A/
DEFICITS IMMUNITAIRES PRIMITIFS
Le système immunitaire peut être le siège d'un défaut de fonctionnement en rapport soit avec des anomalies génétiques (déficits immunitaires primitifs), soit avec des facteurs externes (déficits immunitaires secondaires). Les déficits héréditaires correspondent à des anomalies de gènes et ressemblent souvent à ceux observés chez des souris knock out. Ces déficits spontanés chez l'homme et l'utilisation des souris knock out sont très utiles pour comprendre la physiologie du système immunitaire.
Chez un très jeune enfant
plusieurs événements doivent alerter le médecin
et faire envisager un déficit immunitaire :
*
infections persistantes, récurrentes et/ou à germes
opportunistes : pneumocystose, nocardiose, candidoses généralisées,
rougeole fulminante, infections par EBV, CMV...
* des
complications post-vaccinales : vaccine ou bécégite
généralisée
*
des complications post-transfusionnelles : GVH (mortelles) provoquée
par les lymphocytes dans le sang transfusé
Ces constatations sont d'autant plus évocatrices qu'il
existe des antécédents familiaux de maladies auto-immunes
: lupus, PR.
Devant de tels tableaux cliniques, il
faut faire pratiquer des tests permettant d'évaluer le
fonctionnement du système immunitaire :
*
numération et formule
*
dosage des différentes classes d'immunoglobulines
*
dosage de C2, C3, C4 et CH50
*
intradermoréaction à la candidine, à la tuberculine
*
profils lymphocytaires avec quantification des CD2, CD3, CD4,
CD8, CD14, CD19, CD20, CD56
*
tests de prolifération lymphocytaire en présence
d'alloantigènes, de mitogènes.
La classification
des DEFICITS IMMUNITAIRES PRIMITIFS
est la suivante :
*
déficits de l'immunité cellulaire (surtout des T)
*
déficits de l'immunité humorale
* déficits
divers
*
déficits en complément
*
déficit des polynucléaires
I-DEFICITS DE L'IMMUNITE CELLULAIRE
Il s'agit de déficits en lymphocytes
T, associés ou non à un déficit en lymphocyte
B. Ces déficits T s'accompagnent d'une sensibilité
plus grande et à de plus nombreux aux agents pathogènes
que les déficits de l'immunité humorale.
Les critères pour le diagnostic comprennent généralement
:
*
des infections sévères dés la toute petite
enfance.
* une
lymphocytopénie.
*
de profondes anomalies des tests explorant l'immunité à
médiation cellulaire (tests d'hypersensibilité cutanée,
tests de stimulation des lymphocytes)
*
déficit partiel ou total de la réponse humorale
On parle donc de déficits
immunitaires combinés sévères (en anglais Severe Combined Immunodeficiency
disease : SCID) (chez les jeunes enfants, il faut les différencier
de l'infection par le HIV).
On distingue les SCID typiques à la symptomatologie très sévère
et de très mauvais pronostic, des SCID
atypiques de gravité variable,
parfois transitoires, dus à une immaturité du système
immunitaire.
En France, leur fréquence est
estimée à 1 pour 10.000 naissances, leur principale
conséquence est la survenue d'infections nécessitant
l'hospitalisation lors des premiers mois de la vie. En l'absence de traitement de type greffe de
moelle osseuse, leur évolution est fatale dans l'année.
Sur le plan histologique, les SCID sont caractérisés
par une profonde hypoplasie des organes lymphoïdes secondaires,
ainsi que du thymus (absence de thymocytes et défaut de
différenciation des cellules épithéliales
thymiques). La greffe de moelle osseuse permet corriger ces anomalies
en quelques semaines.
I-1.1./ SCID sans lymphocytes
T et B ou SCID avec RadioSensibilité (SCID-RS)
Les patients atteints de SCID typiques sont dépourvus de
lymphocytes T et B (activité adénosine déaminase
détectable), et n'effectuent pas de recombinaison VDJ des
TcR et BcR transmissible comme un caractère
autosomique récessif.
Ce syndrome fait penser à la maladie
des souris SCID. Cependant l'anomalie
chez la souris porte sur la kinase
dépendant de l'ADN qui
se lie à l'extrémité des coupures des doubles
brins survenant au cours des réarrangements. Chez l'homme,
les mutations portent sur le gène ARTEMIS (chromosome 10)
qui code pour une protéine de réparation de l'ADN.
Le résultat est une absence de recombinaison et un blocage
de la différenciation des B et T (tableau
XII- I).
I-1.2./ Syndrome d'OMENN
et/ou SCID avec cellules NK (tableau XII-II)
-a-
Description clinique
SCID rare dont le tableau clinique
est voisin de la GvH chronique
avec érythrodermie sévère, diarrhée,
infiltration massive de la peau par des lymphocytes T CD4+ oligoclonaux.
Il est habituellement fatal pendant la première année
de la vie par complications de type anasarque par fuite protéique
ou sepsis d'origine cutanée.
-b- Biologie
*
Ganglions aplasiques infiltrés de macrophages et présentant
de profondes modifications architecturales qui ne permettent plus
de reconnaître la limite corticale/paracorticale.
*
Hyperéosinophilie avec
hyper IgE.
*
Hypergammaglobulinémie sans Ac
* Faible
réponse lymphocytaire aux mitogènes
*
Répertoire T restreint
et absence de B
-c- Génétique
La transmission est autosomique
récessive. Au début,
la maladie était interprétée comme une réaction
GVH secondaire due aux lymphocytes de la mère (mais les
lymphocytes T ne sont pas d'origine maternelle). En fait, il existe
des mutations portant sur les gènes RAG1 ou parfois RAG2
qui diminuent, sans supprimer,
les recombinaisons VDJ. Le complexe
séquence signal de recombinaison protéine RAG1-
protéine RAG2 serait instable. Il y aurait moins de 1%
de recombinaison par rapport à la normale dans le SCID-RS
et de 1 à 25% dans le syndrome d'Omenn (tableau
XII-I).
-d-
Traitement
La greffe de moelle est l'unique perspective thérapeutique
avec pour l'instant des résultats partiellement satisfaisants
(Isolement dans des enceintes stériles). La ciclosporine
peut être utilisée pour le contrôle de l'hyper-réactivité
T oligoclonale.
I-1.3./ SCID avec lymphocytes
B (tableau XII-II)
*
SCID lié à l'Xq13.1
C'est
le phénotype le plus fréquent (50%) qui est récessif lié à l'X. La maladie est en rapport avec une mutation du gène codant pour la chaîne g
(CD132) commune aux IL2R, IL4R,
IL7R, IL9R et IL15R. Elle est caractérisée par une
absence de lymphocytes T (surtout due à un défaut
en IL7R) et NK (surtout due à l'IL15R) matures dans le
sang, alors que les lymphocytes B sont présents, souvent
en grand nombre. Il y a un défaut
primaire de maturation des lymphocytes T, mais en plus un défaut
de réponse des B mémoires.
Comme dans le SCID-RS, le thymus est immature et dépourvu
de thymocytes. Les lymphocytes B peuvent proliférer in
vitro et produire des IgM, mais pas d'IgG ou d'IgA.
La thérapie génique par transfert du gène de chaîne
g
IL2R semble un traitement de choix.
*
SCID avec déficit en
JAK3
Maladie à transmission autosomale
récessive sans T ni NK
où les B sont présents,
mais ne répondent pas à l'IL4, car il n'y a pas
de phosphorylation de STAT6 après liaison de l'IL4 à son récepteur, celui-ci utilisant
sa chaîne g pour transmettre le signal par activation de
JAK3.
I-1.4./ Déficit
en adénosine désaminase (ADA)
(tableau
XII-II)
Ils sont retrouvés dans environ 20% des SCID typiques.
L'adénosine déaminase intervient dans la voie de
récupération des purines, son déficit conduit
à l'accumulation de déoxy-ATP
hautement toxique pour les lymphocytes T et B en inhibant la ribonucléotide
réductase nécessaire pour la synthèse d'ADN (figure XII-1). Un déficit complet conduit à
une lymphocytopénie très profonde, les manifestations
cliniques apparaissent très rapidement, plus rapidement
encore que dans toutes les autres formes de SCID. Le gène
anormal est en 20q13-ter.
Il existe des déficits
partiels en ADA, ils entraînent
des lymphocytopénies plus modérées, fréquemment
accompagnées de troubles neurologiques (retards psychomoteurs).
L'importance du déficit dépend du type d'anomalie
génétique (mutations ponctuelles, délétions),
une activité ADA égale à 10% de la normale
est suffisante pour permettre une différenciation et des
fonctions lymphocytaires normales.
Le déficit en adénosine déaminase fut le
prototype idéal pour la
thérapie génique.
I-1.5./ Déficience
en purine nucléoside phosphorylase
(tableau
XII-II)
Quelques dizaines de patients sont connus. Les T sont beaucoup
plus sensibles que les B aux métabolites
toxiques accumulés (déoxy-GTP) par défaut
enzymatique (figure
XII-1). Le gène anormal est
en 14q13.1.
I-1.6./ Agénésie
réticulaire (tableau XII-II)
Dans un très petit nombre de cas, l'alymphocytose est associée
à une absence de cellules myéloides, cependant l'érythropoïèse
et la lymphopoïèse sont préservées.
Ce syndrome doit être distingué
de l'alymphocytose avec neutropénie provoquée par
des infections ou des médicaments.
I-2.Déficits immunitaires combinés atypiques
I-2.1./ Immunodéficit
T par expression faible du complexe TcR/CD3
Décrit chez très peu de patients, la base moléculaire
est représentée un défaut d'expression des
chaînes CD3e ou CD3g.
I-2.2./ Défaut
d'expression des antigènes majeurs d'histocompatibilité
de classe II ou syndrome des lymphocytes nus (tableau XII-II)
Il
existe quelques dizaines de ces malades, surtout originaire du
bassin méditerranéen. La transmission se fait sur
le mode autosomal récessif. L'espérance de vie n'excède
pas 20 ans
Chez ces patients, les molécules
de classe II ne sont pas exprimées et ne sont pas inductibles
par l'interféron g
et le nombre de TCD4+ est bas
car il n'y a plus de sélection positive intrathymique par
les Ag de classe II. Les anomalies concernent la régulation
de la transcription des gènes de classe II. L'une des mutations
touche le gène du transactivateur
de classe II (CIITA) et l'autre,
les gènes du complexe de
facteurs de transcription RFX
dont une des protéines qui se fixe sur le promoteur du
CMHII ne s'exprime plus normalement. Les gènes
de classe II sont donc normaux.
Les TCD4+ manquant, la réponse des B est aussi déficitaire.
I-2.3./ Défaut
d'expression des antigènes majeurs d'histocompatibilité
de classe I (tableau XII-II)
Il correspond à des anomalies génétiques
du transporteur de peptides TAP1
ou TAP2. Les TCD8+ sont inefficaces
ne pouvant reconnaître les peptides dans le contexte des
Ag de classe I.
I-2.4./ Déficit
en T CD8+
Maladie rare à transmission autosomale récessive
liée à l'absence du facteur
de transduction ZAP70 (tableau XII-II). Le défaut
en ZAP70 s'accompagne d'une chute de production de CD8+ par le
thymus, alors que les CD4+ sortent normalement, mais sont hyporéactifs.
I-2.5./ Déficit en
CD45
L'absence de la molécule
CD45 entraîne l'apparition d' un SCID avec lymophopénie
T mais avec un nombre normal de lymphocytes B.
I-2.6./ Immunodéficit
T par
défaut d'activation des cellules T
Les T de certains patients sont particulièrement difficiles
à activer, aussi bien par des Ag, des mitogènes
que des anticorps monoclonaux anti-CD2, anti-CD3. Seuls les esters
de phorbol et certains ionophores calciques permettent de déclencher
un flux calcique. Cela laisse supposer un défaut
de signalisation à un stade très précoce, impliquant sans doute un problème de
couplage de récepteurs membranaires. Les anomalies suivantes
ont été décrites :
*
déficit en chaîne a (CD25) de IL2R (tableau XII-II) qui s'accompagne
d'un syndrome lymphoprolifératif avec auto-immunisation.
*déficit
en chaîne a
(CD127) de IL7R. Ces sujets se
présentent comme des SCID sans T, ni B mais avec des NK.
* défaut
de production d'IL1, d'IL2 et d'autres cytokines. Certains malades avec défaut de production
d'IL2 ne peuvent activer le facteur
de transcription NF-AT qui induit
non seulement la transcription du gène de l'IL2, mais aussi
d'autres cytokines. Dans ce cas, le déficit de l'immunité
est profond alors que, si seule manque l'IL2, une autre cytokine
comme l'IL15 peut prendre sa place.
I-2.7./ Immunodéficits
associés à des dysplasies osseuses
Elles sont mal connues et le degré de l'immunodéficit
varie du dysfonctionnement léger au SCID typique.
