Gilbert Lachenal
Laboratoire des Matériaux Polymères et des biomatériaux, UCBL, UMR CNRS 5627, 43, bd du 11 novembre 1918, 69622 Villeurbanne Cedex (F)
L'introduction de nouveaux détecteurs matriciels a permis le développement de l'imagerie pour la spectroscopie vibrationnelle (infrarouge, proche infrarouge et Raman). Divers systèmes d'imagerie sont disponibles pour les macro- ou micro-échantillons L'avantage de l'imagerie spectroscopique sur la photographie infrarouge est qu'elle permet une analyse chimique qualitative, semi-quantitative ou parfois quantitative, c'est pour cela qu'elle est aussi appelée imagerie chimique. L'avantage par rapport à la microspectroscopie point par point est la rapidité, quelques minutes au lieu de quelques heures pour la cartographie. De très faibles variations spectrales peuvent être mises en évidence par des méthodes de chimiomètrie. Cet article est une brève introduction aux techniques de l'imagerie chimique. Les avantages et limitations de ces techniques seront brièvement discutés. (Spectra Analyse, Vol 31 N° 228, 23, 2002)
The focal plane array detectors (FPA), which are composed of many individual detectors, have introduced a new era for vibrational spectroscopy (infrared, near infrared, Raman): the spectroscopic imaging. Its advantages over infrared photography are the possibility to provide qualitative and quantitative chemical information, so this technique is also presented as chemical imaging. The generated hyperspectral images allow to probe quickly natural and synthetic materials. Subtle variations of spectroscopic features can be more easily observed using chemometric methods. A wide variety of chemical imaging systems have been developed to examine macroscopic and microscopic sized samples. This paper introduces the basis, the chemical imaging technology and the imaging data evaluation. The advantages and drawbacks of theses techniques are briefly discussed. ( Spectra analyse Vol 31 N° 228, 23, 2002)
Extrait de l'article
L'imagerie spectroscopique, ou imagerie chimique, permet une analyse chimique qualitative et parfois quantitative avec une bonne résolution spectrale et spatiale. Elle renseigne sur l'hétérogénéité éventuelle de la zone observée et permet de suivre des réactions assez rapides ce qui n'était pas possible avec la cartographie point par point trop lente.
2 Imagerie Proche infrarouge
La gamme proche infrarouge (PIR), de 4 000 à I2 000 cm-1,
est de plus en plus utilisée tant au laboratoire que dans
l'industrie. Comme pour la spectroscopie proche infrarouge la
diversité des appareils disponibles est grande, allant
des systèmes construits par des laboratoires aux appareils
commerciaux équipés de divers types de monochromateurs.
L'imagerie PIR est utilisé pour des macro-échantillons
citons par exemple l'étude de pigments de tableaux, de
contaminants sur des carcasses de volailles par Visible/PIR ou
autres applications en agro-alimentaire.
La microscopie PIR est assez peu utilisée mais se développe
régulièrement et présente quelques avantages
par rapport à l'infrarouge moyen. La résolution
spatiale est légèrement améliorée
car la longueur de la lumière PIR est plus courte que celle
de l'IR moyen. L'imagerie PIR peut être effectuer en partie
avec certains microscopes IRTF dont les détecteurs et la
séparatrice peuvent aussi couvrir une partie de la région
PIR, voir tableau 1. La société SpectralDimension
propose des systèmes composés soit de filtres à
cristaux liquides soit de filtres variables linéaires,
d'un ensemble d'illumination tungstène/halogène
et de divers détecteurs. Soulignons le fait qu'avec ces
détecteurs on obtient plus de 70 000 spectres en quelques
minutes. Le tableau résume les caractéristiques
de ce matériel.
Type de détecteur InGaAs InSb
Nombre de pixels 320x256 320x256
Longueur d'onde 1100 à 1700 nm 1500 à 2300 nm
Résolution spectrale 6 nm (à 1200 nm) 15 nm (à
1500nm)
Résolution spatiale 5- 400 microns/pixel
Taille maximale examinée (avec système optionnel)
127x76 mm 127x76 mm
Imagerie PIR. (d'après un document SpectralDimension)
III Traitements des spectres
En cartographie ou imagerie on obtient rapidement une quantité
de spectres importante qu'il faut traiter et exploiter rapidement
et efficacement. Les analyses classiques, univariables, utilisent
les rapport de pics, hauteur, surface, largeur à mi hauteur,
position des pics pour faire des images (24). Malheureusement
souvent les pics se chevauchent ou sont mal identifiés
et les différences entre les spectres peuvent être
faibles surtout si on ne considère qu'un seul pic, tout
cela peut rendre la précédante méthode d'exploitation
moins performante. Les techniques de prétraitement des
courbes comme de lissage, dérivée, normalisation,
correction et soustraction de ligne de base peuvent améliorer
le contraste des images mais l'analyse multivariable sera souvent
le moyen le plus efficace pour mettre en évidence de faibles
différences entre les spectres en particulier dans des
mélanges complexes.
L'ACP est la méthode la plus souvent utilisée pour
ce type d'étude et est disponible sur certains logiciels
commerciaux de microspectroscopie. Après avoir calculé
les composantes principales pour chaque pixel, on va pouvoir obtenir
des cartes ou images factorielles en niveaux de gris mais surtout
en couleurs. Si on a créé ces images factorielles
en affectant des niveaux de rouge pour la première (ou
la iéme) composante, des niveaux de vert pour la seconde
(ou la i+j iéme) composante et des niveau de bleu puis
une troisième composant utilisée, il sera alors
possible de créer une nouvelle image composite en pseudo-couleurs
rouge vert bleu dite RVB. Les méthodes de discrimination
à partir des distances euclidiennes ou des distances de
Mahalanobis sont aussi utilisés en cartographie/imagerie.
Les résultats pourront être visualisés sous
différentes représentations en 2 ou 3 dimensions.
L'avantage de ces d'images en fausses couleurs est que le non-spectroscopiste
peut facilement voir l'hétérogénéité
d'un échantillon mais ces impressions sont subjectives
et le principal inconvénient est la difficulté (voire
l'impossibilité) de relier ces couleurs à des fonctions
chimiques précises.
A partir des logiciels Matlab et Grams divers traitements peuvent
être programmés comme des méthodes de self-résolutions
de courbes (appelée SMCR dans la littérature anglaise)
permettant une meilleure connaissance des espèces chimiques
présentent dans le système étudié
. Depuis peu de temps des logiciels très complets dédiés
à l'imagerie chimiques sont disponibles. L'ouvrage de Geladi
et Grahn "Multivariate Image Analysis" présente
les différents moyens de créer et traiter des images
avec la chimiomètrie.