Méthodes multivariées de résolution de courbes
en spectrométrie IRTF
Laboratoire
de spectrochimie infrarouge et Raman (LASIR), CNRS UMR 8516, Université des
Sciences et Technologies de Lille, bat C5, 59655 Villeneuve d’Ascq, France.
http://www-lasir.univ-lille1.fr/
Les analyses
spectroscopiques peuvent prétendre jouer un rôle prépondérant en chimie
analytique en particulier pour les contrôles in situ de réactions, de procédés
ou de mélanges complexes ainsi que pour l'analyse d'échantillons bruts. Outre
qu'il s'agisse d'une approche rapide, non destructive et robuste, le potentiel
de la spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier (IRTF) est imputable à
sa spécificité, qualité partagée par les
spectroscopies vibrationnelles. Néanmoins, la conséquence directe de cet
atout analytique est la complexité des spectres, généralement composés
d’informations larges, résultant de nombreux recouvrements de bandes et
d'interférences analytiques. Par ailleurs, les technologies modernes de mesure
génèrent des quantités importantes de données de qualité. Pour que la mesure
soit pertinente, c'est-à-dire pour qu'elle fournisse indirectement la grandeur
attendue, la méthodologie doit donc intégrer des méthodes de chimiométrie en
amont et en aval de l'acquisition. Il s'agit donc, à partir des spectromètres
existant au laboratoire, de développer conjointement des méthodes d'acquisition
et de chimiométrie pour améliorer les performances de l'instrumentation en
terme de résolution. Nous visons à terme l'intégration de méthodes multivariées
de résolution de spectres pour le développement d'instruments permettant des
études spectroscopiques de systèmes physico-chimiques échantillonnés au cours
du temps ou dans l'espace.
Les techniques
spectroscopiques IRTF résolues dans le temps fournissent typiquement des
tableaux ou matrices de données à deux voies : les nombres d'ondes (en
colonnes) et le temps ou les coordonnées spatiales (en lignes). Les méthodes
multivariées de résolution de courbes basées sur les moindres carrés alternés
(MCR-ALS) permettent d'extraire à partir de ces spectres de mélange les
contributions pures des différents constituants. Ces informations
concerneront pour nos applications la
signature spectrale spécifique des espèces ainsi que leurs profils de
concentration dans le temps ou dans l'espace.
L'inconvénient
des méthodes multivariées de résolution de courbes est la non-unicité des
solutions proposées, connue sous le nom d'ambiguité rotationnelle. Des contraintes
seront donc implémentées pour restreindre l'espace des solutions proposées, ces
contraintes sont basées sur des connaissances a priori du système chimique
étudié ou sur des hypothèses raisonnables telles que la non-négativité des
profils de concentration par exemple. Au préalable, différentes méthodes
d'analyses factorielles permettent d'estimer le nombre de composants du
mélange, c'est-à-dire le rang de la matrice des données spectrales. Cette
approche multivariée permet, en IRTF step-scan
qui combine excitation laser et détection différentielle rapide pour le suivi
de phénomènes cycliques photoinduits, une meilleure description des chemins
réactionnels, voire la détection et la caractérisation d'intermédiaires
réactionnels inaccessibles individuellement, ce qui correspond finalement à
améliorer la résolution effective de l'instrument.
Enfin,
une étape ultérieure de ce travail vise l’analyse de lots de données IRTF
multivoies, c'est à dire comportant plus de deux facteurs multidimensionnels.
Outre les nombres d'ondes et le temps, des facteurs influents, d’origine
chimique ou physique, la température par exemple, peuvent être considérés. Cela
permet l'extraction conjointe de l'information partagée par l'ensemble des
systèmes et de celle propre à chacun d'eux.
C. Ruckebusch et al., J. Chem. Inf. Comput.
Sci. 2003 (43) 1966-1973.