pour l'homme) (figure
VII-3b).
Nous avons vu dans le chapître sur les immunoglobulines
que dans la partie variable des chaînes légères
ou lourdes existent deux types de régions : les régions
charpentes
qui sont assez bien conservées (au nombre de 4) et les
régions hypervariables (au nombre de 3) impliquées directement
dans le site Ac. Or par exemple, la chaîne lourde est codée
par un gène C pour la partie constante, 1 gène J
pour la 4ème région conservée, 1 gène
D pour la 3ème région hypervariable et 1 gène
V pour les 3 premières régions conservées
et les 2 premières régions hypervariables (figure VII-4)
-b-
Les signaux de recombinaisons
Les recombinaisons précédentes suivent certaines
règles . Elles se font, par exemple, pour les chaînes
légères entre l'extrémité 3' de l'ADN
V et l'extrémité 5' de l'ADN J. Dans la lignée
germinale, l'extrémité 3' de l'ensemble de l'ADN
V ou l'extrémité 5' de l'ADN J est occupée
par des signaux de reconnaissance
pour les réarrangements
d'ADN. Ces signaux sont constitués par 2 paires de séquences
conservées d'ADN séparées par un espaceur de
12 ± 1 à 23 ± 1 paires de bases. La première
séquence est un heptamère
CACAGTG ou son analogue et la
seconde un nonamère ACAAAAACC ou son analogue. La séquence heptamère
- intervalle de 12 à 23 paires de bases - nonamère
du côté 3' du gène V est inversée du
côté 5' du gène J. L'ADN comprenant les heptamères
et les séquences entre les heptamères sont excisés
(délétion) (figure VII-5). Pour le gène D, les mêmes observations
peuvent être faites, mais dans ce cas, les signaux de reconnaissance
flanquent des 2 côtés le segment D (figure VII-6a).
Les recombinaisons V-J ou V-D-J se font par exemple entre un ADN
actif Vk lié à un heptamère et un
nonamère qui sont séparés par 12 paires de
bases et un ADN actif Jk lié à un heptamère et un
nonamère séparés par 23 paires de bases.
Ces recombinaisons sont sous le contrôle d'un complexe recombinase.
Dans ce complexe, le produit du gène RAG1 (recombinase activation genes 1) reconnaît
le segment nonamère et recrute le produit du gène
RAG2
qui interagit avec le segment heptamère. Les RAG vont couper
l'ADN au niveau de l'heptamère et créer une épingle
à cheveux que va ouvrir les RAG ou une protéine
nommée MRE11. La TdT (Terminal deoxynucleotidyl Transferase)
intégre alors en extrémité quelques nucléotides.
Ensuite, la recombinaison a lieu par liaison entre les 2 extrémités
V et D ou D et J grâce à l'intervention de protéines
(XRCC4, ligase IV, complexe DNA-PK (DNA dependent kinase) : DNA-PKcs-KV70-KV80)
qui permettent la réparation
de la cassure des ADN double brin.
Il y a en même temps délétion de l'ADN qui
séparait dans le génome de la lignée germinale
les segments V, D ou J qui ont été reliés.
La transfection de ces gènes RAG à des lignées
cellulaires non lymphoïdes, permet des recombinaisons VDJ
qui n'exitent pas normalement chez ces cellules. Des souris porteuses
de gènes RAG 1 et 2 mutés inactifs, obtenues par
recombinaison homologue, présentent un déficit combiné
sévère complet par absence de recombinaison VDJ
des lymphocytes B et T (les mêmes recombinases sont utilisées
par les B et les T). Les recombinaisons habituelles se font par délétion,
mais parfois lorsque le sens de transcription des 2 séquences
codantes est inverse, il y a recombinaison
par inversion (figureVII-6b).
Les recombinaisons plus rarement font appel à un "crossing-over" inégal entre chromatides soeurs.
