Microspectroscopies
infrarouge et Raman
Les matériaux
n'auront bientôt plus rien à cacher
G.LACHENAL, I.STEVENSON
Au début les microscopes infrarouge étaient réalisés
à partir de petits microscopes conçus pour le visible
auxquels on avait sustitué les lentilles classiques par une optique
en KBr. Le résultat n'était pas fabuleux surtout à
cause des problemes d'abbérations chromatiques car il est pratiquement
impossible de les corriger sur une gamme spectrale trés étendue.
Finalement ce type de microscope était surtout utilisé
pour examiner des petites pastilles de KBr de 0,5 à 2 mm de diamètre.
L'utilisation d'un condenseur de faisceau permettait à moindre
frais l'examen de petits échantillons tout en donnant d'assez
bons résultats. Avec les appareils IRTF il a fallu attendre la
commercialisation de détecteurs sensibles et rapides, du type
MCT (mercure, cadmium, tellure), pour avoir des performances acceptables
étant donné la faible quantité d'énergie
qui atteint le detecteur après le passage à travers le
cache du microscope.
Un net regain d'intérêt pour le microscope est apparu
dans les années 80 avec la commercialisation de microscopes dédiés
à l'infrarouge qui utilisaient enfin une optique purement réfléchissante
du type Cassegrain. Puis l'amélioration constante du matériel
s'est poursuivi assez régulièrement autant pour le domaine
infrarouge que pour la région du visible (la qualité et
les possibilités de microscopie visible étant limitées
sur les premiers appareils de cette génération).
Actuellement, la microspectroscopie dans l'infrarouge moyen est largement
utilisée dans de nombreux domaines et le développement
d'objectifs permet de travailler non seulement en transmission et réflexion
mais aussi en ATR et en réflexion à angle rasant. Cependant
l'analyse classique en transmission, où la préparation
des échantillons nécessitent une épaisseur ne devant
pas être supérieure à une vingtaine de microns,
s'avère parfois longue et requiert un personnel qualifié
et expérimenté. Par contre, la région proche infrarouge
a été très peu utilisée et l'examen d'échantillons
épais de plusieurs centaines de mm peut se faire assez facilement en transmission
et peut apporter de précieuses informations, même si l'identification
d'impuretés ou d'inclusions semble pour l'instant exclus. En
utilisant un appareillage prévu pour l'infrarouge moyen il est
généralement possible d'obtenir des spectres de qualité
acceptable entre 4000 et 6000 cm-1 à condition d'examiner des
objets de taille supérieure à 100 mm ce qui est souvent utile pour des contrôles
de routine. Evidemment, l'utilisation d'un banc optique proche infrarouge
(mais encore peu répandu) améliore fortement la qualité
des spectres.
La cartographie s'est assez largement développée grâce
à l'essor de l'informatique qui offre des capacités de
mémoire importante et une vitesse acceptable pour des prix modestes.
D'autre part, les possibilitées d'autofocus peuvent faciliter
l'acquisition des nombreux spectres nécessaires pour la cartographie.
L'imagerie a encore un impact assez limité à cause de
son prix élevé. Mais l'amélioration constante des
détecteurs (vitesse et sensibilité alliées à
une baisse des prix) devrait permettre à cette technique une
plus large diffusion. Il ne faut pas oublier, comme le faisait remarquer
avec insistance J. Reffner lors d'un journée du groupe de microspectromètrie
anglais MAG (1), que la compétence de l'expérimentateur
est capitale et que souvent le chimiste n'est pas bien formé
aux techniques de microscopie.
Depuis sa découverte en 1928, l'effet Raman a été
reconnu comme un outil analytique puissant. En 1970, le constructeur
Jobin-Yvon a eu l'idée de coupler un spectromètre Raman
à un microscopique optique connu sous le nom de 'Mole' qui donna
une résolution latérale de 1 micron. Cette configuration
a été modernisée depuis en utilisant un filtre
holographique de type 'notch' pour éliminer plus efficacement
la raie excitatrice et en remplaçant le détecteur type
photomultiplicateur par des barrettes CCD (Charged Coupled device).
