CHAPITRE VIII
APPRETAGE DES Ag, REPERTOIRE DES LYMPHOCYTES B ET T ET REPONSE IMMUNE
Les Ac peuvent être divisés
en 2 catégories : ceux qui sont spécifiques de l'Ag sous sa forme native,
et ceux qui reconnaissent l'Ag
dénaturé. Les premiers
se fixent sur des déterminants de la surface de la molécule
intacte, les seconds sur des épitopes
camouflés ou absents de l'Ag natif.
Les Ac dirigés contre les déterminants
conformationnels se trouvent
essentiellement dans la première catégorie. Les
sites Ac sont suffisamment adaptés à leurs épitopes
pour que la liaison entre l'Ag et les récepteurs
immunoglobuliniques de surface des B ou
les Ig Ac sécrétées soit solide, ne nécessitant que la rencontre entre
ces 2 molécules complémentaires. Il en va différemment
dans le cas des récepteurs
pour l'Ag des cellules T (exceptions
faites des super-Ag et de certaines sous-populations T). En effet,
les TcR des T coopérants et des T cytotoxiques reconnaissent
seulement une structure composite faite, soit d'un fragment
de l'Ag présenté
par les Ag du CMH autologue, soit d'un peptide
implanté dans le sillon des Ag du CMH allogénique. Ces complexes sont exposées à
la surface des CpAg.
L'ensemble des possibilités
de reconnaissance des Ig ou des TcR
représente le répertoire
des cellules B ou T. Il se constitue
par des mécanismes variés souvent différents
pour les B et les T.
I-TRANSFORMATION
(PREPARATION, APPRETAGE ou "processing") et PRESENTATION
DE L'Ag
I-1. Lymphocytes T CD8+ cytotoxiques et T CD4+
* Les
TcR des T CD8+ cytotoxiques ou des T CD4+ se fixent sur des peptides
liés à des Ag du CMH. La liaison entre peptides
et Ag du CMH se fait grâce aux agrétopes des peptides et à la portion externe
(la plus variable d'un individu à l'autre) ou désétope des
Ag de classe I et II du CMH. Les agrétopes sont souvent
camouflés dans l'Ag natif d'où, le plus souvent,
nécessité du déroulement ou de la protéolyse
de celui-ci (préparation de l'Ag). La portion des Ag du
CMH qui se combine à l'agrétope correspond à
un sillon mis en évidence par diffraction des rayons X
appliquée à des Ag du CMH cristallisés. Cette
dépression est fermée
à ces 2 extrémités pour les Ag de classe
I, alors que ces extrémités sont ouvertes pour les
Ag de classe II. Le sillon des
Ag du CMH de classe I peut fixer idéalement des peptides
de 8 à 10AA et celui des Ag de classe II des peptides de
12 à 34AA. Un peptide qui se lie, par exemple à
un HLA-DR ou DQ particulier, a plus souvent la faculté
de se fixer à plusieurs allèles du même locus
qu'à des allèles de loci différents. Donc
pour la fixation sur un même allotype, il y a compétition
entre plusieurs peptides. Il en est de même pour les Ag
de classe I.
*
Lorsque
l'Ag protéique doit être présenté aux
TCD4+TH1 ou TH2, il est généralement
transformé. On divise les Ag en 3 groupes schématiques,
selon les transformations qu'ils doivent subir in vitro ou in
vivo avant de pouvoir être reconnus par les TcR, en association
avec les Ag de classe II du CMH.
Le premier comporte
les Ag qui peuvent directement occuper la niche des Ag de classe
II (fibrinogène humain). Dans le second
groupe, se trouvent les molécules
globulaires qui doivent être au moins déroulées,
puis en général protéolysées en intracytoplasmique. Dans le 1er et parfois le 2ème cas,
si l'Ag est trop grand, une protéolyse
survient après que l'Ag se soit implanté dans le
sillon des Ag de classe II. Quant
au 3ème groupe (le plus habituel), il est constitué
par des Ag qui ne sont reconnaissables par les T qu'après protéolyse intracytoplasmique. Ces transformations sont effectuées
dans les CpAg professionnelles après qu'elles aient capturé et
internalisé cet Ag.
Ces différents groupes ont été initialement
identifiés grâce aux expériences de Ziegler
et Unanue à partir de 1981. Ces auteurs utilisent des CpAg
(macrophages) fixées par la
paraformaldéhyde. Si la
fixation intervient avant l'internalisation de l'Ag dans le macrophage,
ce dernier n'est capable de présenter aux lymphocytes T
que les Ag du premier groupe. Si la fixation intervient après
internalisation et digestion de l'Ag, puis exposition en surface
des peptides résultant de la protéolyse, le macrophage
peut présenter les Ag des 2ème et 3ème groupes.
Des macrophages fixés, mis en contact avec des Ag protéiques
déroulés (réduction et alkylation des ponts
S-S) ou avec des produits de protéolyse des Ag du 3ème
groupe, peuvent aussi activer les T, mais de façon moins
efficace.
Afin de mettre en évidence le rôle de la préparation
des Ag, on peut aussi utiliser des macrophages traités
par des substances inhibant l'activité
des lysosomes (chlorure d'ammonium
ou chloroquine) et donc la protéolyse des Ag.
Pour un Ag déterminé, le type de transformation
qu'il doit subir pour être présenté aux lymphocytes
T coopérants, peut varier d'un clone T à un autre.
Pour l'anatoxine, il faut un minimum d'une heure pour que le macrophage
exprime à sa surface les produits de protéolyse
de l'Ag ingéré. L'expression des déterminants
sur la membrane plasmique est maximum en 6 à 8 h habituellement.
L'endocytose d'un Ag, à la suite de sa fixation sur un
récepteur de surface de la CpAg, aboutit à une présentation
convenable des déterminants de cet Ag, dans le contexte
des Ag de classe II pour une quantité beaucoup plus faible
de cet Ag en solution, que lorsque celui-ci pénètre
par simple pinocytose sans liaison préalable à des
récepteurs.
Les Ag de classe II
se combinent le plus souvent, avec des peptides
étrangers ou autologues résultant
de la protéolyse intracytoplasmique
de l'Ag au sein des endosomes
(figure VIII-1a-B). Cette liaison est favorisée par la
chaîne invariante Ii (31kDa) qui est intracytoplasmique, et ne se
retrouve que rarement en surface. La chaîne invariante camoufle
le sillon des Ag de classe II après leur synthèse,
pendant tout leur trajet dans le RE jusqu'à l'endosome.
L'association classe II et li se fait dans le RE entre 3 dimères ab et un trimère
de chaînes invariantes.
L"ensemble passe par l'appareil de Golgi, puis gagne les
endosomes. Le rôle de la chaîne invariante est triple
: inhibition de la fixation de peptides dans le sillon des Ag
de classe II, induction de l'assemblage des chaînes a
et ß des Ag de classe II de certains haplotypes et transport
des Ag de classe II du réticulum endoplasmique jusqu'aux
endosomes (cette dernière fonction de localisation dans
les endosomes dépend d'une structure située entre
les AA 12 à 15 de la forme de 31 kDa de li). En l'absence
de chaîne li, les Ag de classe II s'agrègent dans
le RE et ne sont plus transportés jusqu'à l''appareil
de Golgi. Dans les endosomes, la chaîne li est dégradée
progressivement, par des cathépsines, jusqu'à l'élimination
totale de li. Selon les tissus, les cathepsines sont différentes
(cathepsine L pour les cellules épithéliales du
cortex thymique et cathepsine S pour les CpAg. Des fragments de
li restent liés aux classes II avant la destruction totale
de li. L'un de ces fragments de 21 AA, le class
II associated li chain peptide (CLIP)
est responsable du camouflage du sillon des Ag de classes II.
Quand le CLIP disparaît, les Ag de classes II peuvent fixer
des peptides. Ces peptides ont été produits par
protéolyse dans les endosomes, après endocytose
de l'Ag. Celui-ci est concentré dans des vésicules
tapissées de clathrine qui vont, après dissociation
de la clathrine, fusionner avec un ensemble d'endosomes : Les
endosomes précoces, puis tardifs. La protéolyse a lieu dans ces endosomes.
3% des aßli du Gogli gagnent la surface, puis sont
rapidement internalisées. Les 97% restantes, sont orientées
vers les endosomes tardifs grâce à li. Dans ces endosomes,
li est protéolysée et les sillons des Ag de classe
II ainsi dégagés pourront accueillir les peptides
présents dans les endosomes. Les Ag
de classes II occupés par les peptides sont concentrés
dans des vésicules spécialisées : les vésicules
de classe II (CIIV) ou MHC class II compartiment (MIIC) ou corps multivésiculaires. Ce sont dans ces CIIV que se trouvent des Ag
de classe II particuliers, les HLA-DM. Ces dernière paraissent essentielles
pour l'échange de la chaîne li contre les peptides
au niveau du sillon des Ag de classe II. Les Ag de classes II
des CIIV et les peptides qu'ils ont fixés s'expriment enfin
à la surface de la cellule. La liaison
des peptides avec les Ag de classe II fait intervenir 3 points
d'ancrage fixés dans des poches du sillon qui dépendent
de l'allèle. Les extrémités C- et N-terminales du
peptide se trouvent hors de ce sillon et sont accessibles à
la protéolyse.
- Lorsque
les lymphocytes sont des
T CD8+ cytotoxiques, ils
reçoivent l'information antigénique sous forme de
peptides plantés dans le sillon des Ag
du CMH de classe Ia des CpAg.
Habituellement ces peptides sont
synthétisés par la CpAg
(peptides viraux d'un virus parasitant la CpAg ou auto-Ag). La
majorité des peptides trouvés dans le sillon des
Ag de classe I provient d'auto-Ag
cytosoliques ou nucléaires
(protéines des ribosomes, histones...).
L'expression des peptides antigéniques dans les Ag de classe
Ia fait intervenir le protéasome, la calnexine, les TAP (Transporter associated with Ag
Processing : transporteurs de peptides), la calréticuline,
la tapasine
(protéine de type I transmembranaire de 48kDa résidant
dans le RE) et l'ERp57 (protéine résidante du RE à
activité réductase thiol-dépendante, cystéine
protéase et chaperonne). Ag de classe I et peptides sont
couplés au niveau du réticulum endoplasmique (RE)
dans le compartiment pré-golgien (figure
VIII-1a-A).