I-2.8./ Syndrome de
DIGEORGE (tableau XII-III)
Un défaut de développement
des 3ème et 4ème arcs branchiaux aboutit à une absence de parathyroïdes
et de cellules épithéliales thymiques. D'autres
malformations (coeur, crosse de l'aorte...) peuvent être
constatées. Le faciés est évocateur avec
par exemple un hypertélorisme (important espacement entre
les yeux).
A la naissance, les enfants se présentent comme des tétaniques
hypocalcémiques avec un déficit en T souvent majeur,
par défaut de cellules épithéliales thymiques
permettant la différenciation des précurseurs T.
L'équivalent de ce syndrome chez la souris et le rat est
la maladie des "nudes" en rapport avec la mutation du gène nude
codant pour un facteur de transcription de la famille Winged-Helix
nommé Whn.
I-2.9./ Candidose chronique
cutanéomuqueuse
Les patients sont sujets aux infections par Candida albicans et
présentent un défaut de l'HSR vis à vis de
ceux-ci. Les macrophages pourraient être incapables de dégrader
correctement les polysaccharides.
I-2.10./ Déficit
en chaîne a de l'IFNgR1
ou 2 (tableau
XII-VI)
Les sujets développent des BCGites après vaccination
par le BCG ou des infections par mycobactéries atypiques.
Ils présentent un défaut
de production des granulomes.
I-2.11./ Trisomie 21
Elle se présente comme une susceptibilité aux infections
respiratoires et aux périodontopathies.
Le nombre des T diminue avec une
involution thymique précoce, le pouvoir phagocytaire et
bactéricide des PN est faible et le taux d'IgM décroît
progressivement. Les TCD8+ ont
le phénotype des NK
Ces symptomes paraissent en rapport avec une hyperexpression de
la bande 21q22 qui porte les gènes de l'IFNaR,
de l'IFNbR, de CD18, de la superoxyde dismutase... Les
sujets sont très sensibles à l'IFNa.
I-3.1./ Transplantation de moelle osseuse
Les formes typiques de SCID sont mortelles durant la petite enfance.
La transplantation de moelle osseuse
est le traitement de choix car
elle fournit des cellules souches capables de se différencier
en lymphocyte T.
Elle doit être réalisée le plus tôt
possible, plus la greffe est réalisée précocément
et plus elle a de chance de réussir (tout particulièrement
en cas de déficit en ADA).
Suite à la transplantation, on constate :
*
une colonisation rapide du thymus par les cellules pré-T.
*
l'apparition des cellules T matures circulantes en 10-20 jours.
*
la restauration de l'immunité humorale en 6 semaines.
On observe rarement de GVH aiguë
ou chronique, les T provenant
du donneur sont tolérants vis-à-vis de l'hôte
(que la greffe soit HLA identique ou non identique). Le mécanisme
de cette tolérance fait intervenir une délétion clonale dans le thymus
et probablement une anergie clonale périphérique.
Le taux de succès est excellent, sans rechutes :
*
greffe HLA identique : 97% en Europe ces dernières années
(sauf déficit en ADA et déficiences en expression
des CMH de classe II)
*
greffe HLA non identiques : 75-80%
I-3.2./ Traitement du
déficit en ADA
* Transfusions
répétées de GR car ils contiennent de l'ADA.
*
Injections IM de propylène glycol-ADA bovine.
L'amélioration clinique est transitoire et l'apparition
d'Ac anti-ADA nécessite une augmentation des doses et de
la fréquence des injections.
*
Thérapie génique : Le déficit en ADA est
un bon candidat à la thérapie génique car
le cDNA est petit et il n'y a pas de régulation fine de
l'expression du gène.
Des transductions du gène par des vecteurs ex-vivo à
des lymphocytes T ont été réalisées
avec succès, mais jusqu'à présent il n'y
a pas eu de résultats bénéfiques probants
pour les malades.
I-3.3./ Thérapie
par les cytokines
Dans un petit nombre de déficits atypiques, l'injection
d'IL2 a permis d'observer une amélioration des fonctions
des cellules T.
I-3.4./Thérapie génique
Le seul réel succès
concerne le SCID lié à l'X.
I-4. Diagnostic prénatal
Beaucoup de formes de SCID peuvent être diagnostiquées
in utéro :
* à
partir de la 10 ème semaine, sur les cellules trophoblastiques
(détermination d'activités enzymatiques (ADA, PNP)
et PCR-SSP)
* à
partir de la 20 ème semaine, sur sang de cordon (étude
des T : phénotype, fonctions )
Le diagnostic prénatal de SCID conduit la famille à
choisir soit l'avortement, soit la transplantation de moelle osseuse
HLA identique si elle est possible (il peut être intéressant
de la réaliser in utéro étant donné
les très importants taux de succès)
II-DEFICITS PRIMAIRES DE L'IMMUNITE HUMORALE
Les déficits primaires de l'immunité
humorale sont caractérisés par
*
un déficit en Ig, touchant soit une seule fraction, soit plusieurs,
voire toutes les fractions d'Ig.
*
des tableaux cliniques proches
et évocateurs (infections
pulmonaires récurrentes à germes pyogènes,
infections digestives à Giardias). Les Ac normalement se
fixent sur les pyogènes à capsule polysaccharidique
permettant leur phagocytose. Cette capsule a pour rôle de
protéger les bactéries de la phagocytose.
Les T, ainsi que les cellules accessoires, peuvent également
jouer un rôle dans ces pathologies.
II-1. Agammaglobulinémie liée au sexe (XLA) ou maladie de BRUTON (tableau XII-IV)
Elle est aractérisée :
*
par l'absence de B dans le sang et une agammaglobulinémie
globale.
*
Maladie masculine (liée
à l'X).
*
Apparition précoce : trois mois après la naissance, à
la disparition des Ac maternels.
-a- Description clinique
*
Infections à pyogènes fréquentes, de localisation
ORL et bronchique, pouvant se compliquer en insuffisance respiratoire
à l'adolescence.
*
Infections digestives chroniques à Giardia.
*
Poliomyélites vaccinales.
-b-
Biologie
*
Concentration sérique en Ig très faible, voir indétectable.
*
B pratiquement absents du sang périphérique (<
5/1000 lymphocytes) et des ganglions.
* T
dont les fonctions et le nombre sont normaux.
*
Myélogramme : présence des précurseurs des
B.
-c- Origine
et génétique
* Défaut
de maturation des précurseurs des B.
*
Anomalie génétique du gène
XLA localisé sur le bras
long du chromosome X (Xq2l.3-22) qui code pour la Bruton-tyrosine kinase (BTK) spécifique de la lignée B. Le
dépistage prénatal est possible par RFLP sur le
sang foetal ou les cellules amniotiques.
II-2. Hypogammaglobulinémie d'expression variable (Common Variable Immunodeficiency Disease : CVID) (tableau XII-IV).
Syndrome fréquent et hétérogène
avec défaut de production
d'Ig (toutes ou seulement certaines
fractions).
L'âge d'apparition est variable avec deux pics : enfance
(O à 10 ans) et adolescence et jeune adulte (15 à
30 ans)
-a-
Description clinique
Le déficit en Ig favorise les infections pulmonaires récurrentes
et les infections digestives à Giardia.
Plus spécifique de CVID sont les tumeurs malignes intestinales
et lymphoïdes, les lymphoproliférations bénignes
et les désordres auto-immuns ( anémies hémolytiques,
thrombocytopénies, neutropénies).
-b-
Biologie
*
Diminution significative du taux d'IgG, associée ou non
à une diminution du taux d'IgA et/ou d'IgM.
*
Taux de B normal dans la majorité des cas (parfois augmentation
de l'expression du CD20 et diminution de celle de CD62L), mais
on a observé des situations où les B etaient absents.
*
Diminution de la synthèse d'IL2 et d'IL4 et augmentation
de celle d'IL6 et de TNFa.
-c-
Causes des CVID
*Génétique
-Le CVID est souvent associé
au phénotype HLA-DR3.
-Désordres auto-immuns
et déficits en IgA sont souvent rencontrés dans
les familles où l'un membre est atteint de CVID.
*lnfections
virales
Elles pourraient être un
facteur déclenchant.
-d-
Classification des CVID:
Les syndromes étant très hétérogènes,
on a essayé de les différencier.
* Patients
sans B
-Groupe minoritaire.
-Pour certains hommes de cette catégorie il y aurait une
mutation du gène XLA.
-D'autres sujets ont une mutation du gène de l'Iga.
*
Patients avec B circulants
Les B sont mis in vitro en présence de stimuli divers (
Pokeweed mitogen, EBV, anti-IgM, IL2, etc ... ) et on recherche
une production d'Ig. Cette étude se faisant en présence
de T ou de CpAg d'origine diverses. On peut ainsi, en association
avec d'autres tests, soupçonner plusieurs anomalies comme
étant responsables, au moins en partie, de la maladie :
*
Anomalies touchant les B
-Problème d'épissage de l'ARN codant pour l'Ig.
-Anomalie de recombinaison de l'ADN.
-Problème d'induction de transcription.
-Déficit en récepteurs de lymphokines.
-Anomalie de sécrétion par défaut de glycosylation
des Ig.
*
Anomalies liées aux T
-Augmentation
de l'activité T-suppressive.
-Déficit en lymphokines (IL2).
-Déficit enzymatique
*
Anomalies liées aux CpAg
-Défaut de présentation de l'Ag.
-Défautd'interraction T/macrophage.
II-3. Syndrome de PURTILLO ou syndrome de DUNCAN ou syndrome lymphoprolifératif lié à l'X (tableau XII-III)
C'est une hypogammaglobulinémie
de type CVID succédant à une infection par le virus
d'Epstein-Barr (EBV).
-a-
Description clinique
Ce syndrome, caractérisé
par une infection par l'EBV,
se présente comme une mononucléose infectieuse fatale
dans 80 % des cas chez les garçons. On constate : une fièvre
élevée, des adénopathies généralisées,
des rashs cutanés, une hépatosplénomégalie
avec insuffisance hépatique grave dans 80 % des cas.
Chez les survivants, peuvent apparaître ensuite des infections
à répétition, des lymphomes malins B (surtout
d'origine iléo-caecale) et une aplasie médullaire.
-b-
Biologie
Avant l'infection par l'EBV, les T, B et NK sont en nombre normal
et ont des fonctions également normales.
*
Sérologie EBV : parfois absence d'anticorps anti-EBNA, titre
élevé d'IgM anti-VCA et d'IgM anti-EA, souvent réponse
normale humorale et cellulaire contre l'EBV.
*
Augmentation des transaminases
*
Hypogammaglobulinémie
*
Lymphopénie B et T après la primo-infection à
EBV
*
Infiltrat inflammatoire des ganglions, de la rate et du système
nerveux central.
-c-
Génétique
La transmission de la maladie est récessive
liée à l'X.
Les anomalies sont localisées dans un gène de la
région Xq25. Le gène DSHP qui code pour la SAP (SLAM = Signaling Lymphocyte Activation
Molécule, -Associated Protein) est
défectif chez les malades. La SLAM est une protéine transmembranaire de
type I des T et B qui se comporte comme un cofacteur d'activation
intervenant dans la coopérationT/B. La SAP ou SH2D1A (128AA
avec un domaine SH2) produite surtout par les T (principalement
le thymus) inhibe l'interaction entre les molécules signal
de transduction et la SLAM. Il pourrait y avoir une réponse
anormale ou trop prolongée, induite par les B infectés
par l'EBV, avec des CD8+ dont les cytokines agresseraient le foie,
le système immunitaire... .
-d- Traitement
Aciclovir à hautes doses dans les infections à EBV.
Corticoides à doses élevées
Injection par voie IV d'immunoglobulines enrichies en Ac anti
EBV (efficacité non prouvée)
Interféron g sporadiquement.
Etoposide associée à la ciclosporine pour limiter
la prolifération lymphocytaire.
Greffe de moelle.
II-4. Déficits immunitaires avec hyper-IgM
Ces syndromes
se caractérisent par une diminution de toutes les fractions
d'Ig, sauf des IgM qui sont normales ou augmentées.
Les premiers symptômes apparaissent à l'âge
de un ou deux ans et il s'agit d'une maladie soit liée à l'X (tableau XII-IV), soit autosomique.
-a-
Description clinique des XHIM
(immunodéficit avec hyper-IgM
lié à l'X)
Ces malades développent des infections pulmonaires, dont
des pneumonies à Pneumocystis carinii (spécifiques
de ces affections par rapport aux autres syndromes) et des infections
du tube digestif (diarrhées chroniques à Cryptosporidum
parvum). Ils présentent aussi des stomatites, des ulcères
de la muqueuse buccale, des proctites, des arthrites, des maladies
auto-immunes et ont une prédisposition aux lymphomes. Le
foie est un organe souvent atteint (cholangite sclérosante,
hépatites chroniques à virus B, hépatites
à virus C et à cytomégalovirus).
La survie de ces malades est courte.
-b- Biologie
*
Ig :
- Taux d'IgA, G et E : diminués ou nuls.
