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RAMAN
Principe de l'effet Raman
La technique Raman étudie
des transitions vibrationnelles (déplacement en nombre d'ondes
= 0 à 4000 cm-1) à partir du processus de diffusion inélastique
de la lumière.
L'effet Raman résulte de l'interaction des photons d'une source
de lumière monochromatique avec les molécules de l'échantillon.
Approximativement 1 sur 10 000 photons seront diffusés élastiquement
par les molécules (sans changement d'énergie) ; on appelle
cette diffusion : la diffusion Rayleigh.
Occasionnellement 1 photon sera diffusé inélastiquement
(1 sur 100 000 000) avec une légère perte en énergie
(diffusion Raman) correspondant à une transition vibrationnelle.
Comme il s'agit d'un processus intrinsèquement très faible,
des sources de lumière intense telles que les lasers sont nécessaires.
Pour que la diffusion Raman se produise il faut aussi que le champ électrique
de la lumière excitatrice induise un changement de polarisabilité
de la molécule.
A quoi cela sert-il ?
La spectroscopie Raman est une technique complémentaire à
l'infrarouge. Elles sont basées sur la même origine physique
: la vibration des liaisons entre atomes d'une molécule qui correspond
à des transitions permises entre les différents niveaux
d'énergie vibrationnelle.
La nature différente des deux processus d'interaction à
l'origine de l'effet Raman et de l'infrarouge (absorption, réflexion
ou émission) font que certaines vibrations seront seulement actives
en infrarouge et d'autres seulement actives
en Raman (règle d'exclusion
mutuelle), d'autres le seront pour les deux ou ni l'une ni l'autre.
Par conséquent, pour construire une image vibrationnelle complète
d'une molécule il faut utiliser les deux techniques.
La spectroscopie Raman sera plus efficace pour détecter les
changements de polarisation (lors de la vibration) des squelettes homo
ou hétéronucléaires facilitant ainsi la détection
des changements de conformation par exemple dans le cas des polymères
avec un squelette C-C carboné (alors que la spectroscopie infrarouge
qui demande une variation de moment dipolaire au cours de la vibration
sera plus utile lorsqu'on étudie les substituants polaires).
Domaines d'applications de la spectroscopie Raman.
Importantes applications analytiques (domaine de la recherche et dans
l'industrie), information principalement qualitative dans certains cas
quantitative.
* Détermination de la structure chimique (C=O, C=C, O-H, C-O,
C-C, C-S, ... etc).
* Configuration (cis, trans) tacticité pour les polymères
(syndiotactique, atactique, isotactique).
* Conformation (arrangement planaire, en hélice a, b, ... etc en
feuillets) : domaine biologie.
* Détermination de la cristallinité et de l'épaisseur
lamellaire (modes à basses fréquences) pour les polymères.
* Etude des forces intra et intermoléculaires (liaison hydrogène).
* Etude de l'orientation des molécules (polarisation).
* Analyses de traces (police scientifique : drogues, explosifs, sang,
peinture dans les oeuvres d'art).
Principaux avantages de la spectroscopie Raman.
* Pas de préparation de l'échantillon avant analyse.
* Analyse non destructive.
* Etude de solutions aqueuses possible (l'eau diffuse peu en Raman),
cellule liquide en verre utilisable.
* Résolution spatiale meilleure en microscopie (1 à 5
µm suivant la l du laser utilisée).
Principaux inconvénients
* Echantillon fluorescent (même
si excitation dans le proche infrarouge) effet Raman masqué.
* Echantillon au moins épais de 100 µm.
* Bibliothèque de spectres encore très incomplète.
* Analyse quantitative : avec précaution.
* Sensibilité moins bonne qu'en infrarouge (FT Raman).
Polarisabilité
Toutes les molécules possèdent une polarisabilité
. L'application d'un champ électrique
E (V/m) peut induire un dipôle P (V/m) tel que P = E.
est donc la constante de proportionnalité
entre le champ appliqué et le dipôle induit par ce champ.
Ceci résulte en une fiable distorsion du nuage électronique.
La polarisabilité représente donc la facilité avec
laquelle le nuage électronique peut se distordre sous l'effet
d'un champ électrique appliqué.