Le peptide antigénique
provient principalement du cytosol,
puis est secondairement déversé dans le RE. Ce peptide
résulte de la protéolyse de molécules endogènes
par un système protéolytique (protéasomes)
dont les gènes chez l'homme (Ring 10 et 12) se trouvent
dans la région de classe II du CMH. Ce peptide (8 à
10 AA) pénètre ensuite dans le RE grâce aux
produits des gènes Tap1
et Tap2 (pour "transporter
associated with Ag processing", anciennement Ring 4 et 11)
(figure VIII-1b,
VIII-1c),
également situés au niveau de la région de
classe II du CMH. La figure VIII-1d montre l'organisation des gènes de classe
II chez l'homme et la souris.
La figure VIII-1e résume les possibilités de présentation
des Ag :
La plupart des Ag de classe I va, après passage au niveau de l'appareil
de Golgi, être exportée à la surface de la
cellule avec le peptide dont il a hérité. La tapasine a pour
rôle d'empécher les Ag de classe I de quiter le RE
avant d'avoir acquis une forte affinité pour les peptides.
Un petit nombre d'Ag de classe I à sillon vide s'exprime
sur la membrane cytoplasmique. Seuls ces Ag à sillon vide
peuvent piéger des peptides libres qui viendraient au contact
de la cellule. Ces Ag sans peptide sont instables, et s'ils ne
rencontrent pas de peptides circulants capables d'occuper leur
sillon, ils perdent rapidement leur ß2m.
Chaînes a et ß2m, synthétisées par
les polysomes, sont déversées dans le RE où
elles forment, avec l'aide de la calnexine (p88) (la calnexine
se combine à la chaîne a, puis se complexe
à la ß2m) ou de la calréticuline (chez l'homme)
puis de l'ERp57 et la tapasine un complexe peu stable, sauf si
un peptide endogène occupe le sillon de l'Ag de classe
I (figure VIII-1c). Le peptide cytosolique gagne le RE par l'intermédiare
des Tap1 et 2 et le dimère Tap1/2 fixe jusqu'à 4
complexes classe I/tapasine. Donc les Ag
de classe I présentent
principalement des peptides endogènes
(virus et auto-Ag), d'autant
que les peptides présents éventuellement dans les
vésicules d'endocytose et résultant de la protéolyse
de protéines exogènes ne peuvent se fixer dans le
sillon des Ag de classe I déjà occupé par
des peptides endogènes. La liaison hydrogène des
peptides avec les Ag de classe I se fait par leurs extrémités
C- et N-terminales sur un point
d'ancrage situé dans la poche A
et un point d'ancrage localisé
dans la poche F. Les poches (pockets) sont des structures du sillon,
dépendantes de l'allèle. Pour un allotype particulier
des Ag de classe I, il existe des motifs consensus de cet allèle
permettant de prévoir parmi les peptides produits à
partir d'un Ag, celui qui se fixera dans la niche de l'allèle,
donc celui qui est immunodominant.
En fait
les Ag de classe I peuvent parfois présenter des peptides
exogènes aux lymphocytes CD8+. Dans ces cas les Ag passent
des endosomes dans le cytosol où ils subissent une protéolyse
cytosolique avec migration des peptides produits dans le RE en
général par un processus TAP-dépendant. Ce mécanisme
à d'abord été décrit par Bevan M.J.
pour les Ag mineurs d'histocompatibilité sous le nom de
cross-priming chez des souris immunisées avec des cellules
portant l'Ag mineur mais un H2 différent de celui des souris
immunisées. Ce phénomène à été
étendu à des Ag d'agents pathogènes de maladies
infectieuses. Seules les cellules denditiques auraient la capacité
de povoquer un cross-priming.
*
Lorsque l'Ag est lipidique ou
glycolipidique, il est présenté
par les Ag de classe Id de type
CD1 à des T abCD4-CD8-,
NKTCD4+ et TabCD8+. Les CD1b se retrouvent dans dans les MHC
class II compartiment (MIIC) qui sont riches en lipides provenant
d'Ag lipidiques, par exemple des mycobactéries. Ce CD1
est transporté du trans-Golgi au MIIC par un adaptateur
de protéine AP1 ou AP2
qui prend en charge CD1 au niveau
du Golgi en se liant à un motif de l'extrémité
cytoplasmique des CD1b, c, d ou e (tyrosine-X-X-résidu
hydrophobe).
*
La production d'Ag de classes I et II convenables dépend
de la calnexine, dont la fonction est de se combiner aux molécules
qui n'ont pas atteint la conformation nécessaire à
leur sortie du RE. Ainsi, les Ag
de classe I avant leur association avec la ß2M et les trimères
abli
avant leur constitution en 3 trimères, sont couplés
à la calnexine.
* La
présentation des peptides des Ag fait aussi intervenir
des protéines du stress (heat shock protein : Hsp) auxquelles sont dévolues des fonction,
d'une part d'élimination
des protéines mal formées ou dénaturées, et d'autre part de transport (molécules chaperon)
au sein du cytoplasme jusqu'à la membrane cytoplasmique
et aux organites cellulaires. Ces protéines ubiquitaires
très conservées interviennent notamment au cours
du stress, moment où certaines sont syntétisées.
Les Hsp captent, grâce à leur extrémité
C-terminale, qui présente un sillon ressemblant à
celui des Ag du CMH, les protéines dont elles ont la charge.
Ces Hsp participent aux transports
des peptides antigéniques dans le cytoplasme et à
leurs association aux Ag du CMH.
Ainsi, l'Hsp72 concourt à l'endocytose de l'Ag dans les
vésicules tapissées de clathrine et à son
transport dans les endosomes. La PBP
72/74 (peptide binding protein)
intervient dans l'association des peptides aux Ag du CMH de classe
II et dans leur biosynthèse, leur assemblage et leur transport.
Cette molécule peut s'exprimer en surface et présenter
les peptides antigéniques aux Tgd dont la reconnaissance
n'est pas restreinte par les Ag du CMH. De plus, les Hsp peuvent
être la cible des Tgd. Enfin, l'ubiquitine forme avec les protéines cytosoliques
des complexes associés de façon covalente. Ces complexes déclenchent la protéolyse
par le protéasome.
On nomme :
Désétope (site de sélection du déterminant)
la structure de l'Ag du CMH en contact avec l'agrétope
(Ag recognition tope = site de reconnaissance de l'Ag) de l'Ag
;
Epitope
la portion de l'Ag complémentaire du paratope positionnée dans le site de reconnaissance
du TcR ;
Histotope
la zone de l'Ag du CMH située en face du restitope (site
d'interaction restreinte) présent au sein du site de reconnaissance
du TcR (figure VIII-2).
Les interactions entre TcR et peptide/Ag du CMH (TcR-pCMH) ont
été précisées par des études
tridimentionnelles de complexes TcR-pCMH en cristallographie avec
les RX. Le TCR adopte une orientation
diagonale par rapport aux hélices a du CMHI. Le TCR interagit, par ses boucles hypervariables CDR
(Complementarity Determining Région) 1, 2 et 3, avec le
peptide et les hélices a du CMHI. Les interactions du domaine Va des TCR se
font d'une part avec l'hélice a2
et d'autre part avec la partie N-terminale du peptide, tandis que le domaine Vb interagit
avec l'hélice al
et la moitié C-terminale du peptide.
Contrairement aux complexes anticorps/antigène, les liaisons
du TCR
et du pCMHI sont peu avides crrespondant à une complémentarité
faible entre ces 2 structures. De plus, lors de la formation du
complexe avec le pCMHI, certaines
boucles CDR, en particulier les CDR3, peuvent changer de conformation, car le site de reconnaissance du TCR peut
s'adapter au pCMHI. Les boucles CDR3 a et b
(grande variabilité, car codées par la fin du gène
Va
et le gène J pour le domaine variable a et par la fin du
gène Vb et les gènes D et J pour le domaine variable b),
jouent un rôle prépondérant dans la disposition
relative des domaines Va
et Vb par rapport au pCMHI.
Il semble de plus que le CDR2
interagit essentiellement avec
les hélices a
du CMH, alors que les CDR1 et CDR3
interagissent avec le peptide
et/ou le CMH.
Ces conclusions peuvent être en grande partie élargies
aux CHMII. Ainsi, le TCR reconnaissant les pCMHII adopte également
une disposition comparable à celle des TCR spécifiques
des pCMHI : Va interagit avec
l'hélice b1 des CMHII et avec
la partie N-terminale du peptide.
Vb du TcR interagit
avec l'hélice a1
des CMHII et avec la partie C-terminale du peptide. C'est le Va du
TcR qui a en général le contact
prépondérant avec le pCMHII ou le pCMHI.
Le
TcR ne reconnaît que des AA du peptide compris entre les
2 hélices a du CMHII.
Généralement, les TcR ne reconnaissent pas sur l'Ag, comme le font
souvent les Ac, des déterminants conformationnels discontinus,
mais des déterminants séquentiels. Lorsque l'on immunise un individu particulier
avec un Ag déterminé, les TCD4+ réagissent
seulement avec un petit nombre de sites nommés structures peptidiques immunodominantes de l'Ag. Cette immunodominance varie d'un sujet
à l'autre. L'immunodominance d'un épitope dépend
en partie de la possibilité pour les structures portant
les sites immunodominants de se lier fortement à l'Ag du
CMH de classe II et d'entrer victorieusement en compétition
avec les autres peptides du même Ag. On comprend donc que
la bonne ou mauvaise réponse
vis-à-vis d'un peptide soit associée aux gènes
Ir contrôlant les Ag du CMH de classe II. La compétition entre peptides d'un même
Ag explique en partie le phénomène
de compétition antigénique intramoléculaire.
En dehors des T coopérants, de l'HSR et des T cytotoxiques, d'autres catégories de lymphocytes T non admises par tous, interviendraient dans la réponse immune : les T suppresseurs et les T contrasuppresseurs. Selon le type de ces lymphocytes T, leur activation peut se faire, soit par l'Ag, soit par les idiotopes des Ac synthétisés, soit par les idiotopes des TcR des autres cellules T. Dans le cas où l'Ag est un idiotope, le déterminant après protéolyse soit des chaînes H et/ou L, soit des chaînes a et/ou b, est présenté à la cellule T dans le contexte des Ag du CMH. Pour les T suppresseurs et les T contrasuppresseurs, il semble que la réponse vis-à-vis de l'Ag ne soit pas toujours restreinte par les Ag du CMH.