- Taux d'IgM polyclonales : normal ou augmenté. L'augmentation
des IgM peut masquer la diminution des autres fractions à
l'électrophorèse.
- Taux d'IgD variable.
*
Production d'Ac :
- La vaccination entraîne une réponse primaire de
type IgM normale, mais peu ou pas de production des autres classes
en réponse primaire ou secondaire.
- Les Ac sont de faibles affinité.
- Les B mémoires manquent.
- Les follicules primaires des ganglions sont présents
et les secondaires absents.
* Autres
perturbations :
- T normaux, sauf les CD45RO+ qui sont diminués.
- Neutropénies fréquentes et cycliques.
- Anémies, érythroblastopénies.
- Thrombocytopénies, pancytopénies.
- Auto-Ac : antithyroïdiens, antinucléaires, anticardiolipides.
-c-
Cause de ce syndrome
Ce syndrome est dû à une anomalie
du processus de commutation de classe
(SWITCH) : Les B ne peuvent synthétiser que des IgM en
général, par défaut des T coopérants.
-d- Origines génétiques
*
Soit autosomique, récessive
ou dominante.
*
Soit lié à l' X : anomalie au niveau de Xq26-27. A ce niveau, est codée la protéine
CD40L (CD154), présente à la surface des T. Le contact
entre cette protéine et les CD40 des B est un facteur déclenchant
du SWITCH. Chez les individus atteints d'un syndrome lié
à l'X, une mutation au
niveau de Xq27 entraîne
la synthèse de CD40L anormales qui continuent à s'exprimer en surface
des TCD4+ ou ne le peuvent plus. Dans les 2 cas, les TCD4+ ne
peuvent plus favoriser le SWITCH. Celui-ci ne peut avoir lieu
et les B de l'individu ne sécrètent que des IgM.
Normalement, le domaine intracytoplasmique du CD40L est lié
à des facteurs (TRAF2 et 6) associés à des
récepteurs de la famille des TNFR. La signalisation par
les TRAF passe ensuite par JNK et NF-kB. La liaison convenable
entre CD4OL et CD40 induit également la production d'IL12
et de NO par les monocytes, d'où autre conséquence
néfaste sur les défenses de l'organisme.
-e-
Diagnostic
Il repose sur les anomalies d'expression
du CD154 sur les T activés
mises en évidence par des Ac monoclonaux convenales et
sur celles du gène, détectées par des études
génétiques. Dans les CIVD, il y a aussi une expression
réduite de CD154, mais parce qu'il existe un défaut
d'activation des T. Aussi, les plaquettes peuvent elles être
utilisées pour le diagnostic des XHIM, car dans cette affection
seulement leur activation montre un défaut d'expression
du CD154.
II-5. Syndrome de JOB ou Syndrome d'hyper-immunoglobulinémie E ou syndrome de BUCKLEY
-a-
Description clinique
De survenue sporadique avec récurrence familiale, le syndrome d'hyper IgE
est associé avec des infections
à Staphylocoques. Il apparaît
dans la petite enfance vers l'âge de 2 ans avec : infections
peu fébriles et souvent torpides, eczéma surinfecté
avec tendance à la lichénification, abcès
cutanés à Staphylocoques souvent froids et récidivants,
otites moyennes purulentes, sinusites à Staphylocoques,
Haemophilus, Pseudomonas, Streptocoques A ou mycosiques, herpès
récidivant avec kératoconjonctivite.
Les traits du visage sont grossiers et il existe des anomalies
squelettiques.
-b- Biologie
Hyper IgE (concentration sérique
multipliée de 1 00 à 1 000 fois) avec Ac antistaphylococciques
de type IgE.
La production des Ac de classe IgG est partiellement défectueuse
(probablement par anomalie de la régulation isotopique
IgG/IgE).
Déficit en IgG2
Hyperéosinophile (30 à 50 %)
Altération de la fonction
des lymphocytes T et des PN (défaut
de réponse des PN aux facteurs mitotiques).
Anergie cutanée (absence d'HSR).
-c-
Traitement
Traitement systématique et prolongé de toute infection
(antibiotiques, antifongiques).
Corticoides en topiques cutanés pour la dermite chronique
Immunoglobulines en IV dans les infections graves.
Plasmaphérèse en cas de phase critique notamment
si le sujet ne répond pas au traitement par les immunoglobulines.
II-6. Déficits en IgA (tableau XII-IV)
Ce syndrome fréquent (1 cas sur
700 chez les blancs) est caractérisé par la diminution,
voire l'absence d'IgA, le plus souvent asymptomatique.
-a-
Description clinique
Les manifestations cliniques quand elles existent, sont les infections
ORL, bronchiques et digestives, de gravité modérée
et des allergies.
Ce déficit peut être associé
à une pathologie auto-immune
: LED, PR.
-b-
Biologie
*
Taux d'IgA faible ou nul.
*
Les Ac anti-IgA dans 1 cas sur 2 pouvent être responsables
de chocs lors de transfusions sanguines
*
Taux d'IgG et d'IgM normaux. On peut cependant observer des déficits
en sous-classe d'IgG (IgG2, IgG4).
-c-
Origine
*
Déficit de maturation des
B en plasmocytes à IgA
(défaut de l'activité du TGFb et de l'IL10).
*
Pathologie autosomique récessive en général.
* Le
phénotype HLA-A1, B8, DR3 est souvent rencontré
(comme pour les CVID). Parfois, on note la présence d'un
AA neutre sur la chaîne b
de DQ en position 57 ou d'une
délétion du gène
C4A ou d'un alléle
silencieux du gène de C2.
*
Les déficits en IgA peuvent être associés
à d'autres immunodéficits (CVID, déficits
en sous-classe d'IgG).
II-7. Déficits en sous-classe d'IgG (tableau XII-IV)
Il s'agit de pathologies caractérisées
par le déficit en une ou plusieurs sous-classes d'IgG,
associées parfois avec d'autres immunodéficits (déficit
en IgA, ataxie-télangiectasie, CVID, Wiskott-Aldrich).
Certains individus atteints de
ce déficit restent asymptomatiques.
-a- Description clinique
Elle varie en fonction de la sous-classe atteinte.
*
Déficits en lgG2 :
-Fréquentes infections respiratoires (Hemophilus influenzae
type b, Streptococcus pneumoniae) dues au déficit en Ac
anti-polysaccaridique appartenant surtout à la classe IgG2.
- Thrombocytopénies, purpura, neutropénies.
- Troubles vasculaires cutanés et viscéraux.
- Epilepsies d'origines inconnues chez l'enfant.
*
Déficits en lgG3 :
- Fréquentes infections entérales associées
à des diarrhées.
- Le tableau clinique est moins sévère que pour
les déficits en IgG2.
-b-
Biologie
Diminution d'une ou plusieurs sous-classes d'IgG, mais avec un
taux normal ou augmenté
d'IgG totales.
-c-
Origine
Certains phénotypes semblent caractéritiques : G3m(21)
dans les déficits en lgG3, G2m(23) dans les déficits
en lgG2
II-8. Déficit en chaîne Kappa (tableau XII-IV)
Maladie autosomique récessive rarissime, due à une mutation du gène codant pour la chaîne kappa (2p11). Les individus touchés ne possèdent que des Ig à chaîne légère lambda.
II-9. Hypogammaglobulinémie de l'enfance (tableau XII-IV)
A la naissance, le nouveau né possède les Ig maternelles, qui disparaissent peu à peu pour être remplacées par celles de l'enfant : IgM, puis IgG. Pour les prématurés, mais aussi pour certains enfants nés à terme, le transfert d'Ig maternelles peut être limité : Le nadir de la courbe d'Ig est alors très bas, évoquant un syndrôme d'immunodéficit. Cet état, fréquent chez les familles sujettes aux désordres immunologiques, ne réclame pas de traitement, sauf s'il existe une pathologie sous-jacente.
II-10. Délétion du gène codant pour les chaînes lourdes (tableau XII-IV)
C'est une anomalie
du gène codant pour la partie constante d'une chaîne
lourde (14q32.3).
La majorité des individus est asymptomatique, mais certains
sont victimes de fréquentes infections à pyogènes.
II-11.
Traitements
Ils sont à base de thérapies
substitutives : Injection d'Ig
(composition : surtout IgGI et IgG2) en IV (le mieux) ou en IM
à une posologie d'environ 400 mg/kg/mois.
On observe une diminution de la fréquence des infections
ainsi qu'une amélioration de la fonction pulmonaire. Il
peut y avoir des réactions secondaires de type : dypsnée,
hypotension, collapsus.
Les décès sont rares, peut-être dus à
une agrégation des Ig.
Dans les déficits avec hyper-IgM, le traitement peut induire
une chute du taux d'IgM endogène, probablement due à
la diminution du nombre des infections.
Dans les déficits en IgA,
le traitement par Ig peut favoriser la formation d'Ac anti-IgA
et provoquer des accidents s'ils sont déjà présents.
L'antibiothérapie est utilisée contre les infections
à pyogènes. On ne l'utilise pas en préventif
pour éviter la sélection de germes résistants.
Les déficits primaires de l'immunité humorale sont des pathologies souvent associées entre elles : leur étude est difficile et la classification en constante évolution. L'hétérogénéité de chacun de ces syndromes laisse supposer des origines génétiques variées. Le traitement par Ig permet de soigner convenablement la plupart des patients.
III-DEFICITS IMMUNITAIRES DIVERS
III-1.Hémophagocytose familiale
Il regroupe au moins 3 entités
génétiquement distinctes :
-Le syndrome de Chediak Higashi
-Le syndrome de Farquahr
-Le syndrome de Griscelli
III-1.1/
Syndrome de CHEDIAK-HIGASHI
III-1.1.1./ Description
clinique
La maladie associe un albinisme
partiel occulocutané,
une photophobie, un nystagmus, une hépatosplénomégalie,
des infections cutanées, pulmonaires et ORL et un retard mental.
Des neuropathies périphériques progressives apparaissant vers 5 ans.
Il existe une phase de latence, puis une évolution avec
des « épisodes accélérés »
correspondant à une activation lymphohistiocytaire intense
et prolongée associant : infection grave, fièvre
élevée pas toujours expliquée par l'infection,
adénopathies, accentuation de la splénomégalie,
pancytopénie dominée par une agranulocytose avec
thrombopénie majeure.
L'évolution se fait vers
la mort. Il y a 70 % de décès
avant 10 ans par infections intercurrentes, pour le reste une
hémopathie maligne est en cause.
III-1.1.2./ Mécanisme
Il existe une anomalie de membrane
de certains organites intracytoplasmiques conduisant
à un trafic intracellulaire des endosomes aux lysosomes
perturbé et à une absence d'exocytose des granules
qui fusionnent en granules géants.
Cette anomalie atteint :
* les
polynucléaires (déficit du chimiotactisme, de la
la dégranulation et de la myelopéroxydase
* les
lymphocytes (altération de la cytotoxicité T et
des cellules NK)
*
les mélanocytes (albinisme, photophobie, altération
de la vision nocturne)
* les
cellules de Schwann (neuropathie périphérique)
*
les cellules épithéliales du tubule rénal
*
les cellules pancréatiques
*
les cellules de la muqueuse gastrique
*
les cellules thyroïdiennes
III-1.1.3./ Génétique
La transmission est autosomique
récessive.
Il existe un modèle animal : la souris de phénotype
beige chez qui on a identifié une anomalie
du gène LYST situé
sur le chromosome 13 près du locus du TcR gamma.
III-1.1.4./ Traitement
Traitement prophylactique et curatif des infections opportunistes
(antibiotiques, antifongiques). Les épisodes accélérés
ne répondent que transitoirement aux corticoïdes,
à l'étoposide (contrôle l'activité
lymphohistiocytaire), à la splénectomie (pour améliorer
la thrombopénie).
La seule approche étiologique est la greffe
de moelle osseuse.
III-1.2/ Syndrome de
FARQUAHR
III-1.2.1./ Description
clinique
La transmission est autosomique
récessive. Il s'agit d'une
activation dès l'enfance des TCD8+ et des macrophages.
Le début est aspécifique avec fièvre, pâleur,
anorexie, irritabilité et ictère.
La phase active est caractérisée par une hépatosplénomégalie
(rate énorme), des rashs cutanés persistants, une
ascite, une pancytopénie et des atteintes du SNC (signes
méningés, convulsions...)
L'évolution, en l'absence de traitement, est fatale en
un mois environ par insuffisance hépato-cellulaire et syndrome
hémorragique.
Deux formes cliniques ont été décrites :
forme précoce à pronostic sévère et forme
moins sévère avec tendance à la chronicité.
Un syndrome voisin : celui de Chediak Higashi est associé
à un albinisme partiel.
III-1.2.2./ Biologie
Infiltration lymphohistiocytaire (T et macrophages activés)
de tout le système réticuloendothéhal (foie,
rate, moelle, ganglions) et du système nerveux central.