I-2.2.1.3./ Mutations somatiques
En plus des recombinaisons que
nous venons de voir, interviennent à un moindre degré
des mutations somatiques apparaissant lors de la différenciation
des cellules B. Ainsi parmi 19 gènes V trouvés à
l'origine des Ac antiphosphorylcholine, 10 sont identiques (séquence
type) et 9 diffèrent seulement par 1 à 8 bases,
or le génome du sperme contient seulement les gènes
qui codent pour la séquence type. Donc, les autres sont
apparus par mutations somatiques. Ces
formes mutées existent surtout pour les Ac de classe IgA
et IgG produits lors de la réponse secondaire. Ce sont les ADN des première et seconde
régions hypervariables, ainsi que ceux de la première
et seconde régions de la charpente (framework) de la région
V (introns et exons) qui sont les plus susceptibles d'être
le siège de mutations. Des mutations ont été
surtout trouvées sur les gènes VK et VH, mais aussi
DH et JH.
I-2.2.1.4./ Autres mécanismes
responsables de la diversité des Ac
Les mécanismes suivants accentuent
les possibilités de variabilité des Ig. Ils portent
essentiellement sur la chaîne lourde.
-a- Variabilité
du site de jonction
L'endroit où se situe la jonction entre VL-JL, VH-DH et
DH-JH, est imprécis conduisant à des fragments d'ADN
pouvant varier jusqu'à 10 nucléotides (figure VII-7).
-b- Insertion de nucléotides
lors de la recombinaison (régions N et P)
Après recombinaison JH-DH, avant liaison entre J et D,
une exonucléase excise certains fragments, une transférase terminale (TdT : Terminal deoxynucleotidyl Transferase)
ajoute des nucléotides et enfin une ADN
polymérase duplique la
nouvelle séquence. Ce segment d'ADN est nommé N pour nucléotides
et il s'intercale entre JH et DH. La TdT n'est pas essentielle
dans la constitution de la diversité des Ac, comme le montre
des souris dépourvues de TdT. Des segments d'ADN (mono,
di ou trinucléotides), dits P pour palyndrome, peuvent se constituer par passage
de certaines séquences d'un des brins d'ADN sur l'autre,
avec ensuite réparation du fragment manquant du brin donneur.
-c- Recombinaisons
entre gènes D
Il peut parfois exister, en plus des recombinaisons VDJ, une recombinaison
entre 2 gènes D.
-d- Recombinaisons
entre gènes VH
Elles font intervenir des heptamères présents sur
les segments VH. Ces heptamères peuvent servir de signal
de recombinaison entre gènes VH. Il peut se produire plusieurs
recombinaisons successives, ce qui explique (en dehors de la mutation)
que pour un même clone de lymphocytes B, la spécificité
des Ac présents puisse parfois changer.On peut également
comprendre le fait qu'au début du développement,
les B utilisent préférentiellement pour la recombinaison
les VH les plus près de D, puis grâce à des
recombinaisons internes à VH, les gènes les plus
éloignés.
-e- Conversion génique
C'est le mécanisme responsable de la diversité des
Ac chez les oiseaux. Il est accessoire chez les mammifères
et consiste en le remplacement, après les réarrangements
normaux (VDJ), de certains de ces gènes par des pseudogènes.
I-2.2.2./ Contrôle
de la portion constante des Ig
I-2.2.2.1./ Passage des lymphocytes
ayant une classe d'Ig de membrane aux plasmocytes sécrétant
la même classe d'Ig
Les lymphocytes B avant stimulation
expriment à leur surface (comme récepteurs pour
l'Ag) des Ig analogues à celles qu'ils sécrèteront
après activation par l'Ag. Cependant, une
différence de structure existe au niveau de l'extrémité
C-terminale entre l'Ig de membrane et l'Ig sécrétée.
L'Ig de membrane a un peptide terminal hydrophobe qui lui permet
de s'implanter dans la portion lipidique de la membrane, alors
que ce peptide est hydrophile pour l'Ig excrétée.
Ainsi la chaîne µ des IgM monomériques de membrane
de souris a la même composition en acides aminés
jusqu'au 556ème AA que les IgM polymériques sécrétées.
Elle est différente pour les AA qui suivent le 556ème.