Les récepteurs des lymphocytes B rencontrent l'Ag soit directement, soit par l'intermédiaire des cellules dendritiques folliculaires. Dans ces deux derniers cas, l'Ag est le plus souvent natif. En effet, les cellules dendritiques folliculaires portent l'Ag à leur surface, sous forme de complexes immuns implantés dans les récepteurs pour les Fc des Ig. Dans quelques rares cas, les peptides constitutifs de l'Ag exprimés dans le sillon des Ag des CMH des macrophages et des cellules dendritiques, pourraient être reconnus par les récepteurs des B.
II-REPERTOIRE DES CELLULES B (REPERTOIRE DES Ac)
Nous rappellerons d'abord comment se
différencient les lymphocytes B.
La différenciation des lymphocytes B a lieu dans
la moelle osseuse chez l'adulte et s'effectue à partir des cellules souches pluripotentes CD34+. Aux stades précoces, on distingue les
cellules proB CD34+CD19+ où les gènes DH et JH des Ig
commencent à réarranger et le stade préB
est caractérisé par le réarrangement
complet VH/DHJH, l'expression intracytoplasmique de la chaîne
m
lourde, la présence de
CD19 et la perte
de CD34. A ce stade, les gènes
des chaînes légères VL et JL se réarrangent
(k
puis l), aboutissant aux cellules B
immatures IgM+ suivies des cellules
B matures IgM+IgD+. Le réarrangement complet des gènes
des Ig dans les lymphocytes B s'effectue en tenant compte de l'exclusion allélique.
Au stade préB, une partie de la chaîne m s'associe avec une pseudo-chaîne L,
formée de produits des gènes I-like (chez
la souris) et VpréB et constitue, en association avec les molécules
de transduction lga/Igb,
le "récepteur
préB" permet la sélection
et l'amplification du compartiment
préB, ordonne
l'arrêt des rérrangements
H et induit
ceux de la chaîne L, participant
ainsi au mécanisme d'exclusion
allélique.
La pseudo-chaîne L peut être exprimée
à la surface des cellules proB
alors que la chaîne m n'est pas encore synthétisée.
D'autre part l'hétérodimère lga/Igb,
bien que présent dans le cytoplasme, ne fait pas partie
du complexe de surface.
Chez une souris, le nombre de lymphocytes B est d'environ 108. Ces cellules naissent dans la moelle osseuse
à raison de 50 000 000/jour. Leur durée de vie est
très variable de quelques jours à quelques mois.
Le précurseur des lymphocytes B, mais aussi des T, NK et
cellules dendritiques est CD4+lo
Ckit+ Thy1lo+, dont le ligand
du Ckit est le SCF (stem cell factor).
Les lymphocytes
B sont divisés en 2 populations :
* La
première minoritaire ou B1 CD5+, à durée de vie habituellement
longue, représente 1% des lymphocytes B spléniques,
mais 50% des B péritonéaux ou pleuraux. Ces cellules
sont aussi IL5R+ et CD43+. Elle est d'apparition plus précoce dans
l'ontogenèse et a une forte capacité à repeupler
les souris expérimentalement dépourvues de cellules
B.
*
La seconde
population ou B2 CD5- majoritaire, n'a pas les différentes
caractéristiques précédemment rapportées
pour les B1. Ces B1 sont suivant leur localisation subdivisables
en B1 de la zone marginale (MZB1) et en B1 du follicule (FOB1). Les B1 et MZB2 sont CD9+, alors que les FOB2 sont CD9-.
Le répertoire des lymphocytes B varie au cours de la vie
et l'on distingue le répertoire
pré-immun des lymphocytes
B existant à la naissance et le répertoire
post-immun apparu après
immunisation.
Le répertoire pré-immun est celui des lymphocytes B avant une première
immunisation. Il résulte des réarrangements VDJ
de H et VJ de L. Ce répertoire pré-immun des B est
constitué de façon prédominante par des cellules
qui produiront des IgM autoréactives
polyspécifiques ayant une réactivité croisée
avec des Ag étrangers notamment d'agents infectieux. Ce répertoire se constitue dans la moelle osseuse
par sélection positive au contact des auto-Ag présents dans
cet organe et sélection
négative pour les B autoréactifs
qui risquent d'être dangereux pour l'organisme. Les lymphocytes
B inutiles pour la défense de l'individu ou dangereux pour
cet individu meurent par apoptose.
Pour les lymphocytes B CD5+, seul ce répertoire est pratiquement
en cause. Il fait intervenir préférentiellement
les gènes VH les plus voisins
de D. Il en résulte l'expansion de clones capables de synthétiser
des Ac ayant les mêmes idiotypes, et capables de reconnaître
des Ag différents. Ce
répertoire dérive directement du génome germinal,
les mutations somatiques étant
exceptionnelles.
Pour les
B CD5-,
les phénomènes succédant à une immunisation
primaire sont les suivants :
*
Dans les
ganglions,
en réponse primaire vis-à-vis d'Ag thymodépendants,
les Ac sont synthétisés par des plasmocytes des
cordons médullaires, puis de la moelle, ayant migré
à partir des follicules lymphoïdes. En effet, les
lymphocytes B des follicules primaires de la corticale, centrés
par des cellules dendritiques folliculaires, sont stimulés
par l'Ag, et recevant les signaux costimulants des T, prolifèrent
pour donner les centroblastes. Une partie de ces cellules gagne la médullaire
où elle donne des plasmocytes. L'autre donne les centrocytes.
Les follicules sont devenus secondaires avec formation des centres
germinatifs, tout en repoussant les lymphocytes de ces follicules
à la périphérie où ils constituent
alors le manteau.
* Dans
la rate,
les follicules secondaires se forment, sous l'influence des Ag,
autour des artérioles folliculaires et des cellules dendritiques
folliculaires voisines. Les lymphocytes B de ces follicules terminent
leur migration et leur évolution dans la zone marginale.
Comme nous venons de le voir, les Ac de classe IgM produits en
réponse primaire ont un répertoire qui dépend
presque uniquement du génome germinal des lymphocytes B.
Dans le même temps, naissent au niveau des centres germinatifs,
des cellules B mémoires
qui portent le répertoire post-immun.
Ces lymphocytes proviennent de lymphocytes à IgM et IgD
de surface qui se divisent, puis sont le siège de commutations
conduisant à des cellules B avec Ig de surface autres que
les IgM et les IgD. C'est lors de la prolifération
des centroblastes qu'apparaissent des mutations ponctuelles. Une partie des cellules mémoires reste
dans le follicule et une autre quitte le ganglion par les sinus
sous-capsulaires pour gagner d'autres zones thymo-indépendantes.
Un grand
nombre des lymphocytes produits dans le follicule meurt par apoptose et
est éliminé par les macrophages, indiquant qu'à
ce niveau se fait une importante sélection. Le cytoplasme
de ces macrophages est rempli des débris des cellules apoptosées,
constituant des inclusions denses nommées corps tingibles.
Les cellules en apoptose font partie du pool des lymphocytes B
de type centrocytes CD19, 20, 21, 22, 40 et 77+. Les lymphocytes B meurent lorsque leurs récepteurs
ne reconnaisent pas l'Ag. Lorsque
le récepteur est de forte affinité, les Ag, sous
forme de complexes immuns liés à la surface des
cellules dendritiques folliculaires par l'intermédiaire du FcR, vont envoyer
un signal inhibant l'apoptose (l'apoptose peut aussi être expérimentalement
bloquée par des Ac anti IgG présentés sur
une surface solide, par le CD23 soluble + l'IL1a ou par l'Ag + des
Ac anti-CD40). L'inhibition de l'apoptose se fait par l'intermédiaire
de l'oncogène Bcl 2 et surtout BclxL
qui vont être fortement exprimés. L'interaction entre
les centrocytes de la zone basale et les cellules dendritiques
folliculaires de cette même zone est facilitée par
l'hyperexpression dans cette région, de l'ICAM1 (CD54)
sur les cellules dendritiques et de son ligand (LFA1) sur les
centrocytes (figure VIII-3a et VIII-3b). L'action conjointe in vitro de l'Ag et des
Ac anti-CD40 favoriseraient la prolifération des cellules
B conduisant aux cellules mémoires plutôt qu'aux
plasmocytes sécrétant les Ac, alors que le CD3 soluble
+ l'IL1a induiraient plutôt la transformation en
plasmocytes.
Un phénomène important est la production, lors des
multiplications intenses des centroblastes, de mutations
aux niveau des gènes du BcR
(il existe aussi des mutations pour des oncogènes comme
le BCL6). Certaines de ces mutations vont améliorer l'affinité
des BcR. Les B avec ces BcR qui ont acquis une affinité
élevée, seront protégés de l'apoptose.
Un second phénomène va participer à la constitution
de B mieux adaptés. Il sagit de la réexpression
des recombinases qui va permettre
des réarrangements des gènes des BcR. Ces BcR pourront être mieux adapté à
l'Ag en cause. On dit qu'il y
eut révision des récepteurs. Ce phénomène a également
été observé in vitro chez des B activés
par des mitogènes et de fortes doses d'IL4. In vivo, lorsque
l'Ag est fixé avec une faible affinité les réarrangements
secondaires se produisent, alors qu'ils sont inhibés si
la liaison est de forte affinité. Des hypermutations
et des révisions des récepteurs ont été
plus récemment signalés pour le petit nombre de
T des follicules. Les centrocytes
avec BcR de faible affinité peuvent redevenir des centroblastes
en prolifération et subir de nouvelles mutations qui pourront
améliorer l'affinité des BcR, ce qui permettra leur
survie lorsqu'ils repasseront par le stade centrocytes.
Les lymphocytes B mémoires seront stimulés lors de la réinjection
de l'Ag, et la spécificité des Ac synthétisés
dépendra non seulement du génome germinal, mais
aussi des mutations somatiques et des révisions de récepteurs
apparues lors de l'immunisation primaire dont le résultat
conduit à des B avec récepteurs
avides. Parmi ces clones, l'Ag
pourra en plus sélectionner les B les plus avides. En effet,
comme nous l'avons déjà indiqué, il y a compétition pour la fixation de l'Ag entre
les BcR et les Ac circulants résultant de l'immunisation
primaire.