Les signes biologiques augmentent avec la progression de la maladie
:
*
Taux élevés de TNFa et
d'IL1
* Hémophagocytose
* Pancytopénie
*
Troubles de la coagulation et hyperfibrinogénémie
(sécrétion de l'activateur du plasminogène
lors de l'activation de la phagocytose).
* Augmentation
des transaminases et de la bilirubine.
*
Hypoprotidémie et hyponatrémie.
*
Hypertriglycéridémie (libération massive
des triglycérides membranaires des érythrocytes
lors de l'érythrophagocytose)
*
Lymphopénie T pendant la phase active avec déficit
sévère de l'activité NK.
III-1.2.3./ Traitement
Par greffe de moelle osseuse.
L' étoposide en injections lV pendant 3 jours de suite
permet une rémission qui est d'autant plus courte et incomplète
que la forme de la maladie est sévère.
Si la rémission est complète, on fait un traitement
d'entretien par la ciclosporine 8 mg/Kg/j.
Si la rémission est partielle, on associe à l'étoposide
pendant 3 à 4 semaines de la ciclosporine et des corticoïdes.
III-1.3/ Syndrome de
GRISCELLI
Dans ce syndrome il existe des mutations du gène RAB27A (14q21) dont le produit intervient dans l'exocytose de granules cytolytiques.
III-2. Ataxie télangiectasie ou syndrome de LOUIS-BAR (tableau XII-III)
III-2.1./ Description clinique
Sa fréquence est de 2 à 3 cas pour 100 000 naissances.
Elle associe :
*
Ataxie cérébelleuse avec dégénérescence diffuse
et progressive du cortex cérébelleux qui débute
vers 2 ans et qui est due à une absence ou à une
grande diminution des cellules de Purkinje
*
Télangiéctasies
conjonctivales et cutanées
*
Infections
bronchopulmonaires et ORL à répétition dont
la fréquence augmente vers 5-6 ans et qui aboutissent à
une insuffisance respiratoire chronique sur dilatation des bronches
*
Dégénérescence
hypophysaire avec retard de croissance,
hypogonadisme et retard pubertaire et fréquemment association
à un diabète de type II.
Les troubles moteurs et mentaux augmentent avec l'âge et
le décès survient au maximum au cours de la 3ème
ou 4ème décennie.
L'évolution est fatale pendant l'adolescence par infections et néoplasies
malignes (lymphomes, leucémies, carcinomes, maladie de
Hodgkin)
III-2.2./ Biologie
*
Déficit lymphocytaire qualitatif
et quantitatif s'aggravant avec le temps principalement des T.
*
Diminution des IgA sériques surtout, ainsi que des IgE
et IgG (IgG2 et IgG4 principalement)
*
Augmentation des IgM
*
Augmentation des marqueurs carcino-embryonnaires : aFP
et ACE
*
Diminution de l'excrétion des 17 cétostéroïdes
avec augmentation de la FSH.
* Altération
de la régulation glycémique.
III-2.3./ Génétique
La transmission est autosomique
récessive.
Le gène ATM (11q22-23) code pour la protéine
Atm (350kDa) qui appartient à
la famille des phosphatidyl inositol 3 kinases (PI3-kinase) impliquée
dans la transduction du signal mitogène, le contrôle
du cycle cellulaire et la régulation de l'apoptose. Les
membres de cette famille ont un domaine commun du côté
C-terminal.
Les cellules de ces malades passent rapidement de la phase G,
à la phase S sans marquer la pause physiologique qui comprend
la période de réparation des anomalies chromosomiques.
Les cassures chromosomiques ne sont plus réparées
par défaut de réparation de l'ADN et il existe une
sensibilité chromosomique anormale aux radiations ionisantes.
A l'examen du caryotype lymphocytaire, on met en évidence
des cassures chromosomiques fréquentes avec inversions et translocations
touchant les chromosomes 7 et14
principalement ainsi que 1, 2
et 22 (points de cassure préférentiels : 7q35 (TCRb
en 7q34), 14q12 (TCRa en 14q11.2 et TCRg en 14q11), 14q32
(chaînes lourdes des Ig en 14q32.3))
Il en résulte une altération progressive des fonctions
lymphocytaires.
Le développement d'une néoplasie touchant une population
lymphocytaire pourrait être le fait d'une mutation cellulaire
dont l'expression est favorisée par des anomalies de réparation
de l'ADN.
Il existe aussi une susceptibilité
aux cancers notamment du sein
(risque X 5 chez les hétérozygotes).
Le diagnostic anténatal est réalisé, sur les villosités
choriales ou les amniocytes, par détection d'une fragilité
chromosomique anormale associée à des translocations.
III-2.4./ Traitement
Le but est d'améliorer la survie et la qualité de
vie en l'absence de thérapie réellement efficace
:
*
Limitation de l'exposition aux UV ainsi qu'aux radiations artificielles
(radiographies, doses éxtrèmement réduites
en cas de lymphome)
* Contre
indication aux vaccins vivants atténués.
*
Traitement antibiotique précoce de toute infection
* Immunoglobulines
en cas d'infection
La supplémentation hormonale n'a pas apporté de
bénéfice prouvé.
III-3. Syndrome des cassures de NIJMEGEN (tableau XII-III)
Le syndrome des cassures de Nijmegen
est une variante de l'ataxie télangiectasie avec des anomalies cellulaires analogues, mais
avec une clinique différente. Les patients présentent
une microcéphalie, une petite taille et un déficit
T beaucoup plus prononcé que dans l'ataxie télangiectasie
et un risque accru de cancer (lymphome).
La protéine défectueuse dans cette maladie est la
nibrine (Nbs1) de 85kDa qui fait partie d'un complexe protéique
avec les molécules hMre11 et hRad50 qui est impliqué
dans la réparation des cassures des ADN double brin. Le
complexe hMre11-hRad50-nibrine (activités nucléasiques)
migre rapidement (30min) vers les cassures de l'ADN où
il agit. Les malades présentent un défaut de réponse
aux dommages de l'ADN à la phase S.
Le gène NBS1 de la nibrine de la majorité des malades
est le siège d'une délétion de 5 paires de
bases en 657 du cDNA. Comme les lymphocytes des sujets avec ataxie
télangiéctasie, ceux des patients avec syndrome
des cassures de Nijmegen ont des inversions et translocations
des chromosomes 7 et 14.
III-4. Syndrome de WISKOTT-ALDRICHT (tableau XII-III)
III-4.1./ Description clinique
Ce
syndrome se présente comme un eczéma
atopique (variable en fonction
du temps et des sujets) associé à
-des infections à répétition (bactériennes,
mycosiques, virales ou parasitaires : otites purulentes, pneumopathies
(dont pneumocystose, infection à HSV, méningites
à pneumocoque, méningocoque, haemophilus influenzae)
-un syndrome hémorragique (épistaxis, purpura, hémorragies
digestives)
-une néphropathie (protéinurie et hématurie)
L'évolution est caractérisée par une médiane
de survie de 5.7 ans. La mort survient surtout par infections,
puis à la suite d'hémorragies et enfin par cancers.
III-4.2./ Biologie
Thrombopénie et thrombopathie
Effondrement du taux des IgM avec IgG normales ou basses et IgA
augmentées.
Lymphopénie progressive prédominant sur les lymphocytes
T (particulièrement les CD8+) avec diminution de la réponse
Ac aux Ag de nature et perturbations des réactions d'HSR
avec anomalie de la prolifération lymphoblastique in vitro
en présence d'antigène ou en culture mixte lymphocytaire.
Défaut du chimiotactisme des macrophages et des cellules
dendritiques, mais non des neutrophiles.
III-4.3./ Génétique
et mécanisme
La transmission est récessive
liée à l'X.
Le gène de la WASP (WA Syndrome Protein) est en cause. Il est situé
sur la région proximale du bras court du chromosome X en
Xp11.22 et Xp11.23. La WASP, protéine intracellulaire riche
en prolines, se combine à l'actine polymérisée
et surtout à une protéine G de type rho (CDC42)
qui participe à la polymérisation de l'actine et
à l'activation des T et B. La WASP s'exprime seulement
sur les cellules hématopoïétiques et peut interagir
avec les adaptateurs Nick et Grb2 et la tyrosine kinase fyn par
l'intermédiaire de leur domaine SH3, ainsi qu'avec la molécule
WIP (WASP-Interacting Protein).
La migration des cellules hématopoïétiques
se fait mal à cause d'anomalies
du fonctionnement du cytosquelette,
notamment il y a défaut de formation des filopodes dépendant
du couple CDC42-WASP. Il en résulte une incapacité
pour les CpAg des tissus de gagner les zones riches en T des organes
lymphoïdes et des difficultés pour les précurseurs
hématopïétiques de se localiser au niveau des
sièges de leur différenciation.
Le gène de la maladie étant identifié le
diagnostic anténatal est possible, ainsi que l'identification
des sujets porteurs.
Il faut noter une forme atténuée se présentant comme une thrombopénie liée à l'X sans déficit immunitaire qui pourrait
être due à une mutation distincte du même gène
ou d'un éventuel gène apparenté situé
dans la même région du chromosome X.
III-4.4./ Traitement
Les traitements symptomatiques n'ont pas une grande efficacité
à long terme.
La splénectomie corrige partiellement la thrombopénie
et limite les manifestations hémorragiques.
Le seul traitement étiologique est la greffe
de moelle osseuse avec donneur
apparenté. Si on ne dispose pas d'un donneur apparenté,
on réalise une greffe avec donneur non apparenté
si la forme est sévère.
Le succès des greffes augmente avec l'utilisation d'Ac
monoclonal anti-CD11a.
Actuellement, on obtient environ 90 % de rémissions complètes.
III-5. Protéinose alvéolaire pulmonaire
Elle est caractérisée par
une accumulation de polysaccharides dans les alvéoles qui
résulterait d'un défaut de dégradation de
ces molécules par les macrophages.
Le gène de la chaîne
b
(CD131) commune à l'IL3R, l'IL5R et le GM-CSFR est muté.
IV-DEFICITS PRIMITIFS DU SYSTEME COMPLEMENT (tableau XII-V)
Des cas de déficits ont été observés pour tous les composants du complément ainsi que pour les protéines régulatrices. Cependant les déficits les plus importants sont des déficits au niveau de la voie classique du fait de leur association à des auto-immunisations et le déficit en C1 inhibiteur associé à l'oedème angioneurotique. Ces déficits se transmettent le plus souvent selon un mode autosomal récessif, seul le déficit en CI inhibiteur est transmis selon un mode autosomal dominant. Certains déficits se traduisent par des maladies caractéristiques comme l'oedème angioneurotique ou l'hémoglobinurie paroxystique nocturne, alors que d'autres sont associés à des maladies auto-immunes et infectieuses, de nombreux déficits restant asymptomatiques. Les déficits primitifs du système complément sont rares par rapport aux déficits acquis par hypercatabolisme.
IV-1. Déficit en C1 inhibiteur (C1INH) et oedème angioneurotique
Il représente le déficit
le plus important (1 sujet sur 150 000) aux conséquences
cliniques les plus graves. Le C1inh (478 AA, gène sur le chromosome 11),
principal régulateur de la voie classique entraînant
une diminution de l'activité du C1r et du C1s, appartient
à la famille des sérines
protéases inhibitrices
dont la synthèse se fait au niveau des hépatocytes
et des monocytes.
IV-1.1./ Transmission
La transmission se fait selon un mode autosomal
dominant (les hétérozygotes
font un oedème angioneurotique). Le déficit en CI
inhibiteur peut être acquis notamment au cours des cancers
et des maladies auto- immunes.
IV-1.2./ Mécanisme
d'action du C1 inhibiteur
*
Action au niveau du système complément
*
Inhibition de la C1 estérase (blocage de l'action estèrasique
du C1r et du C1s)
*
Blocage de l'activation de la voie classique par la plasmine
* Action
au niveau de la coagulation (inhibition de l'activation du facteur
XI via le facteur XII)
*
Action au niveau de la fibrinolyse (blocage de la formation de
la plasmine)
*
Action au niveau de la voie prékallicréine/kallicréine
Le facteur XII active la formation de kallicréine à
partir de la prékalllicréine qui agit sur le kininogène
pour former de la bradikinine. Le Cl inhibiteur inhibe la formation
de kallicréine et de bradikinine.
IV-1.3./ Différents
types de la maladie
* Type I : déficit quantitatif
(environ 85 % cas, diminution de la concentration en C1 inhibiteur
: taux <2 5 % N)
*
Type II
: déficit qualitatif (environ
15 % cas, concentration en C1 inhibiteur normale, mais diminution
de l'activité fonctionnelle)
La distinction entre les différentes formes nécessite la mesure à la fois de
la concentration du C1 inhibiteur et de son activité fonctionnelle.
IV-1.4./ Description
clinique
Les premières manifestations se révèlent
en général dans l'enfance ou l'adolescence, mais
les manifestations sont plus nettes vers 20/30 ans.