Ils sont 41 pour l'IgM de membrane (20 pour l'IgM sécrétée),
dont 26 hydrophobes sont intramembranaires et 3 intracytoplasmiques. Lorsque la cellule B est stimulée par
l'Ag, on constate, par exemple dans le cas de l'IgM, qu'il y a
un changement au niveau du noyau dans la transcription de l'ARNm
correspondant à la chaîne µ. Dans le lymphocyte B au repos, l'ARNm transcrit
contient successivement le segment responsable de la synthèse
de la portion hydrophile, puis de la portion hydrophobe. Par épissage,
la portion (Cs) contrôlant l'extrémité hydrophile
est éliminée. Quand le lymphocytes B sécrète
l'IgM, l'ARNm est transcrit en excluant la portion (M1+M2) responsable
du contrôle de la synthèse de l'extrémité
hydrophobe (figure VII-8).
I-2.2.2.2./ Commutation de
plasmocytes à IgM en plasmocytes synthétisant une
autre classe d'Ig
Chez la souris et chez l'homme, l'ordre des gènes CH est
respectivement le suivant : 5'-Cµ-Cd-Cg3-Cg1-Cg2b-Cg2a-Ce-Ca-3'
et 5'-Cµ-Cd-Cg3-Cg1-Ca1-Cg2-Cg4-Ce-Ca2-3'.
Ces gènes
sont séparés par des régions
S (pour "switch) qui permettent
des recombinaisons aboutissant à la recombinaison (figure VII-9a
et VII- 9b).
Cependant la région S manque entre m et d.
Les séquences S sont bien conservées chez l'homme
et la souris.
Ces différentes régions S ont de courtes séquences
répétitives GAGCTG et TGGGG en commun qui interviennent
comme signe de reconnaissance dans la recombinaison. Au cours
de celle-ci, il y a délétion de l'ADN séparant
V-D-J du gène
e si par exemple le plasmocyte est
devenu un plasmocyte à IgE. Cette délétion
fait intervenir la formation d'une boucle (figures
VII-9a et VII-9b), peut-être, parfois, un crossing-over
inégal entre chromatides soeurs.
La figure VII-10 indique les cellules où se font les différents
réarrangements et le switch. Les réarrangements
VHDHJHCm se situent au niveau des grandes pré-B
avec m intracytoplasmiques. Les réarrangements
Vk
Ck
ou Vl
Cl se
font dans les cellules intermédiaires. Enfin, le switch
se produit pour les plasmocytes. Au
moment de cette commutation peuvent apparaître des mutations que nous avons précédemment signalées
par exemple au niveau de VH.
I-2.2.2.3./ Expression simultanée
de plusieurs Ig de membrane
Certains rares lymphocytes B expriment à leur surface IgM
+ IgG, IgM + IgA ou IgM + IgE. La synthèse simultanée
de 2 isotypes différents d'Ig dans certaines cellules résulte
non d'une recombinaison au niveau de l'ADN, mais d'un épissage de l'ARNm nucléaire. En effet, dans le cas des cellules à
IgM + IgE de surface, il y a une transcription de la région
C portant sur une longueur d'ADN de 180 Kb. Cette distance représente
la totalité de l'intervalle m à e
sans délétion. L'ARN qui en résulte, donnera
des ARNm matures correspondant soit à la chaîne m,
soit à la chaîne e en perdant les segments inutiles par épissage. Pour les nombreuses
cellules B à IgM et IgD de surface, l'ARNm de d résulte,
d'abord de la transcription en préARNm de l'ensemble des
gènes correspondants à m et d,
qui sont côte à côte et n'ont entre eux aucune
région S de commutation, puis de l'épissage de ce
pré ARNm entre J et d. Le préARNm de m correspond seulement
à la transcription de l'ADN allant de V à m.
I-2.2.3./ Recombinaisons
et exclusion isotypique ou allèlique
Un lymphocyte B particulier synthétise
la chaîne légère soit k, soit l.
Il en résulte qu'il n'y
a pas de molécule d'Ig portant simultanément k
et l. C'est l'exclusion
isotypique.