La polarisabilité n'est donc pas représentative uniquement
des propriétés volumiques du matériau. Au niveau
moléculaire elle varie par rapport à l'orientation du
champ électrique vis-à-vis de l'axe moléculaire,
c'est-à-dire que la polarisabilité n'est pas un vecteur
mais plutôt un tenseur d'ordre 3 et a donc des amplitudes différentes
dans toutes les directions.

Comme la polarisabilité d'une molécule est anisotropique
la représentation dans l'espace en 3 dimensions est une ellipsoïde
construite en plaçant le centre électrique de la molécule
à l'origine d'un repère cartésien et en traçant
un graphe en 3 dimensions de où
i est la polarisabilité
entre le point i et l'origine du repère.
L'ellipsoïde est donc le tracé des amplitudes en fonction
de l'angle solide. La forme et l'amplitude de cette ellipsoïde
sont décrites mathématiquement par le tenseur de polarisabilité.
Les activités Raman peuvent être visualisés en
traçant la polarisabilité en fonction de la coordonnée
q qui indique le déplacement des atomes les uns par rapport aux
autres pendant une vibration.
Il y aura activité Raman lorsque la dérivée de
la polarisabilité par rapport à q sera non nulle (variation
de pendant la vibration)
pour la position d'équilibre
q = qo.
Pas de changement de pente pour la courbe = f (q)
à q = q0.
Changement de la polarisabilité pour deux molécules simples
H2O et CO2.
1 - H2O : cette molécule étant linéaire
et triatomique, il a 3 modes normaux de vibrations permis (2 modes d'élongation
et 1 mode de déformation). Les schémas suivants montrent
:

Les modes de vibrations : (les flèches représentent
la direction du mouvement pendant la moitié de la vibration)
mouvements des liaisons dans la molécule pendant lesquels tous
les atomes bougent en phase avec la même fréquence.
Les formes de l'ellipsoïde de polarisabilité correspondantes
à la molécule et son changement de forme au cours de la
vibration.

La colonne centrale montre la position d'équilibre de la
molécule, tandis que les colonnes
de droite et gauche représentent les extrèmes de chaque
vibration
La variation de la polarisabilité a en fonction de la coordonnée q de déplacement
pour les 3 modes de vibrations.
1 : élongation symétrique
: quand la liaison s'étire, les électrons sont moins fermement
tenus par le noyau et ainsi les liaisons deviennent plus polarisables
ce qui
implique que l'ellipsoïde de polarisabilité devienne de
plus en plus petite sans changer de forme et vice-versa.
2 : déformation : c'est la forme
de l'ellipsoïde qui change durant la vibration. Lorsque les liaisons
sont étirées et les hydrogènes éloignés,
les liaisons deviennent plus polarisables. L'ellipsoïde de polarisabilité
est écrasée en longueur et s'aplatit au fur et à
mesure que les hydrogènes se rapprochent.
3 : élongation antisymétrique
: à la fois forme et taille restent constantes mais la direction
de l'axe majeur de l'ellipsoïde change.
En conclusion, ces trois vibrations sont actives en Raman.
2- CO2 : molécule linéaire et triatomique : 4
modes de vibrations (2 élongations symétrique et antisymétriques
et deux déformations : une dans le plan et l'autre hors du plan
; ces deux derniers mouvements sont identiques en tout aspect : même
fréquence sur le spectre sauf en direction et sont appelés
dégénérés, ils doivent cependant être
considérés comme des mouvements séparés).
Schéma des 4 modes de vibration.

Schéma des changements de formes et tailles des ellipsoïdes
de polarisabilité de la molécule de dioxyde de carbone
pendant les vibrations.
Schéma de la variation de la polarisabilité = f (q) pendant les trois modes
de vibrations de la molécule de dioxyde de carbone
1 : mode est
actif en Raman car l'ellipsoïde de polarisabilité change
de taille.
2 et 3
: malgré le changement de polarisabilité lors de ces vibrations,
celles-ci sont inactives en Raman. Il faut donc aussi tracer le changement
de la polarisabilité en fonction de la coordonnée normale
et l'on voit que pour 2
et 3 il y a un changement de pente donc la
dérivée de par rapport
à q s'annule et ces deux vibrations sont inactives en Raman.