Les caractéristiques de l'oedème sont similaires
à celles de l'oedème de Quincke (oedème circonscrit
mou et pâle, non prurigineux, persistant 2 à 3 jours,
apparaissant rapidement). Cet oedème est donc un oedème
récurrent non associé à de l'urticaire ou
à un prurit.
Les oedèmes se manifestent au niveau de la peau (prédominant
au niveau de la face et des extrémités), du tractus
gastro-intestinal (crises douloureuses abdominales), du tractus
respiratoire (oedèmes de la glotte très dangereux
par le risque d'asphyxie qui peut être mortel).
IV-1.5./ Modes de déclenchement
des crises d'oedèmes
-a- Traumatisme physique
ou effort (le plus souvent)
Un traumatisme minime peut suffire à déclencher
une crise. Les traumatismes au niveau de la face constituent un
danger mortel et toute intervention à ce niveau doit être
proscrite en l'absence de traitement préalable. Les crises
peuvent être déclenchées notamment par une
extraction dentaire ou une anesthésie.
-b- Stress ou anxiété
-c-
Facteurs hormonaux
Contraception, puberté (peut déclencher des symptômes
sévères bien que le diagnostic se fasse en général
pendant la première décade), grossesse.
IV-1.6./ Physiopathologie
Lors d'un traumatisme (cause principale de l'oedème angioneurotique),
il y a exposition du sous-endothélium entraînant
l'activation du facteur de Hageman (XII) qui active alors la coagulation,
la fibrinolyse (activation indirecte de la transformation du plasminogène
en plasmine) et le système prékallicréine/kallicréine
aboutissant à la formation de bradikinine.
Comme le C1 inhibiteur agit au niveau du système complément
en inhibant la C1 estérase et l'activation de la voie classique
par la plasmine, son déficit entraîne une consommation
accrue du C4 et du C2 (dont les taux sont abaissés alors
que les autres composants ont un taux normal). Il y a ainsi libération d'un peptide vasoactif (C2
kinine) issu de l'activation du C2.
D'autre part, il y a une augmentation de l'activation de la voie
classique par la plasmine.
Comme le C1 inhibiteur intervient aussi au niveau de la voie prékallicréine/kallicréine
en inhibant cette voie. Son déficit entraîne une
augmentation de la libération
de bradikinine responsable d'une vasodilatation par l'intermédiaire
du NO.
La libération accrue de C2 kinine et de bradikinine, deux
peptides aux propriétés vasodilatatrices importantes
sont responsables de la formation des oedèmes par augmentation
de la pression hydrostatique au niveau de la veine post-capillaire.
IV-1.7./ Diagnostic
biologique
-a- Indirect : dosage du C4 et du C2 qui sont consommés
de façon importante pendant les crises d'oedèmes,
mais aussi en dehors de ces crises.
-b-
Direct
: dosage immunochimique et fonctionnel
du C1 inhibiteur permettant de faire le diagnostic du type de
la maladie.
Il semble qu'il n'y est pas de relation entre le taux de C1 inhibiteur
et les manifestations cliniques.
IV-1.8./ Traitement
-a-
Perfusion de C1 inhibiteur : on peut apporter de
façon temporaire du C1 inhibiteur en cas de traumatisme
ou d'intervention chirurgicale.
-b- Androgènes. : Le danazol
agit en augmentant la synthèse hépatique de Cl inhibiteur.
Ce traitement est efficace chez la plupart des patients.
-c- Antifibrinolytiques : acide tranexamique
et acide aminocaproïque.
IV-2. Hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN)
Elle représente la seule hémolyse
corpusculaire liée à une augmentation de la susceptibilité
des hématies à la lyse par le système complément.
IV-2.1./ Physiopathologie
Cette pathologie liée à un défaut d'expression
de certaines protéines membranaires jouant un rôle
majeur dans la protection des cellules contre l'action lytique
du complément. Ceci entraîne une activation anormale
du système complément et une lyse des érythrocytes
responsable d'un anémie hémolytique.
Protéines en cause : CD55 ou DAF (Decay accelerating factor) et CD59 ou MIRL (Membrane
Inhibitor of Reactive Lyse).
Ce sont des protéines liées à des lipides
membranaires présentes sur les polynucléaires, les
plaquettes et les érythrocytes. Il y a une atteinte clonale de la cellule souche myéloide.
Ces protéines ont un élément structural commun,
elles sont attachées à la membrane par une GPI (Glycosyl
Phosphatidyl Inositol) qui confère à cette protéine
une grande mobilité latérale. D'autre part les patients
atteints d'HPN sont déficients en d'autres protéines
GPI au niveau des érythrocytes, mais aussi d'autres cellules
hématopoïétiques.
IV-2.2./ Description
clinique
Le sujet est jeune (20 à 35 ans) présentant une hémoglobinurie répétitive
dans les urines du matin associée à une anémie
normochrome normocytaire régénérative, une
neutropénie et/ou une thrombopénie. Les manifestations déclenchées
fréquemment par intervention chirurgicale, transfusion,
grossesse ou traitement martial. On constate aussi une hémosidérinurie
avec hémosidéropénie secondaire.
Les complications sont des accidents
thromboemboliques (fréquents
au niveau de la veine sus-hépatique). Les thromboses représentent
une complication majeure en rapport avec des anomalies au niveau
des plaquettes : diminution de l'expression CD55/CD59 (corrélation
entre le déficit en CD59 sur les plaquettes et la libération
plaquettaire de microvésicules proagrégantes) et
diminution du nombre des récepteurs de l'urokinase.
D'autres accidents sont des hémorragies, des aplasies médullaires
ou des leucémie aiguës.
IV-2.3./ Diagnostic
Les tests fondamentaux permettant le diagnostic de la maladie
sont de deux ou trois types :
-a- Tests basés sur la sensibilité
accrue des érythrocytes à la lyse par le complément
* test
de Ham et Dacie : ce test utilise
la sensibilité à l'hémolyse des érythrocytes
en sérum frais acidifié (37°C pendant une 30min
car l'hémolyse et l'hémoglobinurie dans la maladie
surviennent comme une conséquence de la diminution du pH.
*
test au sucrose : incubation des hématies en milieu
à faible force ionique favorisant la fixation du complément
apporté par du sérum frais ABO compatible.
Ces deux tests sont faciles à mettre en oeuvre puisqu'ils
ne nécessitent pas de matériel particulier et ils
permettent un diagnostic fiable à condition que la population
anormale des GR soit suffisamment importante.
-b-
Techniques mettant en évidence,
par cytométrie en flux, un déficit en protéines
liées par le GPI à l'aide d'anticorps monoclonaux
dirigés contre CD55 et CD59
Le déficit observé au niveau des érythrocytes
est généralement faible comparé à
celui observé sur les autres cellules. De ce fait l'analyse
du déficit au niveau des polynucléaires est primordial
permettant à elle seule de faire le diagnostic. L'analyse
des monocytes a peu d'intérêt du fait du faible nombre
de cellules.
L'analyse des plaquettes peut avoir un intérêt pour
suivre l'évolution de la maladie puisque cette atteinte
semble être plus tardive.
-c-
Techniques de biologie moléculaire
permettant d'étudier le gène PIG A impliqué
dans la voie de biosynthèse des GPI.
Ces techniques sont plus coûteuses
et nécessitent plus de matériel.
En conclusion. L'analyse
des érythrocytes et des polynucléaires est une méthode
sensible et spécifique permettant de diagnostiquer l'affection
de façon rapide et efficace. Les tests classiques (Ham
et Dacie, sucrose) suffisent. Cependant des formes acquises, survenant
après aplasie médullaire ou traitements prolongés
par immunosuppresseurs, nécessitent des méthodes
plus sensibles comme la cytométrie
en flux qui permet de détecter
des clones anormaux dont la fréquence n'excède pas
quelques % (on considère un déficit significatif
lorsque le pourcentage des cellules est > 5%). D'autre part,
cette technique a l'avantage d'évaluer la population résiduelle
normale par rapport au clone déficient. Le clone déficient
peut être suivi sur les polynucléaires en cas de
transfusions.
IV-2.4./ Traitement
Il s'agit essentiellement d'un traitement symptomatique.
* Tranfusion
si l'anémie est très importante
*
Antiagrégants plaquettaires et anticoagulants pour le traitement
des thromboses.
* Allogreffe de moelle osseusse (seule thérapeutique curative actuelle)
dont les indication sont la répétition d'épisodes
thrombotiques et les aplasies médullaires sévères.
IV-3. Déficits en protéines de la voie classique (CI, C4, C2)
Ces déficits sont associés
dans environ 2/3 des cas à un syndrome
lupique ou à une autre maladie auto-immune.
IV-3.1./ Déficits
en C2
C'est le déficit le plus
fréquent. Il touche environ 1 sujet sur 100. 000 et est
associé au lupus érythémateux disséminé
(environ 5,9 % des sujets porteurs d'un LED sont hétérozygotes
pour le déficit en C2, la moitié des cas de déficits
hétérozygotes en C2 sont asymptomatiques et l'autre
moitié est associée à une maladie auto-immune
(LED, cryoglobuline, nombreuses autres maladies à complexes
immuns...).
IV-3.2./ Déficits
en C1/C4
Ces déficits semblent
aussi liés au LED et bien que très rares seraient
associés à des manifestations cliniques plus sévères.
Au niveau du gène C4, il y a deux gènes C4A et le
C4B colocalisés au niveau des gènes des antigènes
de classe III du système majeur d'histocompatibilité.
Le déficit en C4A est associé
au lupus car cette protéine joue un rôle très
important dans l'élimination des CI.
On retrouve le déficit en C4 dans d'autres maladies auto-immunes
comme le Goujerot Sjögren.
L'association des déficits de la voie classique aux maladies
auto-immunes est corrélée à la fonction de
la voie classique dans l'élimination
des CI par l'intermédiaire du CR1.
En effet, l'intervention des composants du début de la
voie classique est particulièrement critique dans l'élimination
des CI. La fixation du C3b au sein des CI modifie leurs propriétés
physicochimiques et favorise leur
solubilisation. De plus, la densité
des récepteurs du C3b à la surface des érythrocytes
est diminuée chez les patients atteints de LED ainsi que
celle des récepteurs des fragments Fc. Les composants du
complément, notamment le C3b, attachés aux CI solubles
permettent leur transport, leur ingestion et leur dégradation
par des cellules portant le récepteur correspondant pour
le complément. En cas de déficit de la voie classique,
ce mécanisme est inefficace entraînant le dépôt des CI au niveau des tissus.
L'accumulation des CI active les phagocytes provoquant une inflammation
et des lésions locales dans les tissus.
IV-3.3./ LED et déficits
en composants du C
Outre l'âge précoce de survenue du LED, il existe des particularités
propres aux LED survenant lors de déficits génétiques
du système complément.
Les signes cutanés sont fréquents sous forme de
lésions étendues et photosensibles. L'aspect discoïde
apparaît plus important que dans le
LED classique.
Les manifestations articulaires, l'alopécie et les ulcères
buccaux ont la même fréquence dans les deux types
de LED.
Les lésions pleuropéricardiques et neurologiques
semblent moins fréquentes dans le LED associé à
un déficit du système complément.
Le taux d'anticorps antinucléaires est peu élevé
et les anticorps antiADNn sont
plus souvent absents dans la
forme associée au déficit en C.
IV-4. Déficits en protéines de la voie alterne
Les déficits de la voie alterne
sont beaucoup moins fréquents
que les déficits de la voie classique.
IV-4.1./ Déficits
en C3
L'incidence de ce déficit est faible, mais le C3 a de multiples
activités et sa position au départ de la voie alterne
et centrale à la jonction de la voie classique et de la
voie alterne explique l'importance de son absence.
Le déficit en C3 est associé a des infections à germes pyogènes. Ces sujets vont présenter des infections
récidivantes et notamment des infections à Neisseria.
Par ailleurs, ce déficit peut être associé
à des maladies auto-immunes
(relation avec le rôle du C3b dans la clearance des CI).
IV-4.2./ Déficits
en properdine, facteur B et D
La properdine exalte l'activité de la voie alterne et son
déficit, comme celui des facteurs B et D, entraîne
une augmentation de la susceptibilité aux germes pyogènes
et notamment à Neiseria. Par contre, ce déficit n'est pas associé
à des maladies à CI.
IV-4.3./ Déficits
en facteurs H et I
Ces déficits s'accompagnent d'un syndrome
similaire au déficit en C3, car
du fait de l'absence de contrôle de la voie alterne du complément,
on obtient des taux très bas de C par hypercatabolisme.
IV-5. Déficits en l'un des composants terminaux de la voie commune C5/C6/C7/C8 ou C9
Les sujets déficitaires en C5,
C6, C7 ou C8 vont présenter des infections répétées
et sévères à N.
Meningitidis et Gonorrhoae et
à moindre degré par le pneumocoque chez environ la moitié des sujets déficitaires.