Comme les cellules B sont diploïdes, elles ont sur chaque
chromosome apparié un allèle du gène k,
l et
H. Ces allèles ne sont pas obligatoirement identiques sur
chacun des deux chromosomes. Cependant, toutes les Ig d'un lymphocyte
B sont les mêmes, donc un lymphocyte B n'exprime qu'un seul
des 2 allèles de la chaîne légère ou
lourde : c'est l'exclusion allèlique que l'on comprend si l'on admet que les réarrangements des gènes des chaînes
L ou H ne concernent qu'un seul des 2 chromosomes. Deux phénomènes interviennent
: des réarrangements non
fonctionnels et surtout un mécanisme de rétro-action dans
lequel les premières Ig produites inhibent les réarrangements
ultérieurs différents de ceux ayant abouti à
la synthèse de ces Ig.
Ces non réarrangements sont donc la conséquence
du blocage du réarrangement de l'allèle du 2ème
chromosome par les Ig codées par l'allèle réarrangé
du premier chromosome. Ainsi, chez une souris avec des transgènes
réarrangés de H et L, la plupart des B ne produisent
que les Ig des transgènes. Seules les chaînes m
de membrane avec zone hydrophobe transmembranaire et non les molécules
sécrétées correspondantes, ont une activité
inhibitrice. En effet, les lymphocytes d'une lignée pré-B
de souris transformée par le virus d'Abelson, lorsqu'elle
est transfectée avec un gène réarrangé
de chaîne m de membrane, ne présentent plus de réarrangement
DJ et surtout VDJ. Comme les B majoritaires des souris transgéniques
expriment les chaîne H du transgène, mais aussi la
chaîne L endogène, la chaîne m de membrane n'a
pas d'effet inhibiteur sur le réarrangement des gènes
des chaînes légères et même le favoriserait.
Chez des souris avec le transgène réarrangé
k,
seules les B avec chaîne H endogène et chaîne k
du transgène ne réarrangent pas la chaîne
L endogène. Donc l'inhibition du réarrangement de
la chaîne L nécessite que soit présent le
complexe H-L (figure VII-11).
En
conclusion, pour obtenir
une cellule spécialisée dans la synthèse
d'un Ac avec une classe et un paratope déterminés,
il faut deux translocations successives et un épissage
de l'ARNm nucléaire. La
première translocation conduit pour le génome responsable
des chaînes légères au réarrangement
V, J et pour celui des chaînes lourdes au réarrangement
VDJ. La 2ème translocation aboutit à la sélection
du génome qui conduira à la synthèse d'un
seul type de chaîne lourde.
Chez l'homme, la diversité des Ac résulte de différentes
recombinaisons :
- recombinaisons d'une centaine
au moins de régions Vk et 4 régions Jk qui permettent d'obtenir
au moins 400 chaînes légères,
- recombinaisons d'un minimum
de 80 régions VH, 6 régions JH et 50 régions
DH qui aboutissent au moins à 24000 chaînes lourdes
différentes.
De plus, des mutations somatiques
accroissent encore cette diversification.
D'autres mécanismes, mais mineurs, peuvent aussi intervenir
:
*
soit recombinaisons entre V et J, V et D ou D et J se faisant
indifféremment au niveau de 1, 2, 3 ou 4 nucléotides
de J ou de D
avec pour conséquence le changement d'un AA de la chaîne
correspondante,
*
soit échanges entre segments d'ADN VH,
*
soit addition de segments N de nucléotides synthétisés
au hasard,
*
soit recombinaison entre gènes D, conversion génique...
II-CONTROLE GENETIQUE DE LA SYNTHESE
DES RECEPTEURS DE RECONNAISSANCE DE L'ANTIGENE DES LYMPHOCYTES
T
II-1.
Les gènes germinaux responsables de la diversité
des récepteurs T (TcR)
Chez la souris, les gènes codant pour les sous-unités a et ß des TcR
largement prédominants
(TcRaß)
sont respectivement situés sur les chromosomes 14 et 6.