Les mutations du génome post-immun portent sur V, D, JH
et VL. Leur fréquence est de l'ordre de 10-3 par
paire de bases et par génération. Il n'y a pratiquement plus de mutation lorsque
les cellules mémoires sont activées ultérieurement
par l'Ag. Elles constituent donc
une population à isotype déterminé et à
répertoire stable. Tous les phénomènes décrits
pour les follicules des ganglions peuvent être étendus
aux follicules des autres tissus lymphoïdes.
Dans la rate,
la réponse primaire est caractérisée par
la formation en 4 à 6 jours de foyers de lymphocytes B PNA- oligoclonaux associés
au PALS. Les B de ces foyers
résultent de la prolifération d'un petit nombre
de cellules B spécifiques de l'Ag, sous l'influence de
T CD4+ activés par cet Ag présenté à
la surface des cellules interdigitées
du PALS. Les lymphocytes B des
foyers associés au PALS donnent des plasmocytes qui sécrètent
les Ac de classe IgM. Une commutation IgM/IgG se produit au huitième jour dans
ces plasmocytes (Les foyers associés au PALS sont au nombre
d'une centaine et occupent environ 1% du volume de la rate). Au 4ème jour,
les centres germinatifs des follicules se constituent. Ils sont oligoclonaux
provenant de la prolifération de 3 cellules B environ (300
à 400 centres germinatifs occupent la rate, soit un volume
de 1 à 3% de l'organe). Les B des centres
germinatifs PNA+, sont le siège
de mutations du 7ème au 14ème jour. Ces cellules
vont former les B mémoire qui, en grande partie, quitteront les centres
germinatifs pour passer dans le torrent circulatoire. Les B à
l'origine des centres germinatifs proviennent du PALS. Ils sont
stimulés par l'action conjointe de T
activés du PALS et de l'Ag présenté, sous
forme de complexes immuns par les cellules dendritiques folliculaires. Le petit nombre
de CD4+ des centres germinatifs est spécifique de l'Ag.
Dans toutes les espèces, la partie variable des Ig dépend
d'un gène fonctionnel pour VL et d'un autre pour VH. Le
premier résulte d'un réarrangement VJ et le second
de réarrangements VDJ. Parmi les centrocytes
survivants des follicules de
la rate ou des ganglions certains vont gagner la moelle osseuse
pour donner des plasmocytes.
Chez le requin, les réarrangements VDJC se produisent
uniquement à l'intérieur des nombreuses unités
de réarrangement (voisines de 200), mais aucune recombinaison
ne peut se faire entre ces unités. S'il n'existait pas
cette limitation, les possibilités d'associations seraient
beaucoup plus grandes. En fait, le répertoire
est plus étroit chez les requins
que dans les autres espèces (figure
VIII-4).
Chez les oiseaux, la variabilité des Ac est principalement
le résultat d'une conversion
génique. Ce phénomène
qui survient après les réarrangements VDJ, est caractérisé
par le remplacement de séquences de la région V
réarrangée par des séquences
des pseudogènes situés en amont (figure VIII-4). La conversion génique se produit à
l'occasion des proliférations particulièrement intenses
dans la bourse de Fabricius. Ce mode de diversification pourrait
aussi intervenir chez le lapin et chez l'homme pour la région CDR3.
Chez la souris comme chez les autres mammifères, les
hypermutations représentent un mécanisme de diversification
des Ac très efficace, mais essentiellement
pour le répertoire post-immun.
En revanche, ce processus intervient peu chez les poissons, les
amphibiens et les reptiles, ce qui explique l'hétérogénéité
plus réduite des Ac chez ces espèces en comparaison
de ce que l'on constate chez les mammifères.
Le thymus est
l'organe principal où se multiplient et se différencient
les thymocytes (l'intestin représente un autre organe de
différenciation des T mais plus accessoire) : cellules
qui donnent naissance aux lymphocytes T matures. Ces cellules
sont les thymocytes qui se sont développés à
partir de précurseurs CD34+
originaires de la moelle osseuse chez l'adulte. Pendant la période foetale, ces précurseurs
proviennent du foie. La lymphopoïèse thymique demande
un apport continu en ces précurseurs ou prothymocytes.
Cependant les précurseurs
qui pénètrent dans un thymus, nombreux dans les
périodes pré et postnatales,
voient leur nombre diminuer par la suite. Ces précurseurs
sont en partie autorenouvelables au sein du thymus. Les Ag CD4 et CD8 ont permis
de proposer les premiers schémas de différenciation
des thymocytes : les plus immatures de ceux-ci sont CD4-CD8- donc double-négatifs (DN),
les suivants portent simultanément CD4 et CD8, ils sont
par conséquent double-positifs
(DP), enfin les thymocytes matures sont
simple-positifs soit CD4+, soit
CD8+ (SP). Ce schéma n'est
applicable qu'à la lignée
Tab.
Les précurseurs
extrathymiques sont des cellules DN Tdt+ (Désoxyribonucléotide
Transférase Terminale)
: CD34+ chez l'homme et SCA2+ (stem cell Ag 2) chez la souris
. Ils pénètrent dans le thymus au niveau de la zone
sous-capsulaire grâce à l'intervention de facteurs chimiotactiques
produits par les cellules épithéliales thymiques
et sans doute par l'intermédiaire de molécules
de domiciliation des précurseurs et d'adressines de l'endothélium
des veines post-capillaires de
cette région. Ces thymocytes vont proliférer sous
l'influence de l'IL7 sécrété par l'épithélium
thymique.Cette sécrétion diminue chez le sujet agé
avec pour conséquence une réduction de la multiplication
des thymocytes.
Les lymphocytes T ont en majorité
une durée de vie très longue
: plusieurs années et même toute la vie de l'individu,
cependant 95% des thymocytes meurent, ce qui signe une sévère sélection intrathymique. C'est dans le thymus que s'établit le
répertoire des lymphocytes T par réarrangements
VDJ des chaînes ß et d et VJ des chaînes a
et g.
Cette sélection aboutit à deux conséquences
en apparence contradictoires : la restriction
par les Ag du CMH autologue portant
des peptides d'auto-Ag et la tolérance
vis à vis de ces Ag.
On distingue
3 catégories de lymphocytes T selon la nature de leur TcR
et l'expression du CD4 et du CD8 : Les SP
CD4+ ou CD8+ TcRaß, les
DN TcRaß et les DN TcRgd.
ou SP CD8+TcRgd. On
pensait que les mutations n'intervenaient pratiquement pas dans
la constitution du répertoire T. En fait, pour la population minoritaire des T recrutés
dans les centres germinatifs des follicules lymphoïdes, il existe des mutations
de la partie variable de la chaîne a du TcR, mais non
de la chaîne b.
III-1. Les lymphocytes T SP CD4+ ou SP CD8+ à TcR ab
Les T à TcRaß (Taß)
représentent la sous population
majoritaire des T. La diversité
de leurs TcR est très grande et de plus, ils sont presque tous resteints par les Ag du CMH.
Comme la reconnaissance des Ag par les T matures extrathymiques
est restreinte par les Ag du CMH
autologue, il faut que les thymocytes
qui survivront dans le thymus soient conservés, puis donnent
des cellules T ayant des récepteurs capables de reconnaître
les peptides antigéniques en association avec les Ag du
CMH de classe II du sujet (coopération avec les B et HSR)
ou de classe I (cytotoxicité).
La seconde conséquence est l'induction d'une tolérance vis-à-vis
des Ag du CMH autologue occupés par les peptides autologues
(notamment ceux des Ag mineurs d'histocompatibilité) présents
dans leur sillon. Cette tolérance aboutit à l'élimination des clones auto-agressifs, peut-être aussi à l'établissement
d'une anergie clonale pour certains clones et en plus à la
production de TS spécifiques
pour les clones autoréactifs qui n'ont pas été
éliminés.
La sélection des T restreints par les Ag du CMH autologue,
mais également tolérants vis-à-vis de ces
Ag du CMH, est en rapport avec les mécanismes suivants
:
Les seuls Ag qui entraînent une nette
prolifération in vitro des lymphocytes T de sujets non immunisés avec ces Ag,
sont les alloAg de classe II (culture mixte
allogénique), les Ag Mls (chez
la souris) et les auto-Ag du CMH (culture mixte
autologue). Les autres Ag n'induisent
de prolifération in vitro que si les lymphocytes T proviennent
de sujets préalablement immunisés contre ces Ag.
Ces comportements différents selon les Ag s'expliquent
parce qu'avant immunisation les sujets ont beaucoup de lymphocytes
T reconnaissant les premiers Ag, mais peu de lymphocytes T spécifiques
des seconds.
Ces Taß, capables de reconnaître un peptide
étranger déterminé dans le contexte des Ag
du CMH autologue, ont une fréquence de l'ordre de 10-6, alors
que cette fréquence est de 10-2 lorsque l'on considère
les Taß spécifiques d'un alloAg particulier
du CMH. Comme nous l'avons vu précédemment, les
T en cause dans ce dernier cas représentent une population
hétérogène de T, dont les TcR sont complémentaires
de l'alloAg du CMH avec son sillon occupé par des peptides
endogènes variés. Le nombre élevé
des T capables de lier les alloAg du CMH est le résultat
d'une double sélection intrathymique.
La première est une sélection
positive où ne survivent
que les thymocytes qui reconnaissent les Ag du CMH autologue exprimés
sur les cellules épithéliales du micro-environnement
thymique. Les autres thymocytes meurent par apoptose, car la reconnaissance des Ag du CMH protège
contre celle-ci.
Les thymocytes survivants subissent ensuite une seconde sélection,
mais négative au cours de laquelle meurent, également
par apoptose, les thymocytes avec TcR de forte
avidité pour les Ag du CMH autologue.
Ce qui définit l'avidité des T pour les Ag du CMH, est non seulement
la force de liaison (affinité) et le nombre
des TcR par cellule, mais aussi
les couples de molécules
d'adhésion CD2/CD58, LFA1
(CD11a-CD18)/ICAM1 (CD54), CD4/classe II et CD8/classe I qui stabilisent
la liaison avec des CRET ou un autre type de cellules.
L'apoptose des thymocytes dépend d'un équilibre
entre molécules Fas et Bcl2.