L'opsonisation et la phagocytose liées au C3 sont normales,
mais il y a une diminution de l'activité bactéricide
du sérum. Ceci montre l'importance de la phase lytique
dans la défense contre ces micro-organismes.
Le déficit en C9 commun au Japon est asymptomatique sans
doute parce que le complexe C5/C8 possède déjà
un certain degré d'activité lytique.
V-DEFICITS IMMUNITAIRES PRIMITIFS LIES AUX POLYNUCLEAIRES NEUTROPHILES (tableau XII-VI)
Les polynucléaires neutrophiles
(PN) sont les premiers leucocytes à arriver au niveau du
foyer inflammatoire. Différentes propriétés
caractérisent ces cellules :
* fonction
de déplacement sous l'influence de molécules chimiotactiques
* fonction d'adhérence aux
cellules et à la matrice conjonctive tissulaire par l'intermédiaire
de molécules d'adhésion
* fonction de phagocytose
vis-à-vis de nombreuses particules telles que des bactéries.
Les PN possèdent des récepteurs membranaires pour
le C3b ainsi que pour le fragment Fc des IgG (opsonisation des
bactéries par le complément ou les IgG). Une fois
la particule phagocytée, le PN activé dispose de
nombreuses enzymes (lysozyme, myéloperoxydase) et produit
des radicaux oxygénés (suite à l' «
explosion oxydative ») permettant la destruction de la plupart
des micro-organismes.
Différents déficits primitifs touchant certaines
fonctions des PN ont été décrits.
V-1. Granulomatose septique chronique de Good
La granulomatose septique chronique est
une maladie provoquée par un déficit en NADPH oxydase,
système enzymatique impliqué dans la production
d'anions superoxydes O2- par la réaction suivante :
NADPH + 2 02 donne
NADP+ + 2 02- + H+
Le déficit en 02- rend la cellule totalement incapable de détruire
les micro-organismes ingérés.
Etant donné que la NADPH oxydase est constituée
de nombreux composants, le phénotype de la granulomatose
septique chronique peut résulter de différentes
anomalies génétiques affectant
l'un ou l'autre de ces composants. La prévalence de cette
maladie est faible (1/1.000.000), mais elle a contribué
à la connaissance du métabolisme oxydatif des PN.
V-1.1./ Description
clinique
Les premiers symptômes surviennent très tôt
(75% dans la première année de vie et 90% avant
le deuxième anniversaire), plus rarement au cours de l'adolescence
et exceptionnellement à l'âge adulte. Les manifestations
sont similaires quel que soit l'âge ou l'anomalie moléculaire.
Le tableau est dominé par des infections
bactériennes (bactéries
catalase+ (S. aureus), entérobactéhes Gram- .et
aspergillus) à répétition du revêtement
cutané, des ganglions (adénites suppurées),
des poumons (pneumonies ou abcès pulmonaires), de l'os
(ostéomyélites) et du foie (abcès hépatiques
récidivants). Septicémies et méningites sont
moins fréquentes.
Une hépatomégalie
et une polyadénopathie sont presque constantes.
La résolution incomplète de la réaction inflammatoire
et la stimulation chronique des lymphocytes T CD4+ contribuent
à la formation de granulomes caractérisés par la collection
de cellules phagocytaires et de cellules géantes chargées
de lipides. Ces granulomes sont de localisations très diverses
et peuvent parfois être responsables d'obstruction des tractus
génito-urinaires ou digestifs (pylore).
V-1.2./ Bases moléculaires
et mode de transmission de la granulomatose septique chronique
La NADPH oxydase est composée de quatre constituants (tableau XII-VII)
qui s'assemblent sous l'effet d'un stimulus lors de l'explosion
respiratoire :
* deux
sous-unités membranaires du cytochrome b558 : chaîne
a
de 91 kDa (gp91-phox, phox étant l'abréviation de
phagocyte oxidase) et chaîne b de 22 kDa (p22-phox))
* deux
protéines cytosoliques : p47 (p47-phox) et protéine
p67) (p67-phox
Le déficit en gp91-phox est le plus courant (55%) et est
transmis selon le mode récessif
lié à l'X (X-CGD).
La X-CGD a été, en 1986, la première maladie
monogénique à gène initialement inconnu à
bénéficier de la « génétique
inverse » (clonage positionnel orienté). Le gène
coupable a été identifié sur le bras court
du chromosome X (Xp 21.1). Il existe plusieurs mutations dans
quatre domaines de la gp91-phox, la plus fréquente étant
une mutation non-sens.
Les autres déficits sont transmis selon le mode autosomique récessif.
Le déficit en p47-phox (gène 7q11.23) est le second
en terme de fréquence (33%). Viennent ensuite, à
fréquence égale, les déficits en p22-phox
(5%) (locus morbide localisé sur le chromosome 16 : 16q24),
et le déficit en p67-phox (gène 1q25).
V-1.3./ Diagnostic biologique
V-1.3.1./ Eléments d'orientation
Polynucléose neutrophile, anémie, hypergammaglobulinémie,
VS et protéines de l'inflammation augmentées.
V-1.3.2./ Diagnostic de certitude
-a-
Test au NitroBleu de Tétrazolium
(NBT)
Test de dépistage le plus couramment utilisé, basé
sur l'étude de la réduction du NBT au cours de la
phagocytose de particules de latex. Les PN sont activés
et 1'02-
généré réduit le NBT jaune en formazan
bleu qui précipite sur les cellules activées (pigment
bleu-violet). Ceci est observé en microscopie optique.
Lorsque les cellules génèrent peu ou pas d'02- , cas
de la GSC, elles restent incolores et le test NBT est négatif.
Ce test est simple, sensible et
spécifique et, bien conduit,
permet de détecter tous les patients atteints de GSC, et
même l'état de porteur dans les cas de transmission
liée à l'X. Ce test a aussi été utilisé
pour le diagnostic prénatal sur sang foetal.
-b-
Test de chimioluminescence
Il s'agit d'un test très
sensible mais non spécifique.
L'explosion respiratoire des PN stimulés aboutit à
la génération de radicaux oxygène instables
réagissant avec des substrats tels que le luminol pour
former des intermédiaires instables qui retournent à
l'état fondamental par émission d'énergie
lumineuse mesurable par un compteur à scintillation. Les
cellules déficitaires de la granulomatose septique chronique
ne produisent pas de chimiluminescence.
-c-
Analyse quantitative de 1'02- formé
La détermination spécifique de l'intégrité
de la NADPH oxydase peut être menée par l'analyse
quantitative de 1'02- formé suite à un stimulus de
phagocytose particulaire ou soluble.
-d- Autres tests
Le type de granulomatose septique chronique peut être précisé
par analyse spectrale du cytochrome b558 (constituant de la NADPH
oxydase). La présence ou l'absence de ses composants peut
être analysée par Western-blot. Les ARN, peuvent
être analysés par Northern-blot.
Les gènes responsables ont été clonés.
V-1.4./ Traitement
La prévention des infections est primordiale, grâce à une antibioprophylaxie
éventuellement associée à un antifongique.
En cas d"infection, une antibiothérapie agressive
doit être mise en place après identification du germe
responsable.
Des greffes de moelle allogéniques ont été
tentées avec plus ou moins de succès.
Le traitement par l'interféron g apporte une diminution
de la fréquence des infections.
C'est la thérapie génique qui suscite de nombreux
espoirs.
V-2. Déficit en molécules d'adhésion leucocytaires (DAL)
Les intégrines leucocytaires sont
des molécules participant à l'adhésion des
cellules phagocytaires, à leur migration à travers
les parois vasculaires et à l'ingestion des bactéries
opsonisées. Si ces intégrines
font défaut, les phagocytes ne peuvent atteindre les foyers
infectieux pour ingérer et détruire les agents pathogènes.
V-2.1./ Description
clinique
Les enfants atteints présentent des infections
sans pus (S. aureus, E.coli et
autres bacilles Gram) récidivantes cutanées, périanales,
pulmonaires, stomatologiques chroniques (gingivo-stomatite, une
péri-odontite). La chute
tardive du cordon ombilical est
très évocatrice.
V-2.2./ Diagnostic biologique
*
polynucléose parfois importante (50 000 à 1 00 000
/ml),
*
défaut d'adhésionn : incapacité des cellules de se lier
in vitro à une couche de cellules endothéliales,
de s'agréger entre elles ou de migrer en réponse
à un gradient de formyl-peptide ou de C5,
*
déficit d'expression membranaire
des intégrines de la famille b2, mesuré à l'aide d'anticorps monoclonaux
(cytométrie en flux) dirigés contre les différentes
sous-unités (permet le dépistage des sujets porteurs
et le diagnostic anténatal).
V-2.3./ Bases moléculaires
et mode de transmission
* DAL
de type I
Il s'agit d'une affection rare transmise sur le mode autosomique récessif.
La maladie est liée à l'absence d'une glycoprotéine
membranaire de la famille des intégrines. Ces intégrines
sont composées de 2 chaînes a et b. La chaîne b
identique au sein d'une sous- famille d'intégrines s'associe
à différentes chaînes a.
Le DAL est dû à un déficit de la sous-unité
b2,
provoquant un déficit des 3 intégrines ayant une
chaîne b2 : LFA1 (CD11/CD18) impliquée dans l'adhésion
des cellules aux autres cellules immunitaires et à l'endothélium
vasculaire, CR3 (CD11b /C18) récepteur de C3b et (CD11c/CD18)
Les 3 sous-familles sont exprimées sur les monocytes, macrophages,
PN et cellules NK, tandis que seule l'intégrine LFA1 est
exprimée sur les lymphocytes T et B.
De nombreuses mutations ont été
localisées sur le chromosome 21
(2lq22.3). Deux phénotypes ont été identifiés
:
-
un sévère, avec mort pendant l'enfance et CD11a/CD18 indétectables
-
un modéré, avec survie jusqu'à l'âge adulte
avec CD11a/CD18 (expression 3 à 10 % de la normale).
*
DAL de type II
Le déficit en molécule d'adhésion leucocytaire
à l'endothélium vasculaire est dû à
une anomalie de la fucosyl-tranférase qui entraîne
l'absence de résidus fucosylés
sur les glycoprotéines
dont les sélectines E (CD62E) et P (CD62P) du Sialyl-Lewis
X, ligand des sélectines
V-2.4./ Traitement
* Faire
une prophylaxie par les antibiotiques et des soins dentaires appropriés.
*
En cas d'infections, réaliser une antibiothérapie
par voie parentérale.
*
La greffe de moelle osseuse est à envisager systématiquement,
car donnant de bons résultats
*
Les espoirs vont vers la thérapie génique
V-3. Déficit en myéloperoxydase
La myéloperoxydase des PN catalyse
la formation d'ions hypochlorites (OCl-) à partir de chlore
et d'H202. A son
tour, OCl- va donner naissance à des dérivés
toxiques et peut aussi activer diverses enzymes (collagénases).
Le déficit en myéloperoxydase est le plus fréquent des déficits congénitaux
touchant les PN (un individu
sur 2000 à 4000).
V-3.1./ Description
clinique
Paradoxalement, les patients atteints de ce déficit souffrent peu ou pas d'infections sévères, sauf dans de rares cas de diabète sucré.
Ceci est probablement dû à l'existence d'un autre
système bactéricide indépendant de la MPO.
V-3.2./ Diagnostic biologique
Le déficit en MPO peut être mis en évidence
par les techniques de colorations cytochimiques et marquage immunologique
de MPO (cytométrie en flux) sur sang périphérique.
V-3.3./ Bases moléculaires
et mode de transmission
Le gène codant pour la MPO est situé sur le chromosome
17. Il existerait à la fois des défauts pré-traductionnels
et post-traductionnels.
La transmission est autosomique
récessive.
V-3.4./ Traitement
Le traitement préventif ou curatif n'est instauré
qu'en cas d'infection.
V-4. Déficit en glucose 6-phosphate déhydrogénase
Les leucocytes de ces malades ont un défaut de leur fonction de bactéricidie et un sensibilité aux infections.
V-5. Neutropénies chroniques congénitales
Ce sont des affections variées
où les cellules myéloïdes présentent
un défaut de multiplication, de différenciation
ou d'exportation.
La neutropénie cyclique est une forme particulière dans laquelle
la chute du nombre des PN se reproduit toutes les 3 à 4
semaines avec en même temps infections cutanées et
péri-orificielles.
Le traitement peut faire appel à des injections
de G-CSF.
V-6. Syndrome des leucocytes paresseux
Les leucocytes de ces malades présentent un défaut de leur chimiotactisme et de leur mobilité associé à des anomalies des filaments d'actine.
Les déficits primitifs sont très divers,
certains sont liés au chromosome
X (figure
XII-2) et d'autres ont une transmission autosomale.
Certains syndromes sont phénotypiquement voisins, mais
différents du point de vue génétique (tableau XII-VIII).
Le tableau XII-IX résume les localisations chromosomiques
des anomalies responsables des déficits de l'immunité.