Les gènes contrôlant les sous-unités g
et d
des TcR très minoritaires (TcRgd) sont localisés
respectivement sur les chromosomes 13 et 14. Des recombinaisons
analogues à celles des Ig sont responsables de la diversité
de la reconnaissance des Ag par les TcR. Pour les sous-unités a
et g
d'une part et ß et
d d'autre part, les réarrangements
se font respectivement entre 2 régions V et J ou 3 régions
V, D et J. Les gènes Jd et Dd sont situés dans le locus a
entre Va et Ja. La partie constante de a, ß, g
ou d
est sous le contrôle de la région Ca, Cß, Cg
ou Cd
(figure VII-12a). La figure
VII-12b indique pour la chaîne
b les
produits FR et CDR des gènes V, D et J. Comme pour les
lymphocytes B, ce sont les recombinases
contrôlées par les gènes RAG 1 et 2 qui dirigent les réarrangement VDJ des
cellules T. Dans le thymus, RAG 1 et 2
s'expriment essentiellement au niveau des thymocytes corticaux. Ces réarrangements font également
intervenir des signaux de recombinaison très voisins de ceux des B (figure VII-13).
La coupure de l'ADN est générée au niveau
des séquences portant les signaux de recombinaison par
les recombinases. Comme pour les B, la suite du processus de recombinaison
VDJ comportant la soudure requise des extrémités
libérées par les coupures de l'ADN fait intervenir
les composants de la DNA-PK (DNA-dependent Protein-Kinase).
Des gènes équivalents ont été découverts
chez l'homme
(tableau VII-II et figure
VII-14). Les réarrangements
de l'ADN se produisent pendant l'ontogénèse intrathymique.
| Chaînes | Souris | Homme |
| TcRa | 14 | 14 (14 q11) |
| TcRß | 6 | 7 (7 q32-35) |
| TcR g | 13 | 7 (7 p15) |
| TcRd | 14 | 14 (14 q11) |
| CD3g, d, e | 9 | 11 (11q23) |
| CD3h/z | 1 | 1 |
Les premiers réarrangements sont
soit ceux de Vd, Dd et Jd (dans ce cas, la recombinaison ne se fait pas
obligatoirement dans l'ordre DJ, puis VDJ, mais parfois dans l'ordre
VD, puis VDJ), soit ceux de Vg et Jg, mais ils portent sur une très faible
proportion des thymocytes jeunes. La chaîne d peut
utiliser pour sa diversité les gènes Va.
Pour les thymocytes restants, surviennent ensuite les réarrangements
Dß-Jß et ultérieurement Vß-Dß-Jß.
Un réarrangement Va-Ja se produit en dernier chez les thymocytes (la
grande majorité) qui n'ont pas réarrangé
VDJd.
L'ordre de transcription des ARNm suit celui des réarrangements
d'abord d ou g ensuite ß et enfin a Les chaînes
correspondantes sont synthétisées juste après
la transcription des ARNm. A partir des thymocytes communs, s'expriment
en surface, soit des TcRaß s'il existe simultanément dans
la cellule les chaînes a et ß, soit des TcRgd si les chaînes
g
et d
coexistent au sein de la même cellule. Il n'y a pas d'appariement
possible entre a et
g ou ß et g, et donc d'expression
membranaire simultanée de ces chaînes sous forme
de TcRag ou TcRßg même quand on les retrouve ensemble dans
le cytoplasme des thymocytes. Les cellules à TcRaß
ont souvent un réarrangement non productif des gènes
g
(gène silencieux). Les cellules à TcRgd,
habituellement, présentent un réarrangement incomplet
DJ des gènes
b, et pas de réarrangement
des gènes a. L'évènement qui contrôle
dans les thymocytes l'expression de TcRaß ou gd
est le réarrangement VDJd. S'il se produit dans une cellule, celle-ci,
en général, ne peut plus avoir de réarrangement
VaJa
et elle aura des TcRgd (figure VII-15). Quand le réarrangment VaJa
se produit, il est précédé d'une délétion
du locus d.
En général, les
TcR ne s'expriment à la surface de la cellule que s'ils
sont liés à CD3.