Ainsi, les DN sont CD25+FasloBcl2hi, puis les DP sensibles à
l'apoptose sont FashiBcl2lo (Bcl2 diminue après réarrangement
TcRb,
puis remonte au début de la sélection positive).
Les SP HSA+ sont FashiBcl2lo et ensuite les SP HSA- deviennent
Bcl2hi.
C'est au stade de DP CD3+lo TcRablo que se produit la sélection
positive. Les thymocytes dont
les TcR sont complémentaires des Ag de classe II ou de
classe I autologue à sillon vide, ou surtout occupé
par des peptides provenant principalement d'auto-Ag, vont être
sélectionnés positivement. Plusieurs types cellulaires
portant ces Ag peuvent intervenir selon les conditions expérimentales.
Il s'agit in vivo, surtout des cellules épithéliales
thymiques et accessoirement de fibroblastes ou de cellules diverses
avec Ag de classe I ou II de surface. Les tyrosines
kinases p59fyn et surtout p56lck
jouent un rôle important pour la sélection
positive. En effet leur taux
est très élevé chez les DP en voie de sélection
positive. De plus, chez les souris avec knock out pour la p56lck,
le nombre de DP est réduit de 10 à 40%.
La sélection négative aboutit à la mort par apoptose des thymocytes
dont les TcR ont une forte avidité pour les Ag de classe
I et II autologues à sillon occupé ou non. Selon
les modèles expérimentaux, les cellules
épithéliales thymiques,
soit ne produisent pas d'apoptose (Ag de classe
I), soit induisent une anergie ou
une délétion clonale (Ag de classe
II). Les cellules
dendritiques, les lymphocytes B et même les fibroblastes peuvent conduire à une délétion
clonale des thymocytes reconnaissant leurs Ag de classe I ou II.
Les molécules d'adhésion CD2, LFA1, LFA3, CD4 ou
CD8 et leurs ligands participent aux sélections positive
et négative.
Donc en majorité, ne survivent et ne sont exportés
à la périphérie que les lymphocytes T avec
récepteurs de faible affinité pour les Ag du CMH
autologue occupés par des peptides autologues exprimés
dans le thymus, d'où la tolérance vis-à-vis
des auto-Ag (figure VIII-5). Le hasard fait que certains
de ces lymphocytes ont des TcR qui ont une meilleure complémentarité
avec les alloAg qu'avec les auto-Ag du CMH, et d'autres reconnaissent
mieux les Ag du CMH autologue ayant fixé un fragment peptidique
d'un Ag étranger que les Ag du CMH autologue seul (figure VIII-6). Le répertoire des T a ainsi été
constitué.
L'étude de souris transgéniques pour le TcR apporte
des arguments, d'une part pour la sélection intrathymique
du répertoire des T et d'autre part pour le rôle
de la reconnaissance par les TcR des Ag du CMH de classe I ou
II, dont les sillons abritent des peptides, dans la production
de thymocytes SP matures respectivement CD8+ ou CD4+.
Plusieurs types de souris transgéniques ont été
produits dans ce but. Nous ne développerons, comme exemple,
que le modèle des souris transgéniques développé
par l'équipe de von Boehmer qui portent les gènes aß ou le gène ß du récepteur
T d'un clone de cellules cytotoxiques pour les cellules avec l'Ag
H-Y présenté par l'Ag de classe I-H2Db. Ce modèle expérimental est constitué
par des souris, (avec des H2 divers, notamment H2b) irradiées
létalement et reconstituées avec de la moelle osseuse
dépeuplée en T provenant de souris transgéniques.
Des souris transgéniques H2d sont obtenues par croisement
entre souris transgéniques H2b et DBA2 (H2d), puis par
sélection dans la descendance des souris homozygotes pour
H2d porteuses des transgènes aß. Enfin, des
souris portant l'anomalie génétique conduisant à
un déficit immunitaire combiné sévère
(SCID) sont sélectionnées lorsqu'elles ont également
les transgènes aß (croisement entre souris transgéniques
aß
H2b et souris SCID H2d, puis "backcross" avec souris
SCID). Les cellules T avec transgènes aß ou transgène
ß sont identifiées à l'aide d'un Ac monoclonal
réagissant avec un épitope s'exprimant seulement
lorsque a et ß sont présents simultanément
et à l'aide d'un Ac monoclonal anti-ß (la présence
du transgène ß empêche les réarrangements
des gènes ß endogènes).
Ces expérimentations permettent d'obtenir des souris avec
thymocytes qui expriment les TcRab
des transgènes dont l'affinité est forte (souris
mâles) ou faible (souris femelles) pour leur Ag de classe
I. Dans le premier
cas, interviennent une sélection positive
et une négative, dans le second, seule existe une sélection
positive.
Les souris mâles transgéniques H2b n'ont plus de
cellules CD8+ avec transgènes ab, car il y a délétion
intrathymique de ces cellules au contact de l'Ag H-Y situé
dans le contexte de l'Ag de classe I-H2Db (figure
VIII-7). Cette délétion
clonale qui est en rapport avec l'apoptose se produit chez les
thymocytes DP. Pour ces thymocytes, un signal provenant des TcR
très avides pour les Ag du CMH autologue et transduit par
l'intermédiaire du CD3 est générateur d'apoptose.
D'ailleurs les Ac monoclonaux anti-CD3 entraînent dans les
cultures organotypiques de thymus foetaux de souris (figure VIII-8),
l'apoptose des thymocytes DP CD3+ de la corticale thymique.
Les souris femelles transgéniques n'ont pas de délétion
des thymocytes anti-Y/Ag de classe I syngénique, car elles
sont dépourvues d'Ag H-Y. Elles sont donc utiles pour étudier
l'effet des Ag du CMH sur la maturation des thymocytes en T CD4+
ou en T CD8+ portant les transgènes (figures
VIII-9 et VIII-10a). Les souris H2b femelles transgéniques
aß
ou les souris femelles transgéniques aß reconstituées
ayant dans leur CMH H2b (associé ou non avec un autre H2),
ont un taux plus élevé que normalement de thymocytes
CD8+. La plupart de ces T CD8+ expriment les chaînes a
et ß du transgène, alors que les T CD4+ ont des TcR
avec une chaîne a endogène et la chaîne ß du
transgène. Au contraire, les souris femelles H2b transgéniques
pour ß ou les souris H2d transgéniques pour ab ont
le même nombre de thymocytes T CD4+ ou T CD8+ que les souris
non transgéniques. Donc, dans le thymus des souris femelles
portant l'Ag H2b, il y a sélection positive (protection
contre la destruction) des thymocytes DP avec ab des transgènes
car, l'Ag de classe I H2b est reconnu, même en l'absence
de l'Ag H-Y, par les précurseurs des T CD8+ aß
du transgène (récepteurs de faible affinité
pour H2b) qui vont survivre. L'Ag de classe I oriente la différenciation
dans le sens T CD8+. Le récepteur des T CD4 fait intervenir
le transgène ß, mais aussi un gène a
endogène. Dans ce cas, l'ensemble reconnaît l'Ag
de classe II autologue et non plus l'Ag de classe I autologue.
La présence du transgène ß seul n'a plus le
même effet que la présence simultanée des
transgènes a et ß, car le TcR transgène ß
et gène endogène a ne reconnaît plus de façon préférentielle
l'Ag de classe I b et n'entraîne plus de protection des
T CD8+. Chez les souris femelles transgéniques H2b, les
T DP vec TcR ab du transgène présentent des signes
d'activation (tyrosine kinase src activées). Il n'en est
pas de même pour les souris femelles transgéniques
H2d. Cela signe une sélection positive des T CD4+CD8+ avec
TcR ab du transgène par les Ag de classe I H2b.
Les souris SCID ont un défaut
du réarrangement des TcR et des Ig. Aucun de leurs thymocytes
n'a de CD4 ou de CD8 de surface. En revanche les souris SCID transgéniques
aß
développent des thymocytes avec récepteurs aß
des transgènes et CD4 et/ou CD8
(figure VIII-10b). Lorsque les souris femelles sont H2b/H2d,
le thymus contient des T DP et SP CD8+ dont les ab sont codés
par les transgènes; si les souris sont H2d, le thymus produit
surtout des DN, un peu de DP avec TcR ab transgéniques
mais ni SP CD8+ ni SP CD4+. Donc, la maturation des thymocytes
en cellules SP CD8+ se produit lorsque les récepteurs peuvent
reconnaître l'Ag de classe I syngénique. Si les TcR
avaient été de forte affinité, comme chez
les mâles dont les Ag de classe I abritent l'Ag mineur Y,
une sélection négative aurait éliminée
les DP.
Les récepteurs spécifiques des Ag de classe II syngéniques
favorisent également la différenciation des cellules
qui les portent, en thymocytes SP CD4+.
Le répertoire des lymphocytes
T est donc en grande partie sélectionné au niveau
du thymus par les Ag du CMH autologue et la maturation en thymocytes
SP CD4+ ou CD8+ dépend respectivement de la spécificité
des TcR pour les Ag de classe II ou I syngéniques.
Le rôle des Ag de classe
I et II dans la maturation en thymocytes SP a aussi été
mis en évidence chez des souris portant des gènes mutés obtenus par recombinaison
homologue (souris
knock out). Ainsi par recombinaison
homologue, les gènes mutés sont introduits dans
le génome de la souris. Par ce procédé, ont
été produites des souris
sans Ag de classe I, sans CD8, sans Ag de classe II ou sans CD4.
Les souris sans Ag de classe I portent une mutation sur le gène
de la ß2m conduisant à l'absence de production de
ß2m. Sans ß2m, la chaîne a des Ag de classe
I ne s'exprime plus à la surface des cellules. Les T SP
CD8+ sont peu représentés chez ces animaux à
la périphérie et dans le thymus. Les thymocytes
DP et SP CD4+ sont en nombre normal. Des souris knock out pour
le gène Tap1, dont le produit permet le passage des peptides
endogènes dans le réticulum endoplasmique, ainsi
que l'association de ces peptides avec les Ag de classe I, ont
également un défaut d'expression des Ag de classe
I et de différenciation des thymocytes en SP CD4+. L'injection
d'Ac monoclonaux anti Ag de classe I à des souris nouveaux-nées
non mutées aboutit à des résultats analogues
à ceux de la mutation. Donc les Ag de classe I sont nécessaires
pour que les thymocytes subissent une sélection positive
et se différencient convenablement en SP CD8+.