Malgré leur rareté, ces syndromes ont permis une meilleure compréhension du
fonctionnement du système immunitaire.
B/ SYNDROMES D'IMMUNODEFICIENCE SECONDAIRE
:
SYNDROME D'IMMUNODEFICIT ACQUIS (SIDA)
Les défits secondaires
peuvent survenir
*
soit après absorption de subtances
agressives pour le système immunitaire, comme les médicaments immunosuppresseurs,
*
soit chez des sujets porteurs
de cancers, principalement ceux
qui touchent le système immunitaire,
*
soit après carences alimentaires
et dénutrition,
*
soit après certaines infections
notamment virales. La plus grave
de ces infections est celle par le Virus
de l'Immunodéficience Humaine
(VIH).
Le Syndrome d'Immunodéficit
Acquis (SIDA) a été
isolé, en 1981, comme une maladie caractérisée
par une chute du nombre des CD4+ accompagnée d'infections.
Les infections les plus précoces sont les candidoses (muguet)
et des herpes péri-orificiels. Peuvent également
apparaître une tuberculose, des lymphomes à cellules
B et une forme grave de sarcome de Kaposi (tumeur des cellules
endothéliales des vaisseaux s'exprimant sous l'aspect de
petites tumeurs sous-cutanées violacées). Plus tardivement,
il est possible que s'installent des pneumonies à Pneumocystis
carinii, des infections par cytomégalovirus, par Mycobacterium
avium, Toxoplasma gondii, Cryptosporidium.... Les atteintes du
système nerveux ne sont pas rares.
L'affection est à transmission
transmuqueuse (contacts sexuels)
et parentérale (transfusions et drogues). En 1983, le virus
(VIH : virus de l'immunodéficit acquis) est isolé
et identifié, il en existe 2 types VIH
1 et 2. L'infection par le VIH a maintenant une répartition
pandémique et le VIH1 est le type le plus répandu.
La croissance du virus et la réponse immune contre cet
agent pathogène expliquent les particularités du
SIDA. De nombreux virus causent une infection aiguë, mais
limitée, qui induit une immunité protectrice de
longue durée. D'autres, comme les virus herpès donnent
une infection latente contrôlée sans disparition
du virus. L'infection par le VIH conduit aussi à une immunité,
mais exceptionnellement capable d'éliminer le virus.
L'infection initiale par le VIH s'installe par le contact avec
des liquides biologiques provenant d'un sujet infecté :
transmission sexuelle et par les injections (usage thérapeutique
de sang ou de dérivés du sang et aiguilles contaminées
utilisées pour l'injection de drogue). Le virus peut aussi
se transmettre d'une mère infectée à son
enfant lors de l'accouchement ou par le lait maternel. Le virus
est soit transporté par
les cellules CD4+ infectées
(T surtout, macrophages, cellules dendritiques : les macrophages
et les cellules dendritiques représentent un réservoir
important du virus, en même temps qu'un véhicule
disséminant le virus dans les autres tissus tels que le
cerveau) ou parfois à l'état
libre dans le sang, le sperme,
le liquide vaginal ou le lait.
Le VIH, transmis par voie sexuelle, infecte (une faible quantité
est suffisante) tout d'abord les celIules dendritiques des muqueuses
(ces cellules sont la porte d'entrée du virus), puis une
forte réplication du virus a lieu, permettant sa dissémination
rapide dans les organes lymphoïdes. Après quelques
semaines, une réponse immune humorale et cellulaire apparaît
qui provoque une chute de la virémie (pouvant aller jusqu'à
1.000 fois). S'installe alors une infection chronique et asymptomatique
qui dure en moyenne dix ans (3 à 15 ans, parfois plus et
rarement sans limite). La charge virale reste stable et faible
pendant la phase asymptomatique malgré une intense réplication
du virus.
L'infection aiguë par le VIH est caractérisée par
l'apparition transitoire de fièvre, d'adénopathies,
de rashs cutanés et éventuellement d'atteintes méningées,
avec présence abondante de virus dans le sang et une chute
marquée du nombre de cellules TCD4+ circulantes. Cette
phase initiale est suivie chez pratiquement tous les patients
par une production d'anticorps neutralisants (séroconversion)
et de cellules T CD8+ qui lysent les cellules syngéniques
infectées par le VIH. Cela entraîne une forte réduction
de la virémie et une remontée du nombre de cellules
T CD4+. La période asymptomatique qui suit, n'est cependant pas totalement silencieuse,
car on observe un déclin progressif des fonctions et du
nombre des cellules T CD4+, pouvant aller jusqu'à ce que
le patient n'ait que de rares cellules T CD4+. Le SIDA apparaît
au moment d'une part de l'effondrement du nombre de lymphocytes
CD4+ et de la réponse CD8+ antivirale, et d'autre part
de l'augmentation de la virémie.
I-VIRUS DE L'IMMUNODEFICIT ACQUIS (VIH)
Le VIH est un rétrovirus du groupe des lentivirus (du latin lentus pour lent, à cause du type d'évolution de la maladie) muni d'une enveloppe et qui infecte les cellules CD4+ (T, macrophages et cellules dendritiques) car son récepteur principal est le CD4. Les co-récepteurs sont les récepteurs des cytokines CXCR4 et/ou CCR5 (d'autres co-récepteurs de types récepteurs des chémokines ont été mis en cause).
I-1. Classifications
I-1.1./ Selon le tropisme
Ces récepteurs permettent de diviser les isolats de VIH
en 2 groupes : les lymphotropes qui pénètrent dans les TCD4+ grâce
à CXCR4 et les monocytotropes qui parasitent monocytes/macrophages et cellules
dendritiques par l'intermédiaire de CCR5. La contamination
entre individus se fait par les isolats utilisant CCR5, car les
macrophages peuvent être infectés par les virus monocytotropes
et les cellules dendritiques immatures par les 2 isolats, mais
seuls les virus utilisant la porte d'entrée CCR5 ont la
faculté d'entraîner la production de VIH (les cellules
dendritiques matures ne peuvent produire aucun des 2 types de
VIH). Les virus des sujets asymptomatiques sont surtout des monocytotropes.
L'émergeance de souches lymphotropes est corrélée
avec une accélération de la progression de la maladie.
CCR2b serait le co-récepteur d'un petit nombre de souches
de HIV. Un 3ème type rare d'isolat est double : lympho et monocytotrope. Il peut, par conséquent, utiliser comme
co-récepteurs CXCR4 ou CCR5.
I-1.2./ Selon la production
de syncytium
Les HIV étaient initialement classés en inducteurs de syncytium
(IS) utilisant CXCR4 (souches nommées R5 HIV1) et en non inducteurs de syncytium
(NIS) utilisant CCR5 (souches nommées X4 HIV1), selon leur
capacité à provoquer la constitution de syncytiums
à partir de lignées néoplasiques. Les souches
IS se trouvent dans les stades progressifs ou tardifs de l'infection
et les souches NIS à tous les stades. La plupart des isolats
primaires ont la faculté d'employer CXCR4 et CCR5, on les
nomme R5X4 HIV1.
La concordance entre les deux classifications est très
imparfaite.
I-2. Constitution et réplication
Chaque particule virale (figure XII-3a)
possède deux copies d'ARN qui, dans la cellule infectée,
sont transcrites en ADN qui s'intègre au génome
de cette cellule. Ensuite, les ARN transcrits à partir
de cet ADN sont d'une part des ARNm qui dirigent la synthèse
des protéines virales et d'autre part des ARN qui formeront
le génome des nouvelles particules virales ou virions.
Ceux-ci quittent la cellule par bourgeonnement
de la membrane plasmique qui
va former une enveloppe autour d'eux. Cette enveloppe porte des
Ag de la cellule, notamment en quantités importantes des
molécules de classe II
HLA-DR.
La particule virale contient plusieurs exemplaires de la transcriptase inverse,
de l'intégrase et la protéase qui sont des enzymes enfermées dans la
capside virale.
Le VIH entre dans les cellules au moyen d'un complexe formé
de deux glycoprotéines virales associées de manière
non-covalente, la gp120 et la gp41, présentes sur l'enveloppe du virion.
La portion gp120 de ce complexe
glycoprotéique se lie avec une forte affinité au
CD4 à la surface de la
cellule cible. Le composant gp4l permet alors la fusion de l'enveloppe
virale avec la membrane plasmique et l'entrée dans le cytoplasme
du génome viral et des protéines associées.
Le virus ne peut pénétrer que s'il utilise en même
temps le co-récepteur CXCR4 ou CCR5. Ces co-récepteurs se lient au complexe
glycoprotéique après que celui-ci ait fixé
le CD4. C'est donc l'association
trimoléculaire complexe glycoprotéique-CD4-récepteur
de chémokines qui permet
la fusion des membranes et l'injection du contenu du virus dans
la cellule (figure XII- 3b). Le domaine N-terminale de CCR5 est la portion
la plus importante pour la liaison au complexe glycoprotéique,
c'est la seconde boucle extracellulaire de CXCR4 qui a cette importance.
La transcriptase inverse du virus, après pénétration
dans la cellule va y transcrire
l'ARN viral en une copie d'ADN complémentaire (ADNc). Cet ADNc viral
s'intègre alors dans le génome cellulaire au moyen de l'intégrase
virale entrée dans la
cellule avec l'ARN viral. L'ADNc intégré (provirus) qui
est constitué par 9 gènes, comprend de longues séquences
terminales répétées (LTR
= Long Terminal Repeat) nécessaires
pour l'intégration du provirus dans l'ADN de la cellule
et qui contiennent les sites de liaison avec les protéines régulatrices qui vont contrôler l'expression des gènes
viraux. Le génome du VIH est fait de trois gènes
principaux : gag, pol et env. Le gène gag code pour des protéines
de structure formant la nucléocapside.
Le gène pol contrôle les enzymes
impliquées dans la réplication et l'intégration
du virus. Le gène env est responsable
de la synthèse des glycoprotéines
d'enveloppe gp160. Les ARNm de
gag, pol et env sont transcrits pour donner de longues chaînes polypeptidiques qui seront ensuite clivées
en protéines fonctionnelles
par une protéase virale (aussi codée par pol) pour
les produits de gag et pol et par une protéase de la cellule
infectée pour ceux de env. La gp160, est ainsi découpée en gp12O et
gp41 qui restent liés à l'enveloppe virale.
La réplication du virus dépend de l'interaction entre des facteurs du virus et des
facteurs de l'hôte. Ainsi,
des protéines (Vif, Tat,
Rev, Vpr, Vpu, et Nef) codées
par des gènes régulateurs
du virus (figure
XII-4) qui agissent sur des produits
de gènes de l'hôte au bénéfice du virus
: Rev agit avec crm1,Vpu avec bTrCP, Tat avec cycline T... . Dans la cellule
T CD4+ infectée, les particules virales infectieuses sont
produites à partir du provirus si la cellule est activée.
Cette activation induit alors l'expression du facteur de transcription
NF-KB qui se lie à des promoteurs dans l'ADN cellulaire
et dans le LTR viral, initiant la transcription
de l'ARN viral par l'ARN-polymérase cellulaire. Après épissage, ce transcrit
donne des ARNm pour plusieurs protéines de régulation.
Les gènes tat et rev codent pour les protéines Tat
et Rev qui initient la réplication virale dans les cellules
CD4+ activées.
La protéine Tat (régulateur de transcription) après
liaison à la région activatrice de transcription
(TAR) du LTR, augmente fortement la transcription du génome
viral et en se liant aux ARN transcrits, les stabilise sous une
forme qui peut être traduite. Cette protéine est
un des facteurs pathogènes
les plus importants du VIH.
La protéine Rev s'associe aux ARN
transcrits du VIH et les transporte dans le cytosol.
Au début du cycle infectieux, la concentration de Rev est basse,
le transcrit est retenu dans le noyau où il subit 2 épissages,
puis il est transporté hors du noyau lentement. Des ARN
messagers sont ainsi produits et codent pour les protéines
de régulation telles que Tat, nécessaires pour la
réplication virale.
Plus tard, lorsque la concentration
de Rev a augmenté, les
transcrits sont rapidement exportés dans le cytoplasme
sous forme non encore épissée ou après un
seul épissage. Dans les premiers stades, Tat est nécessaire
pour faire de multiples transcrits du génome proviral (les
transcrits viraux de tat doivent aussi subir deux épissages).
Aux stades plus tardifs, les composants structuraux de la nucléocapside
et de l'enveloppe doivent être produits de même que
la transcriptase inverse, l'intégrase et la protéase
du virus. Des transcrits complets, non épissés,
doivent aussi être exportés pour être emballés
dans les nucléocapsides pour constituer, après bourgeonnement,
de nouvelles particules infectieuses de virus. Donc, les transcrits épissés codent pour les protéines
de structure et les enzymes du virus,
et les transcrits non-épissés pour l'ARN génomique
viral.