Inversement CD3, le plus souvent, n'est présent sur la
membrane cytoplasmique qu'en association avec le TcR. En fait
l'insertion de CD3 dans la membrane
précède celle de TcRaß.
La figure VII-16
indique la chronologie de la
synthèse et de l'assemblage des différentes chaînes
qui constituent l'ensemble TcR-CD3. Le tableau
V-IIa donne les étapes de
la maturation des Taß majoritaires. La lignée des TcRgd
n'exprime en général, ni CD4, ni CD8 donc ne comporte
pas de simple ou de doubles positifs. Il existe, comme pour les
Ig, une exclusion allèlique
dans le cas des TcR. Les mécanismes
aboutissant à cette exclusion sont voisins de ceux identifiés
pour les Ig.
II-2.
Mécanismes responsables de la diversité des récepteurs
T
Ils sont analogues à ceux conduisant à la diversité
des Ac :
- Réarrangement de gènes
germinaux différents Vß (petite taille) DßJß
(grande taille) Va (assez grand) Ja (grand). Pour les recombinaisons VaJa, on peut avoir après
la recombinaison intiale, des recombinaisons successives dites
secondaires. Il en résulte la possibilité de changement
dans le thymus de la partie variable de la chaîne a,
de façon à obtenir des TcR mieux adaptés
au rôle que doivent jouer les T (non auto-agressivité
et efficacité). Pour les TcR gd, les recombinaisons
sont VgJg et VdDdJd.
- Variabilité de jonction. On peut avoir directement la jonction VßJß.
En outre, il y a d'une part une flexibilité dans les sites
de jonction DßJß et VßDß, VaJa
et JaCa
et d'autre part, la possibilité d'addition de segments
N de nucléotides (jusqu'à 4 ou 8) du côté
Dß ou à la jonction VaJa.
- Autres causes de variabilité. Selon l'endroit à partir duquel l'ARNm
de Dß est traduit, une même séquence d'acides
nucléiques donne une séquence d'AA différents.
Des mutations somatiques n'ont
été mises en évidence qu'exceptionnellement.
III-CONTROLE
GENETIQUE DE L'INTENSITE DE LA REPONSE IMMUNE
Deux
types de contrôles génétiques peuvent être identifiés. Il s'agit
de ceux qui s'exercent, soit sur la réponse
(répondeur) ou l'absence de réponse (non répondeur)
d'un individu vis-à-vis d'un Ag élémentaire
particulier, soit sur l'intensité de la réponse humorale
vis à vis de l'ensemble des Ag.
Dans le premier cas, le contrôle s'exerce sur les T, dans le second
sur les lymphocytes B et les macrophages.
III-1.Gènes
contrôlant l'action spécifique des cellules T
III-1.1./
Les gènes Ir
Ils ne peuvent être étudiés
que pour des Ag thymodépendants les plus simples, idéalement
ne présentant qu'un déterminant antigénique. Chez la souris, la réponse humorale
et/ou cellulaire contre ces Ag est sous le contrôle
d'un gène dominant Ir (immune
response) décrit par McDevitt et Chinitz dont chaque allotype
est spécifique d'un groupe de ces Ag. En l'absence du gène
Ir correspondant à l'Ag, il n'y a pas de réponse.
III-1.1.1./ Les gènes
des Ag du CMH de classe II et les gènes Ir
III-1.1.1.1./ Les Ag utilisés
*
polypeptides synthétiques tels que GAT, GLA, (T, G)-A--L
etc...
*
allo-Ag ne différant que peu des Ag autologues.
*
Ag forts et multivalents utilisés à doses faibles,
de façon à n'avoir de réponse que contre
le déterminant le plus immunogène.
*
fragments d'Ag complexes.
III-1.1.1.2./ Les gènes
Ir
L'étude de la réponse humorale ou cellulaire aux
Ag précédents chez des souches
pures de souris et leurs hybrides
montre qu'à chaque Ag simple correspond un gène
Ir généralement lié au H2 et transmis de
façon mendélienne avec dominance
du caractère répondeur.
Cependant certains gènes Ir se trouvent en dehors du H2.