On peut constater un comportement voisin de celui des souris précédentes,
chez des souris sans T CD8+ obtenues en remplaçant le gène
normal CD8a par un gène muté. L'Ag CD8 complet
aß
ne s'exprime plus chez ces souris, car d'une part il manque la
chaîne a, et d'autre part la chaîne ß seule
ne peut s'exprimer en surface. Ces souris produisent normalement
des Ac, mais pas ou peu de T cytotoxiques. Ces résultats
rejoignent ceux observés après administration d'Ac
monoclonaux anti CD8 à des souris nouveau-nées normales.
Des souris dépourvues d'Ag de classe II ont été
produites, à partir de souris H2b qui naturellement n'ont
pas de complexe IE, en introduisant un gène muté
de la chaîne IAß. Ces souris sont dépeuplées
en T CD4+. Les T CD4+, en petit nombre à la périphérie,
sont sous une forme activée. Dans le thymus, le nombre
des SP CD4+ est diminué, mais moins qu'à la périphérie.
Ces cellules sont principalement immatures. Les thymocytes SP
CD8+ ne sont pas affectés. Quant aux DP, ils expriment
plus d'Ag CD4 que normalement. L'injection d'Ac monoclonaux anti
classe II a des souris normales nouveau-nées induit
des modifications superposables à celles de la mutation
étudiée.
Une mutation du gène contrôlant le CD4, permet d'obtenir
des souris déficitaires en CD4 dont les caractéristiques
immunologiques ressemblent à celles des souris sans Ag
de classe II. Les T CD4+ et les thymocytes SP CD4+ sont presque
absents, ce qui est également le cas chez des souris normales
recevant des Ac monoclonaux anti CD4 à la naissance.
Donc la faible expression des
Ag de classe II ou I ou leur absence, diminue mais ne supprime
pas, la production respectivement des SP CD4+ ou des SP CD8+.
Le passage des DP aux SP matures se fait comme suit :
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Chez les souris déficitaires en
classe II et I ou en CD4 et classe I ou en CD8 et classe II, les
stades 2 et 3 manquent. Enfin,
des souris déficitaires en classe I et transgéniques
pour le CD4 (donc, dont le CD4 est exprimé de façon
ectopique à la surface de tous les T) produisent non seulement
des T matures CD4+ (CD4 endogène et CD4 du transgène),
mais aussi des T matures CD4+ du transgène, CD8+ endogène
spécifiques des Ag de classe II avec des fonctions T CD8+.
Donc, le CD4 transgénique
permet la survie de T CD8+ cytotoxiques qui seraient morts en
son absence. Le CD4 sauvegarde plus facilement la lignée
CD8+ que le CD8 sauvegarde la lignée CD4+.
En fait, comme nous allons le voir, la
sélection positive fait non seulement intervenir les Ag
du CMH, mais aussi les peptides endogènes implantés
dans le sillon de ces Ag.
Dans des cultures de thymus foetaux de souris knock out pour les
gènes de la ß2m ou de Tap1, des Ag de classe I peuvent
s'exprimer en surface si l'on ajoute un mélange de plusieurs
peptides et, encore mieux, si on y associe de la ß2m. Les
Ag de classe I captent la ß2m, intègrent chacun un
peptide approprié, puis s'expriment et persistent en surface.
Dans ces conditions, la production de TCD8+ est reconstituée.
Cette reconstitution est moins bonne si l'on utilise une solution
contenant un seul peptide. Certains peptides n'ont pas cette faculté
d'induction des TCD8+, bien que permettant l'expression des Ag
de classe I.
Avec la technique de la culture
de thymus foetaux provenant de
souris déficitaires en Ag de classe I (ß2m(-) ou
Tap1(-)) et transgéniques pour un TcR spécifique
d'un peptide déterminé, présenté dans
le contexte d'un Ag de classe I précis, les constatations
suivantes peuvent être faites :
*
le peptide correspondant (forte affinité pour l'Ag de classe
I) ajouté en quantité suffisante à la culture
entraîne l'apparition de TCD8+ avec TcR du transgène,
donc une sélection positive. Une sélection négative
apparaît, si le donneur a une quantité diminuée
(hétérozygote pour le gène muté) ou
normale d'Ag de classe I. Dans ce cas il existe un nombre élevé
d'Ag de classe I occupés par le peptide.
* des
peptides, voisins de ce peptide (faible affinité pour l'Ag
de classe I), peuvent également produire une sélection
positive, mais en les utilisant à plus fortes doses. Une
sélection négative est en général
possible, si le thymus provient d'une souris avec une quantité
diminuée (hétérozygote pour le gène
muté) ou normale d'Ag de classe I.
*
d'autres peptides sans relation avec le précédent,
ne reconstituent pas la production de TCD8+.
Des marqueurs de surface permettent en fonction de leur présence,
de leur absence ou de leur degré d'expression, d'apprécier
avec plus ou moins de précision le niveau de maturation
des thymocytes :
*
La densité des molécules Thy1 s'accroît avec la maturation des thymocytes.
* Les
molécules CD3 absentes de la surface des thymocytes les plus
immatures deviennent de plus en plus nombreuses sur la membrane
des thymocytes les plus différenciés.
* Le
CD1
et le CD21 (CR2, récepteur
pour l'EBV) sont, chez l'homme,
associés à la majorité
des thymocytes DP.
*
La présence
de Tdt
intracytoplasmique est un signe d'immaturité.
*
Le récepteur pour la transferrine (CD71) est exprimé sur les cellules qui prolifèrent parmi les DN.
*
Les Ac anti-récepteur de faible affinité pour l'IL2
(IL2aR
= CD25)
marquent des thymocytes immatures DN
tardifs.
*
Chez la souris, le nombre de molécules HSA (heat stable
Ag détectés par les Ac monoclonaux J11d) de surface
baisse, du stade des thymocytes immatures à celui des thymocytes
matures. Cependant, les thymocytes les plus immatures, qui viennent
de pénétrer dans le thymus, ont peu de HSA de membrane.
*
L'expression du CD44 (Pgp) décroît également
au fur et à mesure que la maturation avance. Chez le sujet
agé il y a décroissance du nombre des thymocytes
CD25+CD44+ ou les CD25+CD44- mais non des thymocytes CD25-CD44-.
*
L'Ag Qa2
est un Ag du CMH de classe I non classique lié à
la membrane cytoplasmique par le phosphatidylinositol. On le trouve
sur tous les lymphocytes T périphériques, sur des
B et sur les thymocytes les plus matures.
Plusieurs procédés ont permis de préciser
comment progresse la différenciation des thymocytes.
Il s'agit d'abord de l'étude, d'une part in vivo des thymocytes
dans le thymus de l'adulte traité
par les corticoïdes ou reconstitué après irradiation ou dans le thymus
du foetus, et d'autre part in vitro sur des cultures organotypiques de thymus
foetaux. Dans ces 3 situations,
sont recherchés chronologiquement les sous-populations
et leurs marqueurs, ce qui correspond à l'ordre de leur
apparition au cours de la maturation.
L'injection intrathymique de précurseurs
et sous-populations variés et l'étude du devenir
de ces cellules ont également été utilisées. Le thymus receveur peut être soit celui
de souris irradiées ou traitées par des corticoïdes,
soit normal congénique du donneur (par exemple donneur
C57BL/Ka Thy1.1 et receveur C57BL/Ka Thy1.2, chez lesquels sont
identifiés, par les Ac monoclonaux anti Thy1.1, les descendants
des cellules injectées). Enfin, on a également utilisé
pour ces études soit des cultures de thymocytes, soit de
souris transgéniques ou avec knock out variées.
Deux constatations principales ont pu être faites avec ces
différents procédés :
* Existence
de SP CD4+
et SP CD8+ immatures avec CD3- TcR-, J11d+ (HSA), CD44++, IL2aR-,
Thy1+. Ce sont les plus immatures
des thymocytes et ils peuvent
se différencier en lymphocytes B, NK et cellules dendritiques
thymiques. Les thymocytes qui suivent, perdent le CD4 et gagnent
le CD25 (IL2Ra), ils gardent la faculté de donner des
NK et surtout des cellules dendritiques thymiques
*
Parmi les thymocytes DN, une partie porte des préTcR. Les préTcR sont constitués par
l'association (liaisons covalentes) d'une chaîne ß
et d'une chaîne préTcRa (pTa),
l'ensemble étant lié au complexe CD3 (gdez).
Les pTa sont des glycoprotéines
invariantes transmembranaires
de 33kDa codées par un gène non réarrangé.
Il existe, comme pour les préBcR, une molécule VpréT
associée à ces pTa. Ces thymocytes ont nettement été
mis en évidence chez les souris SCID transgéniques
pour une chaîne ß du TcR, plus difficilement chez
des souris normales. Chez les souris transgéniques précédentes,
certains des thymocytes DN n'ont que des chaînes ß
monomériques sans CD3, mais liées à la membrane
par du phosphatidylinositol.
Les thymocytes des souris avec une délétion des
gènes de la chaîne
a des TcR ont leur maturation arrêtée
aux DP. La perturbation est encore plus marquée avec une
délétion portant uniquement sur les gènes
de la chaîne ß des TcR. En effet, le nombre des thymocytes
s'effondre (10 fois moins de thymocytes que normalement) et seulement
la moitié sont des DP. Chez les souris SCID et les souris
avec knock out des gènes RAG1 ou RAG2 des recombinases, les
thymocytes sont bloqués
au stade DN avec IL2R de surface.
Chez les souris nées de l'accouplement d'une souris avec
un transgène de chaîne ß et d'une souris avec
knock out du gène RAG1, les thymocytes DP font leur apparition.
Les souris knock out pour le gène de la pTa
ont un défaut majeur de la différenciation des Tab
analogue à celui des souris knock out pour les gènes
ß et une augmentation du nombre des thymocytes Tgd.
La production et l'expression
des préTcR en surface, représentent un phénomène
indispensable pour que les DN passent aux DP.
Ces préTcR pourraient transmettre un signal, par l'intermédaire
du CD3e, puis de la p56lck et de la MAP après
liaison de b avec un ligand spécifique. Cependant
des thymocytes avec préTcR, dont la chaîne b
n'a pas de portion variable se différencient normalement.