Dans le domaine des innovations en spectroscopie Raman au cours de
ces dernières années, il faut noter le développement
de l'accessoire confocal permettant une meilleure résolution
en profondeur et l'utilisation d'une batterie plus large de longueurs
d'onde excitatrices (plus grande gamme de source laser disponible) permettant
de s'adapter au type de matériau à analyser (compromis
entre fluorescence, effet thermique, sensibilité, résolution
spatiale).
Finalement, il est important de mentionner que les microscopes FT Raman
qui ont été développés dans les dix dernières
années ont perdu un peu de leur intérêt dû
à la mauvaise sensibilité des détecteurs PIR et
à la limite de résolution spatiale à 5 microns
(laser PIR). Par contre, les microscopes Raman conventionnel de beaucoup
plus petite taille qu'il y a une dizaine d'années reviennent
en force avec les avantages du détecteur CCD, des filtres holographiques,
de l'accessoire confocal couplé à un système fibre
optique et des possibilités d'utilisation de plusieurs longueurs
d'ondes excitatrices (réduction de la taille des lasers sources)
sur le même banc optique.
Quand on compare les microscopies IR et Raman on peut dire que la meilleure
résolution spatiale atteinte en IR est de l'ordre de 5 à
10 microns alors qu'elle peut aller jusqu'à 1 microns dans le
cas du Raman. Il n'y a pas besoin de préparer l'échantillon
quand on utilise un microscope Raman alors qu'une certaine patience
et doigté sont nécessaires pour obtenir un bon spectre
en microscopie IR. Malheureusement, beaucoup de matériaux fluorescents
ont empêché la spectroscopie Raman de s'épanouïr
dans des applications variées sauf si un laser excitateur dans
le PIR est utilisé.
En conclusion, les microscopies infrarouge et Raman sont deux techniques
complémentaires.
REFERENCES
(1) J A Reffner, A review of microscopy basics, Meeting of Microspectrometry
Application Group, 27 mai 1998 Londres.
Notons de plus que le groupe anglais de Microspectrométrie "MAG"
organise depuis de nombreuses années des réunions sur
les différents aspects de ce sujet, pour plus d'information consulter
le site internet http:
//nte-serveur.univ-lyon1.fr/nte/spectroscopie/ puis cliquer
sur la rubrique MAG
(2) Infrared Microspectroscopy, Theory and Applications, Ed.R.G.Messerschmidt,
M.A.Harthcock, Practical Spectroscopy series, Vol 6, Marcel Dekker,
Inc. New York and Basel, 1988
(3) Industrial Analysis with Vibrational Spectroscopy, J.M.Chalmers,
G.dent, RSC Analytical spectroscopy Monographs, Ed.N.Barnett, Australia,
1997
Le dossier Analusis consacré
à la microspectrométrie présente les divers aspects
de ces techniques. Les resumés des publications sont décrits
ci-dessous.
1 - Dispersive Raman Microscopy. H. Boyer, J. Oswalt
Une revue de la microscopie Raman dispersive est presentée avec
les plus récents développements. Des applications ont
été choisies pour illustrer divers domaines d'utilisation
de cette technique. L'imagerie et le choix des lasers d'excitation sont
aussi discutés.
2 - Analytical Raman Spectroscopy: a new generation of instruments
B. P. Lenain
Les analyseurs Raman peuvent fournir en quelques secondes des spectres
riches en information même en ligne et sans contact avec l'échantillon.
Grâce à l'utilisation fibres optiques des analyses qualitatives
et quantitatives peuvent être effectuées à distance.
Un exemple présentant l'utilisation du Raman confocal pour l'étude
de polymères industriels est discuté.