Les gènes actuellement identifiés sont localisés,
en majorité, dans le locus
IA et plus accessoirement le
locus IE.
Les bons répondeurs pour un Ag simple peuvent être
non répondeurs pour un autre Ag même très
voisin, le contrôle génétique est alors très
spécifique. Dans quelques cas, lorsqu'on croise 2 souches
non répondeurs, on peut obtenir des hybrides bons répondeurs,
ce qui s'explique par l'intervention de 2 gènes Ir complémentaires.
L'une des souches apporte le premier gène et l'autre le
second. Chez l'homme, des équivalents
des gènes Ir sont situés en majorité dans
la région HLA-D.
III-1.1.1.3./ Mode d'intervention
des gènes Ir
Cellules et facteurs exprimant les produits de la région
I chez la souris : C'est au niveau
des lymphocytes T coopérants et de l'immunité cellulaire
que s'exerce le contrôle par les gènes Ir. Il a été proposé, dans
le cas où les T suppresseurs existeraient, que leurs gènes
soient nommés Is.
Les gènes Ir, situés au niveau de H2, agissent sur
la réponse immune par l'intermédiaire des Ag du
CMH de classe II à différents niveaux de la communication
entre les cellules de l'immunité. D'abord l'Ag est transmis
de façon optimale aux lymphocytes T CD4+TH2 coopérants
ou CD4+TH1 de l'immunité cellulaire, à condition
que ces lymphocytes reconnaissent à la surface de la cellule
présentant l'Ag l'ensemble, peptide portant le déterminant
et Ag de classe II syngénique. Donc la réponse dépend de la capacité
pour les Ag de classe II du sujet de se lier avec le peptide précédent
et évidemment de l'existence de T avec les récepteurs
capables de reconnaître le peptide présenté
par les Ag de classe II.
Les gènes Ir sont les gènes
de la région IA (souris) ou DR (homme) dont les Ag de classe
II qu'ils contrôlent, peuvent présenter des peptides
antigéniques aux T coopérants.
Les gènes Is seraient localisés
dans les régions IE (souris) ou DQ (homme) dont les produits
seraient les Ag de classe II qui fixent des peptides ensuite présentés
aux T suppresseurs.
III-1.2./ Les gènes
des régions K et D et les gènes Ir
Nous avons précédemment vu chez la souris que les
cellules T cytotoxiques spécifiques des Ag d'un virus particulier
ne peuvent tuer leur cible cellulaire que si celle-ci porte le
déterminant antigénique reconnu par le lymphocyte
T et les Ag de classe I syngéniques. Par conséquent,
les gènes des Ag de classe I sont responsables de la restriction
par le CMH dans le système cytotoxique des cellules T.
L'apparition d'une immunité cellulaire supportée
par les T cytotoxiques est donc en rapport avec la stimulation
de T CD4+ TH1, faisant intervenir les épitopes d'un
Ag exposé sur les Ag de classe II autologues et de T CD8+
cytotoxiques spécifiques d'autres épitopes du même
Ag exposé sur les Ag de classe I autologues. Alors, les
gènes de la réponse
immune cellulaire sont à la fois ceux des Ag de classe
I et II.
Les gènes Ir du CMH contrôlent
donc la réponse immune vis-à-vis d'un Ag élémentaire
particulier, par l'intermédiaire de la synthèse
d'Ag de classe I ou II capables ou non de fixer et de présenter
cet Ag aux lymphocytes T.
III-2.
Gènes contrôlant le niveau des réponses humorales
indépendamment de la spécificité de l'Ag
III-2.1./ Sélection des souris bons et mauvais
répondeurs
Avec des Ag complexes utilisés à doses optimales,
tels que les GR, le rôle des gènes Ir ne peut plus
être étudié, car les déterminants antigéniques
sont très nombreux et les effets de tous les gènes
Ir correspondants se superposent rendant l'étude impossible.