Dans les cellules dendritiques, au point de pénétration
de certaines souches de virus, s'il existe des TCD4+, l'interaction
entre ces 2 types cellulaires aboutit à la constitution
de syncytiums qui sont le siège d'une énorme réplication
virale, vraisemblablement en rapport avec une synergie entre les
facteurs d'activation NF-kB (cellules dendritiques) et SP1 (lymphocytes T).
II-PERTE DE COMPETENCE IMMUNOLOGIQUE DES SUJETS INFECTES
Au bout de plusieures années,
le patient perd sa compétence immunitaire. Plusieurs mécanismes
participent à la réduction de l'efficacité
du système immunitaire pendant la phase aiguë, puis
par la suite dans sa lutte contre l'infection par le VIH.
*
Le virus détruit les cellules
de l'immunité, notamment
les TCD4+:
*
Etant donné qu'ils doivent s'échapper des cellules
en bourgeonnant, les virus enveloppés ont une capacité
immédiatement destructrice des cellules CD4+ qui les produisent.
Celle-ci est bien moins importante que celle d'autres types de
virus dont le pouvoir pathogène est principalement en rapport
avec leur capacité de lyse des cellules qu'ils infectent.
*
La molécule Tat est essentielle pour la réplication du
virus et également très importe dans l'activité
pathogène du virus. Tat qui est sécrétée par les cellules infectées en utilisant
un processus non-classique (molécule dépourvue de
séquence signal de sécrétion), a une activité cytotoxique sur les T (inducteur d'apoptose), mais aussi sur les neurones.
Elle inhibe également l'activité
lytique des NK. Ces propriétés
dépendent de son pouvoir de blocage
des canaux calciques de type L.
*
Les cellules T CD4+ infectées sont tuées par la
liaison du CD4+ à la gpl20
du virus qui déclenche
l'apoptose
de la cellule, surtout s'il s'agit de CD4+ mémoire.
* Les
CD8+ peuvent aussi être
détruits. Ainsi dans l'infection
des singes par le VIS, le Nef induit l'expression de fas L sur les CD4+
infectés et sa liaison avec le fas
des CD8+ provoque l'apoptose de
ces derniers. En plus, les CD8+,
surtout lors de l'infection aiguë, expriment le CD4, ce qui les rend sensibles aux mêmes mécanismes
destructeurs que les TCD4+.
*
Bien que ne produisant pas de virus, les cellules
dendritiques folliculaires disparaissent
lors de la phase aiguë.
* Le virus peut empêcher
la production normale des cellules T
: il détruit les thymocytes
CD4+CD8+ et il peut s'en prendre
aux précurseurs hématopoïétiques
de la moelle, notamment les CD34+.
*
La présentation des peptides
viraux se fait mal.
*
La membrane du virus (qui est issue de la membrane plasmique)
porte les HLA-DR abritant des peptides viraux, mais pas les HLA-DP
et DQ. Les TcR des TCD4+ antivirus vont donc se lier aux virus,
mais ne recevront aucune costimulation. La conséquence
est une tolérance spécifique (anergie, apopoptose ...).
* La
molécule Nef entraîne un défaut
d'expression des Ag de classe II et I
par perturbation de leur trafic intracellulaire. Donc, la présentation
des Ag viraux aux CD4+ sera en défaut et les cellules cibles
résisteront à la cytotoxicité des CD8+.
*
La molécule Vpu du VIH1 (son gène n'exite pas chez VIH2
et VIS) induit une dégradation
des molécules de classe I néosynthétisées et par conséquent une résistance
aux CD8+.
*
Le virus échappe aux Ac neutralisants et aux cellules T
par mutations portant sur les Ag de surface ou par leur hyperglycosylation.
La rapidité de la réplication du virus contribue
à produire un taux de mutations très élevé
qui donnent naissance aux nombreux
variants du VIH qui apparaissent
chez le même patient au cours de l'infection. La réplication
du génome rétroviral passe par deux étapes
propices aux erreurs. La transcriptase
inverse ne dispose pas du mécanisme
correcteur associé aux ADN-polymérases aussi, la
copie en ADN des ARN génomiques des rétrovirus est
entachée d'erreurs. De plus, la transcription de l'ADN
proviral en copies d'ARN par l'ARN-polymérase
cellulaire peut être approximative.
Comme un Ag est constitué par des peptides immunodominants
qui sont produits par protéolyse, puis présentés
aux lymphocytes T, la réponse cellulaire est spécifique
de ces peptides. Des mutations pourront empêcher
la production de peptides convenables capables d'être présentés. En plus, les produits
spécifiques de la réponse immune contre le virus
non-muté ne reconnaîtront plus le virus muté.
* La réponse immune contre
le virus, surtout les CD8+, peut aussi participer à la
destruction des cellules de l'immunité hébergeant
le virus.
Cependant, ces TCD8+ représentent l'une des armes immunologiques
majeures contre le virus. Les cellules T CD8+ spécifiques
des cellules infectées par le VIH sont, par exemple, présentes
autour des zones de la pulpe blanche de la rate des sujets contaminés,
ce qui montre que la pulpe blanche de la rate est un des lieux
où se passent à la fois la réplication du
VIH dans les cellules CD4+ infectées et l'élimination
par les cellules CD8+ cytotoxiques des cellules infectées.
Le résultat est un bouleversement progressif de l'architecture
lymphoïde, conduisant à la disparition des follicules
lymphoïdes.
La figure XII-5a résume le rôle pathogène du VIH et de ses constituants.
L'infection par le VIH induit une réponse immune qui contrôle la production
du virus, mais ne peut habituellement l'éliminer. Des Ac neutralisants
antivirus et des cellules cytotoxiques T CD8+ et des cellules
CD4 +TH1 répondant spécifiquement contre
les cellules infectées sont associées à une
baisse du taux de virus détectable rapidement après
le début de l'infection. Les patients atteints de SIDA
ont tendance à produire des cytokines
de TH2, alors que les sujets infectés, mais
en bonne santé, ont une polarisation dans le sens TH1 qui
est un des supports de l'immunité cellulaire. Au cours
de la phase asymptomatique prolongée, le virus infectieux est présent à
un taux relativement bas dans le sang périphérique
des sujets infectés, mais il se réplique de manière
persistante dans les organes lymphoïdes (la charge virale
la plus élevée se situe dans les ganglions lymphatiques).
Durant cette période, le nombre
de cellules T CD4+ décroît progressivement, bien que les taux d'anticorps et de lymphocytes
T CD8+ cytotoxiques dirigés contre le virus restent élevés.
Par la suite, les taux d'anticorps et de lymphocytes T cytotoxiques
spécifiques pour le VIH chutent aussi, et progressivement
le nombre de particules infectieuses de VIH augmentent dans le
sang périphérique.
Les CD8+
contrôlent le virus par leur activité
cytotoxique, mais également
par des molécules à
activité antivirale comme
le CAF
et les b chémokines
(ces dernières sont avec les granzymes et la perforine
dans les granules secondaires) dont les récepteurs sont
aussi les co-récepteurs du VIH. La chute progressive des
cellules de l'immunité serait due soit à un épuisement de la production de ces cellules sans cesse détruites
massivement à la périphérie, soit à une destruction
modérée associée
à un renouvellement faible. La figure
XII-5b (d'après Fleury S.
et coll.1999) montre que le nombre des cellules mémoires
et des cellules activée CD4+ et CD8+ reste longtemps inchangé
alors que le nombre des T naifs
(donc néoformés) chute précocement. C'est donc
le second mécanisme qui serait majoritaire.
Alors que la plupart des sujets infectés par le VIH développe
un SIDA, puis meurt d'infections opportunistes ou de cancer, un
faible pourcentage de sujets d'une
part contrôle l'infection qui reste stable et d'autre part
ne fait pas de maladie patente ou très tardivement. Ces sujets ont des anticorps contre beaucoup
des protéines du VIH et des CD4+TH1 et CD8+ anticellules
infectées par le VIH. Les TH1
(produisant IFNg et b
chémokines) anti-Gag paraissent
très importants chez ces
malades. Ils possèdent
des gènes HLA I ou II qui permettent d'obtenir une réponse
immune protectrice maximale. En revanche, les HLA B35 ou HLA Cw4
sont associés à une progression rapide de l'infection.
Un second groupe comprend des sujets
fortement exposés au VIH, mais qui restent indemnes de
maladie et d'infection (on ne détecte pas la présence
de virus). Ces sujets sont homozygotes
pour une délétion de 32pb du gène
de CCR5 (CCR5D32) (il en résulte
la production d'une protéine
tronquée qui ne s'exprime pas sur la membrane plasmique). Comme CCR5 est la porte d'entrée des
VIH monocytotropes, ceux-ci ne peuvent plus infecter leurs cibles
cellulaires. Parfois, ces sujets peuvent être infectés
sans doute par des VIH lymphotropes ou doubles qui utilisent CXCR4
comme co-récepteurs. Les hétéozygotes
pour la délétion CCR5D32,
lorsqu'ils sont contaminés, font une infection
à progression lente.
Des gènes pour des chémokines ou pour d'autres récepteurs
de chémokines ont aussi été impliqués
dans les formes à évolution retardée des
infection par le VIH.
Deux protéines virales ont
été visées par des médicaments, avec comme espoir d'arrêter la réplication
du virus. Il s'agit de la transcriptase
inverse du virus, nécessaire
pour la production du provirus, et de la protéase virale qui clive les protéines virales
pour produire les protéines du virion et les enzymes viraux.
Des inhibiteurs de ces enzymes empêchent la transmission
de l'infection à des cellules intactes, bien que les cellules
qui sont déjà infectées, continuent pendant
un temps limité à produire des virions. Au bout
de deux jours, ces substances peuvent réduire, d'un facteur
100 ou davantage, le titre du virus dans le sang. En même
temps, il y a une élévation rapide du nombre des
cellules T, surtout des T néoformées (figure XII-5b). Les particules infectieuses de VIH ont sans
doute été opsonisées par l'anticorps spécifique
et éliminées par des cellules phagocytaires.
Au bout d'un temps variable, le virus
devient résistant à
l'antiviral à cause de l'expansion de mutants
résistants dans la population
virale initiale. Une résistance aux inhibiteurs de protéase
apparaît déjà après quelques jours.
Une résistance à l'inhibiteur de la transcriptase
inverse de type didéoxynucléosides, l'AZT (azidothymidine
ou zidovudine qui inhibe la production des replicas d'ADN du HIV),
s'établit en quelques mois. Cela s'explique parce que la
résistance à l'AZT exige trois ou quatre mutations
dans la transcriptase inverse virale, tandis qu'une seule mutation
suffit pour conférer la résistance aux inhibiteurs
de protéase. L'apparition rapide d'une résistance
aux substances anti-VIH a conduit à utiliser
simultanément plusieurs substances antivirales différentes, chacune détruisant le virus avant qu'aucune
souche de virus n'ait eu la chance d'accumuler toutes les mutations
nécessaires pour résister à l'ensemble du
cocktail.
L'utilisation de cette multithérapie
ou HAART (Highly Active Antiretroviral
Therapy) donne d'excellents résultats, mais sans réussir à éradiquer
le virus chez le malade. Après
HAART, les TCD4+ et les TCD8+
naifs réapparaissent montrant
la possibilité de régénérescence
du pool des T. Ce traitement
appliqué dans la phase aiguë, avant la séroconversion,
s'accompagne d'une forte réponse CD4+ anti-Gag.
Actuellement, d'autres cibles moléculaires soit produits
de gènes du virus (intégrase, Nef, Vif, Tat,Rev
et Vpr), soit produits de gènes de l'hôte (CCR5,
CXCR4), sont visées par les médicaments. Ainsi,
des chémokines peuvent
s'opposer, par compétion pour le co-récepteur, à
la pénétration du HIV dans la cellule.
La production d'un vaccin utilisable
en prévention ou même en traitement a été
programmée presque dés la découverte du virus.
La mise au point de ce vaccin se heurte à plusieurs difficultés.
La premiere
est la difficulté de tester
le vaccin, ce qui ne peut se
faire chez l'homme. On utilise alors un modèle animal :
l'infection des singes par le virus de l'immunodéficience
simienne (VIS) est apparentée à celle par le VIH.
Cependant, les macaques infectés ne font pas de maladie
fatale. On considère alors que le vaccin actif est celui
qui permettra d'obtenir surtout des cellules T CD8+, mais sans
doute aussi des cellules T CD4+ (TH1) et des Ac neutralisants.
Le second problème
vient des mutations rapides du
virus qui peuvent conduire à
la sélection de mutants qui résisteront à
l'immunité produite par des vaccins réalisés
avec des virus ne portant pas ces mutations.
Des essais ont été faits avec soit du gp160 et des
réinjections utilisant des recombinants de gp120, soit
des pox-virus du canarie exprimant les gp160 et gp120 du HIV1,
soit des vaccins ADN, soit des cellules dendritiques chargées
avec des peptides du HIV....Aucun vaccin n'est pour le moment
satisfaisant.