3 - Micro Raman spectroscopy of the solide state: applications to semiconductors
and thin films. T. Jawhari
Le potentiel de la microspectroscopie est ici demontré pour
la caractérisation de semiconducteur et de films minces. Cette
méthode permet, sans préparation et avec une grande résolution
spatiale, l'identification de différente région d'un échantillon
et de plus elle fournit des informations sur la microstructure du solide.
4 - Practical considerations in the study of the main chain thermotropic
liquid crystalline polymers G. Ellis, M. Gomez and C. Marco
Diverses approches sont comparées pour l'étude de chaines
de cristaux liquides. Les avantages et limitation de chaque technique
sont discutés et les perspectives offertes par les nouveaux developpements
technologiques sont présentés.
5 - Raman microscopic studies of polymer surfaces and interfaces
C. Sammon, C. Mura, P. Eaton and J. Yarwood
Trois exemples décrivent comment la microscopie Raman peut être
innovante pour étudier et améliorer des produits commerciaux.
6 - Raman micro-spectrometry and its applications to the identification
of inclusions in natural rubies Nguyen Quy Dao and L. Delaigue
Le Raman confocal est particulièrement adapté à
l'analyse des inclusions dans les gemmes et fournit des informations
utiles sur l'origine, l'authenticité, les conditions de formation
ou les traitements artificiels. Cet article donne quelques resultats
obtenus sur des rubis vietnamiens qui ont été récemment
découverts.
7 - Application of Raman microscopy of to art objects C. Coupry
L'étude et la restauration des objets d'art peuvent être
grandement facilités par la microscopie Raman. Les avantages
analytiques et les procédures expérimentales sont présentés.
Quelques exemples concernant l'identification in-situ de colorants et
de pigments sont donnés.
8 - A dual confocal aperturing microscope for IR Microscopy
D. W. Shiering, T.J. Tague, Jr, J. A. Reffner and S. H. Vogel
Les performances des microscopes utilisés pour l'infrarouge
s'améliorent constamment. Un microscope employant une optique
"infinity corrected" et un nouveau système de double
masquage, le faisceau passant deux fois dans le même masque, est
décrit. Ce nouveau concept diminue le taux de lumière
parasite de plus l'élargissement des possibilités de contraste
en lumière visible facilite grandement la sélection des
zones à étudier en infrarouge comme le montre l'examen
d'échantillons biologiques.
9 - FTIR-Microscopy as a tool for the measurement of the morphology
of industrial, polymeric products J. M. Chalmers and N.J. Everall
Cet article présente une revue des différentes techniques
FTIR pour étudier la morphologie de films, fils ou tubes en matériaux
plastiques. Les principes pour déterminer la cristallinité
ou l'oriention moléculaire sont rapidement décrits et
illustrés par différentes applications de contrôle
industriel utilisant la microspectroscopie IRTF ou le micro échantillonnage.
10 - Combining FTIR with differential scanning Calorimetry. R. Spragg
Le couplage de la spectroscopie IRTF avec l'analyse calorimétrique
différentielle (DSC) a un grand potentiel mais est trés
peu utilisée. Les problémes de l'interfaçage des
deux techniques sont discutés et un nouveau système de
DSC est décrit. Le type d'information fourni par ce couplage
est illustré par l'étude de changement de phase dans un
cristal liquide et dans un composé organique cristallin.
11 - Enhancing the lateral resolution in infrared microspectroscopy
by using synchrotron radiation P. Dumas, G.L. Carr and G.P. Williams
L'utilisation d'une source infrarouge plus intense que le corps noir
conventionnel permet une amélioration de la résolution
latérale pouvant être atteinte en microscopie infrarouge.
La source infrarouge synchroton beaucoup plus brillante qu'une source
globar permet une nette amélioration du rapport signal/bruit.
De nombreuses applications dans divers domaines de la recherche ont
été réalisées et soulignent l'interêt
de cette nouvelle technique analytique.