Par contre, on peut apprécier le niveau global de la réponse
immune et les autres facteurs qui la contrôlent. Biozzi,
partant d'une colonie de souris Swiss génétiquement
hétérogène, immunise ces animaux avec des
GRM. En fonction du taux d'Ac agglutinants, les individus se répartissent
selon une courbe de Gauss. L'expérimentateur accouple alors
ensemble les mâles et les femelles qui donnent les taux
d'Ac les plus élevés ou les plus bas. De génération
en génération, la courbe de Gauss se déplace
vers la droite pour les premiers et la gauche pour les seconds.
Au bout de 15 à 20 générations,
les souris bonnes productrices donnent des titres de 10.000 et
les mauvaises de 40. De nouveaux
accouplements entre bons et mauvais producteurs n'accentuent pas
cette différence.
De la nécessité de faire la sélection sur
15 à 20 générations pour séparer les
souris bonnes et mauvaises et de l'étude des hybrides entre
ces 2 souches (qui ne sont pas homozygotes), il découle
que 10 à 14 gènes
indépendants concourent à la régulation de
cette réponse immune. La majorité de ces gènes
est indépendante de H2 et une minorité serait liée
aux gènes contrôlant certains allotypes des Ig.
Les souris bons répondeurs pour la réponse primaire anti-GRM le
sont aussi pour la réponse
vis-à-vis de la plupart des autres Ag, même des Ag
thymo-indépendants comme le SIII du pneumocoque. De plus, la bonne réponse porte aussi
sur la réponse secondaire et sur les Ac des différentes
classes d'Ig. La même constatation est faite pour les mauvais
répondeurs.
III-2.2.
Niveau où s'exprime la sélection
La régulation étant polygénique, elle s'exerce à différents niveaux
de la réponse humorale et de son contrôle. Cependant,
elle intervient uniquement sur les cellules de la réponse
immune, car les transferts de cellules spléniques entre
souris bons et mauvais répondeurs à des receveurs
irradiés montrent que le caractère bon ou mauvais
répondeur dépend uniquement des cellules transférées
et non de l'hôte et de son environnement.
Deux types de cellules sont la cible de ce contrôle : les
cellules B
et les macrophages (sans doute aussi les cellules dendritiques)
III-2.2.1./ Les cellules B
Elles sont l'une des cibles, car la sélection
s'étend aux Ag thymo-indépendants. De plus, il existe un défaut
de la différenciation en plasmocytes chez
les mauvais répondeurs. Les cellules T ne sont pas concernées,
puisque l'immunité à médiation cellulaire
est de même niveau dans les 2 lignées.
III-2.2.2./ Les macrophages
Les macrophages des souris bonnes
productrices dégradent lentement l'Ag, l'exposent de
façon prolongée sur leur membrane cytoplasmique et ont une activité
enzymatique de leurs lysosomes faibles,
alors que les macrophages des souris mauvais répondeurs
présentent des propriétés opposées.
Cependant, l'activité phagocytaire
de ces cellules est analogue dans les 2 souches.
Outre le mauvais transfert de l'Ag aux lymphocytes T par les macrophages
à fortes activités enzymatiques, ces cellules inhibent
très efficacement la prolifération de certaines
bactéries (salmonella, BK) et de certains parasites (leishmanies)
dans leur cytoplasme. La conséquence est une bonne défense des mauvais répondeurs
contre certaines infections.
C'est l'inverse pour les bons répondeurs.
En conclusion
Les gènes V D et J contrôlent la spécificité
de reconnaissance des récepteurs de surface des lymphocytes
B ou T. Ils sont responsables de la possibilité ou de l'impossibilité
pour une cellule B de synthétiser un Ac précis et
pour une cellule T de répondre de la façon qui correspond
à sa fonction à un Ag particulier. Les gènes
Ir et Is déterminent l'intensité de la réponse
humorale (et cellulaire) vis-à-vis d'un Ag élémentaire
respectivement par l'intermédiaire des T coopérants
(et/ou cytotoxiques) et des T suppresseurs. Enfin, d'autres gènes
contrôlent aussi le niveau de la réponse humorale
indépendamment de l'Ag, en agissant sur les lymphocytes
B, les CpAg et sans doute à d'autres niveaux.