La production du préTcR empêche le réarrangement
du second locus TcRb (exclusion allélique) et inhibe celui des gènes g (exclusion isotypique).
En général les gènes RAG1 et RAG2 cessent d'être
transcrits chez les DP avec densité élevée
en TcRab, donc à une période où
les réarrangements des gènes a sont terminés.
Le répertoire des Tab établi dans le thymus ne persiste à
la périphérie que si hors du thymus ces T peuvent
être régulièrement en contact avec les CMH/peptides
qu'ils peuvent lier. Une expérience parmi plusieurs conforte
cette notion. Des TCD8+ naïfs
introduits chez des receveurs ne persistent que si ces receveurs
expriment le CMH qui restreint la réponse de ces CD8+. Donc, les T ne survivent de façon prolongée
après leur sortie du thymus que si leurs TcR interagissent
à la périphérie avec les Ag du CMH correspondant.
Ces différentes constatations permettent de proposer pour
la différenciation de la lignée des TcRab
majoritaire, les schémas indiqués dans les figures VIII-11a
, VIII-11b
et VIII-12.
Les cytokines suivantes ne jouent pas de rôle essentiel
pour la production des Tab : IL2, 4, 6, 10, 13, IFNg, GM-CSF, TNFb
et LIF. L'IL7 produit une intense prolifération des
précurseurs qui viennent de pénétrer dans
le thymus.
En revanche les cytokines suivantes, SCF (stem cell factor), IL7,
TNFa et
IL1a,
sont importantes.
Le CD81
des celules épithéliales thymiques, le CD27 et le ckit des thymocytes
interviennent également dans le développement précoce
des thymocytes ab .
Des TabCD4+CD8aa et TabCD4-CD8aa se developpent dans l'épithélium intestinal à partir de précurseurs situés dans les cryptopatchs du chorion.
A côté des thymocytes DP et SP CD3+, existent des thymocytes DN matures CD3+ appartenant
à 2 variétés : ceux à TcRab
et ceux à TcRgd.
III-2. Les lymphocytes T CD4-CD8- à TcR ab
Une partie minoritaire des TabCD3+ est DN
et exprime des marqueurs (fortes expressions des TcR et CD3 et
faible ou absence d'expression des HSA de surface) et des fonctions
(prolifération sous l'influence de lectines) de thymocytes matures.
Chez les souris SCID transgéniques, dont le TcR, codé
par un transgène, n'est pas complémentaire des Ag
du CMH exprimés sur les cellules du stroma thymique de
ces souris, les thymocytes TcRabDP n'existent pratiquement pas, alors que sont
produits des DN matures à TcRab. Donc cette lignée
ne dépend pas ou peu d'une sélection positive. De
plus, il n'y a pas ou incomplètement de sélection
négative et les T expriment des TcRab spécifiques
des auto-Ag. Cependant, il pourrait exister une sélection
positive par les Ag de classe I ou I like (comme le CD1) portés
par les cellules hématopoïétiques thymiques
et non par les CRET.
10% des T intraépithéliaux de l'intestin sont DN CD3-CD7+ et se sont différenciés in situ à partir de précurseurs des cryptopatchs.
III-3. Les lymphocytes T à TcRgd
Les Tgd correspondent à une sous-population minoritaire
par rapport aux Taß habituels. Pour
beaucoup des Tgd, il n'y a pas de restriction par les Ag du CMH. Ils sont associés préférentiellement
à la peau et aux muqueuses (surtout digestives). Selon leur localisation,
les Tgd ont des caractéristiques différentes.
Chez la souris, les Tgd de la peau, notamment intra-épithéliaux,
appartiennent au sous-groupe Vg5 et ceux du vagin, de l'utérus et de
la langue au sous-groupe Vg6. Dans ces deux cas, les TcR
sont peu diversifiés.
Les Tgd du sang, des ganglions et de la rate sont Vg4
et Vg1
et ceux de l'intestin Vg7, du poumon Vg4, du foie Vg1,2 et de la glande mammaire Vg4,5. Les TcR de tous ces Tgd sont diversifiés.
Les Tgd de l'intestin et du foie expriment en majorité
des homodimères CD8aa,
les autres Tgd sont DN (dans le colon 50 à 70% de DN
et 50 à 30% de CD8aa). Des souris transgéniques
pour le gène Vg5 (normalement hyperexprimé dans les T
de l'épiderme), ont aussi des TgdVg5 dans l'intestin.
Dans l'intestin, ces cellules sont CD8+. Donc, l'environnement intestinal est responsable de l'induction
du CD8. Les T de l'intestin se
répartissent ainsi :
*
T du chorion = 95% de TcRaß en majorité CD4+ et 5% TcRgd;
*
T intraépithéliaux (CD45Ro+ en majorité et
intégrine ß7aHML1 particulière) : 60 à 80% de
TcRaß
(10 à 15% CD4+, 90 à 85% CD8+ (95 à 70% CD8+aß
et 5 à 3% CD8+aa) ; 30 à 10% TcRgd et 10% DNCD3-CD7+.
Chez la souris, certains Tgd
subissent une sélection positive dans le thymus. Ainsi des souris transgéniques pour des TcR reconnaissant des Ag de surface I-like (type TL), liés à la ß2m ont, si ces souris sont déficitaires génétiquement en ß2m, leurs Tgd
transgéniques qui restent immatures. En revanche, la maturation
se produit lorsque la ß2m s'exprime normalement. Une sélection
négative peut également intervenir pour des Tgd
restreints par des Ag de classe I-like. Cependant, les souris sans classe I (souris à gène
ß2m muté) ont des Tgd en nombre normal, parce qu'une majorité
des Tgd n'est pas sélectionnée par des
Ag de classe I ou de classe I-like dépendant de la ß2m.
Dans l'intestin les TcRgd et les TcRab
CD8aa+
sont thymo-indépendants alors que les TcRab CD4+ ou CD8ab+
sont thymodépendants.
Chez l'homme
comme chez le poulet, les cellules TcRgd+ sont absentes
au niveau de la peau et peu représentées au niveau
du tissu intestinal, mais présentes dans le reste du système
lymphoïde humain.
Certains des Tgd de l'intestin,
et en partie du poumon, se développent hors du thymus et
peuvent le faire en l'absence de cet organe.Ces Tgd de l'intestin sont CD4-CD8aa+. Le tableau suivant récapitule les caractéritiques des T des IEL (en rouge T à différenciation in situ) :

Dans le thymus humain, prédomine le sous-groupe Vg1Vd1 et dans le sang du sujet adulte, le sous-groupe Vg9Vd2. C'est avec l'âge, que les Tgd du torrent circulatoire de type Vg9Vd2 deviennent majoritaires (dans le sang du cordon ils représentent seulement 15% des Tgd alors que ce pourcentage atteint la valeur de 70% dans le sang de l'adulte). En même temps, le pourcentage des Vg1Vd4 diminue. A près de 50% au départ, il tombe à 30% chez l'adulte. Enfin, les Vg9Vd2 au début CD45RO-, deviennent CD45RO+, alors que les Vg1Vd1 demeurent CD45RO-. Cela signe sans doute la stimulation, au cours de la vie, du premier type de Tgd par leurs ligands constitués par des superAg d'origine microbienne et leur passage sous forme de cellules mémoires CD45RO+.
Les deux sélections positive et négative nécessitent l'expression de TcR à la surface de ces cellules et n'interviennent sûrement que pour la lignée majoritaire des thymocytes à TcRab. La sélection positive conduit à la protection contre la mort cellulaire programmée des clones autoréactifs, c'est-à-dire dont les TcR sont complémentaires des Ag du CMH dont le sillon est en général occupé par des peptides divers présents dans le thymus. La sélection négative a pour conséquence la destruction par apoptose des thymocytes qui, après maturation, donneraient des T dangereux pour l'organisme du fait de leur auto-agressivité. 95% des thymocytes, soit 50 000 000 meurent par jour chez la souris jeune.
Les NKT
qui portent à la fois
le marqueur NK1 et TcRab, ont des TcR peu hétérogènes
avec une partie variable composée chez la souris par Va14
et Ja281
et Vb8.2,
Vb7
ou Vb2
et chez l'homme par Va24 et Ja1Q. La différenciation des NKTCD4+TcRab et NKTDNTcRab
est en grande partie thymodépendante, alors que celle d'un troisième sous-type
: NKTCD8+TcRab
est thymoindépendante se produisant essentiellement dans le foie.
Le développement dans le thymus des NKT dépend de
l'interaction de leurs TcR avec le CD1d exprimé par les
thymocytes DN. Ainsi, les souris CD1d-/- ou Ja281-/- ont un thymus
pratiquement dépeuplé en NKT. La différenciation
des NKT fait aussi intervenir l'IL15, l'IL7 et le GM-CSF.
Des souris déficitaires en Fyn manquent de NKT reconnaissant
le CD1d.
Des souris g des récepteurs des cytokines-/- ont des
thymus avec cellules présentant les fonctions des NKT mais
n'exprimant pas le NK et incapables d'être exportées
hors du thymus.
Enfin, l'hyperexpression expérimentale du CD8 dans le thymus
a pour conséquence une diminution par délétion
du nombre des NKT thymiques, l'effet est inverse chez les souris
CD8-/-.
IV-FACTEURS DE TRANSCRIPTION INTERVENANT DANS LE DEVELOPPEMENT DES LYMPHOCYTES
Le développement des T et B fait intervenir des signaux issus de de la périphérie et transduits jusqu'au noyau où des facteurs de transcription (FT) ou des ADN-polymérases (ADN-P) vont se lier à des sites ADN avec pour résultat l'activation de gènes conduisant à la multiplication ou la différenciation des lymphocytes. L'action des FT et ADN-P nécessite que les nucléosomes soient modelés de façon à ce que les sites ADN de ces molécules leur soient accessibles. Ce modelage fait notamment intervenir des modifications de l'extrémité N-terminale des histones en partie sous l'action des acétyltransférases et des déacétylases.
IV-1. Lymphocytes T
Des facteurs
de transcription, comme par exemple,
les protéines E, les protéines
Id, les protéines
Notch et les protéines
de la famille Ikaros jouent un rôle majeur dans l'engagement
de précurseurs dans de voie de différenciation en
cellules T, dans la différenciation et la sélection
desT. C'est l'utilisation de souris soit knock out pour les gènes
de ces facteurs, soit dont les gènes précédents
sont hyperexprimés qui a fait progresser les connaissances
dans ces domaines.