Activité Raman
Une vibration fondamentale sera active en Raman si elle a les mêmes
propriétés de symétrie que l'un des éléments
if du tenseur de polarisabilité.
* L'examen des tables de caractères
des groupes ponctuels de symétrie permet de prédire si
une vibration sera active ou non en Raman pour des molécules
simples.
* La théorie des groupes est
utilisée afin de dénombrer et classer les vibrations moléculaires
dans les différentes représentations irréductibles
d'un groupe de symétrie et de prévoir l'activité
en Raman.
Règle d'exclusion mutuelle
Si l'on regarde les modes de vibration de CO2 et leurs activités
IR et Raman, on s'aperçoit qu'aucune des vibrations n'est à
la fois active en Raman et en Infrarouge.
Activités Raman et IR du CO2
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Mode de vibration
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Raman
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Infrarouge
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| n1 : élongation
symétrique |
Active
|
Inactive
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| n2 : déformation |
Inactive
|
Active
|
| n3 : élongation
antisymétrique |
Inactive
|
Active
|
Si la molécule possède un centre de symétrie alors
toutes les bandes actives en Raman seront inactives en IR et vice-versa.
Si la molécule ne possède pas de centre de symétrie
alors quelques unes (pas forcément toutes) des vibrations seront
à la fois active en IR et en Raman.
L'inverse est aussi vrai : i.e si l'observation d'un spectre IR et Raman
ne montent aucune bande commune, la molécule est symétrique.
Attention cependant aux bandes d'intensités faibles et donc actives
mais non observables.
Par contre si des bandes communes sont observées dans les deux
spectres, la molécule n'a pas de centre de symétrie.
En conclusion, les spectres Raman et infrarouge d'une molécule
complexe représentent chacun une partie seulement de son histoire
vibrationnelle.
Le seul moyen d'examiner le comportement vibrationnel complet d'une
molécule est d'étudier les deux spectres (infrarouge et
Raman).
Exemple : 2,5 dichloroacétophénone.
Spectre IR en transmission (au-dessus).
Spectre FT Raman (en-dessous).
Extrait de "Fourier transform Raman Spectroscopy" instrumentation
and chemical
applications (P.J. Hendra, C. Jones, G. Warnes) Ellis Horwood, 1991
avec la permission de l'éditeur.
Analyse quantitative
L'intensité de la lumière diffusée est directement
proportionnelle à la concentration de l'espèce qui diffuse.
L'analyse quantitative reste néanmoins plus délicate qu'en
infrarouge car on ne mesure plus une intensité relative (Itransmis/Iincident)
mais une intensité absolue.
L'intensité diffusée dépend de l'intensité
du faisceau laser incident.
Intensité des bandes Raman
En Raman, l'intensité de la radiation diffusée varie
avec la puissance quatrième de la fréquence de la radiation
incidente.
Les raies Anti-Stokes sont donc toujours moins intenses que les raies
Stokes correspondantes. Elles deviennent inobservables dès que
devient important
et/ou que la température s'abaisse. La mesure de leur rapport
permet de déterminer la température d'un échantillon
sous l'impact du faisceau laser.
La section efficace de diffusion s détermine l'intensité
d'une raie Raman, elle représente la mesure de la quantité
de lumière diffusée intégrée sur l'angle
solide 4p de l'échantillon
considéré.
Par ailleurs, le spectromètre Raman est par principe un simple
faisceau. Il est donc tributaire de la réponse de tous les éléments
optiques et électroniques. Par exemple la réponse d'un
photomultiplicateur pour un spectre Raman conventionnel n'est pas constante
en fonction de la longueur d'onde. Un spectre enregistré avec
un appareil ne sera pas comparable avec un autre appareil, encore pire
si le spectromètre provient d'un constructeur différent.
Le positionnement de l'échantillon est également beaucoup
plus critique qu'en infrarouge par suite de la taille réduite
du faisceau au point de focalisation. Différentes positions dans
le faisceau laser pour le même échantillon peuvent donner
des intensités différentes.
Enfin, lorsque les concentrations varient, l'indice du milieu varie
et cela peut provoquer des différences importantes dans les réflexions
et diffusions.
