|
La vision artificielle dans le proche
infrarouge Le développement de systèmes de vision artificielle capables d'enregistrer des séquences d'images dans le proche ou le moyen infrarouge est un thème de recherche en pleine croissance. La vision artificielle multispectrale devrait permettre d'analyser les échantillons en chaque point de la surface visible. Il serait alors possible de caractériser l'hétérogénéité des produits et de détecter des défauts locaux à la surface des échantillons. Dans un système de vision artificielle, chaque image associée à une condition spectrale est numérisée est mise sous la forme d'une matrice. Chaque élément de cette matrice, appelé niveau de gris, est un nombre proportionnel à l'intensité lumineuse du point (ou pixel ) correspondant. Sur des systèmes de vision artificielle habituels, ces matrices comprennent plusieurs centaines de lignes et de colonnes. Elles sont typiquement de dimensions 1024 x 1024 ou 2048 x 2048. Les niveaux de gris sont souvent codés sur 8 bits, ce qui permet de disposer de 256 niveaux d'intensité lumineuse. Le noir est souvent codé par la valeur 0, et le blanc par 255. Les premiers travaux dans le domaine de la vision artificielle dans le
proche infrarouge (PIR) ont été effectués par Taylor
et MacClure (1989). Un dispositif utilisé par ces auteurs est présenté
figure 1. Les échantillons sont éclairés par des
lampes à filament de tungstène. Des filtres interférentiels
placés devant la caméra permettent de sélectionner
les longueurs de la lumière réfléchie. Il est ainsi
possible d'acquérir des séquences d'images du même
échantillon, correspondant à différentes conditions
spectrales. Une application de ce système a été la
robotisation de la mise en germination de graines dans des serres. En
effet, les places dans les serres sont limitées et il est nécessaire
de les utiliser au mieux. Le taux de germination des graines varie entre
70 et 95 pour cent, et il est utile de remplir les places libres correspondant
à des grains qui n'ont pas germé. Taylor et MacClure ont
participé au développement d'un robot, mettant en uvre
la vision artificielle, destiné à transférer des
plants d'une cellule à une autre. Dans les premières étapes
du projet, les plants ont été identifiés par une
caméra travaillant dans le visible. Ils apparaissaient comme des
taches blanches sur le sol. Le taux d'erreurs d'identification était
élevé, et compris entre 7 et 18 pour cent. Dans une autre
série d'essais, ces auteurs ont exploité deux conditions
spectrales, de manière à identifier la présence de
chlorophylle, qui donne un pic d'absorption dans le visible à 670
nm. L'absorption à 800 nm sert de référence. La différence
des images prises à ces deux longueurs d'onde est très pertinente
pour le problème considéré. En exploitant cette différence,
le taux d'erreurs d'identification n'est plus que de 2 pour cent. Taylor
et MacClure ont également montré les possibilités
offertes par la vision artificielle multispectrale pour caractériser
l'état de santé de feuilles de différentes plantes.
La différence des images enregistrées à 800 et 670
nanomètres (nm) permet de " cartographier " la chlorophylle
dans les feuilles de Magnolia. De la même manière, la différence
des images à 800 nm et à 990 nm rend possible d'identifier
les parties de feuilles de tabac qui sont endommagées ou malades.
Des tentatives de détection de l'eau ont également été
menées. La différence des images à 910 et 960 nm
semble appropriée pour cette détection. Le développement de la vision artificielle dans le PIR est actuellement limité par plusieurs facteurs. Tout d'abord la plage spectrale de sensibilité des caméras CCD ordinaires ne couvre pas toute la région du PIR, et s'étend seulement de 400 à 1100 nm. La numérisation se fait souvent sur 8 bits, ne donnant que 256 niveaux de gris. Des caméras plus perfectionnées possèdent une plus grande résolution avec un codage des niveaux de gris sur 12 ou même 16 bits, mais elles restent très onéreuses. Le bruit de la mesure spectrale est considérablement plus élevé que celle des spectromètres PIR habituels. Il atteint (avec des caméras non-refroidies) 500 x 10-6 à 1000 x 10 -6 unités de densité optique, tandis qu'un spectromètre ordinaire présente un bruit de seulement 20 x 10 -6 unités. Pour traiter les images, il est nécessaire de disposer d'ordinateurs puissants, et les algorithmes adaptés aux images mutispectrales sont encore du domaine de la recherche.
![]() Figure 1 : Vision artificielle multispectrale. (McClure, 1994).
(Robert et al., 1991).
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES Bellon-Maurel V, Guizard C, Vigneau JL, Bertrand D. Camera for near infrared spectroscopy. In : Davies A.M.C and Williams P (1996). Near Infrared Spectroscopy: the future waves. NIR publications, Chichester, UK, 72-90. Bertrand D, Robert P, Novales B, Devaux M. Chemometrics of multichannel
imaging. Guizard C, Bellon V, Sévila F. (1992). Vision artificielle dans les industries agro-alimentaires. Méthodes / Techniques / Choix. CEMAGREF-DICOVA, Antony. Park B, Chen YR, Huffman RW . Integration of visible/NIR spectroscopy and multispectral imaging for poultry carcass inspection. In Meyer GE, DeShazer JA (1994). Optics in Agriculture, Forestry, and Biological Processing, Proc SPIE 2345,Washington, 162-171. Robert P, Bertrand D, Devaux MF, Sire A (1992). Identification of chemical constituents by multivariate near infrared spectral imaging. Analytical Chemistry, 64: 664-667. Robert P, Devaux MF, Bertrand D (1991). Near Infrared video image analysis. Science des aliments, 11: 565-574. Taylor SK, McClure WF. NIR imaging spectroscopy: measuring the distribution of chemical components. In : Iwamoto M, Kawano S Eds (1989). The proceedings of the international near infrared spectroscopy conference. Koring publishing, Tokyo, 393-404. Treado PJ, Levin IW, Lewis EN (1992). Near-Infrared Acoutisco-optic filtered spectroscopic microscopy: a solid-state approach to chemical imaging. Applied Spectroscopy, 46(4) : 553-559.
|