Plusieurs membres de la famille
E des protéines bHLH (basic
Helix-Loop-Helix), comme HEB, E47, E12, E2-2, sont impliqués
dans le développement des
thymocytes. Ces protéines,
qui ont une structure voisine, se lient à des sites sur
l'ADN nommés "E boxes" sous formes d'homodimères
ou d'hétérodimères. Ces ADN se retrouvent
au niveau des "enhancers" des TcR a et b et de zones régulant
le gène de CD4. Les protéines
Id sont voisines des protéines
E, mais n'ont pas de domaine capable de se lier à l'ADN.
Cependant elles peuvent former des hétérodimères
avec E par l'intermédiaire des domaines HLH qu'elles ont
en commun. La conséquence est la perte de la faculté
de s'associer à l'ADN de ces hétérodimères.
Des souris transgéniques hyperexprimant des gènes
des protéines Id n'ont plus de développement normal
des thymocytes à partir du progéniteur commun aux
T et NK. Donc, les protéines E et Id sont importantes dans
le développement des T surtout ab. Ainsi, Id3 intervient
dans la sélection positive des thymocytes et E47 régule
le développementdes SP.
Les protéines Notch ont d'abord été identifiées
chez la drosophile comme des facteurs intervenant dans le développement
neuronale et épidermique. Chez les mammifères 4
homologues, Notch 1 à 4, ont été découverts.
Ils se présentent comme des récepteurs et comportent
une portion extracellulaire avec un domaine fait de la répétition
de structures de type "epidermal-growth-factor" (EGF)
like, puis de 3 LNR (Notch/LIN-12 Repeats) riches en cystéines,
une portion transmembranaire et une zone intracytoplasmique avec
une séquence RAM, 6 séquences ankirine et du coté
C-terminale une séquence PEST. Ces protéines interagissent
par leurs séquences EGF avec les molécules de la
famille jagged 1 et 2 et delta-like 1 et 3 avec pour résultat, d'une part
la protéolyse de Notch au niveau ou très proche
du domaine transmembranaire et d'autre part la libération
du domaine intracytoplasmique de Notch. Celui-ci transloque dans
le noyau où il se lie au facteur de transcription CBF1
le convertissant de répresseur en activateur du gène
de transcription (figure VIII-13). Donc, la cellule portant le ligand de Notch
peut directement réguler l'expression de génes des
cellules portant Notch et influencer leur développement.
Notch intervient aussi en s'associant à la protéine
cytoplasmique doigt-zinc Deltex. Le complexe réprime l'expression
des protéines bHLH notamment E4.
Une variété de leucémie est en rapport avec
une mutation du gène notch 1 qui apparaît comme un
oncogène des T. Il intervient comme un régulateur
du développement des thymocytes car Notch est exprimé
sur les thymocytes et son ligand jagged 2 sur les thymocytes et
les CRET. Notch 1 favorise plutôt le développement
des ab que des gd. Notch 1 faiblement exprimé sur les DP
et fortement sur les SP, favorise le passage des précurseurs
CD34+ en DP, puis celui de ces derniers en SP. Notch protège
les T en développement contre l'apoptose. Enfin, ces protéines
moduleraient aussi la structure des nucléosomes permettant
ou empêchant l'accès de certains sites ADN aux facteurs
de régulation liant ces sites.
Le passage des DN aux SP immatures, puis aux DP nécessite
des protéines HMG (TCF1 : T Cell Factor 1) et LEF
1 (Lymphoïd Enhancer Factor
1).
Les protéines Ikaros sont aussi concernées dans la différenciation
des thymocytes comme le montrent les hybrides entre souris knock
out pour Ikaros et souris Rag 1 -/- qui ont un bloc de la transition
DN-DP. Ikaros déterminerait le seuil de réponse
du TcR avec ses ligands chez les thymocytes et les T matures.
Les protéines Ikaros appartiennent à la famille
Ikaros avec les protéines voisines Aiolos et Helios qui peuvent former avec Ikaros des hétérodimères
et ainsi réguler le développement des thymocytes
(figure VIII-14).
Le récepteur hormonal nucléaire
Nur77 et la structure voisine
Nor 1
interviennent dans la sélection négative des thymocytes
DP. Il faut un signal provenant du TcR et un autre du CD28 pour
obtenir une induction maximum de Nur77 et une activité
de liaison de Nur77/Nor1 nécessaires à la sélection
négative. L'inhibition de la mort dans la sélection
négative par Notch 1, que nous venons de voir précédemment,
se fait en réprimant l'expression de Nur 77.
Le facteur de transcription MEP
2 bien qu'ayant une répartition
ubiquitaire, intervient également dans la sélection
négative des thymocytes en régulant l'expression
de Nur77 de façon calcium dépendante.
Les protéines de la famille NF-kB sont impliquées dans de nombreux phénomènes
et chez des cellules variées notamment les T dont elles
peuvent favoriser l'apoptose des DP et en même temps le
maintien d'un nombre normal de CD8+.
La figure VIII-15 indique à quel niveau interviennent les
facteurs de transcription.
Le précurseur commun hématopoïétique
(HSC : Hematopietic Stem Cell) donnera naissance au progéniteur commun des lymphocytes sous l'influence de différents facteurs
de transcription : cy-myb, PU1,
GATA2, Ikaros...
IV-2. Lymphocytes B
Comme pour les T, des facteurs de transcription
interviennent dans le développement des B. Certains sont
spécifiques de la lignée B : EA2 (protéine E) de la famille des bHLH,
EBF (Early
B Cell Factor) et facteur Pax ou BSAP (B cell Specific Activator Protein). D'autres
sont présents dans d'autres cellules : Aiolos et Sox4. E2A et EBF agissent
en orientant les progéniteurs des lymphocytes dans le sens
B. Pax à
un effet analogue mais en plus , comme Sox4, joue un rôle essentiel dans la differenciation
en proB.
La figure VIII-16 indique à quel niveau interviennent les
facteurs de transcription.
V-SYNTHESE SUR REPERTOIRE DES LYMPHOCYTES ET REPONSE IMMUNE
Le répertoire des lymphocytes B se constitue dans la moelle
osseuse principalement par recombinaisons géniques, puis sélection
négative avec apoptose
et élimination par les macrophages locaux (corps tingibles)
des clones B anormaux ou dangereux (autoréactifs).
Le répertoire des lymphocytes
T prend naissance dans le thymus
également par recombinaison
génique, puis sélections positive
et négative. Les lymphocytes T qui restent, sont ceux qui
ne sont pas auto-agressifs, mais dont les TcR peuvent reconnaître
avec suffisamment d'efficacité les Ag
du CMH autologue occupés par des peptides étrangers ou des Ag de
CMH allogéniques.
Lorsqu'un Ag pénètre dans un organisme, il est pris
en charge par des CpAg professionnelles qui peuvent varier selon
la voie d'introduction et la nature de l'Ag. Les Ag particulés
sont capturés par les macrophages ou les cellules dendritiques
myéloïdes immatures, les haptènes pénétrant par voie percutanée
sont pris en charge par les cellules de Langerhans et les Ag solubles
peuvent emprunter la voie des macrophages, des cellules dendritiques
ou des lymphocytes B. Lorsque l'Ag
est une greffe allogénique,
ce sont principalement les CpAg
allogéniques du greffon
qui entrent en jeu (les CpAg de
l'hôte peuvent accessoirement phagocyter des cellules allogéniques
et présenter des fragments des Ag du CMH allogénique
dans leurs propres Ag de classe II).
Les CpAg des tissus, avec les Ag qu'ils ont pris en charge, vont
gagner les zones thymodépendantes des organes lymphoïdes
secondaires. Dans ces zones, selon les Ag, les CpAg et les cytokines
présentes localement, des TH1 ou des TH2 spécifiques
de l'Ag seront mis en action (macrophages
et cellules dendritiques pour
TH1
ou TH2,
lymphocytes B pour TH2). Lorsque les Ag peuvent être protéolysés
dans le cytosol des CpAg (Ag endogène, parasite intracytoplasmique
ou Ag de classe I allogénique), des T CD8 spécifiques
vont, sous l'influence des cytokines des TH1, proliférer et
se différencier. Les TH2, pour leur part, vont coopérer, grâce
à des molécules de surface et des cytokines, avec
les lymphocytes B dont les BcR se lient avec l'Ag qui arrive directement
dans les organes lymphoïdes secondaires ou qui s'est déjà
fixé sur les cellules dendritiques
folliculaires (complexe Ag-Ac).
Autour de ces cellules dendritiques folliculaires, va se constituer
le follicule lymphoïde secondaire à partir des B spécifiques
de l'Ag. Ces cellules à IgM/IgD de membrane prolifèrent,
une partie
va donner des plasmocytes sécrétant des IgM que
l'on retrouve d'abord dans la corticale, puis dans la médullaire
du ganglion et qui après commutation, produiront des IgG, IgA ou IgE. L'autre partie
est le siège de mutations ou de révision
des récepteurs dont certaines
conduisent à des BcR de forte avidité pour l'Ag.
Seuls ces B survivent et subissent une commutation qui les transforme en B à IgG, IgA ou
IgE de membrane qui constituent les B
mémoires.
Les lymphocytes
B dont les mutations ne sont pas avantageuses, vont mourir par
apoptose et être capturés, puis digérés
par des macrophages (corps tingibles). Les lymphocytes B
mémoires soit ne quittent pas,
soit quittent le follicule lymphoïde pour le torrent circulatoire
par les lymphatiques efférents. Les T CD8+ éventuellement
produits et les T CD4+ qui se sont multipliés, vont constituer
les T mémoires qui gagnent aussi le sang. Ces différentes
cellules mémoires soit vont patrouiller (surtout les T)
jusqu'à ce que le même Ag pénètre de
nouveau, soit se localiser dans les tissus. Les CD8+ mémoires
seront à l'origine du rejet de greffe allogénique
accéléré, des dermites de contact ou de la
lyse des cellules hébergeant un virus ou d'autres micro-organismes
intracellulaires. Les CD4+ TH1 mémoires seront responsables des réactions d'HSR
et les TH2 mémoires avec les B mémoires conduiront à
une réponse secondaire faite d'Ac de classe IgG, IgA ou
IgE.