Pour toutes ces raisons, il faut utiliser des références
externes ou internes
* lorsque l'on veut faire des mesures
quantitatives en Raman (Réf.
HENDRA, WARNES, JONES : chapitre 6 ) ou faire des rapports d'intensité
de bandes.
Il faut faire la calibration d'un spectromètre Raman pour la
réponse instrumentale (surtout FT Raman car les spectro Raman
conventionnel utilisent des monochromateurs qui rejettent la raie Rayleigh
au lieu de filtres interférentiels). La plupart des constructeurs
d'appareils ont intégré cette correction dans leur logiciel.
Exemple de courbe de correction (PERKIN ELMER)
Théorie
des groupes
Quand des molécules plus complexes que H2O ou CO2 sont étudiées,
une méthode est nécessaire pour classifier les vibrations
fondamentales. Heureusement, quelques molécules possèdent
des propriétés de symétrie ce qui permet de les
classer dans des groupes ponctuels de symétrie en utilisant la
théorie des groupes.
Un groupe ponctuel de symétrie est un ensemble d'éléments
de symétrie (tels que le centre d'inversion, les plans de réflexion,
les axes de rotation, ... etc). Les molécules qui ont le même
ensemble d'éléments de symétrie font partie du
même groupe ponctuel de symétrie (ex : H2O appartient au
groupe C2v).
Quand on a déterminé le groupe ponctuel de symétrie
auquel appartient une molécule, les tables de caractères
sont utilisées pour marquer les modes fondamentaux de vibration
selon leur symétrie.
Une table de caractères regroupe tous les éléments
de symétrie d'un groupe ponctuel de symétrie et permettent
de prédire l'activité IR et Raman des modes fondamentaux
de vibration.
Exemple d'application
de la technique : analyse des polymères (attribution)
Soit un polymère typique : PTFE (polytétrafluoroéthylène)
de masse moléculaire en poids Mw = 1000 000 soit environ 600
000 atomes par macromolécule, cela représente (3N-6 =
1 800 000) modes fondamentaux vibrationnels. A première vue,
cela semble désastreux : on va obtenir un spectre qui sera constitué
de ce nombre de pics se recouvrant.
En réalité, un grand nombre de ces modes ont presque les
mêmes fréquences. Quand des nanomolécules contenant
différents groupements fonctionnels sont étudiées,
on trouve que ces groupements donnent des bandes caractéristiques
à certaines fréquences en Raman. Par exemple, si plusieurs
molécules contiennent le groupement C=C, le spectre Raman donnera
une bande vers 1650 cm-1.
Toutes ou presque les vibrations dans la molécule sont impliquées
dans la vibration C=C mais leur contribution est tellement faible qu'elle
peut être négligée donc la fréquence de la
vibration C=C est principalement dépendante de la constante de
force kC=C.
La valeur de k dépend de la structure électronique de
la liaison vibrante qui sera légèrement perturbée
en fonction des groupements voisins. Exemple : toutes les molécules
contenant le groupement C=O donneront un pic dans le spectre Raman vers
1600-1800 cm-1 mais le nombre d'onde précis dépendra de
l'environnement du groupement C=O (amide, acide, ester...).
L'observation des fragments particuliers d'une molécule donne
des vibrations caractéristiques en Raman dans des zones étroites
et clairement identifiables très utile au chimiste en tant qu'outil
analytique : cela s'appelle l'approche "fréquence de groupes".
Il existe comme en infrarouge des tables de corrélation rassemblant
tous les groupements fonctionnels et leurs fréquences caractéristiques
correspondantes avec leurs intensités.
Il faut repérer plusieurs pics dans le spectre caractéristiques
de la présence d'un groupement fonctionnel (ex : groupement aromatique
: gCH insaturé, gC=C,
gC-H indiquant la substitution
du noyau aromatique, zone des harmoniques et combinaisons).
Dernier point : l'utilisation combinée du Raman et de l'infrarouge
est particulièrement utile pour corréler les attributions
des pics à des modes fondamentaux de vibration car en IR beaucoup
de bibliothèques de spectres existent et peuvent permettre d'identifier
un produit inconnu.
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